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Guide des terrasses avec vue sur le ciel

De
83 pages
Monté à la ville, Mickaël découvre la vie. Dingue de solitude, il n'a aucun avenir. Entre Vanessa qui l'écrase, Mariette qui le déniaise, Fred qui le prend pour un idiot, et Djamel qui lui pique tout, il a du mal à atteindre Baxter, son oncle, Prix Nobel de Littérature. Baxter, c'est Dieu. Un Dieu froid, distant, ou délirant voire schizo (il fait l'oiseau, une vraie manie). Fasciné par la folie du vieil homme, habité, obsédé par lui (il l'a vu voler), Mickaël échafaude des théories pour percer son secret. Il finit par voler lui aussi. Dès lors, il s'attaque à la tâche vitale d'écrire un Guide des terrasses avec vue sur le ciel. Le langage de Mickaël est singulier. Réalité et rêve cohabitent, ils sont le prisme à travers lequel Mickaël voit enfin un chemin.
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vue sur le ciel
ROMAN© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0697-0 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-0696-2 (pour le livre imprimé)Avertissement de l’éditeur
Découvert par notre réseau de Grands Lecteurs (libraires, revues, critiques
littéraires et de chercheurs), ce manuscrit est imprimé tel un livre.
D’éventuelles fautes demeurent possibles ; manuscrit.com, respectueuse de
la mise en forme adoptée par chacun de ses auteurs, conserve, à ce stade du
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Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
Téléphone:0148075000
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comC’était mon premier choc avec ta planète, oncle
Bax. Ta pièce venait de commencer. Deux auges
installées sur la scène nue. Et dedans, des vieux
plus que vieux, au bord du trou : des parantécédés.
Vanessa pestait. D’après elle, les vieux n’y étaient
pasallésd’eux-mêmesdanslesauges,aucunhumain
ne ferait ça. C’était lui, disait-elle, leur fils, affalé
dansunfauteuild’infirmeaumilieudelascène,qui
les avait mis là-dedans.
Tu la connais ma sœur, à cause des droits de
l’homme à ne pas souffrir, elle était dans tous ses
états.
Moi j’étais là, avec mes quinze ans, face à ce
monde qui me glissait des mains comme une sa-
vonnette mouillée. Aucune aspérité pour le saisir.
J’avaisl’habitude. Mêmelesmotspournommerles
choses étaient lisses, des ventres. La seule solution
quej’avaistrouvéeàl’époqueétaitlachirurgie. Ou-
vrirl’unaprèsl’autrelesmots,étalerleursintérieurs
etregarder. Làplusdefrimenidegrandsairs,moins
flambants dedans que dehors : leur vérité mise au
grand jour, ils ressortaient démystifiés, transformés.
Si bien que les rares fois où on avait parlé tous les
deux, tu m’avais dit : « Avec toi, Mickaël, il fau-
draitundictionnaire». Aparantécédé,ilyauraiteu:
vieux aux gènes pas nets, sur le point de filer après
te les avoir refilés. A quinze ans c’est ça un parent,
quelque chose de moisi, d’un peu dégoûtant.
On était là uniquement pour me faire plaisir. Ma
premièrefoisdansunthéâtre,aumilieuderombières
envisonnéesetdemarlonssapésendirecteurs. L’hu-
meur de Vanessa ne s’arrangeait pas. Elle ne se gê-
naitpaspourclamerhautetfort: «Quelscrétins,cla-
quer trois cent balles pour ça ! » Cet argent, et c’est
ce qu’elle ne supportait pas, aurait pu nourrir un de
ses protégés pendant une année au moins. Nous, ta
famille,onavaitnotreconsciencepournous: onles
avait eues gratis, nos places au premier rang.
7Guide des terrasses avec vue sur le ciel
De quoi marquer mes vacances de provincial, et
surtout de quoi me faire avaler l’interdiction de Va-
nessadetevoirenchairetenos. Elleestimaitqu’une
heure ou deux en compagnie de ta pièce remplace-
raitlecontactdirect. Monenviedet’approcher,mes
illusions sur toi, Baxter Wingstone, le célèbre Prix
Nobel, seraient automatiquement guéries.
Guérie, Vanessa, tu le sais, l’était déjà : chaque
répliquelarévoltait. «Onn’estpasobligésderester
jusqu’au bout », m’avait-elle soufflé à plusieurs re-
prisessouslenezdesacteurs. Safaçondemesaboter
chaque instant de ta pièce m’indigne quand j’y re-
pense. Ellen’auraiteuqu’àsortir,fairelescentpas,
se griller une clope. Mais comment lui faire com-
prendre ? « Les gens célèbres ont toujours besoin
d’un larbin, c’est la chance de ta vie », m’avait dit
mon vioc enm’embarquantdansle train. Alorsmoi
qui, aux pièces de la télé, zappais toujours, de quoi
j’auraisl’airdemainsitum’interrogeais? Jen’avais
que cette soirée. Mon avenir se jouait là.
Toutelajournéej’avaisattenduautantqueredouté
ce rendez-vous avec toi, prof des profs, détenteur
de mon futur, ou de mon absence de futur. Malgré
la peur, j’essayais de nous imaginer, nous. Toi, le
maître ne parlant qu’à moi, ta chose, ton articiple,
ainsiquejemenommais déjà. Moi,tournéreligieu-
sementverslemurquinousséparaitdepuismonar-
rivée. Vers cet univers secret, rien qu’à toi, et toi,
debout, tenant ta haute verticale osseuse, dècheuse,
de l’autre côté de ce mur, articulant des phrases es-
sentielles.
Voilà pourquoi chaque parole sortie de la bouche
des acteurs, je la prenais avec un espoir fou. Elle
pourraitpeut-êtrepercerl’opacitédemonignorance,
être une révélation. Je guettais avec angoisse ce
quelque chose qui me ferait décoller, m’élever loin
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