Glaciation

De
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- Connaissez-vous l’Italie, monsieur ? Je suppose que
oui. Si par hasard vous n’y êtes jamais allé en vrai, vous
vous y êtes rendu en rêve, à travers l’histoire romaine,
les délires fellinesques ou les excitations du calcio. Cela
suffira comme base. Avec mon mari, nous y avons musardé
peu après notre mariage, les enfants n’étaient pas encore là.
Je m’y étais souvent baladée avec mes parents, le camping,
la mer, les glaces… mais s’y rendre en amoureux, avec son
mari, c’est comme découvrir un nouveau pays. Et nous
avons mis le cap sur la Toscane. Nous n’étions pas des
érudits de cette région. Nos connaissances se composaient
d’éléments de bric et de broc mâtinés d’un doux mélange
des genres, des valeurs et des époques. Des envies de vin,
de petits villages agglutinés sur des collines, des églises,
des places médiévales, des images échappées d’un film de
Tarkovsky, bref, un doux lyrisme qui nous correspondait
bien. Et un jour, la route nous mena près de San Galgano.

Publié le : dimanche 1 janvier 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954246413
Nombre de pages : non-communiqué
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Chapitre1Ça a commencé par une fièvre et ensuite il est mort. Certains dirent qu’il avait attrapé telle ou telle maladie. Cela ne changeait rien. Le fait est qu’il est mort. Malheureusement, le jour de l’enterrement, ou plutôt la veille, il avait neigé et gelé comme rarement. Seule la céré-monie avait pu avoir lieu. Mais pas question de l’enterrer. Le cimetière était impraticable. Les pompes funèbres gardèrent le corps au frais, en atten-dant des jours meilleurs. Mais quand les chemins redevin-rent des routes et que les cimetières rouvrirent leurs portes, les employés des pompes funèbres prononcèrent des paroles à peine croyables, ils ne retrouvaient plus le corps. Le dé-funt, le cercueil, les fleurs, même la plaque portant son nom récent de mort, tout avait disparu. Les secrétaires, qui pourtant ne mettaient jamais les pieds hors de leur bureau, furent également interrogées. Mais pour elles, un mort n’est qu’un nom, un dossier, une facture. Le nom, le dossier, la facture, tout y était. On ne pouvait les accuser de rien, elles ne vérifiaient pas la marchandise. Au cimetière, le trou fut utilisé par un autre mort ; pour l’état civil, tout était en ordre. Il était enregistré comme
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mort, personne n’allait revenir là-dessus. Une mort, ce n’est pas comme un mariage, c’est définitif. Définitif ? Pas tout à fait. Il y avait là-dedans quelque chose d’inachevé. Et c’est ce qui intrigua monsieur Bernard. Cette disparition ne lui plaisait pas. Quitter la vie, d’accord. C’est terrible, affreux, inconsolable, tout ce qu’on veut, mais c’est dans l’ordre des choses. Mais que le mort nous quitte ? Non ! Inconcevable. Impensable. Irréalisable. C’est ce mot qui le fit tiquer : irréalisable. Un mort ne pouvait dispa-raître. Miracle, magie, pire, résurrection ! Non, car alors il faudrait réapparaître sous une forme ou sous une autre. Il allait le retrouver ce mort. Il le fallait. Et monsieur Bernard sentit qu’il n’aurait de repos avant d’avoir résolu cette énigme. Quel que soit le temps à y consacrer.
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