Grand-père raconte-moi l'Algérie

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—?Ton père a une haine instinctive de tout ce qui est français. D'ailleurs, il a fait de la prison durant la Seconde Guerre mondiale pour un trafic illicite, avec un franco-portugais qui l'avait soudoyé puis trahi. Elle termina en disant: —?Ton père aime la liberté et cette situation de dépendance le rend amère envers la France. Omar ne pouvait pas croire à une telle réponse. Il y avait quelque chose de louche qu'il n'arrivait pas à cerner. —?Non, je regrette maman. Il m'avait dit l'autre jour?: «?La France est généreuse?». Sa mère fut déconcertée. —?Ah bon! Il a dit ça. Puis elle reprit: —?Il avait menti, car c'est dangereux d'en parler. Il l'a fait pour te protéger. Les autorités françaises sont sans pitié contre les fauteurs de troubles et les colporteurs de fausses rumeurs. S'il a dit ça, c'est pour que tu évites d'en parler.
Publié le : jeudi 5 décembre 2013
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EAN13 : 9782342016598
Nombre de pages : 100
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Du même auteur
Un parfum de révolte, Atelier de Presse, Paris, 2007. Réédité par les éditions Thuraya, Alger.
Mohamed Aknoun
GRAND-PÈRE RACONTE-MOI L’ALGÉRIE
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0119175.000.R.P.2013.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2013
Préface Ce récit est un genre de psychodrame qui tire son existence de lhistoire contemporaine algérienne. Néanmoins, bien quil soit tiré de faits réels, il ne reflète quune infime partie de cette longue tragédie. Les guerres propres nexistent pas et celle dAlgérie ne peut déroger à cette règle. Les Français ne peuvent ignorer ou simplement effacer dun revers de main, tous les crimes et massacres quils ont commis de 1830 à 1962. Du dé-but à la fin, cest un déluge de feu, de destruction, de morts et de désolation qui sabattit sur les Algériens quils soient jeunes, vieux, femmes ou enfants. Opération de maintien de lordre selon les autorités de lépoque, cette guerre fut le théâtre dun décompte macabre ahurissant. Plus dun million et demi de morts chez les Algériens et 30 000 morts du côté français. Quimporte, si on est pieds noirs ou algériens ! Chacun appar-tient à sa propre famille et bon gré malgré il doit se ranger avec les siens pour se battre et pour mourir sil le faut. Quimporte qui a tort ou a raison ! Comme dans toutes les guerres, il appar-tient aux historiens et nom aux diplomates décrire lhistoire telle quelle a été vécue par les belligérants.
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Chapitre I. L’enfance de Omar
Comme chaque année durant la période estivale, le jeune Omar et son frère Hamid aimaient se rendre au bled pour pas-ser les vacances scolaires chez leur grand-père Si Ahmed. Laïeul habitait dans un village isolé situé en pleine montagne, au beau milieu dune nature sauvage qui évoquait la paix, la li-berté et la joie de vivre, loin de toute civilisation. Cet adorable patelin du bout du monde sappelait Timaouine, du nom dun de leurs ancêtres. Ils venaient profiter à lenvi de ces moments dextase dans ces endroits fabuleux ou la tristesse était bannie à jamais de leurs esprits. La veille déjà, avant même de prendre le départ, Omar était rempli de joie à lidée de pouvoir passer des moments agréables avec son grand-père dans cette contrée ou-bliée quil chérissait tant. La nuit fut très longue à pénétrer le jour et limpatience alla crescendo en lui ôtant toute envie de dormir. Omar narrêtait pas de tourner et de se retourner inlassablement dans son lit. Parfois, il fermait les yeux pour voir défiler devant lui des pay-sages de rêves, des torrents qui déversaient dans une rivière, une eau claire et limpide. Où niché du haut dun abricotier cente-naire, il suivait du regard, le sillage des bateaux à la limite de la ligne dhorizon. Il ne sen lassait jamais. Il était ébloui par le faste de ces lieux, un genre de paradis terrestre qui sétalait à ses pieds. Le jeune Omar vivait en toute liberté, loin de toute con-
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trainte, dans cet endroit perdu du territoire où la France était absente.Au premier chant du coq, il était déjà debout, prêt à partir avec ses parents pour ce voyage tant désiré. La journée sannonçait belle et au petit matin, le soleil commençait déjà à pointer ses rayons sur la nature et les hommes. Le bus était à larrêt, moteur en marche, pendant que les derniers voyageurs venaient par petits groupes sy engouffrer. Des femmes et des enfants indigènes entrèrent en force pour prendre dassaut les places encore libres. Puis ce fut au tour de deux Européens qui voyaient, dun mauvais il, le chahut provoqué par de petits bambins arabes trop remuants à leur goût. Puis le car sébranla mettant fin à lattente et à limpatience du jeune Omar. À une dizaine de kilomètres de Timaouine, au lieu-dit Djebel Boube-rak, méchanceté et la cruauté humaine prirent forme en la la personne dun jeune soldat du contingent. Le car fut stoppé net, par des militaires en armes. Deux soldats pénétrèrent à lintérieur du bus pour contrôler les passagers. Un jeune barbu âgé de vingt ans fut poussé à lextérieur sans ménagement. En contrebas de la route, quatre corps, qui pouvaient être de jeunes paysans, gisaient sur le sol, baignant dans leurs djellabas tachées de sang. À la vue de ces cadavres ensanglantés, le jeune barbu pani-qua et prit la fuite en direction des massifs environnants. Un coup de rafales, tiré sans la moindre sommation, mit fin sa ten-tative hasardeuse, sous lil apeuré des passagers de lautobus. Lun des deux Européens qui avait auparavant les yeux plongés dans un magazine, choqué par ce quil venait de voir, sinsurgea en criant de toutes ses forces :  Pourquoi un tel gâchis ! Il navait nulle part où senfuir ! Vous auriez pu le prendre facilement. Cest un meurtre gratuit.
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