Haddingfield toys

De
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Doyenne d’une riche et célèbre famille américaine, Elizabeth Haddingfield perd son petit-fils, puis son mari dans des circonstances aussi violentes qu’inexpliquées. Contre toute attente, elle découvre qu’il s’agit là non d’accidents mais de meurtres. Les fantômes du passé et la valse des indices plongent bientôt les Haddingfield dans une histoire cruelle et riche en rebondissements. Avec un grand sens du suspens, l'auteur tisse un drame puissant et complexe autour d’une famille au bord de l’explosion. Grégory Batisse est passionné de dessin, de cinéma et d’écriture. Avec Haddingfield toys, il concrétise sa fascination pour la construction psychologique des personnages.
Publié le : lundi 20 juin 2011
Lecture(s) : 239
EAN13 : 9782304032062
Nombre de pages : 556
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2 Titre
Haddingfield Toys

3



Titre
Grégory Batisse
Haddingfield Toys
Certains secrets peuvent être lourds à
porter et certaines familles peuvent
tout faire pour les protéger.
Roman
5Éditions Le Manuscrit
Paris
























© Éditions Le Manuscrit, 2010
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-03206-2 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304032062 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-03207-9 (livre numérique) 032079 (livre numérique)
6






.

.

8 Haddingfield
Toys

C’EST DANS NOS GÊNES
NOTRE INSTINCT ANIMAL…
Un simple collier de perles rendait Casey
éblouissante. En cette chaude soirée de juillet,
elle se hâtait de se préparer pour se rendre à
l’inauguration de la galerie d’art d’une amie. La
lumière éclatante du lustre de son immense
chambre lui permettait de s’admirer dans le
miroir. Elle passa ses mains sur sa longue robe
rouge aux fines bretelles pour ôter les derniers
plis et la rendre plus moulante au niveau des
hanches. Casey avait les cheveux courts noirs,
avec des reflets bordeaux, coiffés en bataille.
Pourtant, durant sa jeunesse, elle ne voulait pas
les couper. Mais un jour, elle avait choisi de
changer totalement de look. Des lunettes
tendances ornaient son visage. Il était vingt
heures. Elle commençait à se demander si elle
arriverait à l’heure, car son époux Robert était
encore sous la douche. Son travail l’avait
empêché de rentrer plus tôt. Enfin prête, Casey
traversa le long couloir de sa luxueuse demeure
9 Haddingfield Toys
et se rendit dans la chambre de sa fille Terry,
âgée de seulement quinze ans. Celle-ci lisait un
livre, allongée sur son lit. Belle jeune personne,
Terry avait un visage d’ange, avec de longs
cheveux bruns. De visage, elle ressemblait à sa
mère, mais au point de vue caractère, c’était son
père.
– Je peux entrer ma chérie ?
– Bien sûr maman.
– Ton père et moi allons bientôt partir.
– D’accord.
– Ne veille pas trop tard.
– Amusez-vous bien tout les deux.
Casey remercia sa fille et se rendit ensuite
dans la chambre de son fils Andrew, quatorze
ans. Celui-ci dormait déjà. Il avait joué au
football toute la journée et la fatigue l’avait
rapidement gagnée. Casey s’approcha du lit et
remonta la couverture sur le corps replié de son
enfant. A chaque fois qu’elle était près de lui,
elle ne pouvait s’empêcher de penser au
douloureux combat qu’elle avait mené pour le
mettre au monde, une grossesse difficile et
éprouvante. Elle lui embrassa le front avant de
sortir de la pièce. Dans le couloir, elle vit son
mari venir vers elle, vêtu d’un costume noir. Bel
homme de trente huit ans, il avait une élégance
folle. Casey et lui s’étaient rencontrés à la
faculté de Boston et depuis, ils étaient
ensemble.
10 Grégory Batisse
– Tu es resplendissante ma chérie.
– Je peux te retourner le compliment.
Ils descendirent tout les deux dans le hall
d’entrée. Une des employées de la maison vînt à
leur rencontre. Elle aida Casey à enfiler son
étole en fourrure. Robert mis son manteau.
– Nous allons rentrer un peu tard Mary.
Veillez à ce que Terry ne travaille pas trop.
– Bien Madame.
Casey se regarda une dernière fois dans la
glace de l’entrée, se recoiffant un peu, avant de
sortir avec Robert. Ils montèrent dans la
limousine.
– J’espère que la soirée ne va pas être
ennuyeuse.
– Si nous y allons, c’est pour Cassie. C’est
mon amie.
– Je sais, je l’aime beaucoup. Mais l’art et moi
cela fait deux.
Casey tapota la cuisse de son mari comme
pour le remercier de faire un effort.
– Tu vas retrouver des connaissances, ce
n’est pas comme si nous allions chez des
inconnus. C’est notre seule soirée depuis des
semaines.
Pendant ce temps, Terry continuait de lire
lorsqu’elle vit son frère près de la porte.
– Qu’est-ce qui t’arrive ?
– Je n’arrive plus à dormir. Un bruit m’a
réveillé. Où sont papa et maman ?
11 Haddingfield Toys
– Ils viennent de sortir. Tu devrais retourner
te coucher.
– Je peux rester avec toi ?
– J’ai du boulot. J’ai des cours à réviser.
Entre Terry et Andrew, c’était la relation
classique entre un frère et une sœur. Un jour, ils
se détestaient, un autre, ils s’adoraient. Andrew
repartit à contrecoeur. Ayant soif, Terry
descendit à la cuisine où Mary rangeait de la
vaisselle. La domestique servait la famille depuis
la naissance de Terry. Il s’agissait d’une femme
adorable et s’occupant très bien des enfants,
sans compter ses dons de cuisinière.
– Puis-je faire quelque chose pour toi Terry ?
– Non merci, je vais me servir un jus de fruit.

A la galerie d’art, la soirée battait son plain.
Casey discutait avec des amies. Robert se tenait
près du buffet avec un de ses partenaires de
squash.
– Alors Robert, comment trouves-tu les
tableaux ?
– Je n’y connais pas grand-chose, c’est plutôt
le domaine de Casey. Elle décore la maison avec
n’importe quelle toile. On doit avoir la maison
la plus remplie d’œuvres d’art de tout Los
Angeles.
– Ma femme est pareille.
Le regard de Robert croisa celui de son
épouse.
12 Grégory Batisse
– Dis-moi Casey, comment vont tes
enfants ? La dernière fois que j’ai vu Terry, elle
devait avoir douze ans.
– Aujourd’hui elle en a quinze et Andrew
presque quatorze.
– Deux futurs héritiers de l’empire
Haddingfield.
– Peut être pas. Terry est un peu rebelle
comme toutes les ados. Elle veut devenir
journaliste apparemment. Je ne lui forcerais pas
la main, elle fera ce dont elle a envie.
– Et Andrew ?
– Le portrait de son père. Il est adorable.
Malheureusement pour moi, je crois qu’aucun
de mes enfants ne me ressemblent dans ma
façon de penser.
En parlant d’Andrew, celui-ci s’était
rendormi paisiblement. Terry venait de
s’installer dans le bureau de son père pour
utiliser l’ordinateur. Elle travaillait ses cours.
Une bonne heure plus tard, ses yeux
commencèrent à faiblir face à la lueur de
l’écran. Elle sommeilla un peu, quand elle sentit
une odeur bizarre. Elle se leva de sa chaise et
alla près de l’entrée de la pièce. L’odeur
semblait plus forte. Terry chercha Mary. Au
bout de quelques secondes, elle la trouva sur la
terrasse de la véranda.
– Mary, tu fais cuire quelque chose ?
– Non pourquoi ?
13 Haddingfield Toys
– Viens.
Terry prit l’employée par la main et la
conduisit dans le couloir. Mary sentit de suite la
fameuse odeur. Elles se regardèrent, inquiètes.
La gouvernante regarda un peu partout. Au
moment où elle atteignit le bas des escaliers, elle
aperçut de la fumée provenant de l’étage.
– Mais qu’est-ce que… »
Mary monta les marches. La fumée
s’épaississait.
– On dirait que cela vient de derrière cette
porte.
Prudemment, Mary saisit la poignée de la
porte. Elle était chaude. Terry se tenait toujours
en bas des marches.
– Mary ?
– Terry, il y a le feu ! Va appeler les
pompiers.
L’adolescente se précipita vers le téléphone.
La fumée venait d’une chambre d’ami. Mary
ouvrit en ayant enroulée sa main dans son
tablier et là, ce fut le drame. Des flammes
jaillirent sur la femme d’une cinquantaine
d’années. Celle-ci poussa un hurlement de
douleur. Terry réapparut. Elle vit Mary
s’enflammer et gesticuler dans tous les sens. Le
corps bougeant dans tous les sens, elle bascula
et se mit à faire une cascade dans les escaliers.
Terry recula horrifiée. Le feu prenait tout le
premier étage. Terry, apeurée, sentait sa gorge
14 Grégory Batisse
s’enrouer. Elle se sentit quand même capable de
crier le nom de son frère juste après s’être collée
contre un mur. Elle ne pouvait pas passer. Que
pouvait-elle faire ? Quelques secondes suffirent
aux flammes pour prendre possession du
premier étage.
« Andrew ! »
Le jeune garçon sortit de sa chambre en
teeshirt et caleçon. Il fut effrayé par le spectacle. Il
cria le nom de Terry. Celle-ci l’entendit et lui
demanda de se rendre dans la salle de bain.
Andrew s’exécuta sans tarder. Sentant le danger
se rapprocher, Terry décida de se rendre dans le
jardin. Ses yeux s’écaarquillèrent lorsqu’elle
aperçut un large côté de la maison disparaître
dans un nuage orangé et noir. Des larmes
coulaient sur son visage. Son corps tremblait,
pourtant elle n’avait pas froid. Andrew regarda
par la fenêtre de la salle de bain de sa chambre.
Il aperçut sa sœur.
– Terry, aide-moi !
– Andrew ! Les pompiers vont arriver. Ne
t’en fais pas.
Quand Andrew se retourna, il vit la porte
prendre feu. C’était incroyable la vitesse à
laquelle cela se propageait. Il attrapa des
serviettes, les mouilla sous la douche. Il tentait
d’empêcher la pénétration du feu, mais sans
succès. Comment un garçon de son âge pouvait
s’en sortir seul ? Pas un seul moyen de
15 Haddingfield Toys
s’échapper. Terry voyait son frère, affolé, en
détresse. Elle entendit les pompiers arriver en
fanfare.
« Ne bouge pas Andrew, ils vont te sauver. »
Des dizaines d’hommes en uniforme se
hâtaient. Terry se sentait seule, elle ne pouvait
pas espérer la venue des voisins car la maison se
situait au milieu d’une vaste étendue d’arbres.
Un magnifique domaine pour gens aisés. Elle
indiqua aux hommes du feu où se trouvait son
frère. La police et une ambulance arrivèrent peu
après. Une femme médecin s’approcha de Terry
pour la soutenir. Les pompiers tentaient
d’éteindre le feu, mais le drame gagnait du
terrain. La fumée enveloppait Andrew. Il
s’évanouit. Terry le vit disparaître alors qu’une
échelle de secours s’approchait de plus en plus
de la fenêtre. Des lances à eau fonctionnaient
sans relâche. L’ambiance était pesante. En
même temps, Casey et Robert étaient sur le
chemin du retour, après une excellente soirée
entre amis. Dans la limousine, ils buvaient une
dernière coupe de champagne.
– J’ai passé une très bonne soirée ma chérie.
– Tu vois que ce n’était pas si difficile.
– En tout cas, je constate que tu n’as acheté
qu’une toile cette fois-ci. Où vas-tu la mettre ?
– Je ne sais pas encore. Je verrais plus tard.
Robert embrassa sa femme. Le chauffeur
baissa la vitre de séparation du véhicule.
16 Grégory Batisse
– Je suis navré de vous déranger, mais,
regardez ! Il y a de la fumée là bas. »
Robert baissa sa vitre et passa la tête dehors.
– C’est vrai, on dirait qu’il y a le feu. »
Les yeux de Robert s’écarquillèrent.
– Oh mon dieu ! Plus vite, cela vient de chez
nous.
– Quoi ?
Casey regarda à son tour, sentant la panique
lui parcourir tout le corps. Elle ne fit pas
attention à sa coupe de champagne tombant sur
le tapis de sa limousine. A l’entrée de leur
domaine, des policiers contrôlaient les allées et
venues. Le véhicule longea le long chemin
jusqu’à l’endroit un peu à l’écart où ils allaient
se garer. Robert et Casey descendirent et se
mirent à courir. Casey laissa tomber son étole.
« Mes enfants ? Où sont mes enfants ? »
Casey vit Terry près d’une voiture de police,
entourée d’une couverture.
« Terry ! »
En voyant ses parents, celle-ci se jeta dans les
bras de son père.
– Où est ton frère ?
– Je n’ai rien pu faire maman.
– Où est-il Terry ?
– Là haut, dans la salle de bain.
– Non !
Casey s’écarta. Elle alla de plus en plus près
des flammes quand un pompier la stoppa.
17 Haddingfield Toys
– Arrêtez madame.
– Mon fils est à l’intérieur. Aidez-le !
– Nous faisons notre possible.
– Je vous en prie, sortez-le de là.
N’écoutant pas ses conseils, Casey se dégagea
et courut. La chaleur l’étouffait. Une projection
de flammes brisa une fenêtre du
rez-dechaussée et propulsa Casey au sol. Soudain, un
immense bruit, un craquement insupportable,
se propagea dans les environs. L’échelle des
pompiers fut forcée de reculer, quand une
partie de la maison s’effondra sous les yeux de
Casey, Robert et Terry. Sachant qu’il n’y avait
plus d’espoir pour son fils, Casey resta au sol,
en larmes, après avoir poussé un hurlement de
terreur. Robert enlaça sa fille très fort. On
aurait dit que les flammes se refermaient sur le
corps d’Andrew. Casey resta à genoux un long
moment, même après que les pompiers eurent
éteint l’incendie. Après avoir installé Terry dans
la limousine et fait en sorte que le médecin lui
donne un calmant, Robert s’approcha de sa
femme. Il la força à se relever, la maintenant de
tout son amour. Il y avait un spectacle horrible.
Une majorité de la demeure n’existait plus. Tout
ceci n’avait pris que quelques longues minutes
pour disparaître en fumée. Des chercheurs
commençaient à regarder dans les décombres
pour éteindre les derniers foyers et chercher les
corps.
18 Grégory Batisse
« Je veux rester avec mon fils. »
Elle se releva et marcha en titubant vers les
ruines.
– Viens. C’est fini.
– Andrew !
Robert ne savait pas quoi dire. Lui aussi
venait de perdre son fils. Au petit matin,
lorsque Casey aperçut des secouristes sortir
deux corps, enveloppés dans une housse. Elle
s’évanouit. Robert la transporta vers une
ambulance. Des docteurs la prirent en charge. Il
devait faire une chose pendant qu’on s’occupait
de son épouse. Il attrapa son portable et
composa le numéro d’une résidence à l’autre
bout de Los Angeles.
« Walter Haddingfield je vous prie… »
La discussion dura quelques minutes,
interminables pour Robert. L’ambulance
emmena Casey à l’hôpital et Robert rejoignit
Terry dans la limousine. L’adolescente dormait.
Le chauffeur démarra. Robert regardait dans le
vide, la tête de Terry sur les genoux. Il repensait
à des moments tendres qu’il avait passé avec
son enfant. De fines larmes ornaient le coin de
ses yeux. Le trajet fut très long pour lui. Une
fois arrivé et sans attendre, il se rendit au chevet
de sa femme, après avoir demandé à son
chauffeur de veiller sur sa fille. Casey avait l’air
si paisible, allongée sur son lit. Ses mains étaient
un peu sales à cause de la terre qu’elle avait
19 Haddingfield Toys
agrippée dans la colère. Quelques instants plus
tard, un homme et une femme entrèrent dans la
chambre. L’homme avait soixante et un ans, de
courts cheveux grisonnants. La femme, à
l’allure distinguée avait cinquante six ans et de
longs cheveux bruns ondulés. Il s’agissait de
Walter et Elisabeth Haddingfield, les parents de
Casey. Elisabeth s’approcha immédiatement de
sa fille. Elle lui caressa le front en lui dégageant
les mèches rebelles. Malgré son chagrin, rien ne
paraissait face aux autres. Walter entraîna son
gendre hors de la chambre pour s’entretenir
seul à seul avec lui.
– Une foule de journalistes est déjà devant
l’hôpital. Les flics les retiennent.
– Ils ont fait vite.
– Comment est-ce arrivé Robert ?
– Je n’en sais rien.
– Mais enfin, un feu ne se déclare pas
comme ça.
– Ecoutez Walter, je suis déboussolé. Ce
n’est pas le moment. Je viens de perdre mon
fils.
– Désolé.
A travers la vitre séparant la chambre du
couloir, les deux hommes regardèrent la scène
attendrissante d’une mère réconfortant sa fille.
Elisabeth murmurait des mots doux à l’oreille
de Casey qui se réveilla lentement, sous l’effet
des médicaments.
20 Grégory Batisse
– Maman ?
– Je suis là ma chérie.
– Quelle horreur ! Andrew !
– Calme-toi Casey.
– Mon fils.
– Tu ne dois pas t’agiter.
– Comment est-ce que je vais pouvoir vivre
sans mon fils ?
– Cela va être dur Casey, mais tu as Robert et
Terry. Tu peux compter sur eux.
Elisabeth avait le don pour trouver des
paroles froides et directes. Pendant que Casey
se lamentait sur sa vie future sans Andrew,
Robert et Walter aperçurent Alan arriver. Frère
de Casey, Alan Haddingfield était âgé de trente
trois ans. Aux allures de latin lover, il avait les
cheveux courts noirs et une décontraction
naturelle. Les journaux l’avaient longtemps élu
célibataire le plus sexy de l’Etat, si bien que
nombreuses sont celles qui se sont succédés
dans ses bras.
– Je viens d’apprendre. La télé diffuse des
flashs spéciaux en plein milieu des programmes.
Comment va Casey ?
– Pas bien, comme tu t’en doutes.
– Je suis navré Robert. Et toi ? Tu veux que
je fasse quelque chose ?
– Je voudrais que tu t’occupes de Terry.
– Où est-elle ?
21 Haddingfield Toys
– Dans la limousine. Le chauffeur veille sur
elle.
– Je vais l’emmener à la maison.
– Merci.
– C’est naturel, si tu as besoin de quoi que ce
soit, tu me téléphones. Je ne veux pas déranger
ma sœur pour le moment. Il y a déjà assez de
monde autour d’elle. Je repasserais plus tard.
Alan s’éclipsa en direction du parking. Il eut
la bonne idée de prendre une sortie à l’arrière
de l’hôpital. Il s’approcha de la limousine. Le
chauffeur fumait une cigarette accoudée à la
portière.
– Comment va ma nièce ?
– Elle vient de se réveiller. Elle voulait voir
sa mère, mais je l’en ai dissuadé comme le
souhaitait son père.
Alan ouvrit la portière arrière et grimpa dans
le véhicule.
– Eh puce !
– Oncle Alan, je veux voir maman.
– Plus tard, tu vas venir avec moi pour le
moment.
Alan aida Terry à sortir. Il demanda au
chauffeur de repartir. Pour éviter les
journalistes, ils se précipitèrent vers la voiture
d’Alan garée à l’écart. A l’intérieur du centre de
soins, Casey s’était rendormie. Elisabeth, Walter
et Robert se trouvaient dans la salle d’attente.
22 Grégory Batisse
– Nous devons nous occuper de
l’enterrement au plus vite.
– Elisabeth, je ne veux pas vous manquer de
respect, mais vous pensez que c’est le moment ?
– Je sais que l’instant est mal choisi, mais
nous ne devons pas tarder. Le bien être de
Casey en dépend. Vous êtes plus solide que ma
fille. Nous devons également calmer la presse.
Je pleurs mon petit fils, mais nous avons
beaucoup de choses à régler. Vous devez me
prendre pour une femme sans cœur, mais je
vous assure que je fais le mieux pour Casey.
Walter, tu devrais te charger de la conférence de
presse.
– Je vais contacter Pryde, notre attaché de
presse.
– Bien.
Robert s’écarta des deux meneurs de jeu.
Trop de choses se bousculaient dans sa tête. Il
connaissait trop bien les Haddingfield pour
savoir que le moindre drame serait réglé en
quelques jours. Seule l’image comptait.
– La presse va s’acharner sur les causes de
l’incendie qui ont causé la mort d’Andrew et de
la gouvernante.
– Walter, nous devons libérer Robert et
Casey de ces obligations.
Quelques instants plus tard, une foule de
journalistes bloquait la sortie de Walter et
Elisabeth. Ils eurent du mal à se faufiler jusqu’à
23 Haddingfield Toys
leur véhicule. Dedans, Walter se saisit de son
téléphone portable.
– Pryde, ici Walter Haddingfield… Désolé
de vous déranger à une heure aussi tardive, mais
il s’est produit un évènement grave… je vous
expliquerais tout, venez chez moi. J’ai besoin de
vos services. A tout de suite. »
Walter raccrocha et observa sa femme, le
regard dans le vide. Bien que cela fasse
précipité, la famille Haddingfield avait depuis
longtemps l’habitude de jouer avec les drames
qui les concernaient.

Un jour ensoleillé pour un triste évènement.
Le cimetière privé de Los Angeles fourmillait de
gens en noir. Tous les représentants des familles
les plus fortunées du pays faisaient acte de
présence. Un cercueil en bois verni trônait au
milieu des milliers de fleurs et de couronnes
mortuaires aux messages tendres. Installés au
premier rang, Robert, Casey et Terry. Malgré
ses lunettes noires, on pouvait voir des larmes
couler sur les joues de Casey. Autour d’eux, le
clan Haddingfield au grand complet, fondateurs
et dirigeants de la plus importante société de
jouets du pays. Walter et Elisabeth soutenaient
les parents en deuils, entourés de leurs autres
enfants. Alan était près de sa femme Rebecca et
portait dans ses bras leur fille Chloé, six ans. A
leur gauche, Josh, troisième enfant
24 Grégory Batisse
Haddingfield, avec son épouse Gwen. Et puis
près de Walter, le dernier né, Devon,
accompagné de sa petite amie Sarah. En face
d’eux et de l’autre côté du cercueil l’autre partie
du clan, la famille Hardey. La sœur de Walter
avait épousé Stuart Hardey, fondateur d’un
autre empire, celui du monde de bébé, de la
puériculture. Les deux familles formaient un
empire colossal et puissant. Catherine pleurait
dans les bras de Stuart, tandis que leurs trois
enfants faisaient face. Amy s’accrochait au bras
de Tony. Peter se tenait près de son épouse
Helen et de son autre sœur Laura. Le prêtre,
entouré de deux enfants en tenues religieuses,
récitait des textes sacrés pour bien accompagner
Andrew au paradis. Quelle jolie messe ! Casey
se leva ensuite, soutenue par Robert. Elle ne
tenait plus sur ses jambes. Elle se mit face au
cercueil, au son de l’Ave Maria interprété par la
grande Maria Callas, qu’un poste diffusait. Elle
fit un signe de croix avec la rose qu’elle tenait
dans sa main et la posa en pleurant de plus en
plus fort. Les regards s’attristèrent. Tour à tour,
les membres de la famille, les amis et les
relations se succédèrent, même ceux qui
faisaient tout pour concurrencer cet empire. Au
fil de l’après midi, les gens se dispersèrent. Les
lieux se vidèrent. Casey demanda à Robert de la
laisser seule un petit moment pour se recueillir
une dernière fois. S’étant calmée, digne,
25 Haddingfield Toys
élégante dans son tailleur noir, elle regardait le
cercueil qui dans peu de temps allait s’enfoncer
dans la terre à jamais.
« Oh Andrew ! Tu me manques déjà trop. Tu
seras toujours dans mon cœur. On se
retrouvera très bientôt. Je te le promets. Je veux
que tu reposes en paix. Au revoir mon ange.
Sache une dernière chose, je vais savoir
comment ce feu a pris. Si j’apprends que c’est
volontaire, je tuerais la personne de mes
propres mains mon fils, je te le jure. J’aurais
préféré être à ta place dans cette boîte, mais je
ne peux plus rien. »
Casey repartit, sans se retourner une seule
fois. Elle rejoignit son mari et sa fille dans la
limousine. Dans une autre voiture du cortège,
Josh Buvait un soda provenant du mini bar. Il
était âgé de vingt six ans et avait de courts
cheveux châtains. Un bouc finement dessiné
ornait son menton. Sa femme Gwen, vingt
quatre ans, possédait le charme nécessaire d’une
femme parfaite. Exceptionnellement, elle avait
coiffé ses longs cheveux noirs en chignon, alors
que d’habitude, ils descendaient jusqu’aux
épaules.
– Très bel enterrement.
– Oui.
– Il y avait du monde.
– Des gens faisant bonne figure c’est tout.
Tout était réuni pour se faire voir, les
26 Grégory Batisse
journalistes, les familles fortunées. La moitié ne
connaissait même pas Andrew.
– Ne dis pas cela, pense à ta sœur.
– Mais j’y pense justement, à elle, à Robert et
à Terry. C’est une tragédie. Au lieu de faire cela
dans l’intimité, il a fallu qu’il y ait tous ces gens.
Mes parents ont sans doute envoyé des
invitations. Tu as vu les caméras un peu plus
loin. Ils auraient pu empêcher cela.
– Ne te stresse pas. Cela n’en vaut pas la
peine.
Quelques kilomètres plus tard, la propriété
familiale des Haddingfield accueillait les gens
pour un cocktail de doléances. Les domestiques
se frayaient un chemin à travers les convives.
Casey ne se sentant pas le courage d’affronter
toutes les paroles de réconfort, s’isola dans une
des chambres du premier étage.Seule.Alan
s’occupait de sa fille dans le jardin. Sa femme
Rebecca arriva avec la prestance qui la
caractérisait. A l’allure sportive, elle avait
toujours la forme. Ses longs cheveux bruns
suivaient chaque mouvement de son visage.
– Alan, tu devrais rentrer. Ton père voudrait
te parler.
– Entendu.
Il embrassa Chloé sur le front et allait
s’éloigner quand Rebecca lui agrippa le bras.
– Qu’est-ce qu’il y a ?
27 Haddingfield Toys
– Tu veilleras toujours sur Chloé n’est-ce
pas ?
– Bien sûr. Pourquoi cette question ?
– Et bien, ta sœur est sortie et…
– Ne dis pas des choses que tu pourrais
regretter. Casey n’y est pour rien. Ce sont les
aléas de la vie. Ce n’est pas parce qu’il est arrivé
quelque chose à Andrew que Chloé risque quoi
que ce soit.
– Excuse-moi.
– C’est rien, tes craintes sont justifiées.
Alan se dirigea vers la maison. Walter le
convoqua dans son bureau.
– Robert va être indisponible pendant
quelques temps, je veux que tu t’occupes des
dossiers urgents à sa place.
– Ok !
– Notre famille va devoir faire face à la
presse et à l’enquête en cours sur les causes du
feu. Je ne veux pas de débordements ni de
rumeurs folles.
Alan fit un signe d’approbation de la tête. A
cet instant, Elisabeth pénétra dans la pièce,
contrariée.
« Que faites-vous tout les deux ? Rejoignez
nos invités. »
Josh passa devant le bureau, sans s’attarder,
pour monter à l’étage. Il longea le couloir qui lui
était si familier. Il frappa à une porte. Celle-ci
s’ouvrit sans forcer. Josh aperçut Casey, assise
28 Grégory Batisse
dans un fauteuil près de la fenêtre. Près d’elle,
un verre de vin posé sur un guéridon. Josh
s’agenouilla devant sa sœur. Elle ne le regardait
pas.
– Eh Casey ! Comment vas-tu ?
Silence.
– C’est une question stupide je sais. Tu as
besoin de quelque chose ? Tu sais que tu peux
m’appeler, même pour une broutille. Andrew va
énormément me manquer à moi aussi. C’était
un sacré gamin.
– Il devait jouer un match très important le
mois prochain. Il s’y préparait avec énergie.
– Casey.
– Je lui ai même acheté un nouveau maillot
pour qu’il soit le plus beau, pour que Robert
soit fier de lui.
– Il l’est déjà, rassure toi.
– Hier, j’ai trouvé un de ses pull-overs dans
sa chambre ici. Il l’avait sans doute oublié la
dernière fois qu’il a dormi chez ses
grandsparents. J’ai senti son odeur.
– Tu ne devrais pas, c’est pas bien.
– Je suis ravie qu’il fasse beau aujourd’hui.
Andrew n’aurait pas aimé qu’il pleuve.
Casey attrapa son verre de vin et en avala une
gorgée.
– Casey, tout les deux on s’est toujours bien
entendu. A n’importe quelle heure, n’importe
quel jour, tu peux me contacter et je débarque
29 Haddingfield Toys
sur le champ. C’est une tragédie et je suis
vraiment navré que cela t’arrive à toi.
Josh, inquiet, sortit de la pièce, sachant que
pour le moment, il ne pouvait rien faire pour sa
sœur. Il avait mal. Tout le monde dans sa
famille lui avait sans cesse reproché d’être très
complice avec Casey, certains disaient qu’elle
avait une influence particulière sur lui. Alors
qu’il s’apprêtait à redescendre, il tomba nez à
nez avec sa mère dans le couloir.
– Josh, je suis heureuse que tu sois là.
– Je le devais pour Andrew maman.
Pourquoi ? Tu croyais que je n’allais pas assister
aux funérailles de mon neveu ?
– Non bien entendu. Il faut qu’on parle Josh.
On ne se voit pas assez souvent.
– A qui la faute ? Tu sais très bien pourquoi
je me suis éloigné. Au fait, je voulais te féliciter
pour ta tenue lors de la cérémonie. Toi et papa
vous avez été plus que parfaits.
– Tu ne crois pas que c’est le moment de
faire la paix ? On ne peut pas rester ainsi.
– Mais moi je suis en paix avec moi-même.
Je suis très heureux avec ma femme. Pour
l’instant, la seule personne qui m’inquiète, c’est
Casey.
– Casey ?
– Va la voir maman. Elle ne va pas bien. Je
crois qu’elle délire. Elle a vu un docteur ?
30 Grégory Batisse
– Nous faisons le mieux pour elle. Avec le
temps, elle s’en remettra. Elle est forte.
– Bien sûr, j’oubliais que dans cette famille,
surtout toi et papa, vous ne voyez jamais le côté
négatif des choses. Vous voyez toujours le côté
qui embellira votre réputation, sans vous
soucier des autres. La réputation, vous n’avez
que ce mot là à la bouche. Vous vous permettez
de faire concurrence aux autres et pour cela,
vous entraînez des gens innocents. Seulement
là, il s’agit de ta fille, ma sœur. La réputation de
la famille Haddingfield passe après. Tu ne crois
pas ?
– Tu n’as pas le droit de dire une chose
pareille.
Josh s’apprêtait à descendre les marches
quand Elisabeth le stoppa. Elle ne voulait pas le
laisser couper court à la conversation. Depuis sa
naissance, Josh était l’enfant chéri de Walter et
Elisabeth. On lui avait tout donné, amour,
argent. Et un jour, il s’était marié et s’était exilé
dans une autre ville. Le jour où tout a basculé, il
y eut une grande dispute. Josh en avait eu assez,
il se sentait étouffé. Sachant que ses parents
pouvaient tout faire pour lui rendre la vie
impossible, il avait accepté de travailler pour la
société familiale à condition qu’ils le laissent
mener sa vie à sa guise. Aujourd’hui, il
parcourait le monde, à la recherche de
nouveaux jouets, fournisseurs, clients et il
31 Haddingfield Toys
aimait cette vie. Ce n’était pas pour rien qu’il
travaillait au service des achats. Contrairement
aux autres membres de sa famille, Josh ne
faisait pas souvent les gros titres des journaux,
qu’ils soient professionnels ou a scandales. Sans
doute parce qu’il vivait normalement, sans
écart, avec une épouse parfaite.
– Qu’est-ce que tu vas faire mon fils ?
– Maintenant que j’ai fait mes condoléances à
Casey et fait bonne figure, je peux me retirer.
Pour moi c’est fini. En et moi nous nous en
allons.
– Restez encore un peu. La famille est réunie.
– Peut être, mais je ne vois pas ce que j’aurais
à dire de plus à ces gens. Ce n’est pas une fête.
Je crois que tu devrais te le mettre dans la tête.
Je dois partir. J’ai un avion de très bonne heure
demain matin.
– Bien, mais un jour, il faudra que l’on parle.
Tu ne peux pas renier ton nom. Tu es un
Haddingfield.
Josh descendit les marches du grand escalier.
Elisabeth cria de rage qu’il était de sang fortuné
et qu’il devait honorer son nom. Elle le regarda
partir sans un mot. Josh aida Owen remettre
son manteau et se dirigèrent jusqu’à leur voiture
de location. Alors qu’ils s’apprêtaient à grimper
à l’arrière, Devon, le dernier né fit son
apparition. Il était âgé de vingt deux ans et
ressemblait sur certains traits physiques à Josh,
32 Grégory Batisse
avec des cheveux un peu plus longs ébouriffés,
un bouc.
– Tu t’en vas ?
– Oui Devon, cela vaut mieux pour tout le
monde.
– Tu vas revenir ?
– Je ne pense pas. J’ai beaucoup de travail tu
sais. Revenir ici, c’est autant de bons que de
mauvais souvenirs.
Devon et Josh avaient été très proches. Mais
depuis quelques temps, leurs rapports s’étaient
embrouillés. Devon était devenu le nouvel
enfant gâté. Devenu fier, son attitude avait
changée. Josh trouvait que le petit garçon qu’il
avait tant apprécié devenait un futur dirigeant
Haddingfield. Peut être sans s’en rendre
compte. Dans sa façon de parler des autres, il
faisait mal. Il critiquait et jugeait les autres sans
les connaître. Et cela, Josh ne le supportait pas.
Il en avait même fait les frais sans que son frère
le sache. Il y avait de cela moins d’un an, Josh
avait surpris une conversation entre Devon et
un de ses amis, lors d’une réception au
domaine. Devon disait de son propre frère qu’il
avait besoin qu’on lui tienne la main et que
jamais il n’avait eu le moindre caractère, trop
sensible ou trop gentil. Josh étant très
rancunier, il n’en parla jamais, mais un lien
s’était brisé entre eux. Il arrivait même à Devon
de se comporter comme un véritable gamin,
33 Haddingfield Toys
n’hésitant pas à faire le mariole avec le moindre
objet qu’il trouvait. Cela était ridicule. Gwen
monta dans la limousine, suivit par son mari qui
ferma la portière. Josh ordonna au chauffeur de
les mener jusqu’à l’hôtel. Le véhicule s’éloigna.
En voyant son frère partir, Devon se demandait
ce qui avait changé. Il regarda la bague qu’il
portait à son petit doigt. Cadeau de Josh. Il ne
se doutait pas de ce que Josh lui reprochait.
Devon pouvait à sa guise oublier ce qui le
gênait. Bien installés sur la banquette en cuir à
l’arrière du véhicule, Gwen regarda son mari. Il
semblait pensif et triste à la fois. Elle savait ce
qui le tourmentait. Ils ne se cachaient rien. Elle
posa une main sur sa cuisse et lui posa sa main
sur la sienne. Ils n’avaient pas besoin de se
parler pour se comprendre.
– A chaque fois que tu reviens ici, cela te fait
du mal.
– Je sais, mais je ne peux m’en empêcher. Il y
a des gens qui te bouffent de l’intérieur dès que
tu les vois. C’est pour cela que je ne reviendrais
pas de si tôt.
– Ne dis jamais que tu ne reviendras pas. Tu
vas te rendre malade, faire des cauchemars.
Tout s’arrangera avec le temps, tu verras. Pour
l’instant, on est bien comme ça. Je suis avec toi,
c’est l’essentiel.
– Si je ne t’avais pas, je crois que je serais
perdu.
34 Grégory Batisse
– Et moi, si je ne t’avais pas, je crois que je
serais l’épouse d’un ancien joueur de foot de
notre faculté.
– Tu as le don de me remonter le moral.
Josh esquissa un sourire, tandis que Gwen
posa sa tête sur son épaule. Il savait au fond que
le seul moyen pour lui d’être en paix, c’était
d’ignorer les gens qui n’en valaient pas la peine.
Devon en faisait malheureusement partie.
Depuis un bout de temps, il savait que son petit
frère manipulait les gens à sa guise. Il ne se
doutait pas un instant de ce qui se passait dans
la résidence Haddingfield. Casey sortit de sa
chambre en faisant en sorte de ne rencontrer
personne. Elle alla jusqu’au bout du couloir,
dans la bibliothèque. Elle ouvrit le meuble de
style napoléonien car elle savait qu’à l’intérieur,
il y avait un mini bar. Elle attrapa un des verres,
ouvrit la bouteille de vodka et s’en servit une
bonne dose. Elle porta la boisson à ses lèvres,
se délectant du goût. Elle ne s’arrêta pas avant
d’en avoir avalé plus de la moitié. Devant elle,
accrochée sur le mur et dans un cadre en
argent, une photo de famille. Casey la décrocha.
Elle se balada dans la pièce, la photo dans une
main, son verre dans l’autre. Son regard se fixait
sur Andrew, agenouillé devant son père. Tous,
souriaient. En ayant assez de ces gens heureux,
Casey balança le cadre sur le fauteuil. Elle se
resservit un verre alors que Robert pénétra dans
35 Haddingfield Toys
la pièce. Il s’approcha d’elle pour essayer de lui
prendre le verre des mains. Elle s’écarta
violemment de lui.
– Qu’est-ce que tu fais ?
– Tu ne crois pas que tu as assez bu ?
– Non.
– Un verre par ci, un verre par là. Tu fais
n’importe quoi.
Casey se mit face à Robert, le narguant en
buvant une autre gorgée de vodka.
– Je fais ce que je veux. Cela ne te concerne
pas.
– Je suis ton mari quand même. Andrew était
mon fils à moi aussi.
– Laisse-moi tranquille.
– Tu te conduis comme une gamine.
– Va-t-en !
Robert eut un regard de pitié et la laissa
seule. Il l’informa avant que les gens
commençaient à partir et qu’elle devrait
descendre les remercier d’être venus. En vain,
Robert rejoignit Walter et Elisabeth à la porte
d’entrée. Ils saluèrent tous les convives un à un,
entre poignées de mains et embrassades. Une
fois la porte fermée, dans le hall, ne restaient
que Walter, Elisabeth, Devon, Sarah, Robert et
Terry. Alan et Rebecca s’étaient retirés dans
leurs appartements, juste après avoir couché
Chloé. Il était assez tard. Terry s’installa sur le
sofa, près de Devon qui bavardait avec sa petite
36 Grégory Batisse
amie. Et là, surprise totale ! Casey apparut
devant eux.
– Robert, je veux rentrer à la maison.
– Que dis-tu ?
Les regards se portèrent sur la jeune femme,
ivre.
« - Tu sais très bien que pendant les travaux
de rénovation, nous logeons ici.
– Je veux retourner chez moi et tout de
suite !
Elisabeth vînt vers elle pour la calmer.
– Ma chérie, il faut que tu te reposes.
– Oh je t’en prie maman ! Ne joue pas les
bonnes sœurs avec moi. En quoi est-ce que
mon état t’inquiète ?
– Mais enfin Casey…
– Tu es venue me voir à l’hôpital et entre ce
jour là et aujourd’hui, tu ne m’as parlé que cinq
minutes. Je vis chez toi. Ce n’est pas si difficile
de pousser une porte. C’est fou comme tu
t’inquiètes.
– Je devais m’occuper de tout. Tu étais trop
fragile pour le faire et tu l’es encore.
– Je veux rentrer chez moi. Je ne veux pas
rester ici.
Elisabeth s’éloigna, laissant sa place à Robert.
– Calme-toi Casey. On retournera à la
maison après. Pour l’instant, tu vas monter avec
moi pour t’allonger.
37 Haddingfield Toys
– Robert ! Je veux mon fils. Je veux être près
de lui.
– Je sais. Mais regarde, Terry est là elle.
Le regard de Casey se porta sur sa fille qui
versait quelques larmes. Elle essuya ses pleurs et
se leva.
– Ma chérie, je suis désolée.
– Non tu ne l’es pas maman. J’en ai assez.
Depuis qu’Andrew est mort, vous ne cessez de
vous disputer. J’en ai vraiment marre.
Terry se précipita dans la pièce voisine,
s’effaçant du champ de vision des autres. Casey
s’effondra dans les bras de son mari, lâchant
son verre. Le liquide transparent s’étala sur le
sol. Walter leur dit qu’un des domestiques allait
s’en occuper. Robert le remercia d’un signe de
tête et conduisit sa femme, choquée, à l’étage.
Dans la chambre, il l’aida à se déshabiller, lui
laissant ses bijoux. Il l’allongea sur le lit et la
recouvrit. Elle s’endormit rapidement. Sans que
personne ne s’en aperçoive, Terry était sortie
par la porte de la cuisine. Avec son portable,
elle téléphona à une agence de taxis afin que
l’un d’eux l’attende à l’entrée du domaine en
toute discrétion. Le chauffeur conduisit
l’adolescente jusqu’au centre ville selon sa
demande, devant un hôtel des plus luxueux : le
« Quary Mary ». Son immense façade éclairée et
ses fenêtres décorées de rideaux de velours
reflétaient la clientèle aisée qui y descendait.
38 Grégory Batisse
Terry pénétra dans le grand hall et demanda à
l’accueil le numéro de la suite de Josh
Haddingfield. L’hôtesse lui donna sans
difficulté. Elle prit l’ascenseur jusqu’au
quatrième étage et frappa à la porte 257. Josh
lui ouvrit quelques secondes plus tard, portant
un peignoir de l’hôtel.
– Terry ? Mais qu’est-ce que tu fais ici ? Tu
as vu l’heure ?
– Désolée. Je peux rentrer oncle Josh ? Je
suis partie de la maison.
– Vas-y.
Josh referma la porte, troublé. Il s’excusa
auprès de sa nièce et alla passer une tenue plus
confortable. Il réapparut quelques instants plus
tard en short et tee-shirt.
– Tu veux quelque chose ?
– Non merci.
Terry s’installa sur un fauteuil. Josh se mit en
face.
– Explique-moi pourquoi tu t’es enfuie
ainsi ?
– Maman a encore fait une scène. Elle était
ivre.
– Tu dois prévenir au moins.
– J’ai laissé un mot en disant que j’allais chez
une copine.
– Et ta mère ?
39 Haddingfield Toys
– Elle doit dormir sous l’effet de l’alcool
maintenant. J’en ai assez. Ils n’arrêtent pas de se
disputer. J’ai l’impression que tout fout le camp.
– C’est normal Terry. Tu viens de perdre ton
frère. Tu réagis normalement et tes parents
aussi. Casey réagit très mal c’est vrai, mais de là
à t’enfuir.
– Je ne savais pas où aller. Tu es le seul en
qui j’ai confiance. Je peux rester là ce soir ?
– Bien sûr. Je vais téléphoner à ton père.
Malheureusement demain matin, j’ai un avion
de très bonne heure.
– Oui.
– Tu sais que tu peux tout me dire. Je sais
trop à quel point c’est stressant de tout garder
au fond de soi, surtout au sein de cette famille.
– Je m’en veux.
– De quoi ?
– Cette nuit là. J’aurais dû tenter plus.
– Tu voulais risquer de mourir toi aussi ?
– Quand j’ai vu Mary brûler vive, j’ai été
horrifiée. Je ne savais pas quoi faire. Il ne
pouvait pas descendre. Il est mort.
– Tu as fait ton possible Terry. A toi seule,
comment voulais-tu lutter contre un feu aussi
violent ? Tu n’as que quinze ans. Tu dois te
déculpabiliser chérie, tout comme ta mère devra
le faire.
– Je ne peux même plus parler à mes parents.
40 Grégory Batisse
– Il faut que les choses se tassent. En ce qui
concerne ta mère, rien ne pourra la guérir
totalement.
– Je voudrais tellement l’aider.
– Je sais.
Josh caressa les cheveux de sa nièce.
– Tu vas dormir dans la seconde chambre ce
soir et demain matin, tu auras les idées plus
claires. Je te reconduirais avant d’aller à
l’aéroport.
– D’accord.
Gwen apparut soudain, vêtue d’un déshabillé
en satin noir avec un peignoir assorti à peine
ceinturé à la taille.
– Qu’est-ce qui se passe, »
Josh se leva.
– Gwen, tu peux aider Terry à s’installer dans
l’autre chambre ? Elle va rester cette nuit.
– Bien sûr, viens avec moi.
Les deux femmes allèrent dans l’autre pièce,
laissant Josh téléphoner.
– J’espère que cela ne te dérange pas que je
sois venue.
– Pas du tout. Tu es toujours la bienvenue.
Tu veux que je te prête une nuisette ?
– Non merci. Je peux te demander quelque
chose ?
– Oui.
– Qu’est-ce que cela a fait à oncle Josh de
revenir et de les revoir ?
41 Haddingfield Toys
– Tu sais, c’est délicat. Josh est très
sentimental et quand il a revu sa famille, cela a
été bouleversant. Il m’a fait tout un cinéma
avant de descendre de la limousine au cimetière.
A part des coups de fil professionnels, des mois
entiers sans avoir le moindre contact privé, c’est
long.
– Des mois.
– Il n’aime pas quand j’en parle. D’être aussi
distant lui fait mal, en particulier avec ceux dont
il était proche, toi, Andrew, Casey et Devon.
Mais ce ne sont pas nos affaires. Et tu dois
penser à autre chose. Tu dois continuer ta vie.
Pour l’instant, tu vas te reposer et demain
matin, on te ramènera.
– Merci.
Gwen se pencha pour embrasser Terry sur le
front après que celle-ci se fut couchée. Josh
entra et les informa qu’il avait prévenu Robert.
Terry ferma les yeux dans l’obscurité d’un lieu
neutre. Le couple se réinstalla dans leur lit.
– J’ai hâte de retourner chez nous, à
Savannah.
– Moi aussi Josh.
– Tout est si paisible là bas.

Malgré l’heure, plus proche de la matinée que
de la soirée, Laura gesticulait sur la piste de
danse éclairée par les différentes boules à
facettes et les néons aux multiples couleurs.
42 Grégory Batisse
Troisième enfant de la famille Hardey, Laura,
vingt cinq ans, ne suivait jamais les règles
établies par le clan. Petit bout de femme aux
courts cheveux noirs ondulés dont une mèche
retombait sur son front, elle était un peu la tête
brûlée. De nature très festive, elle n’hésitait pas
à sortir pratiquement tous les soirs. Toujours à
la recherche du grand amour, elle ne désespérait
pas. Malgré son jeune âge, elle avait eu pas mal
d’aventures, mais toutes se terminèrent par un
échec. La musique battait son plein, entendant
les derniers titres à la mode. Des dizaines de
gens formaient une masse autour de Laura. Elle
avait une réputation. Toutes les boîtes de la
région la connaissaient et la laissaient entrer
sans problèmes. Dès la fin de la chanson sur
laquelle elle s’extasiait, Laura s’installa au bar
sur un de ces hauts tabourets recouverts de cuir
rouge. Elle commanda auprès du barman
qu’elle connaissait bien, une tequila avec une
olive farcie flottant dedans. A sa grande
surprise, une de ses amies vînt à sa rencontre.
– Brooke !
– Laura ! Que fais-tu là ? Ce n’était pas
aujourd’hui qu’on enterrait ton cousin ?
– Si, ne m’en parle pas. Les évènements
comme ça, je préfère les oublier vite, même si
c’est difficile. Je veux évacuer ma tête.
– Tu as bien raison. Je te commande un
verre ?
43 Haddingfield Toys
– C’est bon merci. J’en ai déjà un.
Brooke Fyerson avait le même âge que
Laura, mais son look différait. D’un côté, on
avait un look moderne, tendance et de l’autre,
un look totalement surpassé par le maquillage et
les couleurs éclatantes. Brooke travaillait dans
une boutique de fringues du centre de Los
Angeles. Elle la dirigeait même.
– Ne te retourne pas Laura, mais tu as une
paire d’yeux masculines braquée sur toi. »
Discrètement, tenant son verre, Laura tourna
son visage, cédant à la curiosité. Elle but une
gorgée. Brooke avait raison, un homme ne
cessait de la regarder, en lui souriant du coin de
la bouche. Ayant certainement le même âge, il
avait fière allure dans son costume noir avec
une chemise blanche aux deux premiers
boutons défaits. Il avait la classe. En plus, c’était
tout à fait son type d’homme, grand, latin, au
regard mystérieux.
– Il est pas mal.
– Pas mal ! Tu as besoin de lunettes. C’est le
plus beau mec de la boîte.
– Il n’a peut être que la beauté pour lui.
– Dans ce cas, bavardons tout les deux.
Laura se retourna, étonnée. L’homme se
tenait derrière elle et avait surpris la fin de la
conversation. Brooke se sentant de trop,
s’éclipsa discrètement.
– Vous voulez boire autre chose ?
44 Grégory Batisse
– Non.
L’homme s’installa près d’elle.
– Je suis Gabriel Jacoby.
– Et moi Laura…
– Hardey. Je sais.
– Comment vous le savez ?
– C’est simple. J’ai demandé au barman.
D’après ce qu’il m’a dit, vous êtes une habituée.
– Par contre, vous, c’est la première fois que
je vous vois.
– En effet, je suis de passage.
– Travail ou plaisir ?
– Un peu les deux. Jusque là, c’était pour le
travail, mais je commence à éprouver du plaisir.
– Je vous le dis de suite, je ne suis pas ce
genre de fille.
– Ah mais je n’insinue rien.
– Vous faites quoi dans la vie ?
– Je suis paysagiste. Je crée et restaure des
jardins.
– Où ?
– Dallas. Je suis ici pour une convention.
C’est barbant.
Un sourire narquois apparut sur le visage de
Laura.
« Vous dansez ? »
Elle mit quelques secondes avant d’accepter.
Elle était étrangement attirée par lui. Ils se
dirigèrent, main dans la main, vers la piste de
danse. Par chance ou par malheur, à cet instant,
45 Haddingfield Toys
on diffusait un slow. Plus la chanson avançait,
plus l’espace entre eux se réduisait. Une
alchimie se créait entre eux. Laura sentait son
cœur s’affoler sans le vouloir. Les mains de
Gabriel la serraient à la taille. Cela dura toute la
soirée.

Le lundi suivant, comme chaque début de
semaine, les gens s’affairaient dans les bureaux
de l’entreprise Haddingfield. Au quinzième
étage de cet immense building, trônant en plein
centre de la ville, se situaient les états généraux
de la société. Dans la grande salle de réunion,
Walter et Alan regardaient un dossier, avec
autour d’eux les différents chefs de service et
Devon. Celui-ci n’assistait jamais aux réunions
car il ne travaillait pas encore pour la société. Et
ce n’était pas son souhait. Il avait accordé une
faveur à son père devant son insistance répétée.
Pendant quelques temps, il avait accepté de
venir tenter l’expérience. Walter lui signifia que
si cela ne lui plaisait pas, il le laisserait choisir
son plan de carrière.
« Bon, nous pouvons commencer la réunion.
L’ordre du jour étant le lancement d’une
nouvelle gamme de jouets. Alan, nous
t’écoutons. »
Alan se leva de son fauteuil et se positionna
près de l’écran géant amené spécialement pour
la présentation.
46 Grégory Batisse
« Les publicitaires viennent de nous livrer le
spot qui serra diffusé sur toutes les chaînes
nationales. »
Alan attrapa la télécommande, la pointa vers
l’écran et le film débuta. Dès les premières
secondes, une musique entraînante destinée aux
jeunes se fit entendre. Sur les images, on voyait
un groupe d’adolescentes se baladant sur la
plage. Au fur et à mesure de la musique, elles se
transformaient en poupées mannequins, aux
tenues et aux couleurs actuelles. On apercevait
les modèles de poupées disponibles avec les
multiples tenues, accessoires etc… A la fin de
ces quelques minutes de démonstration, les
adolescentes redevinrent humaines. L’une
d’entre elles prononça le slogan : « Sois une
Paddy Girl ». L’image disparut.
« Alors, vous en pensez quoi ? »
Il y eut une succession de hochements de
têtes, d’approbations. Walter parut lui aussi ravi.
Il demanda si une personne avait des remarques
à faire.Non.Pendant environ deux heures, ils
continuèrent à étudier les différentes affaires en
cours. Après, Walter autorisa tout le monde à se
retirer. Devon accompagna son père dans le
couloir.
– Alors fils, comment as-tu trouvé cette
réunion ?
– Intéressante. Mais c’est pas mon truc.
47 Haddingfield Toys
– Tu pars défaitiste. Ce n’est que ton premier
jour. C’est plus passionnant que tu ne le crois.
– Papa, le monde du jouet, c’est bien, mais
j’ai de gros doutes quand à mon envie de
travailler ici.
– Tu verras bien.
– Peut être. Je ne sais pas si mes diplômes
d’études supérieures seront utiles ici. J’ai des
ambitions personnelles. Bon, je vais dans mon
bureau.
Devon s’éloigna de son paternel. Quelle ne
fut pas sa surprise en arrivant ce matin de
découvrir qu’un bureau lui avait été aménagé.
C’était le fils du patron, un futur héritier. On lui
avait même attribué une secrétaire. Certaines
mauvaises langues disaient qu’il était pourri gâté
et d’autres, habitués au style Haddingfield ne
disaient rien. Walter interpella Alan, juste avant
que celui-ci ne prenne l’ascenseur.
– Il faut que je te parle.
– Je t’écoute papa.
– J’aimerai que tu confies à Devon un
dossier en cours.
– Pardon ? Tu crois que c’est le moment ? Il
débute.
– Oui je sais. Mais je veux tout tenter pour le
convaincre.
– Je te comprends. Moi aussi je le souhaite,
mais tout de même.
48 Grégory Batisse
– J’ai pensé qu’il pourrait travailler sur la
présentation du nouveau catalogue.
Les yeux d’Alan s’écarquillèrent de stupeur.
Même si Devon était son frère, il ne supportait
pas cette attention si flagrante que ses parents
lui donnaient en ce moment.
– Non mais papa, c’est très important le
nouveau catalogue. Il n’y connaît rien.
– Il fait des études. Il peut se débrouiller.
Donnons-lui une chance. Je veux qu’il
rencontre… Comment il se nomme déjà ? Ce
peintre qu’on a engagé pour la mise en page.
– James Wylts !
– Je veux que tu les fasses se rencontrer.
– Tu es vraiment sérieux ? Devon a une
façon de gérer les choses très particulière, cela
risque de ne pas être bon. Nous pourrions avoir
à recommencer son boulot.
– Alan. On fait confiance à ton frère. Et puis
tu seras là pour le superviser en cas de
problèmes.
– Comme tu veux. Je vais dire à mon
assistante de lui préparer le dossier. J’espère
réellement pour nous que le catalogue sortira
dans les temps. Et puis James Wylts n’a jamais
rencontré Devon, il a toujours été en contact
avec nous. Tu crois qu’il va accepter de
travailler avec un novice ?
– Oui. Ne sois pas aussi négatif.
49 Haddingfield Toys
– Papa, j’adore Devon, c’est mon frère. Mais
qu’est-ce que tu as à vouloir absolument le faire
intégrer la société. Ce serait bien, mais ne le
force pas.
– Un de mes fils s’est éloigné de moi. Je ne
veux pas qu’un second le fasse.
– Devon n’est pas comme Josh.
– Heureusement, mais je ne veux prendre
aucun risque.
– Bien, je te laisse. J’ai un rendez-vous à
l’extérieur.
Alan s’engouffra dans l’ascenseur laissant
Walter satisfait de son idée. Dans son esprit,
Devon était vraiment différent de Josh. Alan
pensait que Josh valait mieux dans les affaires.
Pendant ce temps là, Devon contemplait,
depuis sa baie vitrée, les rues animées de Los
Angeles. On frappa à la porte.
« Entrez ! »
Sa secrétaire entra. Elle expliqua à son patron
qu’un coursier venait de lui apporter une lettre.
Elle la lui donna en main propre et prit congée.
Il l’ouvrit, étonné par le fait de recevoir déjà du
courrier. A l’intérieur, une feuille de papier qu’il
déplia. Dessus, il y avait simplement trois lignes.

Walter et Elisabeth vous mentent à tous
Les Haddingfield détruisent tout
Josh découvrira la vérité

50 Grégory Batisse
Agrafée en haut à droite de la feuille, une
vieille photographie représentant une femme
qui souriait. Devon ne la connaissait pas. Il
appuya sur l’interphone devant lui.
– Mademoiselle ? Savez-vous de qui vient
cette lettre ?
– Non monsieur Haddingfield. Je suis
désolée.
– Ce n’est pas grave merci.
Devon s’affala dans son fauteuil se
demandant ce que cela voulait signifier. On
refrappa à la porte. Cette fois-ci, une agréable
surprise l’attendait. Sa fiancée venait d’entrer.
« Sarah ! Qu’est-ce que tu fais là ? »
Sarah Haynes avait dix neuf ans. Jeune
femme mignonne, au visage de poupée, aux
longs cheveux blonds à peine ondulés, elle avait
rencontré Devon à la faculté. Elle étudiait l’art
dramatique et lui était venu assister à une pièce
que sa classe donnait.
– Je suis venue voir comment se passaient
tes débuts. A ce que je vois, tu as été accueilli
merveilleusement bien.
– Oui. Je pense que mon père exagère. Il m’a
donné un bureau, alors que je ne suis pas
certain de travailler ici.
– Cela prouve à quel point il te veut dans son
équipe.
– Tu es simplement venue me voir à
l’œuvre ?
51 Haddingfield Toys
– Oui.
Sarah s’approcha en se balançant légèrement
vers son homme. Elle s’installa sur ses genoux.
Ils s’embrassèrent passionnément. Sarah passa
ses mains dans les cheveux de Devon, les
ébouriffant un petit peu plus.
– Si on sortait ce soir ?
– Je préfèrerais que l’on dîne en tête-à-tête à
l’appartement.
– Pourquoi ? On a si souvent l’occasion
d’être tout les deux. On pourrait sortir avec des
amis. Laura par exemple.
– Je ne sais pas. Je n’ai pas trop envie de
sortir ces temps-ci. Je veux t’avoir pour moi
seul.
– Tu ne vas pas jouer ton égoïste ?
– Tu sais très bien que je suis une personne
égoïste. Tout le monde le sait.
A un moment donné, Sarah remarqua la
lettre posée sur le bureau.
– C’est quoi ?
– Rien.
Devon s’en saisit, la replia et la fourra dans sa
poche.
– Mais si, dis-moi ce que c’est.
– Rien je t’assure. C’est un truc que je dois
étudier.
– Et si tu m’étudiais moi ?
Ils s’embrassèrent de nouveau.

52 Grégory Batisse
Habitués à fréquenter les plus grands
restaurants, Catherine et Elisabeth avaient
décidé de déjeuner au « Colonial », dont les
journaux gastronomiques ne cessaient ces
temps derniers de faire l’éloge de leur nouveau
chef. Elisabeth adorait partager des moments
complices avec sa belle sœur, Catherine Hardey.
Agée de cinquante quatre ans, Catherine était la
sœur de Walter. Son union avec Stuart Hardey
avait été une bénédiction pour les deux
entreprises. Blonde, cent pour cent naturelle,
Catherine n’avait pas sa langue dans sa poche.
Elle n’hésitait pas parfois à se montrer
méprisante. Installées toutes les deux à une
table dans un coin discret, elles buvaient un
apéritif.
– Merci d’être venue Catherine. J’avais
besoin de sortir de la maison.
– Je te comprends ma chérie. Ces derniers
jours, tu n’as pas été épargnée.
– Et mon frère, comment va-t-il ?
– Il travaille toujours autant.
– Mon mari est pareil.
Elles consultaient le menu quand une
connaissance vînt à leur rencontre. Elles se
saluèrent.
– Quelle surprise de vous rencontrer ici.
– Comment vas-tu Edwige ?
– Bien.
– Tu veux t’installer avec nous ?
53 Haddingfield Toys
– Non merci Elisabeth. Je n’ai pas le temps.
Mais cela tombe bien que je te vois. J’ai voulu te
téléphoner.
– Pourquoi ?
– Tu vas dire que je me fais des idées, mais
l’autre jour, j’ai acheté un nouveau roman :
Double facette. C’est une amie qui me l’a
conseillée. Outre le fait que l’histoire est
passionnante, il me semble que tu en es
l’héroïne ma chère.
Catherine faillit s’étouffer en buvant son
verre. Quant à Elisabeth, elle sourit.
– Je t’assure, c’est fou comme elle te
ressemble.
– Ne dis pas de sottises.
– Tu devrais le lire. On verra si je dis des
sottises. On se connaît depuis assez longtemps
maintenant. Il y a même un passage qui
ressemble étrangement à notre escapade dans le
Vermont il y a de cela quinze ans. C’est un
certain Clark Lewis l’auteur. Il y a des
similitudes avec ta vie et je suis bien placée pour
le savoir puisque je te connais depuis plus de
vingt ans. Enfin bref, je me fais sans doute des
idées, mais je te conseille de le lire. On en
reparlera.
Elisabeth et Catherine se regardèrent
pensives. En voyant sa montre, Edwige
s’aperçut qu’elle était en retard. Elle s’excusa et
s’en alla.
54 Grégory Batisse
– Ce n’est pas possible. N’est-ce pas
Catherine ?
– Non, ce ne peut pas être le même. Clark a
disparu depuis des années, lors d’une balade en
mer.
– C’est quand même étrange que l’histoire de
ce bouquin rappelle des choses à Edwige. On a
l’habitude de tout se dire quand on se voit, elle
ne mentirait pas. C’est troublant. Je ne la crois
pas capable de mentir.
Sentant le doute l’envahir, Elisabeth décida
après le déjeuner d’aller dans une librairie.
Pendant ce temps là, Rebecca Haddingfield se
défoulait sur un tapis de jogging mécanique.
Elle ne pouvait se passer d’une journée sans
sport, enchaînant les cours de step et de bikini
Epouse comblée d’Alan, elle avait tout le
bonheur du monde. Ayant un fort caractère,
elle menait sa vie comme elle le désirait. On
commençait à entrevoir les marques de
transpiration sur son débardeur moulant. Cela
faisait une bonne heure qu’elle se fatiguait. Elle
vit soudain une femme monter les escaliers
devant elle. Un sourire forcé se dessina sur son
visage. Elle n’était pas vraiment en très bons
termes avec sa cousine par alliance. Fille de
Stuart et Catherine, Amy ressemblait à son père,
gentille, juste et honnête, enfin en apparence.
Son visage aux tâches de rousseur et au large
sourire, la rendait sympathique dès le premier
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