Hercule

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Nous voilà tous lancés sur notre chemin, caillouteux, velouté, somptueux ou ténébreux, peu importe… On avance, pas le choix… Mais voici qu’il se sépare, qu’il s’ouvre en deux, puis en quatre, en huit, en soixante-quatre… en milliers de langues bifides qui s’enroulent, se déroulent, se recroquevillent et s’entremêlent comme des serpents dans un panier, écheveaux du gigantesque nœud gordien qui enserre notre cou. Nous dérivons tous ensemble vers la grande chute, avant le grand saut, avant l’inconnu, nos visages inquiets se retournent une dernière fois, pour voir… À l’arrière point de chemin, nos pas ont disparu, ne subsiste qu’un lacis d’entrelacs enchevêtrés et tortueux qui dessinent le feuillage rafraîchissant d’un arbre.
Publié le : jeudi 1 mars 2012
Lecture(s) : 33
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748379419
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748379419
Nombre de pages : 374
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IDDN.FR.010.0117164.000.R.P.2011.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2012
Partie I. Dévitalisation
Chapitre I. Les courbes Certaines vies se croisent, dautres non. La première fois que jai vu Hercule, cétait à Chauneville, le jour de notre entrée en quatrième. Il faisait étrangement froid. Sa mère lavait accompa-gné en coup de vent avant une audience, manteau de fourrure et clope au bec. Elle est passée devant moi, très vite, très blonde, une émanation poivrée lescortait, le parfum de largent. Elle ma souri du haut de ses grosses lunettes de soleil, elle avait une jupe assez courte, des bas je crois bien, de longues jambes bronzées, du chien. Son petit fessier bombé denfer ma illumi-né de cul au fond de mon jean neige. Quelle vision ! Deux mois de branlerie. Je lai contemplée bouche bée, ensorcelé. Son odeur me léchait goulûment lentrecuisse. Jen avais jamais vu des comme ça, les amies de ma mère cétait tabliers gris et cellu-lite, ça puait la crépine à vous dépriaper le vieil Hugo. Elle nous a tous regardés avec intérêt et ma souri à nouveau. Yeux fron-cés, la femelle reniflait le protecteur du fiston, elle sest arrêtée sur moi. Investi, jai hoché la tête, cétait scellé. Nouveau sou-rire. Elle avait un peu de rouge à lèvres sur les crocs. Elle lui a tendu un billet fureté à la hâte et a décampé en lui caressant la tête. Il sest dégagé dun mouvement sec et a fendu un grouil-lement de mioches. Chantal avait déjà filé avec sa petite vulgarité boutiquière. Un pied dans le commerce, lautre dans le château, et la tête dans les étoiles. Les mille facettes de son vi-sage scintillaient en même temps, pas facile de sy retrouver, surtout pour un fils. Sous les poils, un tailleur rose pâle, son
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HERCULE
bonbon. Je lai regardé séloigner de notre prison par le grand portail qui nous ouvrait tout un pan de rue. Les passants atten-dris se souvenaient ils lavaient eu leur enfilade de grisaille à voir leurs têtes, ça semblait pas tellement sarranger après Heureusement quon sen fout des vieux quand on est gamin, sans ça on se flinguerait. Il faut que je vous dise, pour moi, fils de prolo, le collège privé cétait lennemi. Ça sentait la morgue des fils à papa dont les prunelles vous tombent dessus comme des blâmes. Mais le public cétait pas possible, surtout dans mon quartier. Ah, je les revois mes parents la veille de la rentrée, les deux communistes certifiés gros rouge qui se rongeaient les sangs. Cela dit, je peux pas leur donner tort, leTroulardcétait pas franchement un vi -vier à énarques. Mon père, paix à son âme, la larme à lil et la main sur mon épaule, mavait dit quaucun idéal négalait mon bonheur.Si tout le monde faisait comme toi, jai pensé,les idéaux servi-raient jamais à rienOh jai rien dit, jai bien fait, je laimais bien. mon papa. Et ma mère toute rétractée qui sen entortillait le tablier, elle avait foi en son dabe, cétait comme ça chez nous. Ils sengueulaient, cétait triste, mais ils voulaient mon bien, cest déjà pas mal. Du coup jai toujours été bosseur, jen aurais dé-gueulé du sang si je les avais déçus. Chez Hercule on peut dire que cétait différent ses parents étaient glacés, beaux comme des magazines fallait pas trop les gêner. Ça me faisait rêver, moi, quand je rentrais le soir et que je tombais sur ma mère en train de sépiler les poils de la châsse. Elle se mettait sur la table de la cuisine, gigots bien écartés, juste devant mon père qui supportait mal les varices et se resservait un limé. Ça avait fini par lui faire un nez tout piqueté, coton gaufré. Je leur en voulais vachement, pour rien, par contraste. Un autre monde marrivait, des bouffées enivrantes. Hercule en était la synthèse, laisance nest pas seulement pécuniaire, cest bien plus que ça.
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