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1






Ce livre a été publié

ISBN : 978-2-9550070-4-4



© Nadine Passim

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
L’auteur est seul propriétaire des droits et responsable du
contenu de ce livre.










2





3


Nadine Passim






Gély
du
Jaoul

ROMAN









VIENSRÊVERENMONJARDIN
4


5



Titresdéjàparus:
Ainsipassaientlesjours.
Lavierudedespaysansdel’Aveyrond’autrefois.
L’histoiredufilsdeMalika.
LespéripétiesdelaviedeFarid
Àlarecherchedesapersonnalité.

Isidore.
Notrefacteur,undrôledephénomène

L’espérancedelendemain.
LesrêvesdeLucienàlarecherched’untravail.

Titres en préparation s :
Secouonsnossouvenances.
Lesrêvesd’unretraité,Louisveutrefairesavie.

Lavieungrandtourbillon.
Unbonheurn’arrivejamaisseul.
Ah!enfin,onvapouvoirtravaillersérieusement.






Rêvons ensemble
Nadine Passim
Auto édition
La Fouillade 12270
E -mail : nadine.passim @sfr.fr



6





Unroman,
sepassantàl’époque
delarévolte
desCroquantsduSégala,
etdeVillefranchedeRouergue.


Lesraisonsdelacolère.


Enmillesixcentquarante-trois,lesraisonsdessoulèvementsétaient
nombreuses.Deuxansplustôt,pourfaireentrerplusd’argentdans
lescaissesduroyaume,Richelieuavaitchangélesystèmedecollecte
delataille,enletransférantdespouvoirsdesétatsprovinciauxàdes
fonctionnaires"lecorpsdesintendants"nommésparleroi.Ilyen
avaitunparprovince,aveclespleinspouvoirsenmatièredepolice,
dejusticeetdefinance.Cefutunecatastrophepourtoutlepays.
Avec les orages de grêle, une saison trop humide, les grains
pourrissaient,etsouvent,lesrécoltess’annonçaientmauvaises.Alors,
lesrichesvendeurs,qu’ilssoientlaïquesouecclésiastiques,stockaient
lescéréalespourfairemonterlesprix.
Lepeuple,réduitàutiliserlesmauvaisesfarines,parfoissaleset
moisies,mangeaitdesgrainesdéterrées,déjàgermées,desglands,
destrognonsdechoux,desracinesdefougère,desfeuillesetmême
desécorces.
Inexorablement,lemécanismedelarécessionsedéclenchait;moins
derécoltes,moinsdetravail,moinsd’argent,etladisettes’installait.
Cette situation pouvait détruire une famille rapidement. En
empruntantdelanourriturecontreunesignaturelesengageantà
7


travailler,etleplussouvent,enhypothéquantunpetitterrain,leur
maison.Etsilafamillenepouvaitpasrembourser,c’étaitlasaisie.
C’estalorsquelamendicité,levoletlecrimesedéveloppaient.À
touscesmalheurss’ajoutaientlespassagesdesgensdeguerre,dont
les troupes se comportaient comme des mercenaires, pillant et
profitantdesavantagesdelaréquisitiondeleurcantonnement.Eten
plus, des épidémies ravageaient les populations. Les paysans ne
pouvaientpluscultiverlesterres,c’étaitlafamine.
Avec cette grande misère, il ne restait plus aux habitants du
Rouergue,qu’àémigrer,mourirouserévolter.

Gélyavaitperdusesparents,usésparlesterriblesconditionsde
travail de cette époque. Au moulin de Montilhar, à côté de
Sauveterre, sur le ruisseau du Lézert, son père pendant quelques
années fut émouleur. Cela consistait à tenir un étui de bois, qui
maintenait une lame pour la dégrossir. Mais il fallait être fort et
résistant,pourtravaillertoutelajournéecoucheràplatventresurdes
planches,recouvrantunedérivationd’eau,quientraînaitunemeule.
C’étaitunevierude,l’humidité,lesmaladiespulmonaires,lesrejets
delimailledanslesyeux,toutcelafitquesonpèremourutencore
jeune.Etsamère,quitravaillaitàlatannerie, dans l’eau et la
pollution,netardapasàlerejoindre.

SurleLézert,tournaientaussideuxpairesdemeulespourleseigleet
lefroment,etunmoulinpourfoulerlesdraperieslocales.Ilyavait
aussiunmoulinàhuileetàécorce,pourextraireletaninutilisépour
letraitementdescuirsetpeaux.

Legrandmalheurpourlepays,futquelafemmedunommé
Garrolou, après l’avoir soigné de la peste à Tanus, soit
venuemouriràSauveterre.
Lequinzeavrilmillesixcentvingt-huit,cefutsafillequi
trépassa.Lapopulation,inconscientedudanger,assistaaux
8


funérailles, et comme les mesures d’hygiène et de quarantaine
n’avaientpasétéprises,lapestetouchatoutelabastide.
Beaucoupquittèrentlavilleoù,commesouventdanslesgrandes
catastrophes,régnaitladébauche,lesvoleriesetlepillage.Mais,on
déploraquandmême,uneperted’aumoinshuitcentspersonnes.

AvecCopernicetGalilée,dontlesidéesetlesdécouvertesfaisaient
leurchemin,malgrélesinterditsdel’église.Ledix-septièmesiècle
préparaceluideslumières.Maiscetteépoqueengendraégalement
tantdemisèreetdedrames,defamines,deguerres,d’épidémiespar
lemanqued’hygiène,parl’égoïsmeetlabarbarie,quel’onenest
écœuré.

Surtout,nevousméprenezpas,jen’aipasl’intentiondecomparer
lesatrocitéshumainesàtraverslessiècles.Nousenavonseuune
bellequantitéauvingtième,etquipeutdirecequeseral’avenir?Car
au moment où je termine ce texte, l’esclavage, l’intolérance, les
guerresetlabarbarie,sonttoujoursprésentsencemonde.


Avecpauvreté
quim’atterre!

Danslabrumedudébutmai,avantquelejournecommenceàpoindre,une
silhouettesefaufilaitàtraverslesrocailles,lelongdeshaiesdeprunelliersaux
fleurs blanches, au milieu des bruyères, des genêts. Dans la tiédeur du
printemps,GélymontaitverslespremièresmaisonsdeNajac.
Avecsesdix-septans,iln’eutpasdemalàescaladerlesderniersrochers
etatteindreunepetitefenêtredontlevoletétaitfermé.
D’unecorpulencemince,onpeutmêmediremaigre,maisrobuste,Gély
n’était pas bien grand, une abondante chevelure noire, qu’il coupait à
9


grandscoupsdeciseauxtouslessixmois,etunelégèrebarbeluidonnaitun
airrude.Maisilavaitunregardpétillantdemaliceetderuse.
Gélyjoignitsesmainsdevantsaboucheetsifflaenimitantlemerle.
Quelquesinstantsplustard,levolets’ouvritdoucement.
-Andréou!C’estmoi.
-Entre,jet’attendais,réponditAndréou,qui,lesépaulesrecouvertesd’une
vieillecouverture,portaitunbonnetbienenfoncésursatête.
Ilestvraiquelesnuitsétaientencorefraîches,etAndréou,pournepas
attirerl’attention,nefaisaitpasdefeu.
-Chut! Parle moins fort, il reste quelques soldats dans le village, dit
Andréou.
-Jelesais,latroupeestpartieenrenfortàVillefranche,réponditGély,c’est
pourçaquejesuisvenu.
-Oui, hier les consuls ont convoqué l’assemblée de la ville, pour la
répartitiondestailles.Maisputeborgne,deuxàtroiscentsfemmes,venues
detoutelarégion,avecdespierresetdesfourches!Ellesonttellementfait
dupétard,quel’impositionabaissédetrentemilleàseizemillelivres…
Ellessontdéchaînées!
-Jenesaispasoùcesmanifestationsvontnousmener,maisçabougede
touslescôtés,reconnutGély,puisilajouta:tuaspumetrouverdessacs?
-Tiens,j’enairécupérédesvieuxdanslesgaletas,ditAndréou,ilyenaplus
quetupourrasenporter.
-Depuis ce matin, j’ai une envie… Je trouve que c’est trop calme… Pour
mettreunpeud’ambiance,ditGély,jevaisfoutrelefeuàleurréservede
poudre.
-Tuvasameutertoutlevillage,etçaneteserviraàrien,affirmaAndréou.
-Aumoins,ilsn’aurontplusdepoudrepourlacouleuvrine,ajoutaGély.
-Peut-être,maisilsenramèneront,etpuis,turisquesdemettrelefeuà
toutNajac.
-Lessoldatslutterontcontrelefeu,çalesoccupera,ditGély.
-Cen’estpastrentehommesquiarrêterontlefeu,ilfaudraquetoutela
populations’ymetteetapportedesseauxd’eau,affirmaAndréou,pourne
pasquelechaumes’enflammeetfassebrûlertoutlevillage.
-Alors!Qu’est-cequ’ilfautfaire,demandaGély.
10


-Ilestpréférabled’êtreprudent…Etsurtout,quetuviennesmevoirplus
souvent,jetel’aidéjàdit,ilfautapprendreàlire,çateservirapourtefaire
respecter.
-Tudoisavoirraison,acquiesçaGély,aprèsunmomentdesilence.
-Tuesprêt,demandaAndréou.
-Oui,jetesuis.
-Viens,onmonteauGaletas.(grenier)
Arrivédevantunsoupiraildonnantsurletoit,Andréouexpliqua:
-Avecmajamberaide,jenepeuxpastesuivre,maistoi,tunedevraispas
avoirdedifficultés.
-Vassy,explique-moicequejedoisfaire,ditGély,impatientdepasserà
l’action.
-Unefoissurletoit,netetrompepasdecôté,ilfautquetuaillesen
directionduchâteau.
-D’accord!
-Aprèsnotrebaraque,tucompterassixtoituresdechaume,etlà,àcôté
d’unecheminée,tutrouverasunelucarne.
-Etsielleétaitfermée,demandaGély.
-Impossible,jel’aicassée,réponditAndréou.
-Etaprès?
-Tu n’auras pas de problèmes pour sauter dans le galetas, toi, tu es
souple.
-Bon,etensuite,demandaGély.
-Pourarriverdanslaréservedegrain,tupasserasparunmuràmoitié
écroulé,jelesais,c’estmoiquiaiagrandiletrou,avouaAndréou.
-Bon,jecroisquetoutirabien,ditGély.
-Maissurtout,vas-ydoucement,netechargepascommeunbourricot,tu
auraisdumalpourrevenir.
-J’yvais!DitGély,etavecunegrandeagilité,ilsefaufilasurletoit.
Trenteminutesplustard,ilétaitderetour,etparlalucarnedemandaà
Andréou:
-Tiens,prendscesquatresacs,jevaischercherlesautres.
-Têtedemule,ditAndréou,maisGélyétaitdéjàreparti.
Quelquesminutesplustard,quandGélyrevint,ilpassaàAndréoudeux
autressacs,etsautadanslegrenier.
-Tunevasjamaispouvoiremportertoutça,ditAndréou,c’esttroplourd.
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-Lestroispetits,c’estpourtoi,expliquaGély.
-C’esttrop…Tuenasplusbesoinquemoi,ditAndréou.
-Jeneveuxpasquetucrèvesdefaim,j’aiencorebesoindetesconseils,dit
Gélyenriant.
-Surtout,neraconteàpersonned’oùvientcegrain,ajoutaAndréou.
-Jetelejure,jenedirairien,mêmepasàmononcleGarrèl,etàEmeline,je
luiraconteraiunecraque(mensonge).

*

Dans l’aube grise, Gély disparut entre des arbres aux feuillages vert
tendre,sedétachantsurunfondnacréetmouvant.
Lesoleil,opaquederrièreunrideaudebrouillard,ressemblaitàlalune.À
mesurequeGélyavançait,unevégétationdense,deschênes,desboulots,
desacacias,pareilsàdesfantômes,apparaissaientcommedansunrêve.
Puis,unelueurs’élevaau-dessusdesnuagesbleutés.Unelumièredouce,
argentée,créaitunemultitudedereflets,decontrastesetlamoindrerosée
brillaitcommeuneperle.
Les oiseaux sautillaient de branche en branche, se désaltérant avec
quelquesgouttesd’eauetseréchauffantauxpremiersrayonsdusoleil.
Avec un air plus doux, le brouillard disparaissait et Gély s’arrêta pour
admirer les combes dans une mer de coton. Les rossignols chantaient,
c’étaitsignedebeautemps.
QuandGélyarrivaenvuedesBaraques,faitesdebois,deterreetde
pierres,avecdestoitsdechaume,iltrouvasononcleassisdevantlaporte
surunbanc.
-Garrèl!cria-t-il,regardecequejet’apporte.
-Macaniche!Oùas-tupristoutça?
J’avaismisdelaglu,etcematin,jesuisallérelevermespièges.
-Etleblé,leseigle,etl’orge,tunelesaspaseusaveclaglu?Çanemarche
pastonhistoire.
-Pourlesgraines,c’estsimple…J’airencontréunami,affirmaGély,unpeu
sorcier,etilafaitapparaîtrecessacs.
-Pourneriendire,tuesfort,tumeracontestoujoursunebellehistoire…
Maisattention,pasdebêtises,situtefaisprendre,tuirasauxgalères.
Surtoutaveccequisepasse.DitGarrèlaprèsunsilence.
12


-Jelesais,lesfemmesmanifestentdanstouslesvillages,réponditGély.
-Ilyabeaucoupplusgrave,hier,Jourquetestpassémevoiretilm’a
racontélamutineriedeVillefranche.C’esttoujourspourlasuppressiondes
tailles…Ilyaeudelabagarre,etleprésidentMayrolafrappéLafourque.
-Quic’estceLafourque?demandaGély.
-Jet’enaidéjàparlé,c’estBernardCalmels,ilestsellier,c’estl’undeschefs
delarévolte.puisl’oncleajouta:après,ilyaeudesbandesquimenaçaient
depillerlesmaisonsdesriches.Ilss’imaginentdéjàêtrelesplusforts.
-Toutçan’empêchepaslafamine,ditGély.
-Enattendant,nous,onvagrillerlesmerlesetfaireunegaletteavecles
pissenlitsquej’aicoupés,ditGarèl,çaseraparfait.

Dansl’après-midi,enarrivantàSauveterre,Gélyentradanslabastidepar
laportesainteJohan,aunord-ouest,etungardienl’interpella:
-Oùvas-tusivite,tuesbienpressé?
Unautregardienajouta:
-C’estpourallervoirlabelleEmelinequetunet’arrêtespasaujourd’hui?
Gélyrevintsursespaspourleurserrerlamain,maisnes’attardapas,il
longealesrempartsjusqu’auxécolesetpardespetitesruesauxmaisonsà
encorbellements, rejoignit la place de la Caminade, où la plupart des
boutiquesétaientfermées.
Arrivantdevantl’atelierdesellieretdecordonnierdupèreGaujos,la
porteétantouverte,Gélyentra,netrouvantpersonne,ilappela:
-Emeline!Emeline!
-Jesuisaugrenieravecmonfrère,monte,maisnefaispas de bruit,
répondit-elled’unevoixfaible.
-Qu’est-cequ’ilsepasse?demandaGélyenarrivantenhautde
l’échelle.
-Desarchetsviennentdepillerlamaison,
etcommelepèresedéfendait,ilsl’ontemmené.
-Combienétaient-ils?demandaGély,enredescendantdel’échelle.
-Quatre,maisoùvas-tu?Nemelaissepasseule,suppliaEmeline.
-Jereviens!CriaGély,ensortantdel’échoppe.
En quelques minutes, il parcourut les ruelles autour de l’église, pour
rassemblerhuitrustiquesSégalis,avecdegrosgourdins.Puisilsquittèrent
13


labastideencourantenfileindienne,parunétroitsentieràtraversronces
etajoncsépineux.
Yvo,leforgeron,ungaillardd’unetrentained’années,avaitprislatêtedu
groupe,pourmeneruntrainsoutenu,ils’écria:
-OnlesauradanslacombedelaMalautia!
Trente minutes plus tard, ils avaient atteint le chemin creux menant à
Najac,etchoisirentlepassageleplusétroitavecdesarbustesassezhauts
pourlesdissimuler.
Unetrèslégèrebriseagitaitlesfeuillesdesarbres,quelquesrayonsde
soleilarrivaientàpasseràtraverslavégétation,unedoucetiédeurrendait
celieureposant,lesoiseauxchantaient.
Quelques minutes passèrent, puis des pas se firent entendre, se
rapprochant à chaque instant. Quand les quatre archets furent à leur
portée,simultanément,deviolentscoupsdegourdinss’abattirentavecune
forcepeucommunesurlesjambesetlatêtedecesmalheureux.
Lesmercenairesétantoccis,noshuitSégalissemirentàrireetlibérèrent
lepèreGaujosdesesliens.Ilsallaientreprendrelechemin,quandYvo
déclara:
-Prenonslesarmesetjetonslescorpsdanslebartas!(hallier!)
Immédiatement,toutcequipouvaitavoirdelavaleurfutrassembléet,en
tenantlesvaincusparlespiedsetlesbras,aprèsquelquesbalancements
pourprendredel’élan,ilslesprojetèrentleplusloinpossibledansles
ronces. Puis, paisiblement, s’engagèrent en bavardant sur le sentier du
retour.
Ausommetd’unrapalhon(raidillon),ilss’arrêtèrentdevantunebaraquede
pierres sèches, datant de l’an mille, et déposèrent leur butin qui alla
rejoindred’autresprisesfaitesàl’ennemi.
*
De retour à Sauveterre, nos justiciers d’occasion se dispersèrent pour
vaqueràleursoccupations,commesiriennes’étaitpassé.
Arrivésàlaboutique,lepèreGaujosetGélytrouvèrentEmelineetRiquet
encorecachésdanslegrenier.
-Nousavonsdiscutégentiment,expliqualepèreGaujosàsesenfants,etils
ontcomprisqu’ilétaitpréférabledemelibérer,dit-ilensouriant,puisle
pèrechangeadesujetentaquinantsafille.
-Alors!Tunet’occupespasdetonamoureux?
14


-Qu’est-cequevousvoulez?bredouillaEmelineencoretremblante.
-Donne-nousdumescla(mélange)delamère,ditGaujos,etbienchaud!
Emeline,avecquelquesbrindillesrallumalefeudansl’âtre,etmitune
casseroleavecunjusnoiràchauffer.
-Qu’esaquocettemixture?(Qu’est-cequec’est?)demandaGély.
-Jesaisqu’ellefaitgrillerdesglandsavecd’autresgraines,etpuisajoute
desherbes.Maisboisdonc,çavateréchauffer.
-DéDIU!C’estunbreuvageàréveillerunarchetduroi,s’écriaGély,etils
s’esclaffèrentensetapantsurlescuisses.
-Gély,turestesavecnouspourmanger?demandaRiquet.
-Non,c’estimpossible,j’aipromisàGarrèldel’aideraujardin.
-Maisdemain,onvaàlapêche!Tumel’avaispromisàmoiaussi,
insistaRiquet.
-De toutes les régions arrivent des miséreux, des soldats, et avec les
quémandeursattitrés,quiviennentchercherlapassade(aumôneaccordée
auxgensdepassage)àl’ostaldéDiu,lacampagnen’estpassûre,affirma
Gaujos.
-Pourtant, les gueux ont de la chance, il suffit qu’un riche bienfaiteur
choisissedenousquitterpourallerauparadis!Danscecas,l’hôpitaloffre
unhabitdebureàdouzepauvrespourencadrerladépouilleenportant
flambeaux.Etenplus,ilsaurontledroitdeparticiperaufilageduchanvre,
autissage,auseulbénéficedelacommunauté.C’estlebonheur,ajouta
Gély.
-Alors!Toutvabien,iln’yaplusdemalheureux!s’écriaGaujos.
-Onpeutalleràlapêche,insistaRiquet.
-Comme c’est trop dangereux, nous irons tous ensemble au bord du
ruisseauMergou.Etilfautespérerquemamanseraderetourpourvenir
avecnous,ditGaujos.
-Çac’estformidable!s’écriaRiquetensautantsursonpère.
Gélyleurditaurevoir,etEmelinel’accompagnajusqu’àlasortiedela
bastide,oùilpritunétroitsentierendirectiondePradinas.

Descendant dans des gorges profondes, presque impénétrables, il
traversaleLiort,unpetitruisseauquiserpentegaiementenallantrejoindre
leViaur.
15


Dansunbuisson,oùGélyavaitplacéuncollet,faitavecducrindecheval,il
trouva un beau lapin. Heureux, il le rangea dans son sac et reprit son
cheminendirectiondelaSalvetat.C’estàcemomentqu’ilentenditun
bruitétrange,immédiatement,Gélys’accroupitetretintsonsouffle.Puis,
ens’aidantdescoudes,ilprogressaendirectiondesbruissementsqu’il
entendaitfaiblement.Quandsoudain,selevadevantluiunhommehirsute,
enhaillon,avecdesyeuxexorbitants,faisantdegrandsgestes,etilseplaça
devantunenfantpourledéfendre.
Gélyessayadeluiparler,deleconvaincrequ’iln’avaitrienàcraindre.Mais
l’hommenecomprenaitcertainementpasunmotdelalanguedenotre
pays.
Lesminutespassaient,angoissantes,alors,avecdesgesteslents,Gély
sortit le lapin du sac et s’avança pour l’offrir à ces deux malheureux
mourantdefaim.
L’homme,neputrésisterlongtemps,ils’emparadel’offrandeetsansplus
attendre,pourledépouiller,sortitunboutdeferrouillé,ressemblantàun
couteau.
Devantcespectacle,Gélysouritetinvitalegosseàramasserdesfeuilles
biensèchesetdesbrindillesdeboismort.PuisGélydétachadesaceinture
unvieuxbriquet,fonctionnantavecunepierreàfeu,unoutild’unautre
âge,provenantdesonpère,maisencoretrèsutile.Etavecbeaucoupde
patience,ilparvintàfairenaîtreunepetiteflamme,bienprotégéeentre
deuxpierres,qu’ilregardagrandirensoufflantàsabase,avecdouceuret
régularité.
Maintenant,detempsentemps,legosserajoutaitdesbranchettespour
entretenirlefoyer.L’hommenetardapaspourinstallerlelapinàgriller.
Alors,ilserelevaetpoussaungrandcri,unsoupirsortantdesesentrailles,
avecunregardpleindereconnaissanceetdefolie.Parmoments,l’onaurait
pucroirequ’ilallaitdévorersonbienfaiteur.
Tantilsétaientaffamés,qu’ilsn’attendirentpasquelegarennesoitbien
cuitpourcommencerlefestin.NesepréoccupantplusdeGély,qui,troublé
parcettescène,reculaensilence,etpensif,repritsonchemin.

16



Celuiquiabiendîné,
croitquelesautres
sontsadols!(rassasiés)


Aprèsavoirtraversédesbartes,terrainsavecdeshalliers,refugesdes
lapinsetdesrenards,pardessentiersseulementconnusdelui,Gélyen
arrivantàunelieuedesonostal(maison),trouvaGarrèlentraindefixerà
unarbre,unpanneauportantcetteinscription:
Attention…PèstaNegre.
-Avecça!Personneneviendranousdéranger,ditGély.
-Tiens!C’estnouveau…Depuisquandtusaislire?
-Cetexte,toutlemondesaitcequeçaveutdiredanslepays.Mais,quand
je vais voir Andréou, à Najac, il m’apprend quelques lettres. À un ami
commeça,onnepeutrienrefuser,expliquaGély.
-Ilaraison,c’estlaseulefaçondeparlerd’égalàégalavecnosseigneurset
maîtres,ditGarrèl.
-Aveclarichesseenmoins,etsij’aiunpeudemémoire;c’estl’argentqui
mènelemonde.C’estbiencequetum’asappris?réponditGély.
-Oui!Tuasraison,maisnotrerichesse,ditGarrèl,c’estlejardin,nosdeux
chèvresetNoireau,notreporcèl.
-Etc’estdéjàbeaucoup,reconnutGély.
-Alors,viensm’aider,ilyaduboulot.Aprèslesgrandsfroidsetlespluiesde
printemps,laterreestlégère,parseméedepetitstrous,commeunedentelle,
c’estunplaisirdelatravailler,ditGarrèl.Etpuis,ilfautallerchercherdelongs
piquets,biendroits,pourrenforcerlacabanedesbêtes.
Lesoutilssurl’épaule,ilsn’eurentqu’àquitterleurclairièrepourtrouver
desarbresquileurconvenaient.
Et tout en coupant, taillant les petites branches, Gély posait des
questions.
-Quandtuhabitaisavecmonpère,ilyadéjàquelquesannées,tutravaillais
àSauveterre?
17


Non,Jetrafiquégeais…Jen’aipasvoulutravailleràMontilhar,etjerestais
lemoinspossibleàlaBastide,réponditGarrèl.
-C’estpourçaquetun’aspasattrapélapeste,ditGély.
-Passibête,jesuispartiavant.
-Ici,aumoins,onestlibre,ditGély.
-QuandlamaladieacommencéàlaBastide,tesparentssontvenusme
rejoindre,Avectoibiensûr.
-IlstravaillaientencoresurleLézert?demandaGély.
-Non,ilsétaientdéjàtropmalades,etnousontquittésencorejeunes…
Maistumefaisparleretletravailn’avancepas,ditGarrèlpourchangerde
conversation.
Desnuagess’accumulaient,l’airétaitdevenulourd,Garrèlregardaauloin
etdit:
-Tuentendscegrondement?
-Oui,jecroisqu’onvaêtrearrosé,réponditGély.
Ilseurentjusteletempsderamasserlesoutils,quedéjàdegrossesgouttes
leurtombaientdessus.
Encourant,GélyetGarrèlrejoignirentlesBaraques.
Leventtourbillonnait,lapluies’abattaitviolemment,parrafale,s’infiltrant
danslechaume,danstouteslesfentes,etcelanemanquaitpasdansces
baraques.
Lecrépitementdel’eausurlesol,mélangéaugrondementdutonnerre,au
bruissement des feuillages dans les arbres, qui s’agitaient comme des
bateauxballottésparlatempête.
Montés sur des pierres, pour ne pas avoir les pieds dans l’eau, ils
admiraientlespectacle.
Puis,petitàpetit,lesélémentssecalmèrent.Onsentaitdesodeursdeterre
etdefoincoupéetdesruissellementstintaientàleursoreilles.
L’oragepassé,ilfallutbricoler,tantbienquemal,toutcequeleventavait
brisé.Unepluierégulières’installasurlarégion,etpendantplusieursjours,
GélyrestaauxBaraquespouraidersononcle.
Mais,dèsquelesoleilfutrevenu,GélyrepritlechemindeSauveterre,
pourretrouversonEmeline.
Enentrantdansl’échoppe,elleluiannonça:
-Gély,jet’attendais!Mamanaétéarrêtéepardessoldats,enrevenantde
saint-Salvadou,avecd’autresfemmes.
18


-Commentsais-tutoutça?demandaGély.
-C’estunevoisine,elleétaitaveclegroupe,etapus’échapperpournous
prévenir.
-Oh!Putagarrèla!(Boiteuse)s’écriaGélyenserrantlesdents.
- Mon père se prépare pour partir à Vabre, monte vite le voir, ajouta
Emeline.
Arrivédanslapiècedupremierétage,Gélyletrouvaentraindemettre
seschausses,etilluidéclara:
-Gaujos,jeviensavectoi!
-Alors,prendscegrosgourdin,onvaenavoirbesoin.
Pendantdeuxheures,ilscavalèrentpard’étroitssentiers.
-Tucroisqu’ilssontàlatavernedeVabre?demandaGély.
-C’estcequ’onm’adit,réponditGaujos,nousverronsbienenarrivant.
-Onvaleurfairepasserunbonmoment,affirmaGély.
-Çanevapasêtredugâteau…Ilssontsept!
-Alors,onpeutleurfaireboufferdeschampignons.
-Etpuisquoiencore…Tuneveuxpasleurdonnerdesortolans?
-Iln’enestpasquestion,maisavecdesamanitestue-mouches,ilsseront
ivresets’endormirontprofondément,affirmaGély.
-Oùvas-tuencorecherchertoutça?
-C’estPierrel,l’aubergistedeVabre,ilmelesamontréspendusdansson
grenier,réponditGély.
EnarrivantàVabre,ilsfirentletourdelamaison,pourtrouverPierreldans
lapièceluiservantdecuisine.
-Lesgensd’armessontdanslasalle?demandaGaujos.
-Non,maisilsdoiventvenirdansuneheure,pourmanger.
-C’estparfait,tuvasleurpréparerunbonplatd’amanitestue-mouches,
pourlesendormir,ditGély.
-Etaprès,qu’est-cequ’onvaenfairedecesbougres?demandaPierrel.
-Onlesfoutrasurlaplace,etnous,nousauronsletempsd’allervisiterleur
cantonnement,affirmaGaujos.
-Benléu!(Peut-être)Vouscherchezuntrésor?voulutsavoirPierrel.
-Jecherchemafemme,réponditGaujos.
-Alors,jenepeuxrienvousrefuser,Gély!Monteaugrenier,chercherla
marchandise,s’écrial’aubergiste.
19

Mais,aprèsavoirmangéleschampignons,aulieudelesendormir,toutela
troupeétaitdansunétatdesurexcitationfurieuse,etenarrivaitmêmeàse
taperdessusenhurlant.
-Ilsvontsetrucidertoutseuls,ditGaujos.
-Commeça,fitremarquerGély,onauramoinsdetravail.
Uneheureplustard,nosdeuxfarceursattendaient,cachésdansl’arrièresalle,leseffetsdecettenourrituremiracle.Etpuislessoldatsfinirentparse
calmer,s’endormantbrutalement,certainssurlestables,d’autrepartterre,
entasséslesunssurlesautres.Quandlatroupefutallongéeaumilieudela
place,GaujosetGélys’enallèrentvisiterlamaisonréquisitionnée.Mais,ils
eurentbeauchercheretserenseigner,iln’yavaitpasdeprisonnièresdans
lesenvirons.
Ils s’en retournaient, tout penauds, mais, en arrivant sur la place, ils
eurentlamauvaisesurprisedetrouverleuramiPierrel,entraindesefaire
bâtonnerparlessoldatsquis’étaientréveillés.Sansseposerdequestion
surleschancesderéussitedecepugilat,GaujosetGélysejetèrentdansla
batailleavecfureur.
Maisàtroiscontresept,labonnevolonténesuffisaitpas.Etnosfarceurs
commençaientàprendreunesévèrecorrection.C’estalorsqu’uninconnu,
arméd’ungrosbâton,semitànettoyerlaplace.Enquelquesminutes,la
paniqueavaitchangédecamp,etlesgensd’armes,sansdemanderleur
reste,prirentlafuitesouslespierresetlesinjuresdelafoule.
Il faut dire que la soldatesque, ressentait encore les effets des
champignons,etqu’ilsavaientlatêtefragileetlesjambeschancelantes.
-Voilàunefaçondefaireconnaissanceassezinattendue?s’écriaPierrelen
s’adressantàl’inconnu.
-Jen’aifaitquerendreàcesmercenaires,lescoupsqu’ilsvousdonnaient,
répondit-il.
-Maisvotreinterventionaétéefficace,reconnutGély.
-Oui!Nousétionsenmauvaiseposture,ditGaujos.
-Tuescertainementletavernier?
demandal’inconnuens’adressantàPierrel.
-Jen’enaiplusquelenom,carlesagentsdelaFermem’onttoutpris.
-Qu’est-cequ’ilstereprochent?voulutsavoirl’inconnu.
-Ils contrôlent tout, et m’accusent d’avoir triché. Regarde, il y a une
branchedesapinclouéesurmaporte,etjenepeuxvendremonvinque
20


parpinte,réponditPierrel.Etcetteannée,jenesuispasarrivéàpayerla
taille.
-Tunefraudesjamais?demandaGaujos.
-Jesuisobligé,maisdetoutefaçon,ditPierrel,ilnemeresteplusrien,vous
lesavezbien.
-Danstoutelarégion,c’estlamisèreetlafamine,précisaGély.
-Pourmepunir,ilsm’ontvidétouslestonneaux,maisentrezdonc,et
venezàlacave,peut-êtrequ’ilrestequelquechoseàboire,ditPierrel.
Enpenchantlesfûts,ilsarrivèrentàtirerunpeudevind’hypocras,faitavec
desherbes,etl’inconnus’écria:
-MerciàBacchus,quinousdonnelepotdel’amitié!
-Jenesaispascequetuasrajoutécommeépices,maisilestrude…Ce
n’estpasétonnantquelessoudardsaientperdulatêteaprèsavoiravaléce
breuvage,affirmaGély.
-Tuesdepassagedansnotrepays?demandaPierrelàl’inconnu.
-Onm’appelleRenat,jesuisenvoyéparleparlementdeToulouse,pour
écouter,voircequ’ilsepasseetécriredeschroniques.
-Alors,tunemanquespasdetravail,s’écriaPierrel,puisilfinitsonpot.
-Oui,lavien’ajamaisétéaussidure,affirmaGély.
-Onnepeutpasdirequecelanesoitjamaisarrivé…Çafaitdessiècles,des
millénairesquelespeuplessouffrentdelafoliedesgrandsdecemonde,
réponditRénat.
-C’estencourageant,cequetunousdis,fitremarquerPierrel.
-Peut-être,maisc’estlaréalité,etj’aidesdizainesd’exemples…Siçavous
intéresse,jepeuxvousenraconter,demandaRénat.
-Vasy,ont’écoute,ditGély.
-Ilyaquelquesannées,àlaSauvetat,àcôtédeBergerac,lestroupes
avaientmislefeuàdesmaisonsformantl’enceintedelacité.Lesflammes
passaientd’unetoitureàl’autre,leshabitants,véritablestorchesvivantes,
sautaientparlesfenêtres,ettoutelavillebrûla.Ilyaeudescentainesde
morts.-Macaniche!soupiraGély.
-C’esttoujourslerefusdespuissantsd’accorderunpeudejustice,qui
pousseleshommesàlarévolte.Jemesouviensd’unrapportquej’avaislu
surunjeunepaysandeBouloc,entréenrébellionlehuitjuinseizecent
trente-sept, vous voyez, ce n’est pas bien vieux. Je vous résume cette
histoire.
21


Letocsinsonnait,àlatêted’unetroupedepaysansavecdesfourcheset
desfaux,ildéclenchaitlarévolte.Etilstiendrontenécheclestroupes
royalespendantdeuxans.Puis,commetoujours,ilfutdénoncé,arrêtéet
misàmort.Ceshistoiresnefinissentjamaisbien,ditRénat.
-Maissil’onnefaitrien,ditGély,ilsnousprendronttout.
-Etsivousfaitesunerévolteenétantisolés,celaneserviraàrien,onvous
pendra!Vousnepourrezpasdiscuter.Quelquesmilliersdepaysansen
moins,affirmaRénat,çanecomptepaspourlesgrandsdecemonde.
-Alors,qu’est-cequ’ilfautfaire?demandaPierrel.
-
Ilfautvivre,ditRénat,etapprendreàsedéfendreparlaruse.
-Peut-être,maislescoupsdebâtonquetuasdonnésauxsoudards,ça
nousaquandmêmebienrenduservice,ditGaujosenriant.
Aprèsavoiravaléladernièregouttedesapinte.Rénatrepritsonrécit:
-Danslemassifcentral,auvillagedeCrocq,entreLimogesetClermontFerrand,lespaysansprirentlesarmes,pourpayermoinsd’impôtsetavoir
plusdeliberté.C’estpourcelaqu’onappelleCroquants,tousleshommes
quiserévoltent.
-C’estloind’icicepays?demandaGaujos.
-Peut-êtrequatre-vingtslieues,précisaRénat,maisilsparlentaussinotre
langue,l’occitan.
-Çaenfaitdesjoursdemarche,c’estaudiable!ditGély.
-JepeuxaussivousparlerdesTuchins,çasepassaitenmilletroiscent
soixante-cinq,demandaRénat.
-Onn’ajamaisentenduparlerdeceux-là,maiscommeturacontesbien…
Ont’écoute,réponditPierrel.
-Audébut,cesontdespaysansdeBonnacdansleCantal,ilsavaientmisau
point une nouvelle façon de lutter, en créant des petites associations
secrètes, une vingtaine d’hommes, des bandes qui couraient le pays
d’Auvergne,seretrouvantpouragir,toujoursoùonnelesattendaitpas.
AucontrairedespremièresJacqueries,écraséesenquelquesjours,les
Tuchinssemultiplièrentettinrentlestroupesroyalesenéchecpendantun
quartdesiècle.
DestroupesravageaientlaFrance,etleroiCharlesVfaisaitlaguerrepour
chasserlesAnglais.
-C’étaitplutôtdesmercenairesquisebattaientpourlesrois,fitremarquer
Pierrel.
22


-Ilenatoujoursétéainsi,acquiesçaRénat,etlepetitpeupleauvergnat
faisaitlesfraisdecettelutte.Lestroupesdévastaientlescampagnes.Leur
maximeétait:(Mieuxvautpayspilléquevilleperdue.)
-Ehbien!Ils’enestpassédesdrames,s’exclamaGély.
-C’estquandmêmeformidabledesavoirtoutça,ditPierrel.
-Continue,ditGély,çam’intéresse.
-Pourvousdonnerunexemple,onpeutdirequ’ilsétaientunpeucomme
Robindesbois,ditRénat.
-Quic’estcelui-là?demandaGaujos.
-Je vous raconterai ses aventures une autre fois. Parlons encore des
Tuchins, qui avaient une réputation de justicier, le peuple les nommait
benvolents(lesbienveillants),parcequ’ilsfaisaientpayerlesriches.
Larévoltes’étenditdanstoutleLanguedoc,deCarcassonneàToulouse,
d’Albijusqu’àNîmes.
MaiscommelesTuchinsétaientdevenustropimportants,secroyanttrès
forts,ilsfirentl’erreurdecombattreenrasecampagne.Etbattus,leschefs
furentbrûlésvifs,etlesprisonniersjetésdansunefosse,oùl’onavaitmis
descharbonsardents.
-Çafinittoujoursmalteshistoires,ditGaujos.
-Ilfautespérerqu’unjour,ditRénat,touslespeuplesinstaurerontdes
républiques.
-UnpeucommelacommunedeSauveterre?demandaGaujos.
-Oui,situveux.Maisilfaudratoujourssurveillerleshommesàquil’on
donnetropdepouvoir,carlabarbariepeuttoujoursrevenir,affirmaRénat.
-C’estcequiaétéfaitaveclachartedeSauveterre,puisqu’unconsulet
deuxconseillerssontélusparquartier,pourunan,pourreprésentertoute
la communauté. Ils ne doivent accepter ni présent ni redevance, et ne
peuventplusêtrecandidatspourcettecharge,ainsiquelesmembresde
leurfamille,expliquaPierrel.
-Ça!C’estdéjàunprogrèsimmense,reconnutRénat.
-Avecquoisebattaientlespaysans?demandaGély.
-Devieuxarcs,desépéesrouillées,desgourdins,réponditRénat,unpeu
commelesgensd’aujourd’hui.
-Pourtant!Onnepeutpascreverdefaimsansrienfaire,ditGaujosaprès
unlongsilence.
23


-Oui! Il faut se battre, mais pas n’importe comment, ne pas aller au
suicide, essayer plutôt de faire comme Pierre Grellety, qui avec ses
hommes,danslesforêtsdeVergt,ducôtédePérigueux,arésistéaux
troupes royales pendant trois ans. Mais je ne vous raconterai pas son
histoireaujourd’hui,ceseraittroplong,ditRénat
-Macarèl!(maquereau)Toutça.Cen’estpasencourageant,ditGaujos.
-Certainement,maisc’estlavérité,etjevousl’aidit,ilyaeudepuisdes
sièclesdesmilliersdemorts,etcelan’arienchangé,aucontraire,c’étaient
lespluscourageuxetilssontmortspourrien.
-J’aibiencompris,pasdesacrificeinutile,ilfaut…Commentas-tuappeléça
toutàl’heure?demandaPierrel.
-Unerépublique,réponditRénat.
-Maisnous,onnesaitmêmepaslire,avouaGaujos.
-Ilfautapprendre,affirmaRénat.
Nosquatreblagaïres(blagueurs)restèrentunlongmomentsansriendire,
puisPierrels’écria:
-Çafaitplusieursjoursquej’aimisdesescargotsàjeûner,etsionallaitleur
raconternotrehistoireenlesfaisantgriller.
-Macarèl!J’aiunefaimdeloup!s’écriaGaujos,etilsallèrentdansunpetit
jardin derrière la maison. Pierrel découvrit dans sa cave un barral
d’hypocras,etaveclacargolade,celalesrenditjoyeux.
Aprèscefrugalrepas,RénatpartitàVillefranchepourvoirl’évolutionde
la situation. Gaujos retourna auprès de ses enfants, et Gély s’en alla
retrouverunamiàsaintSalvadou.

Àlasortieduvillage,Gélyrencontraunevieillefemmeportantsurson
dosunénormefagotdebois.-Macaniche!Tuvasloincommeça?
-Non,jesuispresquearrivée,jevaisàlabaraquequ’onaperçoit,juste
avantleschâtaigniers,ças’appellelacroixduloup,jenesaispaspourquoi?
réponditlavieille.
-C’estmonchemin,alors,donne-moitonfardeau,dit-ilendéchargeantla
vieille.
Quelquesminutesplustard,Gélydéposaleboissousunabri,àcôtédela
ported’entrée.
-Aveccetteréserve,tuasdequoifairechaufferlasoupe,ditGély.
24


-Oui,maisleproblème,c’estqu’iln’yarienàmettredansl’ola(marmite),
réponditlavieille.
-Ilfautfaireunesouped’orties,ditGély.
-Jenet’aipasattendupourcueillirdesherbes.
-J’ensuiscertain!Tutrouvesbiendesmoyenspourtedébrouiller.
-Tuasunebonnebouille,tumefaispenseràmonfilsquej’aiperdu,ilya
déjàpasmald’années,dit-elle.
-À quoi occupes-tu tes journées, lui demanda Gély pour changer de
conversation.
-Je fais un peu de jardinage, mais j’ai aussi le don! Je vois, je devine
l’avenir, en regardant les étoiles, et surtout dans la terre d’ici, qui
est
particulière,légère,sablonneuse,avecunegrandemémoire.
-Jenecroispasbeaucoupàtoutça,etjen’aipasundenierenpoche,
réponditGély.
-Maisjenetedemanderien!C’estgratuitpourtoi,alors,entredonc,ditelled’unefaçonénergique.
Gély ne put refuser, et dans une demi-pénombre, alla s’asseoir à
proximitéd’unepetitetable.Lavieilles’installadel’autrecôté,rapprocha
unbolencuivreremplid’uneterreocrée,déposadessusquelquesfeuilles
delaurieretlesfitbrûler.Puis,lentement,mélangealescendresàlaterre
etsepassasurlatêteunegrandetoiledelinrouge.
Aprèsquelquesminutesdesilence,ellecommençaàparler:
-Tuasl’aird’ungarçonbiencalme…Pourtant,jevoisdestasd’aventures.
-Aujourd’hui,onnepeutpassortirsansqu’ilvoustombequelquechosesur
latête,ditGély.
-Nedisrien,ilfautdusilencequandonfaituneprédiction,affirmala
vieille, puis elle continua d’une voix monotone: J’entends des mots,
apportésparlevent,venantdetrèsloin,dupassé,duplusprofonddela
mémoire…Prendsuneplume,
etnote,ditlavieille.-Jenesaispasécrire,avouaGély.
-Alors,écoutebien…Etessayedet’ensouvenir.
Ilyatoujourscettephrasequirevient:

Quesontmesamisdevenus?

-Etlasuite,demandaGély.
25


-Après,c’estlesilence…
…Ah!j’entendsd’autresmots,écoute:


Quandvientletempsqu’arbredéfeuille,
quandilneresteenbranchefeuille,
quin’ailleàterre,
parlapauvretéquim’atterre,
quidetoutespartsmefaitlaguerre,
prèsdel’hiver,
etfroidauculquandbisevente,
leventmevient,leventm’évente.

Puis,aprèsunsilence,lavieillerepritsaprédiction:
-Oui,jevoisdesusines,beaucoupdemarchandises…-J’entendslemot
espérance,maisjenecomprendspaslasuite,ditlavieille.
-Del’espérance,actuellement,onenabienbesoin,ditGély.
-Jevoisdesfemmesautourdetoi,surtoutunejeunefille…Vousallezfaire
ungrandvoyage…
C’estbizarre!Jevoisaussidesautrespersonnages.Maisc’esttrèsloindans
l’avenir.
-Danscombiendetemps?VoulutsavoirGély.
-C’estdifficileàdire…Peut-êtretroiscentcinquanteans,ditlavieille.
-Diantre!S’écriaGély.
-Cesontdegrandschangements…Maisaussitoujoursdelamisère,des
famines,desguerres,Insistalavieille.
-J’espèrequevousvoyezunpeudeprogrès?DemandaGély.
-Oui,desinventions…Desbombespouvantdétruiredesvillesentièrement.
Ilyauratoujoursdelabarbarieetdesmassacres…Etlesrichesserontde
plusenplusriches!MaisJ’espèremetromper,expliqualavieille.
-Tesprévisionsnesontpastrèsoptimistes,ditGély.
-Jevoisaussidesingénieursquiinvententdesmachinesmonstrueuses,qui
vontremplacerleshommesetlesbêtes.
-Tum’enracontesdebelles,ditGélyenselevant.Maisjetelepromets,
j’iraivoircommentviventlesgensdansquelquescentainesd’années.
26


-Attends!Nebougepas,jevoisaussitoujoursdesdrames,deshommes
enchaînés.Etpourtoi…Jevoisuntrèslongvoyage!
-C’est vrai ce que tu dis, j’ai encore du chemin pour arriver à saint
Salvadou,etsijeneparspas,jen’yarriveraijamais.Allez…Alreveire!(Au
revoir)
-Surtout,faitattention,neprendspaslechemindesfées,quipasseentre
TabraetLouzac,c’estunendroitlugubre!Ditlavieille.
-Jepourraispeut-êtrerencontrerlediable?DitGélyensouriant.
-Neplaisantepas!Lecheminpasseàtraversunegrandefriche,avecdes
genévriers,delabruyèreetdesgenêts.Ilconduitàunetrèsgrossepierre,
avecuntrouaucentre,oùilyatoujoursdel’eau.Certainsdisentquedes
féesdansentdanslaclairière,autourdelapierre,etd’autresaffirmentque
desdracs(lutins)viennents’ydésaltérer.Onditaussiquec’estunancien
cultepaïen,etqu’ilyaeudessacrificeshumains,ditlavieilleenparlantà
voixbasse.
-Tu dois avoir raison, il est préférable que j’évite ce lieu satanique,
reconnutGély,puis,ilrepritsonsentierd’unbonpas,traversaleplateaude
Pierre-Changeenchantantàtue-tête:

Etfroidauculquandbisevente,
leventmevient,leventm’évente!

Toutenfredonnant,GélyarrivaavantlanuitchezsonamiCaminas,qui
s’écria:
-Toi!Pourêtreicijustequandc’estcuitàpoint.Tutedirigesàvistadenas
(vuedenez)
-J’étaisàValou,etj’aihumédessenteursdegrillade,ditGély.
-Jereconnaisquetuasduflair.Jegrilleuncorbeauquej’aiprisavecune
tindelle, (une pierre plate maintenue avec une branchette) expliqua
Caminas.
-Çatombebien!J’aiunefaimdeloup,affirmaGély.
-Tuasdelachance,parcequeleplussouvent,jen’airienàmemettresous
ladent,masituationn’estpasflorissante,reconnutCaminas.
- Pourtant, tu avais un bon travail avec tes charrois de marchandises.
Maintenant,tuesunbrassier…(Unhommequivendlaforcedesesbras)
Commentes-tuarrivéici?demandaGély.
27


-Un jour, en revenant d’un transport, la peste m’avait tout pris… Ma
femme,mesenfants.Etpuis,lesfabriquesontfermé…J’aitoutperdu.
-Ilyadeschosesquejenecomprendspas?DitGély.
-Moi,jesuisvenumeterrerici,etjenechercheplusàcomprendre.Je
marchetêtebaissée,jefaislebœuf,reconnutCaminas.
-Cen’estpaspossible.Cen’estpaslebonDiuquiveuttoutça!
-Toutàl’heure,onvaallerlevoir,réponditCaminas.
-Quituveuxvoir?DemandaGély.
-LebonDiu!Aumonastère,ilsontdequoimanger,affirmaCaminas.
-C’estpeut-êtreunpeurisqué?DitGély.
-Non,àlatombéedelanuit,iln’yapluspersonnedanslebâtimentdu
fogal(foyer)C’estunefemmequiaideàpréparerlesrepasdesmoines,
affirmaCaminas,ellem’atoutexpliqué.
-Qu’est-cequetuveuxqu’ontrouve!Onnevarienyvoir,ditGély.
-J’aitoutprévu,onm’apasséunelampeàhuile,réponditCaminas.

Puis,ilss’installèrentdevantlefeudebois,pourmangerleurcorbeau,
avecautantdeplaisir,quesicefutdesgrives.
-As-tudesnouvellesdelasituationàVillefranche?DemandaGély.
-Oui,hier,j’aiparléavecdesCroquantsquienrevenaient.Ilsm’ontditque
lavaleurdelamonnaieavaitbaissédemoitié.
-C’estencoreuncoupdel’Intendant,ditGély.
-Certainement.Maisilyaeudelabagarre,etdesmaisonsappartenantà
descollecteursontétépillées,réponditCaminas.

Aveclatombéedelanuit,
ilssepréparèrentàpartir,etGélydemandaàsonami:
-C’estloin,lanourrituredubonDiu?
-Peut-être,uneoudeuxlieues,réponditCaminas,jen’aijamaismesuréle
chemin.
Pourcadencerleurmarche,Gélyseremitàchanter:
-Etfroidauculquandbisevente.
-Chut!Jecroisqu’onarrive,ditCaminas.
-Ah! c’est bien, parce que cette promenade au clair de lune, après la
grossechaleurdelajournée,celam’adonnéfaim,ditGély.
-Tiens!Regarde,ditCaminas,çayest,onaperçoitlesbâtiments.
28


-Oh!Puteborgne!C’estimmense,s’écriaGély,Unvraichâteau.
-Parle plus doucement. Pour arriver dans les jardins, il nous faut
contourner les murs d’enceinte par la gauche, expliqua Caminas, et on
trouveraunepoterne.
-C’estbien,tuconnaistontrajetparcœur,reconnutGély.
Parvenussansproblèmedevantlapetiteportevermoulue,quis’avérane
pasêtrefermée,commel’avaitindiquélabonnefemme,ilspassèrentle
jardinets’introduirentdansungrandcouloirtrèssombre,etattendirent
quelquesminutespours’habitueràl’obscurité.Àlalueurdelapetitelampe
àhuilequetenaitCaminas,ilsavancèrentlentement,etfinirentpartrouver
laportedevantconduireauxréservesdenourriture.
-Jenesaispasoùnoussommes,maisjenevoispasdechaudrons?Cette
pièceneressemblepasàunesalle,iln’yapasdefoyer,fitremarquerGély
enparlantàhautevoix.
-Chut!Nousallonsbientrouver,affirmaCaminas.
C’est à ce moment qu’une porte s’ouvrit, et de l’obscurité, tenant un
chandelieràtroisbranches,sortitunhommequidéclara:
-Sivouscherchezlasallepourcasserlacroûte,vousvoustrompezde
porte.
Surprisparcettesoudainearrivée,GélyetCaminasnedisaientmot.
-Nevousinquiétezpas,avecmoi,vousn’avezrienàcraindre,ditl’homme
encontinuantdes’approcher.
-Nous avions seulement un peu plus faim que d’habitude, expliqua
Caminas.
-C’estcequej’avaiscompris.Alors,puisquevousêteslà,venezdoncavec
moi,jevaisvousfaire
uneomelette,çanousdonneral’occasiondeseconnaître.
-C’estunebonneidée,approuvaGély.
L’homme ouvrit une autre porte, et ils entrèrent dans une salle où se
trouvaitunegrandecheminée.
-Je m’appelle Matthias, je suis encore novice, mais vous voyez, nous
sommesseulsetvousnerisquezrien,dit-ilensortantdesœufs.
-Tu es certainement un moine important, pour recevoir des pauvres
bougres,commedesinvitésdemarque.Oncomprendquetuaslafoi,dit
Gély.
29


-Pasplusquevous.Jenesuisqu’unfilsdepaysanpauvre.Etàlaferme,il
n’yapaslaplacepourdeuxgarçons,ilfautquejedeviennemoine,expliqua
Matthiastoutencassantlesœufs.
-Tuesseuldanscesgrandsbâtiments?DemandaCaminas.
-Non,lesmoinessontentraindeprieravecl’abbésupérieur,quiaprèsira
rejoindresesappartementsetsaservante.Moi,j’étudie,Jemeposele
moinsdequestionspossible,réponditMatthias.
-Tuneparlespascommeunreligieux,ditGély.
-Ça,c’estvrai,cartoutcequelescurésnousracontent,c’estpourgarder
leursprivilègesetnousfaireaccepternotremisère,ajoutaCaminas.
-Cen’estpasparcequel’onestcuré,moineouCardinal,quel’onestun
saint,réponditMatthias.
-Quand on mange une omelette aussi sublime, qu’on peut admirer la
diversitéetlabeautédelanature,ditGély,onestobligédepenserqueDiu
etgrand!
-Attention,malheureux!Vanini,unItalien,pouravoirenseignéqueDiuet
lanatureétaientidentiques,expliquaMatthias,ilafinibrûlévifàToulouse.
-Oui,maisc’étaitcertainement,ilyabienlongtemps?DemandaCaminas.
-Maisnon,celasepassait,jecrois,enmillesixcentdix-huit.Alors,ilfaut
faireattentionàquil’onparle,précisaMatthias.
-Onsaitbienquelemonden’estpasparfait,qu’ilyatoujoursdesinjustices
etdeserreurs,ditCaminasenfinissantsonmorceaud’omelette.
-Avez-vousentenduparlerdel’inquisition?demandaMatthias.
-Non,pourlespauvres,iln’yapasd’écoles,ditGély,etnousnesavonspas
lire.
-Çaviendra,unjourvousaurezl’occasiond’apprendre,ditMatthias.
-Toi,tuessavant.Àcôtédenousquinesommesquedesbrinsdepaille,dit
Gélyensouriant,heureuxd’avoirtrouvéuneimageamusante.
-J’ai eu de la chance d’avoir au séminaire, une grande bibliothèque,
expliquaMatthias,etrencontrédeshommesquimeconseillaientetme
passaientdeslivresinterditsparl’églisedeRome.
-Alors!Tunousdiscequec’estl’inquisition?DemandaCaminas.
-C’estlapapautéquiainstituéuntribunalspécial,pourluttercontrece
qu’ilsappellentl’hérésie,ditMatthias.
-Qu’est-cequeçaveutdire,l’hérésie?demandaGély.
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