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Une arme dans les mains d'adolescents au cours d'une fête sauvage improvisée pendant les vacances. Un coup de feu éclate dans la nuit. un enfant s'écroule...Son père, qui l'a élevé seul, ne peut en faire le deuil. Il vit en reclus. Il essaie de retracer le chemin parcouru avec son fils pour le connaître mieux, et pour comprendre ce qui n'a pu l'être de son vivant. Mais en chemin il se piège. Revivre le passé, c'est comme redonner la vie à ce fils disparu, et tenter en le prolongeant de le remplacer, avec le risque de s'y perdre.
Publié le : lundi 13 juin 2011
Lecture(s) : 98
EAN13 : 9782748192841
Nombre de pages : 211
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Free Janis Doucet
Free

Scénario






Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9284-2 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748192841 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9285-0 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748192858 (livre numérique) 7
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FONDU A L’IMAGE
1.Ext . BORD DE MER . Nuit
Ecran noir. Ambiance sonore d’une fête
(OFF). Musique techno. En arrière fond, le
grondement sourd des vagues qui roulent et se
brisent sur les rochers.

Des bruits de plongeons, des rires de jeunes
qui s’amusent à s’éclabousser en criant. Une al-
ternance de joie évidente et de bruits plus
sourds de la mer en arrière fond, qui pourraient
être inquiétants s’il n’y avait cette fête.
Soudain, un coup de feu éclate. Silence géné-
ral.
2. Int . HOPITAL . Nuit
BERTRAND, quarante cinq ans, est assis,
blême, dans la salle d’accueil des urgences, de-
vant la civière où repose un corps frêle et élan-
cé, recouvert d’une couverture.
Un CAPITAINE DE POMPIERS, une main
posée sur son épaule, le réconforte à l’oreille
avant de prendre congé, et sortir de la pièce.
Bertrand prostré, ne cille pas.
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Une INFIRMIERE entre à son tour et
s’approche de lui.

Infirmière
Venez Monsieur …
Bertrand secoue la tête.

Infirmière
Ne restez pas là …

Bertrand
Est-ce qu’il … est-ce qu’il ? …
Bertrand n’arrive pas à terminer sa phrase.

Infirmière
Votre fils n’a pas souffert. Venez, nous allons
faire ce qu’il faut …
Bertrand se lève, mais en la suivant il ne quitte pas
des yeux la civière.
L’infirmière lui prend le bras pour l’entraîner hors de
la pièce.
Avant de franchir la porte Bertrand se retient un ins-
tant à celle-ci.

Bertrand
Je peux téléphoner ? … J’ai oublié de pren-
dre …
Bertrand a encore du mal à terminer cette phrase,
l’infirmière par un mouvement de tête affirmatif ac-
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quiesce à sa demande, et encourage Bertrand à sortir,
puis elle ferme doucement la porte derrière eux.

L’infirmière le conduit jusqu’à un bureau et le laisse
seul. Bertrand s’assied et compose un numéro de télé-
phone.
3 . Int . APPARTEMENT MALOU . Nuit
A Clermont Ferrand un téléphone posé sur une table
dans un living d’appartement moderne, sonne. Dans une
chambre de l’appartement, MALOU trente huit ans,
seule dans son lit, se réveille. Elle regarde l’heure à sa
pendulette. Il est quatre heures.
Elle se lève, la caméra la suit. Au passage dans le
couloir, Malou ferme la porte d’une autre chambre où les
prénoms de Zoé et Arthur sont affichés sur la porte.
Elle arrive dans le living, décroche, et inquiète reconnaît
immédiatement son interlocuteur.

Malou
Oui ? Bertrand ? ! … Qu’est-ce qu’il t’arrive ?

Voix Off Bertrand
Un malheur Malou. J’ai besoin de toi, viens
… Julien...
(Il fait un effort)... Julien est mort…

Malou
Oh non …
Silence à l’autre bout du fil. Juste une respiration.
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Malou
(Hésite)
Qu’est-ce … qu’est-ce qui est arrivé ?

Voix Off Bertrand
Je suis à l’hôpital. Je peux pas raconter. Viens

Malou
Je préviens les enfants et j’arrive.

Voix Off Bertrand
Non. Rien. Tu dis rien. Viens toi… toute
seule…

Malou
D’accord.
Une tête ébouriffée d’adolescente apparaît à la porte.
C’est ZOÉ (treize ans).

Zoé
Qui c’est ?
Malou masque le combiné pour lui répondre.

Malou
Va te coucher Zoé. C’est Bertrand.

Zoé
A cette heure-ci ? Qu’est-ce qu’il a ?


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Malou
Un problème … Un problème de boulot.
L’adolescente traverse le living en direction de la cui-
sine où elle se sert un verre de lait. Par la porte laissée
entrouverte on l’entend marmonner.

Voix Off Zoé
C’est chiant le boulot … (baille) c’est chiant.
4 . Ext . PARC D’UNE VILLA DE BORD
DE MER . Jour
Des GENDARMES avec des gants de caoutchouc
collectent dans le parc des indices qu’ils enferment dans
des sachets de plastique. BERTRAND, dans les hau-
teurs du parc, les mains dans le dos, mâchoires serrées et
le regard vide rivé au loin, répond aux questions d’un
OFFICIER DE GENDARMERIE.

Bertrand
A quinze ans on ne raconte pas tout à son
père.
(Silence)
Sa mère est morte quand il avait deux ans. On a été
trop proches nous deux… trop longtemps … Il a
pris…
(Il se reprend, baisse la tête, la relève, et durcit son
regard)
Il avait pris ses distances.

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Officier Gendarmerie
Et ses amis ?

Bertrand
Il me les amenait plus. On avait du mal à se
parler. Je voulais pas savoir non plus. Ils me
plaisaient pas ses amis… enfin, certains …
Un gendarme s’approche avec des sachets remplis
d’objets. Il s’adresse à l’officier.

Gendarme
On n’a pas retrouvé l’arme.
Bertrand regarde le sol. De son pied il agite la pous-
sière. Avec réticence il apporte une précision.

Bertrand
Avec ses copains il se passionnait pour les
armes…
(Un silence et il ajoute)…
Il fréquentait les ball trap parfois il tirait aus-
si... mais à la carabine... et juste dans les fêtes
foraines…

Officier Gendarmerie
Merci Monsieur Louvier. C’est tout ce que
nous voulions savoir pour aujourd’hui. Nous
reprendrons contact avec vous plus tard.

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Bertrand salue de la tête, et accablé, rejoint sa voi-
ture. Les deux gendarmes l’accompagnent du regard. Le
gendarme remet à l’officier les sachets de plastique.

Gendarme
Ils ont fumé des joints, et beaucoup bu. Ils
devaient être pas loin de cinquante. Disséminés,
là, partout…
Le gendarme montre dans un geste large des endroits
du parc puis désigne une touffe de végétation plus épaisse.

Gendarme
(Poursuivant)
C’est dans ce bosquet … là bas, qu’on l’a ra-
massé. Un de ses camarades a prévenu les
pompiers … Mais ils avaient tous filé quand les
pompiers sont arrivés …
5. Int . APPARTEMENT SUR LA MER . Jour
BERTRAND range la chambre de son fils dans un
appartement de vacances. Le visage figé, il plie avec soin
les vêtements du garçon et les range dans une valise.
Il trouve une photo de Julien adolescent dans un ti-
roir, la regarde et la pose sur la table de nuit, devant lui.
Avant de boucler la valise, Bertrand y ajoute un vieil
ours. Un ourson bleu, qui était dissimulé sous un oreil-
ler, et dans lequel il enfouit un instant son visage avant
de refermer la valise.
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La chambre maintenant est vide, et rangée. Plus rien
de personnel n’y subsiste. Bertrand empoche la photo,
ferme les volets, regarde un moment la pièce en silence,
puis tire la porte doucement, comme s’il voulait éviter de
réveiller quelqu’un qui dort.
6. Int . VOITURE MALOU . Jour
Des sacs à dos faits à la va vite qui débordent de vê-
tements sont jetés n’importe comment sur le siège passa-
ger d’une petite cylindrée. Malou conduit cette voiture.
Les jumeaux ARTHUR et ZOÉ (13 ans) sont à
l’arrière. Ils font la tête. La voiture roule dans la cam-
pagne. Arthur rompt le silence.

Arthur
Pourquoi on reste pas à la maison ?

Malou
Ça peut durer plus longtemps que prévu. Je
préfère vous savoir chez grand-mère.

Zoé
On va être à une heure de Clermont !
Malou
Qu’est-ce que ça peut faire ? Vous êtes en
vacances !

Arthur
Justement !
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Malou
Ecoutez, m’embêtez pas. Je peux pas faire
autrement.

Zoé
C’est débile à notre âge de pas nous faire
confiance.

Malou
C’est pas la question. Je serai plus tranquille.
C’est clair ?

Arthur
Très. Et c’est franchement égoïste aussi.


Malou
Arthur c’est pas le moment. Tu me fiches la
paix et tu fais ce que je te dis.

Zoé
Ça fait treize ans qu’on fait TOUT comme tu
veux !
Arthur
Tu nous demandes JAMAIS notre avis !

Zoé
Même pour nous FAIRE, t’as fait comme
t’as eu envie …

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Arthur
Si tu crois que c’est FACILE de pas avoir de
père …
Malou ne dit rien, mais à cette remarque elle pile net,
et manœuvre un demi-tour pour revenir vers la ville. Elle
est vaincue. A l’arrière les deux ados se regardent et ne
cachent pas leur satisfaction.

Malou
Ok, vous avez gagné.

ELLIPSE

Le lendemain, dans la journée, et dans cette même pe-
tite cylindrée, BERTRAND et MALOU rentrent de
la côte d’azur vers Clermont Ferrand. La voiture
s’approche de la ville par les routes sinueuses des Monts
d’Auvergne.

Bertrand la tête appuyée en arrière a les yeux fermés.
La voiture arrive aux abords de la ville. Il ouvre les
yeux, et pris de panique attrape et serre le bras de Ma-
lou.
La voiture fait un écart que la jeune femme rattrape.

Bertrand
Arrête. C’est au dessus de mes forces… Les
gens avec leurs questions… je pourrai jamais.
N’en parle à personne, s’il te plaît… pas tout de
suite.
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La voiture ralentit et s’arrête sur le bas côté. Malou
regarde Bertrand attendant qu’il lui indique une autre
destination.

Bertrand
Emmène-moi au Tertre…

CUT

La voiture, plus tard, traverse des endroits déserts.
La route se rétrécit et monte en lacets. Bertrand entrou-
vre un instant les yeux puis les referme après avoir indi-
qué la route à Malou.

Bertrand
A gauche la prochaine, et tu suis jusqu’au
croisement. Ça sera à droite après, et ensuite
tout droit jusqu’à la ferme.
La région est aride, avec juste quelques arbres rabou-
gris.

Malou
T’es sûr de vouloir rester là bas ? … tout seul

Bertrand
C’est pour ça que j’y vais.
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6 a. Le Tertre. Ext.jour
Malou stoppe devant une ferme. L’endroit est pauvre,
la ferme délabrée.
Bertrand descend de voiture. Il ouvre le portail sur
une cour en friche, au centre de laquelle se trouve un
grand arbre.

Il ôte ses bagages de la voiture et les dépose sur le
seuil. Malou le suit et attend qu’il ouvre la porte pour
entrer, mais Bertrand s’arrête et se retourne vers elle, il
ne tient pas visiblement à ce qu’elle le suive. Elle le re-
garde étonnée. Il secoue négativement la tête.

Malou
Dis-moi au moins si t’as quelque chose à
manger ?
Bertrand acquiesce. Elle l’embrasse, le serre contre
elle, mais ajoute quand même.

Malou
Je t’apporterai ce qu’il faut.
Bertrand ne tient pas compte de sa remarque et pour-
suit pour lui même.

Bertrand
D’ailleurs j’ai pas faim. J’aurais plus jamais
faim je crois.

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Malou le serre très fort encore, et Bertrand la rac-
compagne vers sa voiture, pressé d’être seul. Il claque la
portière et marmonne un remerciement inaudible.
7 . Int . APPARTEMENT MALOU . Soir
Dans la salle de bains des enfants, contiguë à leur
chambre, ZOÉ écoute de la musique en se regardant
danser devant une glace. Dans la chambre voisine, porte
ouverte sur la salle de bains, ARTHUR pianote devant
l’écran de son ordinateur.

Dans l’entrée, le bruit (off) d’une clef qui tourne
dans la serrure. MALOU entre chargée de sacs à
provisions qu’elle dépose en vitesse pour aller baisser
le niveau sonore de la musique dans la salle de bains.

Zoé
(Proteste)
Laisse !

Malou
On s’entend pas !

Voix Off Arthur
(De la chambre)
Y a Bertrand qu’a appelé…
Malou surprise et rapide, passe une tête soucieuse
dans la chambre pour interroger.

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