Hauts sont les tabourets de bar

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Dans la foulée de l’affaire Dutroux, un groupe de journalistes a poursuivi l’investigation au-delà du procès, convaincus qu’ils étaient de l’existence d’un réseau de prostitution. La présente fiction fait allusion à certains aspects de cette affaire.



Georges Janssen a enseigné l’histoire et le français pendant quarante ans. Retraité depuis 1990, il se consacre à ses passions : la lecture, l’écriture, l’image vidéo et les voyages.

Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9789999991634
Nombre de pages : non-communiqué
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Où le com m issaire Joël et son m ulet, Gaston , en plan que dan s un bar, son t tém oin s de la m ort in opin ée d’un e jeun e fem m e — Tu con n ais cette fille ? Gaston s’extrait pén iblem en t de sa m éditation . Plus exactem en t de sa con tem plation d’un e fille – beaux sein s, belles cuisses, belles fesses – qui se tord autour d’un e barre verticale fixe dan s un ballet bien con n u des h abitu és de ce gen r e d’en droit. Le spectacle n ’est pas dépourvu de ch ar m es en fon ction de ceux de la dan seuse, m ais aussi en fon ction de poses étudiées qui se veulen t érotiques. Ce n ’est pas vulgaire. À certain s m om en ts, c’est lim ite. Mais ça peu t m êm e êtr e sublim e quan d, faisan t abstraction de la barr e, ce corps flotte com m e en lévitation , com m e en apesa n teur. Le spectacle offert peut-il valablem en t rivaliser avec le « viagr a » ? La quan tité d’alcool éclusée par certa in s n e laisse pas présager d’exploits in oubliables dan s les alcôves. Autre détail im portan t : la sécu r este sour de aux appels d e la libido. La question posée par son supérieur exige r épon se. Et Gaston de r efaire surface. — Laquelle ? — Celle au bar, sur un tabour et. Petite robe n oire « Coco Ch an el » . Toute cuisse deh ors.
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Croquis à pein e esquissé où le trait flirte avec la fem m e du m on de, l’am an te délaissée et la fille de joie… Gaston fait un effort pour dissocier les deux im ages. Regard furtif et con descen dan t vers la cible. La m oue : cette fille-là, c’est juste un e pub pour Woolite ; black is black. L’autre, au contraire, elle a de la conversation là où il convient. En tre la fille du bar , les dan seuses et les serveuses « top-less » en sh ort fuch sia, il y a lar gem en t de quoi avoir le tourn is. Si Gaston tém oign e d’un solide appétit pour ce gen r e de dém on str ation , J oël a un e fois pour toutes fait le deuil d’un e vie sen tim en tale. Quelques m ois de vie de couple on t suffi pour le con vain cre que c’était in com patible avec le m étier . Quan t à Gaston , s’il a régulièr em en t un e petite am ie en titre, sa devise est « Ch acun ch ez soi et les vach es seron t bien gardées ». Que voilà un tableau pas très r om an tiqu e m ais on n e peut pas faire du rom an tique avec ce qui n e l’est pas. En atten dan t, au boulot. J oël a posé un e question , Gaston se livre à un gros effort de con cen tration . — J am ais vue. — Fais un effort. Moi, je suis sûr que n ous l’avon s déjà ren con trée. — Si tu veux te la faire, t’as pas besoin que je te tien n e la m ain . — Idiot ! On n ’est pas là pour draguer. En réalité, ils son t en plan que. Il y a des plan ques plus désagr éables ! On a le sen tim en t que rien de désagr éable n e peut se produire dan s un tel en dr oit où les bruits son t assourdis par l’h abillage des m urs et du sol, où les lum ièr es tam isées retouch en t les visages et les silh ouettes, où la
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m usique respecte les éch an ges, où ces éch an ges m êm es se fon den t dan s ce cocon , où les boisson s aux couleurs des îles tran sporten t les esprits, où les fem m es se disputen t les regards du m âle. En plan que ou pas, Gaston n e sait m êm e pas ce qu’ils ch erch en t. Et son ch ef, J oël, le sait-il vraim en t ? Il n ’y a pas pire looser qu’un in dic. Pour survivre, il racon te n ’im porte quoi. C’est toujours un sursis bon à pren dr e. J oël a dit : « On y va. » Ça ou autr e ch ose. En core un e fois, il y a pire com m e m ission . Cepen dan t le fait que J oël ait vérifié la présen ce de son ar m e dan s le h olster atteste que la balade n e ser a pas un iquem en t un e par tie de plaisir . La dan seuse a aban don n é sa bar re et en filé un soutien et un slip. Non pas par décen ce m ais pour offrir un réceptacle à la gén érosité des spectateurs. Ceux qui pratiquen t fidèlem en t le tri sélectif n ’auron t aucun e pein e à se fam iliariser avec la m an œ uvre. Si la double tirelir e se tr ém ousse sous le n ez du quidam , le r ite exige que les billets de vin gt se glissen t dan s le soutien , le slip étan t là pour recevoir les billets de cin quan te. Mais atten tion ! On n e touch e pas à l’élastique du slip sous pr étexte que son don est trop im portan t pour êtr e glissé san s un petit coup d e pouce. La gén érosité du quidam est effectivem en t pr opor-tion n elle au « talen t » de l’ar tiste. Ou en prise d irecte avec le volum e des argum en ts de la dam e. Que pen sen t la m orale et le fisc de ce qui s’apparen te à d e la m en d icité ? Ils son t sau fs tous d eu x car tou t est d an s la tran sparen ce. Quan d on a pign on et en seign e sur rue, on veille à ce que le person n el cotise à la sécu et paye ses im pôts. Aussi le Trésor n e fait-il pas la fin e bouch e sur la m an ière.
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