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On s’aimera toujours !

Créé par

Cecily von Ziegesar

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Pour Anna

L’amour est comme la guerre ; il est facile de commencer mais difficile de l’arrêter.

H. L. Mencken

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Salut à tous !

HO HO HO !

« Douce nuit, sainte nuit, dans les cieux, l’astre luit… » comme les tenues que les petites fées de Givenchy, YSL ou Oscar de la Renta ont justement confectionnées pour nous, sur mesure. « Qui sommes-nous ? » vous demandez-vous. Les résidentes du Golden Mile de Manhattan, enfin. Ce quartier chic de New York, doté d’immeubles avec portier, entre la 59e Rue et la 86e. C’est Noël, le moment d’orner nos spacieux appartements de luxe de l’Upper East Side de babioles or et argent, de lumières scintillantes, de nœuds de velours et de chocolats importés de Paris-la-Belle. Ici, les fêtes sont toujours un peu plus étincelantes, un peu plus éclatantes, un peu mieux. Quel bonheur d’être de retour !

Si je ne compte pas vous raconter où j’étais passée ces derniers mois, je vous avouerai, en revanche, qu’il y a bien une vie après le lycée. Oui, c’est enfin arrivé : nous sommes entrés à la fac. Ce semestre, nous avons été entourés de gens qui ne nous ont pas (encore) vus nus, qui ne connaissent pas nos notes aux examens d’entrée à l’université, qui ne se rappellent pas l’époque où nous mouillions notre culotte au jardin d’enfants, qui ignorent quand nous nous sommes fait percer les oreilles. Nous avons découvert des choses, nous avons rencontré de nouveaux copains, et peut-être aussi l’amour de notre vie. Nous avons changé. En mieux, espérons. Et nous sommes toujours aussi fantastiques.

Prenez O, par exemple, en route pour le Vermont où elle passera des vacances parfaites avec son petit ami parfait de Yale, et sa famille non moins parfaite, dans leur propriété idyllique. Cette fille n’a jamais perdu son objectif de vue. Et à ce propos, que fabrique S ? D’après la rumeur qui court ces jours-ci, elle serait nominée pour le prix du syndicat américain des acteurs. Jadis vénérée par ses camarades de classe de Constance Billard, la voilà poursuivie par une horde de paparazzi et une clique d’autres starlettes du cinéma, pendant qu’elle rafraîchit ses Louboutin. Quoi qu’elle fasse et où qu’elle soit, S restera toujours le centre d’attention.

Puis il y a ceux qui ont fait leur possible pour changer. N a effectué le tour du monde à la voile ces quatre derniers mois. Mais comme nous le savons tous pour avoir étudié Kant lors de nos séminaires en première année, « aucun homme n’est une île ; tout homme est un fragment du continent ». Il reviendra – plus tôt que tard, espérons. Puis il y a D, qui griffonne des poèmes existentiels dans son carnet Moleskine dans le nord-ouest Pacifique. Ça ressemble peut-être à un tout nouveau mode de vie, mais il insiste encore pour boire du café instantané Folgers et refuse celui d’une cafetière à piston dans la capitale américaine du café. Il passe également beaucoup de temps à essayer de téléphoner sur Skype à sa petite amie V, une réalisatrice ultra-indépendante au crâne rasé, qui étudie à NYU et semble presque avoir… des cheveux. Et des potes ?! Enfin, il y a C, vu pour la dernière fois en compagnie d’un groupe de types grossiers vêtus de flanelle, qui soulevaient des bûches dans le Nevada ou le Montana, bref dans un bled dépourvu de civilisation, mais pas de bétail. S’intéresse-t-il à un nouveau genre de garçon ou vient-il de renaître ? Cet homme ferait honte à Madonna.

Sous le gui et à la Saint-Sylvestre, on s’embrasse, et quelque chose me dit que l’on va beaucoup se bécoter pendant ces vacances. Quant à vous, petits veinards, vous serez en première ligne, car je vous raconterai tout ce qui vaut le coup, une fois que les lumières de Noël seront éteintes et que les jolis nœuds de velours seront défaits. Que les retrouvailles commencent !

VOS E-MAILS :

Chère Gossip Girl,

Je rends visite à ma grand-tante à New York pour les fêtes, et il paraît que Serena van der Woodsen y habite et que tu sais tout sur elle. Es-tu elle ? Ouh là là, si c’est toi, pourrais-tu m’envoyer une photo dédicacée ? Ou peut-être sortir avec moi ?

— j’adoreSvW

Cher j’adore,

Si je préfère vivre loin des projecteurs, ton héroïne, elle, sort presque tous les soirs d’après ce que je sais. Tu devrais pouvoir la trouver à condition de savoir où regarder.

— GG.

Chère Gossip Girl,

La cantine de mon université ne sert que des boulettes de fromage hyper-grasses, et j’ai dû prendre un peu de poids. Dois-je fêter le Nouvel An avec mes copains de lycée ou feindre une grippe ?

— Squatteusedebuffet

Chère SdB,

Je ne suis ni nutritionniste ni thérapeute, mais je peux t’affirmer que tu n’es pas seule. Mon conseil : côté look, ce qui compte c’est de mettre le paquet. Sors, enfile ta petite robe noire et exhibe tes rondeurs. Personne ne remarquera même ces kilos superflus.

— GG.

ON A VU :

O, dans un train de New Haven à Montpelier, Vermont, l’air visiblement pas du tout dans son élément au milieu d’un océan de flanelle multicolore. S, en compagnie de trois filles identiques, des fausses blondes anorexiques, sur un tapis rouge, lors d’une première. V et des amis de NYU, dont son prof très jeune et très mignon, à une fête pour la projection d’un film à Bushwick. Y en a-t-il une qui essaierait de décrocher des points supplémentaires ? D et sa petite sœur J, partager une assiette de pancakes aux pépites de chocolat à l’un de ces dîners curieusement noirs de monde, dans l’Upper Broadway. C et un groupe de beaux gosses en santiags, commander des sodas au bar du Tribeca Star. Chevauche-les donc, cow-boy !

TOUJOURS ENFREINDRE LES RÈGLES

Techniquement, vous ne vivez plus sous le toit de vos parents. Vous leur avez déjà fait plaisir en vous adonnant à des activités familiales : Scrabble avec les frères et sœurs et décoration de personnages en pain d’épices que personne ne mangera. À présent, le moment est venu de vous défouler et de faire la fête. Vous pourrez toujours vous ressaisir après le 1er janvier – c’est à cela que servent les bonnes résolutions. Alors, sortez, amusez-vous et, surtout, montrez à vos ex-meilleur(e) s ami(e) s et ex-conquêtes combien vous avez mûri.

De plus, maintenant que vous savez que je vous observe, ne mourez-vous pas d’envie de vous donner un peu en spectacle ? C’est bien ce qu’il me semblait.

Vous m’adorez, ne dites pas le contraire

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tout ce que o veut pour Noël

— T’es réveillée, Scoute ?

Olivia Waldorf se réveilla de son petit somme et vit Pete Carlson qui la regardait. Il la gratifia de son adorable sourire en coin. Ses yeux bleu océan étaient bordés de cils du même blond vénitien que ses cheveux épais qui lui tombaient sur le visage.

Olivia jeta la couette Black Watch au pied du canapé et vérifia discrètement à l’aide de son index qu’elle ne bavait pas. Elle adorait que son copain la réveille, surtout quand il l’appelait par un charmant surnom. En ce moment, c’était Scoute, parce qu’elle les avait emmenés, ses frères et lui, chercher le plus beau sapin au fond des immenses bois des Carlson à Woodstock, Vermont. Tôt ce matin, ils avaient ouvert les cadeaux sous l’arbre magnifique. Pete avait offert à la jeune fille une paire de chaussures de randonnée North Face bleu marine et brun avec la promesse de l’emmener faire son circuit préféré aux beaux jours. Olivia n’était pas fan des grands espaces, mais son chéri adorait être dehors, et l’idée de dormir près de lui sous les étoiles lui parut tout à coup presque romantique.

— Bien sûr, mentit-elle en s’asseyant et en bâillant.

Il n’était que midi, mais les neveux et nièces de Peter, adorables, mais tout excités, avaient réveillé toute la maisonnée pour ouvrir les cadeaux à 5 heures du matin !

— Bien.

Pete s’installa sur le divan à côté d’elle, dégageant tendrement la longue frange de son petit visage sexy. Ses cheveux étaient un peu plus hirsutes qu’elle l’aurait voulu, mais elle ne faisait tout simplement pas confiance aux salons de coiffure de New Haven. Et puis, quelle importance cette frange en bataille quand elle se trouvait avec le garçon qui l’aimait ?

— Tu as rêvé ? Tu laissais échapper des petits grognements dans ton sommeil. C’était mignon.

Pete ramassa la couverture par terre et l’étendit sur leurs jambes.

— Oh.

Olivia se renfrogna. Alors comme ça, elle grognait ?

En vérité, elle avait fait un tas de rêves bizarres récemment. La nuit dernière, elle s’était réveillée et avait cru qu’elle assistait à une soirée pyjamas chez sa vieille copine Serena van der Woodsen, pour se retrouver finalement toute seule dans le noir de la chambre d’ami majestueuse des Carlson.

Peut-être n’était-ce que le mal du pays. Après tout, elle n’avait pas vu Serena depuis le mois d’août, elle ne disposait plus d’un chez-elle à New York, et aucun membre de sa famille ne séjournait même aux États-Unis cette semaine. Son père, Harold, fêtait Noël en Provence avec Gilles, son compagnon, et les jumeaux qu’ils avaient adoptés. Son demi-frère, Aaron, passait les vacances en Israël dans un kibboutz. Sa mère, son beau-père, son frère Tyler et sa toute petite sœur Yale s’étaient installés à L.A. en août, dans un gigantesque hôtel particulier sur Pacific Palisades qu’ils agrandissaient encore et rendaient de plus en plus tape-à-l’œil. Pendant la durée des travaux, ils se reposaient dans le Pacifique sud, et visitaient les îles qu’Eleanor Waldorf, dans un accès de folie lié à sa grossesse au printemps dernier, avait achetées pour chaque membre de sa famille. Olivia avait été tentée de les suivre, ne serait-ce que pour voir sa cadette, la moins perturbée de sa tribu tragiquement délirante.

Tout cela, c’était avant de recevoir la carte de Noël que sa maman lui avait envoyée. Fêtez la « fusion » Waldorf/Rose en famille était écrit en caractères dorés au-dessus d’une photo de son beau-père chauve. Cyrus Rose, en Père Noël de velours rouge, portait la petite Yale en tenue d’elfe sur un bras, et une menora dans l’autre. Soudain, cette invitation lui parut bien moins séduisante. Et une fois conviée à passer Noël avec les Carlson au grand complet – la tribu idéale –, elle estima que son devoir de petite amie était d’accepter.

— Je rêvais de toi, figure-toi. De nous. Je suis tellement heureuse.

Olivia soupira de satisfaction devant le feu du poêle à bois au bout de la pièce. Dehors, une épaisse couverture neigeuse recouvrait le sol.

— Moi aussi, répondit Pete en la décoiffant et en approchant son visage pour l’embrasser.

— Hum, c’est bon, souffla la jeune femme en laissant son corps se détendre dans l’étreinte musclée de son compagnon.

D’un coup d’épaule, elle ôta son cardigan Loro Piana en cachemire noir de sorte qu’elle ne portait plus que son top sans manches Cosabella pêche.

C’était drôle, la façon dont les choses s’étaient déroulées. Quand elle était arrivée à Yale quatre mois auparavant, Olivia avait découvert que sa coloc guillerette, Alana Hoffman, chantait a cappella. Non-stop. Elle se réveillait en l’entendant fredonner Son of a Preacher Man à sa collection d’ours en peluche. Pour fuir sa chambre, elle avait passé beaucoup de temps à la bibliothèque, où Pete rédigeait une dissertation pour son cours de réalisme magique. La jeune femme avait été incapable de poser les yeux sur un seul garçon depuis que Nate Archibald, son petit copain du lycée, et le prétendu amour de sa vie, avait décidé de ne pas partir à Yale avec elle et l’avait laissée en plan à la gare de Grand Central. Mais ce jour-là, devant l’adorable barbe de quelques jours de Pete, le demi-sourire qu’il arborait constamment et l’intense concentration de ses yeux bleu foncé sur son livre de poche usé, Olivia songea pour la première fois qu’il pourrait bien y avoir une vie après Nate. Pete et elle échangèrent des regards éloquents et le garçon finit par l’inviter à boire un café.

Depuis, ils étaient inséparables. En fait, depuis Thanksgiving, Olivia habitait pratiquement avec Pete – et ses colocs sportifs buveurs de gin – dans un hôtel particulier agréablement miteux de Chapel Street. Au début, cohabiter avec tous ces garçons l’avait angoissée, mais elle apprécia d’avoir des frères improvisés, et d’être souvent la seule fille dans la pièce. Surtout quand ils lui laissaient libre accès à la salle de bains du haut et l’aidaient à faire ses devoirs de stats avec plaisir.

C’était hallucinant que les choses puissent être si simples avec lui. Pour la première fois de sa vie, en dix-huit ans, Olivia avait la sensation que son existence revêtait un sens. Elle était passionnée par ses cours d’introduction au droit, vivait avec des garçons qui l’adoraient, avait un petit ami craquant qui l’idolâtrait, et même trouvé une famille de substitution chez les Carlson.

Eux qui n’employaient pas le mot « fusion ».

Ces derniers jours, ils avaient passé tout leur temps en famille : Chappy, son ex-sénateur de père, Jane, sa débutante de maman de Boston, ses trois frères aînés, leurs femmes, et une tripotée de neveux et de nièces dont Olivia n’essayait même pas de se rappeler les prénoms. Ça avait l’air d’un cauchemar, mais en fait, c’était génial. Son paternel, le torse bombé et le teint rougeaud, racontait de mauvaises blagues qui faisaient mourir de rire tout le monde, et le soir à table, sa mère, pourtant sobre, se mettait à réciter des poèmes d’Ann Sexton. Les frères étaient beaux gosses, sympas et intelligents, leurs épouses polies et gentilles, et même les enfants étaient bien élevés. Jusque-là, ses vacances avaient été parfaites.

Et elles risquaient de le devenir encore plus, dans la mesure du possible. Pour fêter la nouvelle année, Chappy avait réservé tout un hôtel cinq étoiles sélect au Costa Rica pour l’ensemble de la famille. Évidemment, Olivia aurait volontiers renoncé au côté « aventure dans la forêt tropicale humide », mais elle avait entendu dire que les plages étaient immaculées, le soleil, délicieux, et que les villas possédaient les matelas les plus géniaux qui existaient.

On frappa à la porte.

— Vous êtes en tenue décente, les jeunes ? cria Jason, l’aîné de Pete, en entrant.

Il avait la même silhouette efflanquée que Pete. Grands, blonds et beaux, les quatre frères Carlson – Everett, Randy, Jason et Pete – passaient pour des quadruplés bien qu’il y ait deux ans d’écart entre chaque garçon. Étudiant en deuxième année de droit à l’université de Pennsylvanie, Jason était l’avant-dernier de la fratrie. Il était adorable, et Olivia aurait bien craqué pour lui si elle était encore célibataire.

Au moins, elle disposait d’une solution de repli.

— Nous faisons des charades. Tradition de Noël chez les Carlson. Votre présence est exigée.

— On ne peut vraiment pas se dérober ?

Olivia réprima un grognement. C’était mignon en théorie, mais ils avaient déjà joué aux charades, au Pictionary et au Scrabble ces trois derniers soirs. La jeune fille avait l’esprit de compétition et c’était épuisant d’essayer à la fois de gagner et de cacher que l’important, c’était de gagner justement.

Peut-être devraient-ils mettre un peu d’ambiance avec un « Action ou Vérité ».

— Et devine qui t’a de nouveau réclamée pour faire partie de son équipe ? railla Jason, en la gratifiant du fameux sourire Ultra-Brite des Carlson. Notre père t’adore !

— Waouh, c’est mignon ! s’écria-t-elle en rassemblant son enthousiasme.

Elle suivit Pete dans le long couloir voûté qui menait à la cuisine. La maison entière était un paradoxe : des murs de bois brut côtoyaient des sols en bois ciré, couverts de tapis persans anciens. Dans la cuisine, un poêle en bois massif était tapi dans un coin, en face de deux grands réfrigérateurs. Chaque membre de la famille avait son fauteuil jaune rembourré placé devant une large lucarne. Chappy, en gros pull à torsades Aran Islands crème, se tenait face au groupe et rappelait chacun à l’ordre.

— Scoute ! cria-t-il gaiement lorsqu’il remarqua Olivia et Pete.

— Bonjour, monsieur Carlson, répondit la jeune fille en lui adressant un sourire chaleureux quand il lui tapa sur l’épaule.

— Je t’ai déjà réquisitionnée, alors bas les pattes, les garçons, lança jovialement Chappy aux frères de Pete, qui lui sourirent tous poliment, même si Everett ne prit pas la peine de lever les yeux de son iPhone. Tu sais quoi, Scoute, je me demande comment je vais m’en sortir sans toi la semaine prochaine, poursuivit-il.

— Oh, je suis sûre que nous pourrons jouer ensemble sur la plage, répliqua Olivia. (Elle rougit. Cette phrase semblait totalement déplacée.) Jouer aux charades sur la plage, clarifia-t-elle rapidement.

— Oui, mais que ferai-je sans ma coéquipière préférée ? (Chappy secoua tristement la tête.) Ne le prends pas mal, Jane, mais tu triches.

— C’est vrai, je suis la première à le reconnaître. (Jane Carlson était grande, svelte, avec des cheveux blonds comme les blés coupés au carré et une silhouette de sportive. Elle portait le même genre de pull que son mari.) Je suis contente que toi, tu restes dans le droit chemin.

Elle gratifia Olivia d’un clin d’œil.

Mais cette dernière continuait à penser à la partie de la phrase de Chappy qui insinuait qu’elle ne partirait pas avec eux au Costa Rica. Elle avait acheté cinq nouveaux bikinis Eres pour l’occasion qui dissimulaient parfaitement les deux kilos que le resto U de Yale lui avait fait prendre.

Sans moi ? répéta stupidement Olivia.

— Je t’emmènerais bien avec nous, mais nous avons un proverbe dans la famille Carlson… commença Chappy, les yeux brillants comme s’il allait prononcer un discours électoral. Quand il s’agit des vacances, je crois en la règle : « Pas de mariage, pas de voyage. »

— C’est la malédiction des Carlson, soupira Jason, compatissant, en donnant un coup de coude dans les côtes d’Olivia.

La jeune femme recula d’un pas. S’il était vrai qu’ils ne l’avaient jamais officiellement conviée au Costa Rica, ils l’avaient invitée pour Noël, tout de même ! N’était-ce pas encore plus officiel que des vacances à la plage ? Alors, pourquoi refuser qu’elle vienne ? Après tout, elle avait amené Nate Archibald, son petit copain du lycée, passer des vacances en famille avec elle pendant des années et pourtant, ils n’étaient pas mariés.

Sauf dans ses rêves.

— Olivia, nous t’aimons et nous voulons tous que tu fasses partie de notre famille, mais je désire respecter ce principe, expliqua gentiment Chappy, comme si elle était l’une de ses administrées qui contestait une règle obscure et inéluctable. J’ai élevé quatre garçons, et s’ils se tiennent bien avec toi, franchement, ces messieurs se donnent plus en spectacle auprès des jeunes femmes que l’École de théâtre de Yale, conclut-il en secouant la tête.

— Peut-être pourriez-vous vous retrouver avec tes potes et vous faire une excursion entre filles ! proposa Sarah, la belle-sœur de Pete, en caressant son ventre revêtu de Lilly Pullitzer, arrondi par huit mois de grossesse. Je me souviens, quand j’ai appris la règle des Carlson, je suis partie m’amuser avec les copines de Theta à Cancún !

Une expression de réminiscence joyeuse traversa le visage en forme de cœur de la jeune femme.

— Vraiment ? fit Randy, en jetant un regard à Sarah. Je ne le savais pas.

— Désolé, fiston ! (Chappy donna une tape dans le dos de son fils.) Désolé, Scoute !

Olivia regarda un tableau au-dessus de la cheminée, qui représentait un bateau pris dans ce qui ressemblait à une tempête d’une exceptionnelle violence. De quel genre d’art s’agissait-il pour l’accrocher dans sa maison ? D’un seul coup, elle détesta son surnom débile ? Scoute ?

Out eût été plus approprié.

— Olivia, je suis désolé, dit simplement Pete. Je croyais que tu avais compris…

— Quoi ? Mais c’est le cas, mentit-elle, en le gratifiant d’un sourire factice.

Elle avait l’estomac tout retourné. L’espace d’une seconde, elle eut envie de se lever, de courir aux toilettes au deuxième étage et de vomir tout ce qu’elle avait avalé ces cinq derniers jours.

— Olivia, chérie, voici ton chocolat chaud. J’ai veillé à ajouter des marshmallows. (Jane poussa le mug fumant dans les mains de la jeune fille.) Tu ne veux pas t’asseoir ?

Elle lui désigna un fauteuil rembourré.

— Merci, dit Olivia. (Elle carra les épaules et se tourna vers le clan Carlson qui attendait. Pas moyen qu’elle montre aux Brady Bunch1 qu’elle transpirait.) Vous êtes prêts à jouer ?

Elle se força à sourire, un plan s’ébauchant déjà dans sa tête.

— Je vais peut-être passer un week-end de folie avec les filles, murmura-t-elle à Pete. Je ne suis pas retournée à New York cette année, sauf ces deux week-ends avec toi, et ils ne comptent pas, puisque nous sommes restés à l’hôtel.

Le visage du jeune homme s’assombrit quand il l’imagina s’éclater comme une folle sans lui. Olivia arqua un sourcil, d’un air de défi. Après tout, elle était une femme. Une femme de Yale. Elle avait des tas d’endroits à visiter.

Et des jeux plus importants à jouer.

fais-toi de nouveaux amis, mais garde les anciens…

— C’est de la part du monsieur là-bas, annonça le barman, un type très mince, genre top model en tee-shirt Ed Hardy ringard en tendant une coupe de champagne.

— Merci, dit Serena van der Woodsen en jetant un œil sur le long bar en chêne foncé de Saucebox, le nouveau lounge de l’hôtel qui venait d’ouvrir sur Thompson Street.

Breckin O’Dell, un acteur, beau mais rasoir, qu’elle se souvenait vaguement avoir rencontré quelquefois, leva sa flûte et la salua. Serena hocha la tête, porta la coupe à ses lèvres et en sirota une petite gorgée, même si elle préférait la vodka.

— Hou là là, tu devrais carrément sortir avec lui ! Son agent a des contacts de fou ! lança Amanda Atkins, tout excitée, en tirant sur la robe The Row en jersey noir au décolleté rond de la jeune femme. C’est possible de commander quelque chose ici ? cria-t-elle à l’adresse du barman.

Serena lui adressa un sourire indulgent. Amanda était un récent transfuge de L.A. âgé de dix-huit ans, mieux connue pour son rôle dans une sitcom débile où elle incarnait une Parisienne qui déménageait dans une ferme du Tennessee pour vivre avec son bouseux d’oncle Hank. Mais récemment, elle avait joué dans un film indépendant sur les snowboardeurs et essayait de se défaire de sa réputation d’oie blanche.

Encore un petit verre et elle devrait y arriver.

— Peut-être, répondit Serena, peu convaincue.

Elle fixa les bulles qui pétillaient à la surface de son verre, comme si elles détenaient les secrets de l’univers. Si elle passait la salle en revue, elle verrait des tonnes de sosies de Breckin O’Dell, cheveux gominés et chemises Thomas Pink ajustées et repassées. Ils s’agitaient autour de Serena, Amanda et de ses deux autres amies actrices, Alysia et Alison. Elles se faisaient appeler les trois A, bien qu’en réalité Alysia se prénommât Jennifer.

Les trois A, étaient, il faut le reconnaître, un peu trop superficielles, mais aussi dingos et drôles et ne manquaient jamais une occasion de faire la fête. En général, Serena se marrait vraiment avec elles, mais ce soir elle se sentait un peu… ailleurs. C’était le surlendemain de Noël et ses parents venaient de partir pour Saint-Barth et son frère Erik était déjà retourné à Melbourne en Australie où il passait sa seconde année d’études. Non pas qu’elle eût envie de fêter le réveillon avec sa famille, non, mais elle n’aimait pas se réveiller toute seule dans son immense appartement de la 5e Avenue. Elle vida sa coupe d’un trait en se disant qu’elle avait juste besoin de s’amuser.

Et après tout, c’est elle l’experte.

— Hé, tu es cette meuf de la ferme ! bredouilla un brun aux cheveux en pics, sans regarder Amanda dans les yeux.

Il portait une chemise à rayures roses et blanches et ses dents étaient d’un blanc éclatant.

— Oui, soupira Amanda. Mais en fait, j’ai des trucs à faire.

Elle s’éloigna et Alysia et Alison partirent d’un rire moqueur. Serena adressa un sourire compatissant au type. Elle avait beau être ravissante, Serena n’était jamais mesquine.

Un mélange exaspérant.

— Oh là là, on n’aurait jamais cru que Knowledge laisserait entrer ce genre de mec. Avez-vous vu ses cheveux ? Il s’est renversé le pot de gel sur la tête ou quoi ?

Amanda fit passer ses extensions par-dessus son épaule tout en désignant le videur costaud dont le boulot consistait à s’assurer que Saucebox reste le plus sélect possible, même si, de l’avis de Serena, il n’avait rien de différent des autres bars où elle s’était rendue récemment.

— Serena ?