Gossip Girl T15

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Joyeux Thanksgiving ! Pour l'occasion, Avery, Owen et Baby Carlyle délaissent New York et son froid polaire pour le soleil des Bahamas. Qu'il est bon de ne rien faire ! Accompagnés de leur mère, de son petit ami, Remington, de Layla, la fille de ce dernier et de quelques copains, les triplés n'aspirent qu'à une chose : profiter de la douceur de vivre des Caraïbes. Mais c'est sans compter sur l'attirance naissante entre Baby et Riley, le séduisant boyfriend de Layla, qui risque fort de pimenter le voyage. Et sur une nouvelle encore plus inattendue, qui transforme bientôt les longues siestes au bord de la piscine en fêtes interminables. Le climat ensoleillé semble propice aux histoires de cœur... Profitons-en !





Publié le : jeudi 5 février 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823808988
Nombre de pages : 204
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C’est toujours mieux ailleurs !

Créé par

Cecily von Ziegesar

Écrit par

Annabelle Vestry

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Il est vain de dire que les êtres humains se satisfont de la tranquillité ; ils ont besoin d’action et ils l’inventeront s’ils ne la trouvent pas.

Charlotte Brontë,Jane Eyre

page Internet

Salut à tous !

C’est le mois de novembre, cette époque de l’année où l’automne dérive vers l’hiver, où nous nous emmitouflons chaudement dans nos pulls en cachemire et où nous pensons aux vacances. À New York, nous laissons les touristes profiter de la ville, qu’ils vacillent, leurs patins à glace aux pieds sur Wollman Rink, en doudounes jaune vif, ou qu’ils admirent, bouche bée, un ballon Bob l’Éponge plus grand que nature au cours du Macy’s Thanksgiving Day Parade1. Il fait froid, il fait noir, mais les vitrines de Bergdorf’s scintillent encore plus que les robes Marni exposées à l’intérieur et nous, natifs de Manhattan, ça nous démange de fêter la saison en grande pompe.

LE SEUL OBSTACLE EN TRAVERS DE NOTRE CHEMIN

Thanksgiving. Qui eût cru qu’une fête sur la gratitude – voici ma liste personnelle : les soldes privées, le café au Corner Bakery, les nageurs de St Jude’s qui courent torse nu dans Central Park – aurait évolué en quatre jours de festin calorique où nous sommes obligés de faire copain-copain avec des parents éloignés ? Heureusement, de nombreux New-Yorkais s’épargnent cet embarras en quittant la ville pour les vacances. Et qui les blâmerait ? Pourquoi écouter votre oncle saoul radoter sur ses heures de gloire alors que vous pourriez porter votre string bikini Malia Mills le plus sexy et le plus aguichant sur la plage ou vos nouvelles bottes fourrées sur les pistes ?

Alors suivez mon conseil : trouvez qui disparaît de la circulation pendant ces réjouissances et arrangez-vous pour vous faire inviter !

ON A VU :

A et J partager une cabine chez Barneys pour essayer des robes Stella McCartney. Elles sont passées du statut de pires ennemies à celui de meilleures amies en moins de temps qu’il n’en faut à certaines pour perdre leur bronzage de fin d’été. J, plus tard, sur une aire de jeux de Bleecker Street, avec J.P., son petit ami « c’est reparti pour un tour », et deux bambins au visage parsemé de taches de rousseur. Baby-sitting ou visite anticipée du Fantôme de Noël ? R, O et les autres nageurs boire des pintes dans l’un de ces bouges au sol poisseux qui ne contrôlent pas votre identité, ignorant la meute de couguars qui les entoure. Enfin B et sa meilleure amie S, la percée et tatouée, prendre des photos dans Brooklyn. C’est clair, elles prennent vraiment Rancœur à… cœur !

 

VOS E-MAILS :

Q:

Chère GG,

Que fais-tu pour T-Day ? Tu es carrément invitée chez moi ! Mes vieux ne sont pas là. Gé-ni-al !

— ponyparty

R:

Chère ponyparty,

C’est tentant, mais j’ai l’intention de passer mes vacances à traîner avec des gens que je connais, en fait. Profite bien de la maison vide !

— GG

Q:

Chère Gossip Girl,

Alors voilà, je suis super amoureuse d’un des nageurs de St Jude’s, mais ils sortent tout le temps en troupeau, et je trouve ça vraiment bizarre de l’aborder devant les autres. Que faire ?

— fandenatation

R:

Chère FDN,

Un truc : les garçons sont comme des bêtes sauvages : ils se déplacent toujours en meute pour se protéger et ont plus peur de toi que toi d’eux. Ils sont loin d’être aussi effrayants de près. Essaie d’en isoler un et tu verras ce qui se passe.

— GG

 

J’viens de penser à deux ou trois trucs à ajouter à ma liste de choses dont il faut être reconnaissant : les beaux gosses, les mini-­bikinis Missoni et les îles où personne ne fait attention à votre âge dans les bars. C’est vrai, je rejoins les légions de New-Yorkais qui quittent la ville. Pour aller où ? vous demandez-vous. Vous aimeriez bien le savoir, hein ? Mais pas la peine de faire la tête. Vous devriez vous réjouir : où que j’aille, je garderai un œil sur ce que fera le gratin – sur cette île et sur n’importe quelle autre île qui vaille le coup.

Vous m’adorez, ne dites pas le contraire,

signature

 

 

 

1 Cortège annuel de la chaîne de magasins américaine Macy’s. Le défilé de trois heures se tient à New York le jour de Thanksgiving. (Toutes les notes sont du traducteur.)

tout en famille

— Alors, qu’y a-t-il de prévu pour Thanksgiving ? Que fait votre famille d’habitude ? demanda Avery Carlyle à ses amies Jack Laurent et Jiffy Bennett.

Elles étaient calées dans une confortable alcôve en cuir de l’Amaranth, le café que fréquentait chaque VIP qui avait besoin d’un café ou d’un grand verre de vodka en guise de remontant post-Barneys. C’était exactement le genre d’endroit dans lequel Avery s’était toujours imaginée traîner à New York.

— Des fêtes en vue ? poursuivit-elle, pleine d’espoir, en sirotant son cappuccino.

En vérité, la jeune fille se serait bien passée de Thanksgiving. Ce n’était qu’une interruption de quatre jours dans sa vie, qui lui offrait déjà tout ce dont elle pouvait rêver.

Enfin, presque tout.

En septembre, quand elle avait quitté sa maison de Nantucket pour intégrer l’ultra-sélecte école pour filles de Constance Billard, Avery semblait condamnée à devenir l’une de ces pauvres malheureuses qui passent l’heure du déjeuner à la bibliothèque parce ­qu’elles n’ont nulle part ailleurs où aller. Pour commencer, Jack et elle s’étaient immédiatement détestées, après s’être battues pour une sacoche Givenchy édition limitée chez Barneys la veille de la rentrée. Les tensions s’étaient rapidement aggravées jusqu’à ce ­qu’elles deviennent des ennemies jurées, ce qui entraîna la mise en quarantaine d’Avery par ses camarades de classe. Puis, lorsqu’elle avait décroché un stage convoité au magazine Metropolitan et qu’un journaliste people arriviste lui avait demandé de balancer les secrets de Jack, elle avait prouvé à ses pairs de l’Upper East Side, mais aussi à elle-même, qu’elle valait mieux que cela. Elle avait fini par les rallier à sa cause.

À présent, Jack et elle étaient devenues amies, et depuis un mois, Avery vivait enfin la vie new-yorkaise qu’elle avait imaginée, riche en cocktails, vernissages et pots dans des cafés comme celui-ci.

— Ouh là là, je ne préfère même pas penser à Thanks­giving. Je vais devoir aller avec mes parents chez Béatrice et Deptford à Greenwich. À condition que Deptford ne soit pas mort d’ici là, bien sûr.

Jiffy haussa les épaules en se fourrant une tranche d’avocat dans la bouche. Petite, elle avait un nez camus, une longue frange qui tombait sur ses yeux noisette et deux bons kilos en trop qui l’empêchaient de rentrer dans les vêtements haute couture dont se débarrassait Béatrice, sa grande sœur. Celle-ci, à trente-deux ans, était une figure incontournable de la jet-set et tenait sa propre rubrique dans le magazine Page Six, où elle se répandait sur les détails de son mariage avec son fiancé de soixante-quinze ans.

Comme si nous avions envie de savoir !

— Je serai en enfer avec mes petits monstres de demi-sœurs, répondit Jack en plantant sa fourchette dans un millefeuille.

Le chocolat s’émietta sur l’assiette en porcelaine blanche dans un nuage de poudre de cacao.

— Ça ne peut pas être aussi dur que ça, non ? C’est vrai, quoi, elles ont une nounou ! lança Avery en regardant son amie.

Jack était toujours belle mais, ces derniers temps, elle avait de tels cernes que même la crème La Mer contour des yeux ne parvenait pas à les dissimuler.

La vie de Jack ressemblait à une robe H&M : de loin, elle avait vraiment l’air tendance et impeccable. Non seulement Jack faisait passer la garçitude et la vanité pour des traits de caractère habituels, mais elle était quasiment danseuse professionnelle et sortait avec J.P. Cashman, le fils de l’un des promoteurs immobiliers les plus riches au monde, un type vraiment bien. Mais de près, la vie de Jack se défaisait aux coutures, notamment sa vie de famille. Sa mère était une ancienne ballerine française qui tournait actuellement une émission de téléréalité à Paris et Jack vivait désormais avec son père, sa belle-mère et ses deux demi-sœurs dans leur hôtel particulier de West Village – où elle leur servait de baby-sitter non rémunérée.

— Hé, beauté !

Avery leva les yeux, bien qu’elle sût automatiquement que c’était J.P., venu chercher son amie, le seul type qu’elle connaissait qui pût employer le mot « beauté » sans avoir l’air complètement nul ou complètement gay.

Une qualité importante chez un petit copain.

Le jeune homme s’affala lourdement sur la chaise vide à côté de Jack. Il avait les cheveux châtains et les yeux noisette, et portait un manteau en laine noire sur un pantalon de costume de même couleur. Il ressemblait plus à un jeune agent de change qu’à un élève de première de Riverside.

— Alors, qu’est-ce que vous faites de beau, les filles ? demanda-t-il avec détachement, ses doigts s’amusant dans la crinière rousse de Jack.

— J.P. !

Le ton de Jack était taquin, mais elle chassa sa main d’un geste et plaça soigneusement ses cheveux derrière ses oreilles.

— On évoque nos projets de Thanksgiving, répondit Avery en lui adressant un sourire timide.

Même si elle se réjouissait que J.P. et Jack ressortent ensemble, elle éprouvait toujours un pincement au cœur quand elle voyait un couple aussi mignon. Pour­quoi ne trouvait-elle pas un garçon qui l’aimait comme cela ?

— En fait, nous étions en train de partir, expliqua Jack en repoussant sa chaise.

Elle fouilla dans son porte-monnaie Chloé en cuir gris et jeta son AmEx sur la table. Immédiatement, un serveur en chemise blanche vint la prendre.

— Bien sûr, dit Avery en se regardant dans le miroir doré au-dessus du bar et en tirant un bonnet de laine Marc Jacobs à carreaux noir et blanc sur ses oreilles. Ce n’était que le mois de novembre, mais il gelait et les prévisions météo annonçaient de la neige pour toute la semaine.

Tous les quatre sortirent en se bousculant dans le crépuscule glacé.

— Brrr, fit Jiffy en frissonnant et en serrant son manteau Marc by Marc Jacobs en feutre vert sur ses épaules. Vous voulez venir chez moi, les amis ? demanda-t-elle, pleine d’espoir.

— Faut qu’on y aille. On va prendre un taxi pour rejoindre le centre, répondit Jack en attrapant J.P. par le coude et en levant sa main gantée de cuir. À plus, les filles ! cria-t-elle alors qu’un taxi se garait dans un crissement de pneus.

Avery observa J.P. ouvrir la portière et Jack hisser son corps élancé sur la banquette en vinyle craquelé. On aurait dit une danse méticuleusement chorégraphiée qu’ils avaient répétée maintes et maintes fois.

Contrairement à certaines choses, qu’ils n’ont jamais faites.

— Alors que fais-tu pour le Jour de la Dinde ? s’enquit Jiffy à Avery lors­qu’elles tournèrent au coin de la rue.

— Je ne sais pas, j’imagine que l’on restera en famille.

Avery n’en était pas sûre. Depuis que sa mère fréquentait sérieusement son nouveau petit copain, les triplés n’avaient pas la moindre idée de ce à quoi ressembleraient les fêtes et aucun d’entre eux n’avait eu le cran de le lui demander. De plus, Avery s’éclatait trop à découvrir New York pour fouiner dans les projets maternels. Le mois dernier, elle avait passé chaque minute hors de l’école avec Jack, Jiffy, Geneviève et Sarah Jane. Tout lui plaisait : les restaurants cool, les fêtes, les bars et clubs qui ne contrôlaient pas votre identité… Mais récemment, elle avait eu le drôle de pressentiment que quelque chose allait changer.

Par quelque chose, entendait-elle « petit copain » ?

— Ton frère a-t-il des amis célibataires ? s’enquit Jiffy, lisant dans ses pensées.

— Quelques-uns, répondit Avery.

Elles se rendirent tranquillement dans les quartiers résidentiels, passèrent devant les vitrines de Madison Avenue déjà toutes décorées de rouge, d’argent et d’or festifs. Jiffy se dépêcha pour rattraper les longues enjambées d’Avery, faisant passer ses deux sacs noirs brillants de chez Barneys d’un bras à l’autre.

— Y en a-t-il un qui te plaît ?

— Pas vraiment, répondit Avery, évasive.

Elle n’avait pas envie d’avouer à Jiffy qu’en réalité elle craquait un tout petit peu pour Rhys, le meilleur copain d’Owen. Non qu’elle ne fasse pas confiance à son amie, mais elle craignait que ça ne lui porte la poisse.

Avery était une éternelle romantique et, ces derniers temps, elle commençait à se dire que c’était une malédiction. À treize ans, elle avait l’habitude d’écrire des messages dans des bouteilles qu’elle jetait à l’océan, sûre et certaine qu’un membre d’une famille royale en Europe les trouverait, échouées sur un rivage lointain. Il allait de soi qu’elle ne le faisait plus depuis longtemps, cependant elle ne s’expliquait pas pourquoi elle ne trouvait pas de petit copain. Bien sûr, il y avait des tonnes de mecs dans le coin, mais elle fréquentait une école de filles et se voyait mal crier sur tous les toits qu’elle se cherchait quelqu’un.

Internet serait-il le moyen moderne d’envoyer une bouteille à la mer ?

— On ne peut pas tous être comme Jack et J.P., observa Jiffy en haussant les épaules. Tu sais, Béatrice connaît de chics types.

Avery eut envie de rentrer sous terre, imaginant le genre d’hommes avec lesquels Béatrice essaierait de la caser. Quatre-vingts ans ? Quatre-vingt-dix ? Non merci ! Elle était peut-être déses­pérée, mais pas à ce point.

Pas encore.

— Il faut voir, répondit Avery d’un ton évasif. (Elles étaient déjà sur la 72e Rue.) Passe un joyeux Thanksgiving ! Appelle-moi si tu t’ennuies.

Elle embrassa Jiffy sur les deux joues pour la forme et se dirigea d’un bon pas vers l’ouest, en direction de la 5e, la tête baissée pour se protéger du froid et les épaules voûtées dans son caban Theory bleu vif. Elle poussa les portes battantes de son immeuble, savourant le souffle d’air chaud qui l’accueillit.

— Mlle Carlyle, dit Jim, son portier préféré, en lui adressant un sourire de grand-père.

— Salut, répondit la jeune fille.

Ses Mary Jane Miu Miu en cuir vernis cliquetèrent sur le sol ciré. L’entrée gigantesque mais de bon goût, tout en dorure et marbre vert, était déjà décorée pour les fêtes : un petit sapin trônait dans un coin et des guirlandes de houx serpentaient autour du bureau du portier. Elle ne voulait vraiment pas passer son premier Noël seule à New York. Peut-être Jiffy avait-elle raison : il lui fallait un plan « petit copain ».

Peut-être que le portier a un fils…

— Retenez l’ascenseur ! cria derrière elle une voix d’homme.

Avery glissa la main entre les portes.

— Avery !

— Salut ! cria la jeune fille d’une voix perçante en levant les yeux sur Remington Wallis, le petit ami de sa mère d’un mètre quatre-vingt-dix.

Il avait le visage rougi par le froid et les bras chargés de sacs en plastique remplis de légumes. Ses cheveux poivre et sel lui donnaient un air George Clooney-sques et il portait un treillis Patagonia, une chemise rose boutonnée et un gilet Gore-Tex noir. On aurait dit qu’il venait de rentrer d’Aspen mais, à en juger par ses tonnes de provisions, il arrivait plutôt du marché bio d’Union Square. Nul n’irait imaginer qu’un type comme lui pesait plusieurs millions de dollars et qu’il figurait régulièrement sur la liste des personnes les plus riches du magazine Fortune’s. Il avait juste l’air d’un papa de banlieue abruti.

— Le sac se déchire. Peux-tu me rendre un service et me tenir ça ? demanda-t-il en tendant une courge musquée oblongue à Avery. Ta mère adore la courge.

La jeune fille se fendit d’un sourire affectueux. Pour le commun des Upper East Siders, cette phrase aurait revêtu un tout autre sens. Mais Edie n’était pas ainsi. Elle avait toujours préféré les robes en batik faites maison aux tenues griffées.

Remington et Edie s’étaient connus à New York. Ils étaient sortis ensemble au lycée mais, après le bac, Edie avait suivi les Grateful Dead à San Francisco et était vite tombée enceinte des triplés, après un été passé à rouler sa bosse et à vendre des bijoux en chanvre à des amis hippies. Remington, quant à lui, avait suivi les traces de ses ancêtres Wallis : Yale, pour préparer sa licence et Harvard, pour suivre des études de commerce. Il avait créé une société d’investissement avant de devenir un enfant prodige de Wall Street. Puis il avait épousé une jet-setteuse et en avait divorcé après le scandale déclenché par l’infidélité notoire de celle-ci. Il avait ensuite pris sa retraite, passé du temps avec sa fille et employé son argent à financer des projets artistiques – plus ils étaient excentriques, mieux c’était. Edie et lui se retrou­vèrent quand Remington apporta son soutien à une exposition de Brooklyn qui présentait l’une des installations abstraites d’Edie, composée de sculptures géantes en forme de chinchilla.

— Bien sûr, dit Avery en souriant, tâchant maladroitement d’équilibrer la courge contre son sac Marc Jacobs en cuir grenelé couleur d’airelle.

Même si elle avait encore du mal à se faire à l’idée que sa mère sortait avec un homme – ce qu’Edie n’avait jamais fait quand les triplés étaient petits – elle constatait que Remington était vraiment amoureux.

L’ascenseur monta lentement jusqu’au quatorzième étage. La porte s’ouvrit et Remington fit signe à la jeune fille de descendre la première.

— Bonjour, chérie ! cria Edie en ouvrant la porte de l’appartement de luxe des Carlyle, pile au bon moment.

Ses boucles d’oreilles, confectionnées avec de minuscules cuil­lers à sel en argent, cliquetèrent bruyamment. Elle était vêtue d’une robe blanche ceinturée qui ressemblait à un peignoir de bain et chaussée d’une paire de sabots rouges que personne, pas même des danseurs folkloriques norvégiens, n’accepterait de porter. Mais parce qu’elle faisait encore un 34 fillette, qu’elle avait de grands yeux bleus et des cheveux blonds à peine parsemés de mèches grises, même Avery devait reconnaître que sa mère pouvait se permettre des choix vestimentaires ridicules.

— Oh, Remington ! (Edie secoua affectueusement la tête quand elle aperçut la courge que sa fille tenait encore comme un nouveau-né de forme bizarre.) Tu sais toujours me surprendre !

Edie prit tendrement le légume des bras de sa fille et se jeta au cou de son ami.

Avery détourna poliment les yeux, se concentrant sur le tableau abstrait rouge et blanc qui avait fait son apparition dans l’entrée pendant la nuit. Elle plissa les yeux. Était-ce un Picasso ? Soit c’était un vrai, soit c’était un truc d’un artiste inconnu que Remington avait découvert à Brooklyn.

Elle resta à une distance raisonnable du couple sur le sol ciré sinueux de leur immense appartement puis entra dans la cuisine.

— Salut ! cria sa sœur.

Ses cheveux ondulés non brossés et attachés en queue-de-­cheval lâche, Baby était penchée au-dessus du comptoir en marbre de l’îlot de la cuisine, où elle regardait des photos sur son appareil numérique. Leur frère Owen, dans son T-shirt Nantucket Pirates gris élimé, fouillait dans le frigo, sa tignasse blonde presque blanche encore humide de l’entraînement de natation. Il cherchait probablement du Red Bull. Il en buvait au moins trois fois par jour.

— Salut Ave ! cria-t-il en brandissant la cannette argent et bleu en guise de salut.

— Remington et moi allons préparer le dîner, annonça Edie pompeusement. (Elle ouvrit à la volée les meubles en noyer qui occupaient le mur opposé et se mit à sortir des cocottes Le Creuset de couleur vive.) Une sorte de ratatouille. Je vais bien trouver comment faire.

Avery soupira intérieurement. Parfois, les recettes improvisées de sa mère étaient délicieuses mais, le plus souvent, elle considérait la cuisine comme une expérience artistique.

— Et si tu me laissais faire ? suggéra Remington. Je pourrais préparer des raviolis de courge à la sauge, dit-il d’un ton songeur en sortant diverses épices du distributeur et en fronçant ses sourcils poivre et sel. (Il s’adressa aux triplés :) C’est une occasion exceptionnelle. Ma fille Layla est rentrée d’Oberlin et vient dîner avec nous ce soir, expliqua-t-il.

— Nous sommes tellement contents que vous la rencontriez ! ajouta Edie. (Elle regarda ses enfants d’un air rêveur, comme si elle imaginait que sa progéniture allait s’agrandir.) Et oui, si tu cuisinais, chéri ? Remington a fait une école hôtelière, expliqua-t-elle d’un ton fier.

Elle posa le menton sur l’épaule de son ami en scrutant le comptoir du regard.

— C’était il y a un an ou deux. Quand j’ai arrêté de travailler à plein-temps et que Layla est entrée à la fac, j’ai décidé de passer du temps à explorer mes passions. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à m’impliquer dans le Brooklyn Art Collective. Mais bien sûr, maintenant, j’ai ma passion unique, ma préférée.

Remington enlaça de ses bras costauds la taille fine d’Edie et l’embrassa longuement sur la bouche.

OK, on a compris.

Avery s’assit à côté de Baby.

— Vous savez ce que l’on fait pour Thanksgiving ?

Elle baissa la voix en laissant aller son regard des yeux noir café de Baby à ceux bleu vif d’Owen.

— Je ne sais pas, répondit ce dernier en secouant la tête. Fait-il partie de nos plans, lui ? demanda-t-il en jetant un regard de côté à Remington et Edie, la voix tendue.

— Aucune idée. Mais vous pouvez parier que ce sera le mélange habituel de gens choisis au hasard, répondit Baby en levant affectueusement les yeux au ciel.

À Nantucket, Edie conviait toujours les chiens perdus qui n’avaient nulle part où aller pour les fêtes. L’an dernier, les invités du dîner incluaient Oleg, un austère capitaine de la marine marchande de Suède, une hôtesse de la haute société de Boston de quatre-vingt-treize ans, qui n’avait pas été invitée à sa propre soirée de Thanksgiving après avoir annoncé à toute sa famille qu’elle léguait sa propriété à la Feral Cat Society, et un couple d’une trentaine d’années qui voyageait d’un État à l’autre en voiture, installant parfois des chaises de jardin près d’une pancarte qui disait « Parlez-nous ! ».

— De quoi parlons-nous ?

Edie passa distraitement devant eux pour ranger dans le réfrigérateur Sub-Zero les produits bio qu’elle ne cuisinerait pas.

— Que fait-on pour Thanksgiving ? demanda Avery d’un ton innocent. Si rien de spécial n’est prévu, je crois que je vais aller tenir compagnie à Jack. Elle traverse une passe difficile avec sa famille en ce moment.

— Je viendrais bien si elle a besoin de renfort, proposa Owen en attrapant un brownie dans une assiette et en le fourrant dans sa bouche.

— À vrai dire, Remington a une petite annonce à faire. Remington ? cria Edie depuis l’autre bout de la pièce, où son compagnon allumait la cuisinière à six brûleurs.

— Ah oui !

Il s’essuya les mains sur l’arrière de son pantalon et se dirigea vers le comptoir.

— Comme vous le savez, votre mère compte énormément à mes yeux. Et vous, les enfants, êtes tous devenus très importants pour moi. (Remington se pencha, mal à l’aise, pour essayer d’ébouriffer les cheveux blonds d’Owen. Celui-ci, fort de son mètre quatre-vingt-dix, n’était pas d’humeur à se laisser décoiffer et baissa vivement la tête.) Donc je me suis dit que nous pourrions partir tous ensemble. Vous trois, Layla, Edie et moi. Ce sera une super façon de faire connaissance. J’ai réservé quelques villas sur Shelter Cay. Avant, j’étais propriétaire de l’île. Je l’ai vendue il y a quelques années, mais elle reste l’une de mes destinations préférées.

Remington retourna aux fourneaux comme s’il venait d’annoncer qu’ils sortaient dîner.

— Ton île ? s’enquit Avery, confuse.

— Juste un petit bout de terre dans les Bahamas. C’était l’un de mes premiers investissements. Mais ils continuent à bien me traiter là-bas, ajouta-t-il en souriant.

— N’est-ce pas génial ? fit Edie, les yeux brillants. Bien sûr, si vous voulez inviter quelqu’un – peut-être ton amie Jack ? –, vous êtes les bienvenus. Plus on est de fous, plus on rit ! Tout le monde devrait s’éclater à Thanksgiving ! ajouta-t-elle d’un ton catégorique.

— Bien sûr, merci ! dit Avery, tout excitée.

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