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Godsend

De
208 pages

Ce roman est une histoire de choix. De ceux qui détermineront pour toujours ce que sera votre vie. Ceux faits par amour, par désespoir ou par dépit. Chaque personnage y sera confronté. Un nourrisson abandonné dans une poubelle en pleine rue. Voilà le début de l’histoire et la première question : et vous, que feriez-vous ?


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-81120-2

 

© Edilivre, 2014

Citation

 

 

« Mieux vaut mourir incompris

que passer sa vie à s’expliquer. »

William Shakespeare

A la mémoire de Raymondo et François.

Godsend

 

 

« Merde comment tu veux que je paye ton putain de loyer ? ! Je ne bosse plus depuis deux mois. Je suis enceinte jusqu’à la gorge ! Quel client veut encore me sauter tu crois ? ! »

« Je m’en tape de tes excuses ! T’as des mains, une bouche, non ? ! Débrouille-toi ! Mais si tu ne me files pas mille huit cent dollars à la fin du mois, je te fous dehors ! »

La situation de Debbie était loin d’être rose. Prostituée depuis ses seize ans pour subvenir aux besoins d’une mère alcoolique, d’un père violent et deux petits frères, elle avait plié bagages à dix-neuf ans pour suivre un musicien raté rencontré dans le métro, qui lui avait promis une vie de star. Un rêve de courte durée lorsque celui-ci se fit égorger dans une station pour les vingt dollars qu’il avait su tirer de la journée. Incapable de rentrer chez ses parents, Debbie était retournée sur les trottoirs du quartier de Bayview dans les bas fonds de San Francisco avant de rencontrer Tara, une droguée notoire avec qui elle partageait un appartement de 35m2 à six cent dollars le mois. La drogue, l’alcool, le tapin et les avortements à répétition étaient devenus ses seules activités. Debbie alluma un joint et saisit un fond de verre de vodka.

« Putain de merde. »

Tara entra. Elle lança son vieux sac à main défraichi sur le fauteuil et enleva ses guêpières noires.

« J’en peux plus ! Ben, t’en fais une tête. » lança-t-elle en regardant Debbie fixement.

Debbie était une jolie fille. De longs cheveux blonds, des yeux verts, un mètre soixante-douze, vingt-deux ans et enceinte de plus de huit mois. Sa grossesse n’avait en rien altéré ses superbes courbes. Si ce n’est son ventre bien sûr et ses seins.

« Ouais, Gary est passé. On est dans la merde. Il veut les trois mois de retard pour la fin du mois ou on se retrouve la gueule dehors ! T’as fait combien aujourd’hui ? »

Tara n’avait pas l’air particulièrement inquiète. Sûrement à cause des saletés qu’elle avait fumées et bues dans la journée.

« Trois passes et deux pipes mais j’avais besoin d’un remontant. Il me reste cent-quarante dollars. »

Debbie se tint le ventre et poussa un gémissement.

« Qu’est ce que t’as ? »

« Rien c’est sûrement le chili de ce midi qui me ballonne ! Cent quarante dollars ? T’as bradé tes prix ou quoi ? ! A ce prix là, je ne vois pas comment on va trouver mille huit cent dollars ! »

Tara attrapa le joint de Debbie et prit une lampée de vodka à la bouteille.

« Putain t’es culottée ! T’en fous pas une depuis que t’as ton polichinelle dans le tiroir et tu me fais la leçon ? »

« Tu sais très bien que j’avais pas prévu que ça se passe comme ça. »

Debbie en colère tenait toujours son ventre en grimaçant.

« Ben c’est ça, t’as trop regardé Pretty Woman ma fille. Si t’avais senti plus tôt qu’il allait se barrer, t’aurais encore pu te débarrasser de ça ! »

Tara reprit une gorgée tandis que Debbie se tordait de douleurs.

« Je vais me coucher, on verra ça demain. »

Tara tituba jusqu’à la chambre avant de s’affaler sur le lit. Le salon et la chambre n’étaient séparés que par un rideau. La propreté des draps laissait d’ailleurs à désirer. Les différents vêtements sales et les paires de chaussures qui jonchaient le sol autour du lit, dégageaient une odeur de vieux fromage. Debbie tenta de se lever mais tomba lourdement à genoux sur le sol. Les jambes mouillées, elle comprit tout de suite qu’elle venait de perdre les eaux. Elle hurla.

« Oh non ! Tara ! Taraaa ! »

Sa colocataire leva légèrement la tête et grommela.

« Quoi encore ? »

« Vite va chercher Gary, je vais accoucher ! »

Tara dessoûla en quelques secondes. La jupe presque remontée à la taille, les bas filés et pieds nus, elle se mit à dévaler les escaliers jusqu’à l’étage du dessous. Elle frappa lourdement au numéro 12 sans s’arrêter jusqu’à ce que la porte s’ouvre. Gary était un homme d’une soixantaine d’années aux cheveux gras, semi-longs et grisonnants et sentant l’huile de friture. Il portait un vieux survêtement recouvert de tâches et un T-shirt des Ramones trop court pour cacher son ventre gonflé de quarante ans de bière.

« Si c’est pour payer ton loyer en nature ça ne marche plus ! »

Tara bredouilla.

« Non, c’est Debbie, elle va l’avoir ! »

« Ouais, ouais, elle va l’avoir. Elle m’a déjà dit ça le mois dernier ! Elle a intérêt à l’avoir pour la fin du mois ou je vous fais déguerpir ! »

« Mais non pas le loyer ! Le gosse ! Merde grouille-toi, faut l’amener à l’hosto tout de suite ! »

Gary était paniqué mais se reprit.

« Tu rigoles ? ! Mais chuis pas le père qu’elle se démerde ! »

Tara l’empoigna par le T-shirt.

« Ecoute-moi, plus tôt elle sort ce truc de son ventre, plus tôt elle reprend le boulot et plus tôt t’es payé ! »

Gary la regarda bêtement quelques secondes avant de comprendre.

« Ok, je mets mes chaussures et j’arrive. » Il enfila une vieille paire de baskets trouées qui avaient dus être blanches un jour.

Le San Francisco General Hospital se trouvait relativement loin du quartier de Bayview. Il fallait rejoindre Bayshore Fairway pour y arriver au plus vite. La circulation pour un vendredi soir était plutôt fluide. Tara se tenait à l’arrière de la voiture. Debbie était allongée tête sur ses genoux et gémissait. Vu la manière de conduire de Gary, on pouvait se demander s’il avait acheté son permis. La voiture s’engagea dans l’allée face aux urgences de l’hôpital. Gary débarqua les filles en hurlant après une civière. Tara n’avait pas pensé à remettre ses bottes et suivait la civière jusqu’aux urgences où l’infirmière l’arrêta.

« Nous nous occupons d’elle maintenant. Vous pouvez vous rendre à l’accueil pour remplir les documents d’admission. »

Tara totalement perdue, n’avait peut être pas pensé à ses chaussures mais bien au sac à main de Debbie. A l’accueil, la salle d’attente était bien remplie. Tous les regards se tournèrent vers elle. En effet, elle portait un top rouge qui laissait apparaitre ses seins libres dessous, une jupe noire particulièrement courte et des porte-jarretelles. Son maquillage avait coulé et malgré sa beauté, elle ressemblait à un raton laveur. Ses longs cheveux bruns mal peignés attachés par une pince rose. Elle attendait depuis près de vingt minutes lorsque vint son tour. La dame de l’accueil lui fournit un formulaire et la pria de retourner à sa place le compléter. En panique, Tara l’inonda de questions.

« Veuillez retourner à votre place et revenir dès que le formulaire sera rempli. »

« Mais c’est pas pour moi. Je sais pas comment remplir votre truc mais j’ai tous les papiers de mon amie. »

Elle se mit à vider le sac de Debbie sur le comptoir La réceptionniste ne put cacher son étonnement lorsqu’elle vit tomber un nombre incroyable de maquillage, de paquets de cigarettes et de préservatifs.

« Voilà sa carte d’identité, sa carte de sécurité sociale et … »

« Madame, veuillez me ranger tout ça et reprendre votre place ! »

Le ton en disait long. Tara s’exécuta.

« Putain ça fait mal ! Faites-moi une piqure merde ! »

Debbie pieds à l’étrier, était à deux doigts, sans jeu de mots, d’accoucher.

« Je suis désolée madame, mais le bébé est presque là, la péridurale n’est plus possible » précisa la sage femme.

Le docteur entra dans la pièce.

« Bonjour mademoiselle, je suis le docteur Parker. »

« Aaaah retire-moi ce truc, ça fait trop mal ! » hurlait Debbie.

« Allons-y. »

La sage femme posa ses mains sur le ventre de Debbie.

« Quand je vous le dis, vous poussez le plus fort possible. Allez-y, poussez ! »

Debbie en sueur poussa de toutes ses forces en hurlant.

« Je ne peux pas c’est trop dur ! »

« On recommence, allez y ! Je vois la tête. Poussez ! »

Le bébé était là. Un cri de soulagement emplit Debbie. Par contre, une inquiétude put se lire sur le visage du docteur. Aucun cri. La sage femme porta le bébé sur la table à quelques mètres. Après deux minutes, le bébé poussa ses premiers cris fébriles. L’infirmière lava le petit et revint poser l’enfant sur la poitrine de sa mère en la félicitant pour ce beau petit garçon.

« Il est encore sale, retirez le ! »

L’infirmière s’exécuta sans broncher. C’était un très beau bébé.

Debbie était installée dans une chambre où elle tentait de se reposer lorsque Tara entra.

« Ça va ma belle ? »

Debbie fit la moue.

« Putain de merde, c’est horrible ! »

Tara sourit

« Et il est où le petit monstre ? »

Tara eut à peine fini sa phrase qu’une autre infirmière entra dans la chambre.

« Et voici votre petit garçon, madame. Il est en parfaite santé. Il pèse 3kg100 et mesure 52cm. Il est temps de le nourrir. »

Elle le déposa sur le ventre de Debbie et le mit au sein.

« Je suis obligée de faire ça ? On peut pas lui donner un biberon ? ! »

Le petit ne perdit pas de temps pour saisir le téton.

« Aie ! »

Tara riait tandis que l’infirmière serrait les mâchoires.

« Vous avez pensé à un prénom ? » dit-elle pour détendre l’atmosphère.

« Pas vraiment eu le temps mais vu ce qu’il me fait endurer depuis deux heures, je l’appellerais bien poison ! »

L’infirmière sortit, agacée. Tara s’approcha du lit pour observer le petit.

« Ben dis donc, il a une bonne bouille. T’as pensé à ce que tu allais faire maintenant ? »

Debbie poussa un soupir.

« J’en sais rien ! J’en voulais pas moi de ce truc. Je pensais juste pouvoir tenir ce millionnaire et avoir une meilleure vie. Me v’là au point de départ mais avec un boulet supplémentaire. Faut que je bosse, j’ai pas le temps de m’en occuper ! »

Le petit tétait toujours et le peu d’intérêt que lui portait sa mère ne permit pas à celle-ci de remarquer que le bébé la regardait fixement avec de grands yeux totalement noirs.

 

 

Il était près de 19h30 lorsque Carla s’engagea dans l’allée de sa propriété dans le quartier chic de Pacific Height. La porte du garage s’ouvrit. Elle gara son Audi A4 à coté de la Golf GTI grise. Elle ferma la porte de l’intérieur et grimpa les quelques marches l’amenant au salon. Elle enleva ses escarpins, les rangea directement dans le meuble près de la porte et se dirigea vers la cuisine. Une cuisine ouverte sur un salon et une salle à manger. Elle alluma un petit lampadaire placé sur un dressoir et les lampes extérieures éclairant une superbe terrasse visible au travers d’une baie vitrée. Un léger miaulement, une petite boule de poil noir se frottait à la vitre. Carla entrouvrit légèrement la baie laissant entrer un petit chaton noir avec une petite tâche blanche au cou.

« Viens ma fille ! »

Le chaton se frotta aux jambes de Carla en ronronnant.

« Allez viens ma Nugget, tu dois avoir faim. »

Carla remplit un bac de croquettes et d’eau que le chaton dévora et but. Elle se servit un verre de vin rouge avant d’enclencher un cd de Chris Isaak et de s’installer dans le canapé, pieds sur la table basse. Tout en fredonnant le célèbre « Wicked Game », elle ne put empêcher les larmes de couler. Carla, trente deux ans, agent immobilier depuis près de six ans, avait tout pour être heureuse. Une situation plus que confortable et une superbe villa. Seule sa vie sentimentale était au point mort. Malgré quelques relations plus ou moins longues, elle n’avait jamais réussi à se faire aimer pour elle-même et non pour son argent. Les hommes avaient toujours profité d’elle, lui avaient promis monts et merveilles, une vie de famille, un mariage et avaient disparu en essayant de la plumer. Carla était la bonté même. Nugget vint s’asseoir sur ses genoux en ronronnant. Elle sourit. Elle s’occupait de ce chat comme de l’enfant qu’elle avait toujours voulu avoir. Chris chantait toujours lorsqu’elle décida de se faire couler un bain. La journée avait été longue. Visites de différentes villas autour de San Francisco pour des clients fortunés et deux contrats signés à la clé. Journée épuisante mais lucrative. Carla avait longtemps ramé en sortant de Berkeley. Jeune agent sans expérience, aucune agence ne voulait l’engager. Jusqu’au jour où, désespérée d’avoir sonné à presque toutes les portes des agences de San Francisco, elle poussa celle d’une toute petite agence non loin de Lombard Street. Un vieil homme d’une soixantaine d’années l’avait engagée le jour même pour l’aider à ranger la paperasse. Au fil des mois, elle avait réussi grâce à son bagou de marchand de chameaux à décrocher trois ventes de villas et à sauver la boite de son patron qui s’était résigné à faire faillite. Deux ans plus tard, pour ses vingt six ans, le vieil homme lui avait laissé les clés pour se retirer dans une petite maison à Monterey. Elle devenait donc seule maître à bord et avait réussi en peu de temps à se créer un nom et une réputation dans l’immobilier. Ses parents originaires de New York avaient fêté ce succès avec leur fille et lui avaient montré à quel point ils étaient fiers d’elle avant de se tuer dans le crash de l’avion qui les ramenait à New York. Carla, effondrée, avait pourtant réussi à surmonter son chagrin et continuer à se battre. Elle avait acheté le bâtiment à coté de l’agence et, après d’énormes travaux, elle avait réussi à ouvrir une des plus grandes agences immobilières de San Francisco et avait engagé pas moins de cinq jeunes agents tout frais sortis de l’université afin de leur donner la même chance qu’on lui avait donné trois ans plus tôt. Son talent et les rencontres de personnalités importantes lui avaient permis d’être à la tête de nombreuses ventes au travers de différents états des Etats-Unis. Ce qui lui permettait aussi de voir parfois son grand frère, Garrett, resté à New York dans la ferme familiale. Leurs rapports n’avaient pas toujours été au beau fixe. Garrett lui avait toujours reproché la mort de leurs parents. Ils n’abordaient plus le sujet maintenant mais le regard de Garrett sur sa sœur laissait toujours paraitre sa rancune. Il avait refusé de voir Carla les deux années suivant le décès. Jusqu’au jour où Carla, de passage à New York s’était rendue à la ferme. Seule Susan, sa femme était présente ce jour là.

Elles avaient longuement discuté avant que Garrett ne rentre. Il avait d’abord voulu la jeter dehors mais, grâce à Susan, il s’était ravisé et avait discuté de longues heures avec sa sœur. Trois années étaient passées depuis et les contacts plus réguliers avaient permis d’apaiser les choses. Garrett refusait toujours malgré tout de venir à San Francisco.

Carla passa par la chambre pour se déshabiller. Elle déposa ses vêtements sur le lit et observa les changements que son corps avait subis ses derniers mois. Carla était une belle femme. Un mètre soixante-dix, cheveux mi-longs auburn légèrement ondulés, yeux verts, de petites tâches de rousseur sur les joues. Mais la petite dépression dans laquelle elle était depuis cinq mois suite à sa rupture avec Grant, l’avait fait se rabattre sur la nourriture et ses formes jusque là parfaites, en avaient pris un coup. Elle se tâta le ventre devenu grassouillet et sa silhouette laissait apparaitre un début de culotte de cheval. Elle soupira, s’assit sur le lit la tête dans les mains et sanglota.

« Tu vas ressembler à un poney si tu ne te reprends pas ! »

Même ses collègues lui avaient fait remarquer qu’elle commençait à s’empâter. De nature sportive, elle avait arrêté son jogging matinal avec son amie Nancy depuis quelques mois. Elle n’avait plus le goût à grand-chose, à part au chocolat. Carla plongea dans son bain moussant. Nugget sur le bord de la baignoire, éternuait en jouant avec la mousse. Elle se mit à penser à Grant, son ex-copain, qui l’avait quitté pour une de ses étudiantes. Professeur de géologie à l’université d’état de San Francisco, il s’était présenté à l’agence deux ans auparavant à la recherche d’une villa. Carla l’avait trouvé extrêmement séduisant. Un grand homme au crâne rasé et aux yeux bruns, style « Bad boy ». Elle lui avait fait visiter un nombre incalculable de villas mais aucune ne lui convenait. Il lui expliqua plus tard que c’était uniquement pour la revoir. Ils s’étaient retrouvés plusieurs fois en dehors du boulot. Un soir, Grant l’avait invité dans un restaurant populaire du Pier 39. Il l’avait ensuite ramenée chez elle et en prenant un dernier verre dans le salon de Carla, lui avait dit que c’était dans cette maison qu’il voulait vivre. Ils avaient fait l’amour devant le feu ouvert pour la première fois et Grant n’avait plus jamais quitté cette maison jusqu’à il y a cinq mois. Une belle histoire d’amour comme dans les contes de fée mais de courte durée. Grant avait une libido très développée. N’en déplaise à Carla. Mais un jour elle tomba sur les relevés bancaires de Grant et s’aperçut que des centaines de dollars servaient à acheter des objets, gadgets et vêtements érotiques qu’elle n’avait jamais vus. Elle ne lui en avait pas parlé et avait préféré mener sa petite enquête. Elle débarquait parfois à l’improviste à l’université pour apprendre qu’il n’avait pas cours et lorsqu’il rentrait le soir, il était souvent épuisé de sa journée de travail et refusait même de faire l’amour. Lasse de ses mensonges, elle l’interrogea. Il lui avoua avoir entretenu différentes relations avec ses étudiantes et qu’il était amoureux de l’une d’elles. Le conte de fée venait de se terminer et même si Carla était persuadée de ne pas être responsable car elle avait toujours été très impliquée dans leur relation et très ouverte sexuellement, elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi il lui avait préféré une gamine de vingt ans. Détendue par le bain, elle enfila un peignoir et retourna à la cuisine. Elle ouvrit le frigo ; mousse au chocolat à gogo, saucisson, salade de pomme de terre mayonnaise, fromage… Une tonne de produits hypercaloriques. Même pas un yaourt, un légume, un fruit.

« Ok, la diète ce soir ! Un autre verre de vin et un film suffiront. »

*
* *

Debbie venait de passer trois jours à la maternité et elle pouvait désormais rentrer chez elle. Tara était venue l’aider à reprendre ses affaires et ramener Bob à l’appartement. (Debbie, fan de Bob Marley n’avait pas cherché plus loin.)

« Dis donc, t’es sûre que ton gamin est en bonne santé ? ! Il n’a pas pleuré depuis qu’il est né. Ça chiale tout le temps pourtant un mouflet ! » lança Tara.

« Je vais pas m’en plaindre. Déjà que je dois changer ses couches puantes, alterner entre les biberons et mes nichons parce que si je continue à lui donner le sein, j’aurai plus de tétons tellement il tire dessus ! Tu voudrais pas qu’en plus il chiale tout le temps ! »

Les documents de sortie remplis, les deux filles se dirigèrent vers le cable-car le plus proche. Le trajet comptait pas mal d’arrêts jusque Bayview. Bob se trouvait dans un maxi-cosi acheté deux mois plus tôt grâce à deux passes. Il avait le visage serein, ce qui attendrissait les passagers. De beaux grands yeux bleus grands ouverts. Après quelques minutes de silence, Tara interrogea Debbie.

« Bon, t’as décidé de ce que t’allais faire ? Parce qu’entre la bouffe, les fringues, les couches, les soins… parce que c’est toujours malade ces trucs là, le taf et les loyers de retard, ça va être chaud. »

« Je sais pas ! M’emmerde pas avec ça ! »

« Désolée ma grande mais quand je t’ai prise en coloc t’avais pas de bagages et je sais pas comment te le dire mais moi, je veux pas être expulsée. C’est mon appart à la fin et si tu trouves pas vite une solution miracle, je vais devoir envisager de prendre une autre coloc qui pourra payer sa part. »

Une vieille dame assise à côté de Tara faisant des grimaces au petit. Elle pouvait écouter sans trop devoir tendre l’oreille car la discrétion n’était pas leur point fort.

« Qu’est-ce que tu dis ? Tu me foutrais à la porte avec le gosse ? ! » lança Debbie furieuse.

« J’ai pas dit ça mais comment tu veux ramener du fric ? T’as la moule hors service pour au moins un mois maintenant et mes habitués ne me permettent même pas de payer le loyer alors comment on va s’occuper de ce gosse ? Tu pourrais retourner chez tes vieux un moment, le temps d’être opérationnelle… »

Debbie criait littéralement et maintenant tout le tram écoutait.

« Mes vieux ? Mais t’es malade ! Je sais même pas si ils sont encore vivants ! Et puis dans un premier temps, on peut se relayer pour le garder, je me limiterai aux pipes et branlettes et ça pourrait marcher ! »

Leur vocabulaire assez fleuri choqua une dame assise non loin qui se déplaça.

« Mais tu rigoles ? ! On a trois mois de retard justement parce que t’étais tellement grosse que personne voulait te baiser et t’as pratiquement rien ramené avec tes pipes ! Et tu voudrais qu’en plus je joue les nounous ? ! T’avais qu’à pas te faire engrosser, on serait pas dans cette merde ! Et Gary veut même plus me sauter et décompter ça du loyer. Il dit que maintenant s’il me baise, c’est juste pour pas m’expulser. »

Debbie ne répondit plus rien. Les passagers semblaient outrés. Elles descendirent à Bayview, le quartier le plus mal famé de San Francisco pour se rendre à l’appartement. Les trottoirs étaient jonchés de poubelles, de clochards et de prostituées. Certaines se mirent même à rire en voyant Debbie et son bébé.

« Vos gueules les vieilles putes ! »

Après quinze minutes de marche, elles arrivèrent à l’appartement. Gary se trouvait sur le palier dans son éternel jogging crasseux et son T-shirt taché de sauce tomate, une canette de bière à la main.

« Ah ça y est, tu vas pouvoir reprendre le taf et me donner ce que tu me dois ? Et je te préviens, si ton moufflet m’empêche de dormir en chialant, je le balance aux poubelles ! »

« Ouais, ouais… » grommela Debbie avant de monter la volée de marches et de claquer la porte violemment. Elle déposa le maxi-cosi dans le fauteuil et s’affala sur une chaise. L’appartement était bordélique. Les cendriers pleins dégageaient une vieille odeur de tabac froid dans toute la pièce. La table de salon était remplie de vieux magazines, de tasse à café couvertes de tâches séchées, de paquets de cigarettes vides et de boîte de pizza.

« T’as de l’herbe ? » demanda-t-elle à Tara.

« Il me reste plus grand-chose. J’ai rien gagné ces deux derniers jours. »

« Passe-moi ce que t’as. Il reste à boire ? »

« Un fond de Gin » répondit Tara en jetant un petit paquet d’herbes sur la table.

Debbie roula son joint et siffla le fond de la bouteille.

« Oh putain, ça fait un bien fou ! »

« Ça sent la merde, vérifie ton gosse un peu ! »

Debbie ne leva même pas les yeux vers Bob et termina son joint.

« Laisse-moi me détendre deux secondes. »

Debbie sortit Bob de son siège, balaya d’un revers de la main les emballages et déchets de nourriture et le posa sur la table de la cuisine.

« Argh, un si petit truc qui pue comme ça ! »

La couche était bien pleine mais Bob n’avait pas bronché. En retirant la couche, Debbie remarqua une légère petite griffe sur la cuisse gauche de Bob mais ne s’en inquiéta pas. Il a sûrement dû se griffer en dormant pensa-t-elle. Enfin changé, elle lui donna le sein en râlant et le replaça dans son siège. Il était 15h30. Tara était retournée travailler. Debbie, affamée, jeta un coup d’œil dans le frigo. Rien. Elle se mit à fouiller toutes les planques de Tara et trouva cinquante dollars dans la boite à café.

« Alléluia ! Bon, gamin, je te laisse deux minutes. Pfff, pourquoi je lui parle, il comprend rien ! »

Debbie prit les clés, l’argent et sortit. A cinquante mètres du bâtiment, se trouvait une petite épicerie tenue par un black balafré, Scott.

« Eh Deb’, ça y est, t’as accouché ? »

« Ouais, il était temps, j’allais exploser. Je te prends une baguette, un paquet de jambon, un paquet de clopes, une vodka et si t’as un petit remontant mais j’ai que cinquante dollars. »

« T’inquiète ma belle, on s’arrangera. Prends ça !»

Scott lui tendit une petite boite transparente avec une petite pilule rose à l’intérieur.

« Coupe-la en deux, elle est canon. Tu vas te sentir vachement bien après ça. »

« Merci Scott. »

Debbie rentra à l’appartement où Bob dormait paisiblement. Elle se fit un morceau de baguette au jambon, siffla la moitié de la bouteille et prit un demi cachet. Le résultat ne se fit pas attendre. Elle s’affala sur le lit et s’endormit. Tara rentra vers 23h30 et réveilla Debbie complètement stoned.

« Putain, t’as pris mes cinquante dollars ! »

Debbie leva la tête et les yeux mi-clos répondit...