Francky

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Que peut-on faire d'une vie qui vous surprend et ensuite vous ravit de tout? Des personnes qui vous aiment, vous abusent et vous plongent dans le vide absolu d'une solutide dans laquelle vous errez et vous engloutissez.Une poursuite au-delà de l'amour et de la vengeance, juste parce qu'il faut faire mal, peut-être aussi parce que la peur rôde et perd patience, la douleur devient insurportable, meurtrière....
Publié le : mercredi 15 juin 2011
Lecture(s) : 47
EAN13 : 9782748126327
Nombre de pages : 209
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Francky
Chantal Haz
Francky
ROMAN
© manuscrit.com, 2002
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Le cliquetis du trousseau de clé extirpa Francky de la profondeur de ses réflexions. Alors quil ne recherchait que du calme, juste un peu de repos, Francky ne comprenait pas quel plaisir trouvait cet homme à lui empoisonner la vie. Il est exacte quà lendroit où il se trouve actuellement, il nétait en droit de se montrer exigent. Aujourdhui pourtant et encore plus que les autres jours, Francky avait besoin de solitude et besoin de tranquillité, un besoin urgent guidé par une nécessité de réfléchir, de programmer, dimaginer et dentrevoir lautre côté de ce nouveau présent, son futur. Ce matin, à peine avait-il eu le temps de plonger dans ses pensées que revint, ce-lui qui incontestablement marqua le plus son esprit, Astrid LEGRAND. Lenquiquineur, le tout petit, le presque lilliputien Astrid LEGRAND. Comme un poster quon aurait collé par inadver-tance à un mur et qui obstinément refuse de se faire arracher, Astrid faisait partie du décor. Malgré son irrépressible envie de le déscotcher de cet environne-ment qui nétait déjà que peu vivable et que ce mi-nuscule homme déparait et infestait à volonté, Fran-cky avait toujours su trouver la force de se conte-nir. Astrid était le gardien et ce statut hautement important en ces lieux astreignait Francky à désillu-sionner et à cesser dimaginer ses fantasmes réali-sables. Cest pour cela quil eut beaucoup de mal à
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se faire à la personne dAstrid et encore plus diffi-cilement à son nom. Le patronyme du petit homme sonnait aux oreilles de Francky comme le bruisse-ment dun marteau piqueur un après-midi dété ; il lui donnait mal au crâne. Dans ce lieu où il vivait  si on peux appeler cela vivre , Francky était déjà assez martelé, assez compressé et écrasé par la mi-sère de lendroit, la puanteur autour de lui pour per-mettre au petit gardien den ajouter à sa souffrance. Jamais depuis tout ce temps et alors quil côtoyait cet homme tous les jours, Francky ne put prononcer le nom Astrid. Sa bouche et ses lèvres sy refusaient catégoriquement, à chaque fois quil essayait de le dire, soit forcé, soit par sa propre volonté, sa langue se trouvait pâteuse, elle collait dans sa bouche, refu-sait de se mouvoir, ses dents se resserraient aussitôt, elles se mettaient sur la défensive, se pressaient les unes contre les autres, produisant un grincement in-tenable qui ne prenait fin que lorsque Astrid dispa-raissait de sa vue. La seule dérobade qui aurait pu lui permettre de sortir de cette situation qui férocement offensait lintéressé était dignorer son prénom et de lappeler Monsieur LEGRAND. Ah ça ! Francky y avait renoncé dès linstant où il a croisé le regard du gardien et y avait vu en une fraction de seconde au-tant de petitesse. Dans ce regard contradictoirement plein darrogance  alors que vu ce qui en ressor-tait il aurait mieux fait dêtre modeste , Francky avait connu le monde tel que Astrid le voyait, un monde petit avec de petites ambitions et de minus-cules perspectives. Par compassion pour lhomme et surtout parce quil fallait bien trouver un moyen pour le nommer, la tâche de Francky les premiers jours de son séjour fut de trouver une appellation adéquate au gardien puisque sa position à lui ne lui permettait ni de le siffler au passage et encore moins de linterpel-ler par un Hé ! bien que neutre mais synonyme de provocation qui inévitablement se transformera en
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menace pour se répercuter en privation alimentaire, en blâme verbal ou en isolation. Alors, ce sera Fly. Fly, ce nétait pas si mal, ça navait aucune conno-tation, noccultait aucune injure ni quolibet et ce sur-nom de surcroît sonnait dautant plus singulièrement aux oreilles de Francky quil lui permettait de rêver. Image de grandes ailes collées dans son dos quil dé-ploierait le moment venu pour sen aller loin, très loin de ce trou. Astrid devint Fly, Fly ressemblait fort à limmensité de toute limagination de Francky, Fly faisait partir Francky, à chaque fois quil venait dans son esprit, il lemportait et lemmenait ailleurs, Fly le faisait se diriger vers le meilleur, Francky commen-çait à apprécier ses visites, quand il venait et sim-posait à lui, Francky lacceptait, le laissait faire, se laissait aller et partait ailleurs pour toujours. Astrid qui devient Fly, la laideur peut sous entendre le ma-gnifique, lextrême petit se métamorphoser en im-mensité incommensurable, le quotidien de Francky semblait ainsi plus vivable.
Au tout début et tel quil avait toujours cru que devait le faire toute personne enfermée dans ce lieu, Francky passait le temps à compter les jours. Un plus un et il en restait encore énormément, un mois sen-vola, puis deux et trois, ainsi de suite mais toujours, la fin était si lointaine. Alors combien de mois ? Combien dannées ? Il avait cessé de compter, lui qui affectionnait les chiffres sétait rendu compte quil serait suicidaire dastreindre un cerveau en bon état de marche à une telle imbécillité. Dans les livres, Francky trouva plus de jouissance à rêver tout en se sustentant lesprit et à sévader tout en imagination. Pour le côté léger et peu contraignant de la lecture, il choisissait des romans qui ne traitaient daucun su-jet sérieux, dans la lecture il ne cherchait pas à se prendre la tête mais à se laisser aller aux côtés dune héroïne au cur tendre, capable de faire voguer son
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imagination vers des horizons inconnus, loin de ces murs pleins de fissures, hors de sa cellule, de son interminable calvaire. Toujours très seul, il lui arri-vait parfois grâce à ses lectures, de rire aux éclats, de ressentir de la tristesse et même quelques fois de sentir un picotement dans le fond de ses yeux quil ouvrait alors bien grands, faisaient rouler de gauche à droite et de bas en haut, histoire de dire aux larmes quelles feraient mieux de chercher dautres trous desquels séchapper. Ceux quil appelait des compa-gnons parce quil navait trouvé dautres mots pour les nommer pouvaient bien se gausser, Francky avait un seul but, ne pas se laisser tuer par loisiveté et la torpeur. À ces regards dardés avec le plus grand mé-pris et dont tout le sarcasme se déversait sur lui, il répondait par la plus totale indifférence, son corps, ses attitudes, son esprit, son passé, son présent et son futur étant plongés dans un éloignement dont per-sonne ne pouvait le faire revenir. Cétait sa protec-tion dêtre ainsi et de nêtre avec personne. Il parlait peu, répondait laconiquement, sintégrait peu, rêvait de ce jour là, ce jour à venir où tout serait changé, un changement dont il ne saura certainement que faire mais quil attendait cependant depuis la première se-conde, il en vivait et y pensait comme un affranchis-sement quon lui devait depuis belle lurette et quil navait jamais osé revendiquer.
Aujourdhui, lorsque Fly vint le perturber dans ses pensées, Francky le regarda avec anxiété. Il sa-vait quaujourdhui, Fly nétait pas là pour linciter à prendre part à une promenade quil rebutait par avance, non plus pour lui glisser le vulgaire plateau en bois limé qui contenait linsipide repas qui ins-tantanément entraînait dans sa gorge une déglutition nauséeuse et encore moins, Fly navait lintention de lui remettre en arborant son sourire plein de mi-gnardise, le paquet contenant les livres dont Francky
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