Gélius et son disciple

De
Publié par

Gélius est une mangouste centenaire et philosophe et son disciple un homme d'une trentaine d'années, un peu étrange. Leur première rencontre a lieu à un arrêt de bus proche d'une petite localité de la Martinique, En Léonce. Ils dialoguent à l'aide d'un petit combiné durant quelques semaines et la visite d'En Léonce est l'occasion de raconter la vie des habitants du lieu mais également l'histoire de la Martinique. On découvre ainsi avec Joé chaque personnage dans son intimité, son évolution sociale, familiale, psychologique. Gélius est un témoin privilégié, introduit comme ces congénères en Martinique pour détruire les serpents, il doit fuir quand les hommes sont victimes de leur appétit débordant. Il traverse alors toute la Martinique et assiste à son évolution historique et sociale.

Avec beaucoup d'humour parfois de tragique, Gélius nous raconte ses fresques dans son univers, mi-humain, mi-animal.

Joé s'attache très rapidement à ce personnage hors du commun, mais un incident tragique mettra un terme à ces entretiens. Joé sombre dans la folie, passe un certain temps en hôpital psychiatrique. Une fois guéri, on lui propose d'intégrer l'équipe soignante d'un hôpital marseillais. Il revient en Martinique au bout de trente-cinq ans propriétaire d'une maison à En Léonce. Il y retrouve Gélius vieilli, et les descendants des habitants d'En Léonce pour de nouvelles histoires.


Publié le : samedi 1 janvier 2011
Lecture(s) : 33
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782844505897
Nombre de pages : 232
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Préface
DÉfiànt le temps et là dURÉe, dÉlIbÉRÉment OUblIeUx de là nàtURe des chOses, le dOmàIne dU cOnte jOUIt d’Un espàce InfinI et d’Une lIbeRtÉ pROche de l’ànàRchIe. Sàns l’àngOIsse exIs-tentIelle hUmàIne qUI le pROcRÉe, sàns cette sORte de cOnsOlà-tIOn pàllIàtIVe qU’Il àppORte en RetOUR pàR sà mORàle, Il eût ÉtÉ bIen encOmbRànt, VOIRe tOtàlement àbsURde. oR, plUs là RIgUeUR scIentIfiqUe et là technOlOgIe s’àffiRment, plUs l’hOmme à besOIn de RêVe et de fàntàIsIe, c’est-À-dIRe d’extRàORdInàIRes VOyàges de lÉgende qUI le Ràmènent sàns cesse À l’InnOcence. Et àlORs, VIenne le VIeUx cOnteUR àU VIsàge àRgentÉ de bàRbe et de clàIR de lUne, VIenne l’àïeUle dIseUse d’ORàcles dàns là lUeUR blàfàRde de là làmpe dU sOIR, et VOIcI l’hOmme tRànsfi-gURÉ, ReplOngÉ dàns l’àntàn.
a l’InstàR de bIen d’àUtRes sUppORts cUltURels, le cOnte OUest-àfRIcàIn à fRànchI l’atlàntIqUe À là fàVeUR de là tRàIte nÉgRIèRe. Le càptIf dÉbàRqUàIt physIqUement nU, dÉpOUIllÉ de lUI-même sàns àUcUn dOUte. NÉànmOIns, Il lUI RestàIt àssez de fORce de càRàctèRe pOUR cOnseRVeR sà mÉmOIRe et cUltIVeR sOn ImàgInàIRe. Le mOnde mànIchÉen dOnt Il sUbIssàIt les ÉpReUVes ne sàURàIt êtRe plUs stRàtIfiÉ, plUs pÉRemptOIRe : d’Un côtÉ, là fORce blànche, hàbIllÉe de pIed en càp, àRmÉe jUs-qU’àUx dents, RÉpRessIVe À VOlOntÉ ; de l’àUtRe, là fàIblesse nègRe expOsÉe dàns le plUs tOtàl dÉnUement, dÉRàcInÉe, dÉsàR-mÉe, ne pOUVànt mIseR qUe sUR là RUse et là dÉbROUIllàRdIse pOUR espÉReR sURVIVRe. Dès lORs, l’afRIcàIn sàIt qU’Il n'à qUe fàIRe de là RÉsIgnàtIOn. TOUt n’est dOnc pàs peRdU, pUIsqUe ceUx qUI l’Ont sI sàVàmment mUtIlÉ n’Ont pU RÉUssIR À lUI cOU-peR ses àIles de VOIlIeR de gRànde eRRe. aUssI, l’àRsenàl mythIqUe, tRànsbORdÉ tel Un VIàtIqUe, RepOseRà-t-Il en pRIORItÉ sUR Une cOnstànte IncOntOURnàble : là ReVànche Immànente. Et l’On VeRRà LàpIn (hÉRItIeR de LeUk-le-LIèVRe de là sàVàne sÉnÉ-gàmbIenne) RIdIcUlIseR sàns VeRgOgne ce bàlOURd de Zàmbà
- 9 -
(cOpIe cOnfORme de BOUkI-l’Hyène, âpRe àU gàIn, tOUjOURs À l’àffût dU pROfit). FORce est de ReleVeR cOmbIen les mythes s’IntègRent À là bIOcÉnOse. De sORte qUe tOUte cOllectIVItÉ hUmàIne se tROUVe gàInÉe de sOn ImàgInàIRe cOmme d’Une secOnde peàU ; là pRe-mIèRe, cOntRàIRement àUx IdÉes ReçUes, n’Étànt àUtRe qUe le mIlIeU qUI bàlIse tOUR À tOUR sà sOUffRànce et sOn ÉpànOUIsse-ment, À sàVOIR sOn bIOtOpe. aInsI, À l’InVeRse de l’àIRe sOU-dànO-sàhÉlIenne xÉROphIle qUI à RetenU LeUk-le-LIèVRe, l’espIègle pRessÉ, cOmme figURe de pROUe, l’àIRe fORestIèRe hygROphIle à pORtÉ sOn chOIx sUR anànzI-l’aRàIgnÉe qUI tIsse pàtIemment sà tOIle et àttend. Ce pROtàgOnIste n’àppàRàît pResqUe pàs dàns le RÉpeRtOIRe àntIllàIs dOnt là pROVenànce est en màjeURe pàRtIe sàhÉlO-sOUdànIenne. PàR àIlleURs On RetROUVe le peRsOnnàge de BOUkI dàns le cOnte hàïtIen sàns qUe sOIt pRÉcIsÉ qU’Il s’àgIt de l’hyène, qUI de tOUte fàçOn, n’exIste pàs dàns là fàUne càRIbÉenne. il seRàIt dOnc hàsàRdeUx de pRÉtendRe cOnfÉReR Une qUelcOnqUe cOnstItUtIOn physIqUe À sOn hÉRItIeR Zàmbà. GeORges MàUVOIs, qUànt À lUI, à dÉlIbÉRÉment chOIsI de sORtIR des sentIeRs bàttUs. FOIn de LàpIn, de Zàmbà et cOnsORts ! vIVe GÉlIUs màngOUste RÉcOncIlIÉe, plUsIeURs fOIs centenàIRe, dOnc pleIne de sàgesse et fORcÉment ImmORtelle ! TOUs ces qUàlIficàtIfs dOIVent s’entendRe àU màscUlIn, càR GÉlIUs-là-MàngOUste est Un mâle cOUReUR des bOIs, gRànd sÉdUcteUR de femelles et RedOUtàble ennemI des seRpents. il à dÉjÀ tOUt VU, tOUt fàIt, tOUt entendU, màIs Il n’à pàs encORe tOUt dIt, fàUte de cOnfident dIgne d’àccUeIllIR sà pàROle. Et VOIcI qU’Il jette sOn dÉVOlU sUR GeORges MàUVOIs qUI pRend Un màlIn plàIsIR À nOUs tRànscRIRe sOn hIstOIRe pàssIOnnànte qUI est àUssI celle de là MàRtInIqUe pOst-cOlOmbIenne, àVec ses pÉRIpÉtIes fàmIlIàles, sOcIàles et pOlItIqUes. Ce chOIx lIttÉRàIRe dÉlIbÉRÉ de màRqUeUR de « dIts » de bêtes en « ÉcRIts » d’hOmme est àssURÉment symbOlIqUe dàns nOtRe cUltURe d’ORàlItÉ OU chàqUe pàlàbRe càche Une sentence, chàqUe sen-tence Une mORàle, chàqUe mORàle Un àRt de VIVRe ; ce qUe d’àU-cUns dÉsIgnent sOUs le VOcàble d’oraliture, c’est-À-dIRe Une pàlÉO-lIttÉRàtURe ReVIsItÉe qUI sàns RÉcUseR l’ÉcRIt, entend le tRànscendeR pOUR mIeUx en RÉhàbIlIteR le VeRbe et là sUbstànce.
- 10 -
L’hIstOIRe des antIlles nOUs à àppRIs qU’Il exIste Une ànà-lOgIe de cOndItIOn (de destIn pOURqUOI pàs ?) entRe là màn-gOUste et nOUs. En tànt qUe mIgRànts cOntempORàIns,VOUÉs àUx tRàVàUx fORcÉs dàns Un àIlleURs ImpOsÉ, nOs sORts sOnt IntI-mement lIÉs. JàdIs là màngOUste à ÉtÉ IntROdUIte sOUs nOs cIeUx À pàRtIR dU sOUs-cOntInent IndIen, en VUe d’Une lUtte bIO-lOgIqUe cOntRe le tRIgOnOcÉphàle OU feR-de-lànce, seRpent tRès VenImeUx qUI InfestàIt les chàmps de cànne À sUcRe. rIen ne pROUVe qUe des càRgàIsOns d’hOmmes et de màngOUstes n’àIent pàs OccàsIOnnellement empRUntÉ les mêmes sORdIdes cOnVOIs sàns RetOUR. De nOs jOURs À là MàRtInIqUe, le dànge-ReUx ReptIle est lOIn d’àVOIR dIspàRU et ce n’est pàs d’hIeR qUe les màngOUstes se Ràbàttent VOlOntIeRs sUR là VOlàIlle, pàssànt àInsI dàns là càtÉgORIe des nUIsIbles. a qUOI bOn se VOIleR là fàce ? il est àRRIVÉ À des nègRes àntIllàIs de cÉdeR hÉlàs, À pàReIlle dÉRIVe ! C’est pOURqUOI GÉlIUs mÉRIte nOtRe ÉcOUte IndUlgente. BIen qUe s’OffRànt Une pOUlette de temps en temps, Il pOURsUIt sà chàsse àUx seRpents et s’est pRIs d’àmI-tIÉ pOUR JOÉ-le-tRàdUcteUR dOnt Il àbUse àVec càpRIce et dÉsIn-VOltURe ; c’est sà fàçOn d’àImeR. Ses RÉcIts Ont endORmI l’àmOUR-pROpRe et pIqUÉ àU VIf l’IntÉRêt et là cURIOsItÉ dU cOnfi-dent qUI menàce de ROmpRe sàns ROmpRe jàmàIs, àttendU qU’Il meURt d’enVIe d’en sàVOIR d’àVàntàge et le lecteUR àVec lUI. D’Une VIbRàtIOn d’Ondes cOURtes (Il fàUt bIen VIVRe àVec le pROgRès !), Il cOnVOqUe JOÉ cOmme On sOnne Un emplOyÉ de màIsOn. Et JOÉ de sàUteR dàns Un VIeIl àUtObUs, tOUtes àffàIRes cessàntes, pOUR àlleR càhIn-càhà àU Rendez-VOUs. LÀ, Il ne lUI ResteRà plUs qU’À chemIneR pàR des ROUtes VIcInàles dÉfOncÉes en ÉVItànt le RegàRd des gens, tàndIs qUe GÉlIUs, tROttInànt de cOnseRVe dàns les hàllIeRs VOIsIns, lUI feRà pàRcImOnIeUsement des RÉVÉlàtIOns pleInes de mystèRe, de sàVeUR, de VeRdeUR, et sURtOUt de pROfOndeUR.
L’On cOnnàît GeORges MàUVOIs cOmme àUteUR dRàmàtIqUe cOnfiRmÉ. GRâce À sOn tàlent, le thÉâtRe àntIllàIs s’est enRIchI de pIèces InOUblIàbles Où l’ORIgInàlItÉ des sItUàtIOns s’àllIe àVec bOnheUR À Une sUbtIle cRItIqUe des mœURs. MàIs l’àppÉ-tIt de ce tOUche-À-tOUt InspIRÉ ne sàURàIt se sàtIsfàIRe de là mOnOtOnIe. N’est-Il pàs àllÉ jUsqU’À tRàdUIRe MOlIèRe et SOphOcle en cRÉOle ? Et VOIcI qU’àUjOURd’hUI, pRIs d’Une fRIn-
- 11 -
gàle nOUVelle, Il met Un sàVOUReUx cOnte À sOn menU et nOUs cOnVIe sàns fàçOn À ses àgàpes et À ses pROpOs de tàble. Màl nOUs en eût pRIs de fàIRe là fine bOUche ! TendRe l’OReIlle pOUR bIen sàIsIR là pàROle dU màîtRe GéLiuS-MauvoiSGeORges deR-RIèRe leqUel le dIscIple GeORges J-MauvoiSs’effàce àVec Un sàVOIR-fàIRe cOnfinànt àU gRànd àRt, c’est àUssI mànIèRe d’àl-leR À là RencOntRe de là MàRtInIqUe d’hIeR et d’àUjOURd’hUI. Les sOlIdes RÉfÉRences de l’àUteUR àInsI qUe sà cOnceptIOn des Ràp-pORts hUmàIns, dOnt On ne mànqUeRà pàs de sOUlIgneR là peR-tInence, fOnt entReR de plàIn-pIed dàns Une qUête IdentItàIRe pàRtàgÉe qUI, À n’en pàs dOUteR, dÉbOUcheRà Un jOUR OU l’àUtRe sUR l’ÉmeRgence d’Une antIlle NOUVelle.
- 12 -
BeRtène JuMiNEr
il y àVàIt Une gRànde qUeRelle dàns BàbylOne, qUI dURàIt depUIs qUInze cents ànnÉes, et qUI pàRtàgeàIt l’empIRe en deUx sectes OpInIâtRes ; l’Une pRÉtendàIt qU’Il ne fàllàIt jàmàIs entReR dàns le temple de MIthRà qUe dU pIed gàUche ; l’àUtRe àVàIt cette cOUtUme en àbOmInàtIOn, et n’entRàIt jàmàIs qUe dU pIed dROIt. on àttendàIt le jOUR de là fête sOlennelle dU feU sàcRÉ pOUR sàVOIR qUelle secte seRàIt fàVORIsÉe pàR ZàdIg. L’UnIVeRs àVàIt les yeUx sUR ses deUx pIeds, et tOUte là VIlle ÉtàIt en àgI-tàtIOn et en sUspens. ZàdIg entRà dàns le temple en sàUtànt À pIeds jOInts, et Il pROUVà ensUIte, pàR Un dIscOURs ÉlOqUent, qUe le DIeU dU cIel et de là teRRe, qUI n’à àcceptIOn de peR-sOnne, ne fàIt pàs plUs de càs de là jàmbe gàUche qUe de là jàmbe dROIte. (vOltàIRe :Zadig)
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant