Gossip Girl T13

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Revoilà le mois de septembre, il est temps de remiser au placard vos robes bain de soleil, vos espadrilles compensées, et de plier les transats. Car le moment est venu de retrouver les nouveaux habitants de Manhattan, les voleurs de vedette et briseurs de cœur... j'ai nommé les triplés Carlyle ! Conseil d'amie les filles : enfermez vos petits copains à doubles tours et cachez bien la clé, parce que B et A sont plus chaudes que New York en plein été indien !





Publié le : jeudi 5 février 2015
Lecture(s) : 3
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823808964
Nombre de pages : 203
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On n’en a jamais assez

Roman de

Cecily von Ziegesar

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Il est plus sûr d’être craint que d’être aimé.

Nicolas Machiavel

page Internet

Salut à tous !

UNE NOUVELLE ÈRE

Flash infos : cette année, ce sont les premières qu’il faut garder à l’œil. Les terminales et les inscrits à la fac ? On s’en fiche ! Qui veut perdre son temps en spéculations gonflantes sur qui-sera-admis-et-qui-ne-sera-pas-admis alors qu’il y a tant de choses à fêter sans conséquences ? Maintenant que l’on a rangé nos robes Alice + Olivia et qu’il fait nuit de plus en plus tôt, il est temps de passer aux choses sérieuses. Il y a des soirées de bienfaisance à organiser, des cœurs à briser, des relations à consommer, des poils au visage à raser – oui, je m’adresse tout particulièrement à une certaine équipe de natation qui se reconnaîtra – et une ville entière à conquérir. Alors sortez et réorganisez tout de fond en comble ! Allez parler à ce beau gosse à la casquette de Riverside Prep. Forgez de nouvelles amitiés et, pourquoi pas, de nouvelles rivalités. Organisez une soirée de folie et quand l’ambiance devient de plus en plus chaude, rendez-la carrément torride. Et quel meilleur exemple que ces petits nouveaux qui prennent NYC d’assaut ?

LES NKOTB1

Les triplés Carlyle savent s’amuser, ça ne fait aucun doute. Nous avons A, blonde, yeux bleus, et innocente à l’extérieur. Qui eût cru qu’elle avait le chic pour organiser de folles soirées, si folles qu’elle s’est retrouvée derrière les barreaux ? Heureusement, elle a déjà conquis le cœur de toute la classe de terminale, et celui du conseil des superviseurs de Constance Billard. C’est ce qui s’appelle avoir le sens du contact. Puis il y a O, un mètre ­quatre-vingt-deux, genre Adonis en maillot de bain Speedo. C’est surprenant mais il est encore célibataire, en dépit du troupeau de filles disponibles qui le suit partout, depuis l’entraînement de natation aux razzias de Red Bull au Duane Reade2. Se réserve-t-il pour quelqu’une ? Et quelqu’un sait-il qui pourrait être cette quelqu’une ? Enfin, il y a notre petite B, qui semble avoir viré de bord, et être passée d’une minuscule île sableuse de la Côte est pour notre petite île à nous. Peut-on lui en vouloir ? D’autant plus que c’est ce golden boy de J.P. qui lui sert de guide touristique ? Mais pour ne pas avoir respecté le règlement de Constance, on lui a demandé de prendre une semaine, qui a fait beaucoup de bruit, de « garden leave3 » – alias exclusion provisoire d’une école privée – l’autorisera-t-on à rester ? Ou son non-conformisme sera-t-il too much pour la très sélecte école ?

ON A VU :

J, à des auditions pour décrocher une bourse pour l’école de danse classique américaine. Super tours jetés, mais est-ce suffisant ? R, prendre le thé avec sa mère, lady S, un après-midi au SoHo House. A, se rendre à un rendez-vous épilation à l’Elizabeth Arden Red Door Salon avec S-J, G et le reste de la clique de J. Est-ce comme cela que l’on devient potes aujourd’hui ? En s’épilant ensemble ? Et mystérieusement absente de la joyeuse bande ? J en personne. Pourquoi zapper une virée épilation ? On se la joue à l’Européenne ? O, courir en solo dans Hudson River Park. Il devrait vraiment faire des étirements, après. Je peux l’aider !

VOS E-MAILS :

Chère GG,

Donc j’ai plus ou moins rallongé ce voyage en Amérique du Sud et j’ai loupé les deux premières semaines de cours et maintenant tout est vachement bizarre. B et J.P. sortent-ils vraiment ensemble ? Et J ? Elle est avec quelqu’un ? Qu’arrive-t-il à notre monde ?

— Flippé(e) existentiel(le)

Cher(e) FE,

Prolonger un voyage en début d’année scolaire, c’est tellement ringard ! Enfin bref, pour te mettre au parfum, B et J.P. ont fait connaissance quand l’amoureuse (des animaux !) qu’est B a proposé de promener les chiens de J.P. Maintenant que la dog-sitter est revenue de son mariage enivrant et de sa lune de miel éclair avec le jardinier de son employeur, B se retrouve au chômage, mais J.P. et elle continuent à se voir. Nous verrons bien combien de temps encore ils arriveront à jouer à bas les pattes… ou, euh, à haut les mains… Quant à J, elle est seule… pour l’instant. Mais ne pleure pas pour elle, Argentina – ou quel que soit le pays où tu as fait ton trek – parce qu’elle sait prendre soin d’elle.

— GG

Chère Gossip Girl,

Je n’ai jamais écrit sur ce site, mais je suis une assistante d’un avocat qui travaille sur une propriété historique très importante et je suis absolument consternée qu’au cours d’une soirée la semaine dernière on ait volé un exemplaire de grande valeur des œuvres complètes de Shakespeare. Si vous avez des informations sur la façon dont cela a pu se passer, je vous en serai très reconnaissante.

— L’OrdrePublic

Chère LOP,

Shakespeare ne parle-t-il pas la langue de l’amour ? Si ça se trouve, quelqu’un l’a pris pour y piocher des idées. Commence par les célibataires et à partir de là, procède par étapes.

— GG

 

Et c’est dans la boîte ! Je vais profiter des derniers rayons de soleil pour lézarder avec un verre de vin pétillant sur le jardin sur le toit du Met. Oui, c’est rebattu, mais avec tout ce qui se passe sur les marches du musée ou dans Central Park, comment résister ?

Vous m’adorez, ne dites pas le contraire,

 

 

 

1 New Kids On The Block : litt.: « les nouveaux gosses du quartier » et boys band phares des années 1980-1990. (N.d.T.)

2 Célèbre chaîne de drugstores new-yorkais. (N.d.T.)

3 En droit du travail britannique, le garden leave désigne la pratique visant à prévenir un employé sur le départ de travailler pendant sa période de préavis. Celui-ci continue d’être payé et d’avoir des obligations vis-à-vis de son employeur mais reste à la maison, et ce, dans le but d’éviter les fuites d’information vers la concurrence, le débauchage d’employés ou encore le « vol » de clients. (N.d.T.)

scellé d’un baiser…

— Crois-tu que je devrais donner la sculpture à Mme McLean ? demanda Edie Carlyle en désignant le sac encombrant difforme balancé sur son épaule.

Baby Carlyle regarda le sac de chanvre d’un air dubitatif. Un bol rose chewing-gum était niché à l’intérieur, sans aucun doute l’un des derniers projets artistiques de sa mère. Un bus de la MTA les dépassa à vive allure, soulevant au-dessus des genoux maigres de Baby la robe en lin vert qu’elle avait achetée pour dix dollars à un vendeur à la sauvette près de Central Park. La jeune fille haussa les épaules.

— Eh bien, je ne veux pas que tu te fasses virer, se tracassa Edie quand elles traversèrent la 93e Rue Est en direction de Constance Billard, l’École pour filles.

Techniquement, Baby était encore inscrite dans la petite institution élitiste où l’uniforme était obligatoire, que sa mère avait elle aussi fréquentée des années auparavant. Mais après avoir séché plusieurs heures de travaux d’intérêt général après les cours pour des infractions mineures commises en cours de français, elle avait été mise en garden leave pour une semaine. En l’occurrence, garden leave était simplement un terme à la mode d’école privée qui signifiait « exclusion temporaire ». Elle avait passé la semaine à boire du thé chaï sur un banc de Central Park, à lire Nabokov et à attendre que J.P. Cashman, son nouveau copain, sorte de Riverside Prep. Puis ils avaient passé l’après-midi à Central Park à jouer avec ses trois chiens, à se lire des livres, et à partager de longues conversations sans queue ni tête sur leur propre enfance. Mais aujourd’hui, en revanche, Baby mordait nerveusement sa lèvre inférieure chap-stickisée à la cerise. Et si elle se faisait expulser pour de bon ?

Voilà une semaine, c’était tout ce qu’elle désirait. Si son frère Owen et sa sœur Avery avaient semblé chez eux à la minute où ils avaient posé un pied à Manhattan, Baby, la plus petite et la plus indépendante des triplés Carlyle, s’était tout simplement sentie… perdue. Elle était en manque de leur maison délabrée de Siasconset, Nantucket, et de son petit ami, Tom Devlin. Elle avait donc fait ce qui lui avait semblé logique à l’époque : s’était intentionnellement mise dans le pétrin en classe, dans l’espoir que sa mère comprenne qu’elle n’était pas faite pour Constance ni New York. Mais quand elle avait fait la surprise à Tom de débarquer à Nantucket, et avait compris qu’il n’était pas seulement un virulent adepte de la fumette mais aussi un virulent coureur de jupons, elle avait commencé à réviser son point de vue sur New York City. Surtout après que J.P., un garçon que Baby avait catalogué Upper East Sider pourri gâté, avait débarqué à Nantucket dans l’hélicoptère de son père pour lui demander de revenir à Manhattan.

Mieux qu’un texto !

Baby soupira et dégagea sa longue franche brune ondulée de son haut front. Si elle se faisait expulser, elle ne savait pas ce qu’elle deviendrait. Aucune autre école de Manhattan ne voudrait d’elle, c’était certain, hormis peut-être Darrow, une petite école dans le Village où tous les élèves depuis le jardin d’enfants à la terminale avaient cours dans la même salle de classe. Elle fronça le nez, s’imaginant faire de la peinture au doigt avec des petits de cinq ans tout en écoutant les chansons de Joni Mitchell. Elle était bohème, mais pas bohème à ce point.

Et elle nous en voit ravis.

Edie ouvrit les portes bleu roi de Constance Billard à la volée ; les pendentifs en argent équilibrant les chakras qui pendillaient autour de son cou tintèrent les uns contre les autres.

— Attends, dit Edie en tenant la porte ouverte à sa fille tout en faisant adroitement passer son sac de chanvre d’un bras maigre à un autre. (Elle ôta l’un de ses gros colliers affreux en forme de goutte.) Mets-le, il te portera bonheur, ordonna-t-elle, ses yeux bleus étincelant.

Baby la gratifia d’un petit sourire et attacha le pendentif autour de son cou. On aurait dit une amibe, multipliée un million de fois sous un microscope.

— C’est par là, marmonna Baby en guidant sa mère dans les couloirs vides et lustrés de l’école.

Il régnait un silence sinistre, vu que tout le monde était en classe pour la dernière heure de cours.

Edie suivit, ses indémodables Birkenstock claquant sur les sols de marbre qui venaient d’être polis. Elles s’arrêtèrent devant une porte en chêne massif, arborant DIRECTRICE en capitales or intimidantes.

— Je me rappelle cet endroit, observa Edie. (Elle ébouriffa les cheveux châtains déjà emmêlés de sa fille.) J’ai moi-même passé pas mal de temps ici quand j’étais élève.

Baby opina. Elle avait du mal à imaginer sa mère bohème porter les jupes amidonnées en crépon de coton arrivant au genou qui faisaient partie de l’uniforme obligatoire de Constance, même adolescente. Baby jeta un œil à la plaque sur le mur, où étaient gravés les noms des anciens présidents de classe. Sa sœur, Avery, tuerait pour figurer sur cette plaque. Baby était tout simplement heureuse qu’il n’existe pas de plaque commémorant les délinquantes de Constance. Elle était sûre que son nom se retrouverait en tête de cette liste.

À moins, bien sûr, que sa mère ne détienne déjà cet honneur.

— Baby Carlyle ?

La secrétaire aux cheveux filasse leva les yeux, telles des fentes désapprobatrices quand elle jugea rapidement Baby de la tête aux pieds. Baby opina et fit un petit sourire. Son cœur battait la chamade.

— Entrez, Mme McLean vous attend.

La secrétaire cilla, puis retourna à son ordinateur. Elle se mit à taper comme une forcenée, envoyant sans aucun doute un message radio – style ceux que la police envoie quand elle ­recherche un criminel – au reste du corps enseignant, les informant que Baby Carlyle, cette boycotteuse de brosse à cheveux Mason Pearson, qui sèche les travaux d’intérêt général et interrompt les cours de français, était de retour.

Jour du Jugement dernier !

— Ah, merci d’être venues ! lança Mme McLean en se levant derrière son grand bureau en chêne quand Baby et Edie entrèrent en traînant les pieds.

Elle portait un tailleur-pantalon noir deux tailles trop petit pour elle. Un bouton au milieu de la veste pendillait au tissu par un fil, comme un bébé koala accroché à un eucalyptus.

— Asseyez-vous, ordonna-t-elle en poussant pratiquement Baby sur une causeuse bleu foncé.

Le tissu en velours était dur et gratta les jambes nues de Baby.

— Mme McLean, je suis Edie, la mère de Baby. (Elle prit la main de la directrice et la serra vigoureusement.) Comme c’est aimable de votre part de prendre le temps de nous recevoir ! Tenez, je l’ai fait pour vous, annonça Edie en fouillant dans son sac de chanvre.

Elle en sortit le bol rose chewing-gum difforme et le flanqua à l’envers sur le bureau de Mme McLean. Il arborait une petite bosse en son centre.

La surprise se lut sur le gros visage parsemé de taches de son de Mme McLean. Elle était sûrement habituée à ce que les mères d’enfants à problèmes flanquent lourdement des chèques sur son bureau, pas une poterie maison toute cabossée.

— Merci pour… cela, Mme Carlyle.

— Oh, appelez-moi Edie ! Mais je constate que ça ne va pas avec le décor, réalisa tristement Edie, laissant aller son regard de la sculpture au mobilier rouge, blanc et bleu du bureau.

— Hum, c’est exact. (La directrice se cala dans son fauteuil en chêne.) Commençons. Je sais que Baby…

Mme McLean marqua une pause, une expression revêche sur son visage à la Charlotte aux Fraises. Dans une école peuplée de filles aux noms tels que Beatrice ou Madison, la directrice avait clairement fait comprendre qu’elle trouvait le prénom de Baby pas complètement approprié. Mais ce n’était pas la faute de Baby si sa mère avait cru qu’elle n’aurait que des jumeaux, et s’était donc contentée de coller le nom « Baby » sur son certificat de naissance. Selon l’histoire, Edie avait toujours eu l’intention de donner à Baby un prénom plus formel, mais selon sa tradition du « tout est permis », elle ne s’était simplement pas résolue à le faire. Comme elle était le bébé de la famille et qu’elle était toute petite, le nom était naturellement resté.

— Je sais que Baby, a, hum, eu une éducation non conformiste, poursuivit Mme McLean, laquelle a très certainement contribué à sa transition difficile à Constance la première semaine de cours. En son absence, j’avais espéré que Baby mettrait cette semaine à profit pour réfléchir à son comportement pendant que nous arrivions à une conclusion sur son avenir, et sur le fait de savoir si Constance Billard faisait ou non partie de son avenir. (Mme McLean poussa délicatement le bol sur le bord de son bureau. Elle avait un pâté de rouge à lèvres bordeaux sur une dent et d’un seul coup, Baby ressentit un élan de sympathie envers elle. Peut-être se sentait-elle aussi peu à sa place qu’elle à Constance.) Alors Baby, avez-vous trouvé votre semaine de congé productive ?

— Oui, répondit la jeune fille en jetant un coup d’œil autour de la pièce.

Elle ne savait pas pourquoi elle tenait tant à rester à Constance, mais depuis une semaine, elle n’avait pas pu penser à autre chose. Nantucket et la splendeur de son littoral lui manquaient terriblement, mais tout cela appartenait au passé. New York était désormais son chez-elle.

On se demande ce qui – ou qui – l’a fait changer d’avis ?

— M’dame, ajouta Baby, en rougissant.

Et ensuite elle va faire quoi ? La révérence ?

— Eh bien, après avoir examiné votre livret scolaire, j’ai pris une décision.

Mme McLean croisa les bras sur sa poitrine volumineuse.

La perspective de la supplier pour retourner dans le monde des pouffiasses aux cheveux méchés, aux élastiques Gucci pour queue-de-cheval et aux stylos Montblanc n’enchantait guère Baby. Mais elle était prête à le faire. Elle s’humecta les lèvres et planta ses yeux foncés dans les yeux noisette boueux de Mme McLean.

— Madame…

— Baby aura l’autorisation de rester à Constance, l’interrompit la directrice.

Baby poussa un soupir de soulagement.

— Mais afin de me prouver qu’il lui sera possible de s’adapter au code de conduite strict de Constance, elle devra faire les travaux d’intérêt général de Constance. Sérieusement, cette fois. Étant donné qu’elle vient d’un milieu, hum, artistique, je lui ai trouvé une tâche qui, à mon avis, lui conviendra.

Mme McLean se pencha, son derrière volumineux se balançant dans l’air quand elle fouilla dans un meuble en métal brillant. Quand elle se leva, elle donna à Baby un magazine en noir et blanc arborant la photo d’un pigeon mort sur la couverture. RANCŒUR était inscrit sur le devant, en capitales pleines de colère.

— C’est notre magazine artistique réalisé par les élèves. Sa créatrice et rédactrice en chef a été diplômée l’an dernier. (Mme Mc Lean plissa ses yeux de vache.) Rancœur exige une sensibilité artistique, et j’espère que vous serez prête à vous mettre au travail, conclut-elle.

Edie frappa dans ses mains, tout excitée, comme si Mme McLean avait conçu la tâche pour elle, pas pour sa fille.

Baby prit le magazine et le feuilleta. En dépit de sa couverture nerveuse, l’intérieur était plein de poèmes ringards sur le patinage sur glace au Rockefeller Center et l’odeur des fleurs au printemps. Baby tâcha de s’imaginer travailler pour le magazine, sans succès. Contrairement à sa sœur pleine de fougue, qui était actuellement la chargée de liaison du conseil des superviseurs de Constance, l’esprit d’école n’avait jamais été son truc.

— Eh bien, je me réjouis infiniment que tout cela soit réglé, et bien sûr Baby vous remercie de lui offrir une telle opportunité, dit brusquement Edie. Mais il faut que j’y aille… il faut absolument que je retourne à mon atelier.

Elle se pencha et déposa un baiser sur le sommet du crâne de Baby. La jeune fille sentit le parfum de sa mère, à base d’huile essentielle au patchouli. Elle sourit en elle-même, veillant à ce que Mme Mc Lean ne la voie pas se moquer. Sa mère en rajoutait tellement que l’on pouvait presque croire qu’elle jouait la comédie.

— Bien sûr, acquiesça Mme McLean comme si elle comprenait le caractère urgent de l’art d’Edie. Baby, nous vous verrons demain, de bon matin. Et je n’ai pas besoin de vous rappeler que vous devrez porter l’uniforme.

— Non, bien sûr ! Merci Mme McLean, répondit Baby, reconnaissante.

Elle se fendit d’un grand sourire et continua à sourire en sortant du bureau et en passant les portes bleu roi de l’école à toute allure. Elle s’adossa à l’immeuble de briques rouges pour se ressaisir, sachant qu’il ne lui restait qu’une minute avant que la cloche ne sonne et que les filles ne se déversent en foule. Même si donner un coup de jeune à un magazine étudiant délaissé ne l’enchantait guère, elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle revenait de loin. D’accord, Constance était un peu coincée et pleine de filles bégueules, mais la vie de Baby était instable depuis qu’on l’avait déracinée de Nantucket et elle avait enfin l’impression que les choses reprenaient leur cours.

— Salut toi !

Baby se retourna et vit J.P. en treillis et blazer bleu de Riverside Prep, debout à l’angle. Il tenait une sno-cone1 arc-en-ciel dans une main et son BlackBerry dans l’autre.

Baby adorait que J.P. ait l’air aussi coincé alors qu’en réalité, il ne l’était pas. Pas quand on apprenait à le connaître. Et maintenant qu’elle était officiellement là pour rester dans l’Upper East Side, elle avait l’intention d’apprendre à bien mieux le connaître.

Comme le connaître au sens biblique ?

— Une sno-cone pour fêter ça ? Ton rendez-vous s’est bien passé ?

J.P. dégagea nerveusement ses cheveux châtains de ses yeux.

— Je ne pars nulle part, annonça triomphalement Baby. Tu peux dire aux chiens de ne pas s’inquiéter, le taquina-t-elle.

— Bien, fit J.P. tout sourires. Je ne voudrais pas qu’ils retrouvent leurs mauvaises habitudes sans toi.

Baby regarda instinctivement les pieds du garçon. Avant qu’elle ne se mette à promener ses chiens, Nemo avait des problèmes relationnels et pris l’habitude de faire caca sur les chaussures de J.P. Aujourd’hui, le jeune homme portait des mocassins de cuir doux qui semblaient volés à une exposition amérindienne au musée d’Histoire naturelle, mais Baby savait que c’était un coach personnel qui les avait choisis chez Barneys – comme tous les vêtements de J.P.

En règle générale, plus les chaussures d’un garçon sont laides, plus elles sont chères.

Baby prit la glace et la lécha, savourant l’afflux du froid et du sucre sur sa langue. Elle se sentait toute grisée et soulagée. Elle ne savait pas ce qui lui faisait le plus plaisir : rester à Constance ou que J.P. se soucie suffisamment de son destin pour partir de l’école plus tôt et lui faire la surprise.

Juste alors la cloche sonna et des hordes de filles aux cheveux brillants en uniforme se déversèrent des portes bleu roi. Elles se dirigèrent vers le trottoir ou se postèrent en petits groupes sur les marches de l’école pour échanger des ragots sur leur journée de classe. Quelques-unes regardèrent fixement Baby et J.P. en chuchotant derrière leurs mains manucurées de Bliss.

Baby remarqua Jack Laurent, l’ex-petite amie ballerine et grosse pétasse de J.P. qui sortait par les doubles portes. Elle s’immobilisa sur place, droite comme un piquet, quand ses yeux verts se posèrent sur Baby. Avec son nez légèrement parsemé de taches de son et ses cheveux auburn brillants raides comme des baguettes, elle aurait été davantage à sa place dans un défilé de mode que sur les marches de Constance Billard.

Baby haussa les épaules et tourna le dos à Jack, vers J.P. Qui se souciait même de Jack Laurent ? Tout ce qui comptait, c’était qu’elle avait passé la semaine à traîner avec un garçon adorable et qui l’était de plus en plus chaque jour. Et elle avait bien l’intention de passer l’année prochaine à faire de même.

Impulsivement, Baby se plaqua contre J.P. et colla ses lèvres aux siennes. Ses yeux s’écarquillèrent de surprise, mais il lui rendit passionnément son baiser. Baby enveloppa ses minuscules bras autour de lui. Ses lèvres avaient un goût d’eucalyptus. Elle sentit un frisson parcourir sa colonne vertébrale et s’installer dans son ventre quand elle l’embrassa de nouveau. Ses bras étaient musclés sur son corps, et sa bouche était si clean et si simple.

— Merci pour la glace, murmura Baby en finissant par reculer, toujours dans les bras de J.P.

Elle sentit un nouveau frisson la parcourir. Waouh. Pourquoi n’avait-elle pas fait cela plus tôt ?

— Partons d’ici, murmura J.P. d’un ton rauque en lui faisant descendre les marches de l’école.

Baby lui prit la main, sa hanche se cognant contre la sienne quand ils marchèrent vers l’ouest, en direction du soleil couleur poisson rouge et de la verdure luxuriante de Central Park.

Il est peut-être temps de troquer un T-shirt tie-dye contre un T-shirt « I Love New York » ?

 

 

 

1 Glace hawaïenne réalisée en introduisant des glaçons dans l’appareil à glace qui seront transformés en copeaux très fins servis dans des cônes et arrosés de sirop. (N.d.T.)

j comme jalouse

Jack Laurent agrippa la rampe en métal des marches de Constance avec ses ongles rose pétale, comme si on venait de la gifler. Non, gifler n’était pas le terme exact. Elle avait l’impression d’avoir été poussée du haut d’un plongeoir dans une piscine en béton vide. Le baiser dont elle venait d’être témoin repassait en boucle dans sa tête. Elle ne parvenait pas à croire que la pétasse hippie bohémienne venait d’embrasser son petit ami.

Ne veut-elle pas plutôt dire ex-petit ami ?

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