Heureux qui comme Candide… II. Le temps des enfants de troupe (1958-1962)

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Heureux qui comme Candide… est un ouvrage en plusieurs volumes qui retrace sous forme romancée l’itinéraire personnel et professionnel de l’auteur. Premier volume de la série : Le temps de l’enfance (1944-1954) publié en 2012.

Deuxième volume de la série : Le temps des enfants de troupe. Acte 1 : 1954-1958. Voici le troisième volume de la série : Le temps des enfants de troupe. Acte 2 : 1958-1962, publié en même temps celui dédié à l’acte 1. L’auteur y relate, tant sur le plan scolaire qu’extrascolaire, ses trois dernières années passées à l’EMP des Andelys, de la classe de 3e à la classe de 1re, puis son année de classe terminale à l’EMP d’Autun.

Armand Janteuil, né en 1944, a été chercheur en section mathématiques puis informatique du CNRS, puis chercheur au CNET jusqu’en 1997. Il y a achevé sa carrière professionnelle comme expert jusqu’à son départ en retraite en 2004.
Depuis, il se passionne pour l’écriture et l’histoire de l’art.

Publié le : vendredi 20 novembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954246543
Nombre de pages : 514
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PÉRIODEII,ACTEII
À la Compagnie A de l’EMP des Andelys re puis à la 1 Compagnie de l’EMP d’Autun
septembre 1958 – juillet 1962
TABLEAU1
e Ma classe de 3 M2 à l’EMP des Andelys septembre 1958 – septembre 1959
Mon retour de permission de l’été 1958 Dimanche 28 septembre 1958. Mon père et ma mère étaient allés voter tôt le matin. Comme d’habitude, mon père avait demandé à ma mère si elle avait « bien » voté. Pour seule réponse, elle lui avait montré le bulletin de vote « Non » qu’elle avait conservé après avoir voté. Mon père en était sûr : De Gaulle allait revenir au pouvoir. Dans ma cité HLM militaire de Nanterre tout le monde espérait sa victoire. À l’extérieur de la cité, à Nanterre, tout le monde espérait qu’il soit battu. La campagne électorale pour le référendum avait été dure. J’avais écouté le discours de De Gaulle, le 4 sep-tembre, place de la République. J’espérais moi aussi que De Gaulle soit élu. Par contre, j’avais été surpris par l’annonce de Mendès-France de voter Non au référendum. Au repas du midi, dernières recommandations de ma mère. Mon père trop occupé par la politique, était reparti de chez nous sans prendre part au repas de midi. Il avait décidé de suivre les opérations de son bureau de vote, pour en vérifier lui-même la régularité. Il voulait même assister au dépouillement. Dès la fin du repas – l’incontournable poulet
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rôti-pommes rissolées – j’enfilai mon uniforme et annonçai à ma mère : – Je pars de suite. Je vais retrouver mes copains à la gare Saint-Lazare. Vers 14 heures, après avoir embrassé ma mère et mes frères, je fermai avec précaution et sans faire de bruit la porte de l’appartement. Pourquoi ? Pour ne pas être vu de la « chipie Lambertini » ou de la « fille de la cave ». Je me mis alors à observer les lieux. D’abord, éviter la « chipie Lambertini ». Je descendis les escaliers à pas feutrés en faisant attention à la porte d’en face. Sauvé de la « Lambertini » ! Du milieu des escaliers, j’avais une vue plongeante sur la plate-forme du rez-de-chaussée. Il fallait aussi éviter la « fille de la cave ». Personne en vue. Je me risquai à achever ma descente. Au moment même où je m’apprêtais à quitter la plate-forme du bâtiment, j’entendis derrière moi : – À Noël, Major ! Je me retournai. C’était la « fille de la cave ». Bêtement, de loin, je lui répondis : – Je suis pressé. J’ai un train à prendre… À Noël ! eus-je le courage d’ajouter. Je la vis alors sourire et me fixer de ses petits yeux noirs. Je me mis à courir avec ma valise. Je ne repris mon souffle et mes esprits qu’après avoir quitté l’enceinte de la cité. Dans le train de banlieue, entre la gare Nanterre-Préfecture et la gare Saint-Lazare, je ressentis comme des regards hostiles. Je les évitai en fermant les yeux. C’était à cause du vote au réfé-rendum en cours. À l’arrivée à la gare Saint-Lazare, je me sentis à nouveau un peu chez moi. La salle des pas perdus était déjà remplie des élèves attendant le train de 16 heures pour Gaillon. – Salut, Major Zob ! entendis-je derrière mon dos. Je me retournai prêt à en découdre avec l’insolent.
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– C’était le Ch’ti. – Salut, le Ch’ti. Tu sais, les galons, ça va, ça vient. Ça change à chaque trimestre… Et toi, ça va ? e – Oui ! Je redouble ma 3 . Tu vois… On se retrouve. L’an-née dernière, je t’avais bien dit : « À l’année prochaine ! » Eh bien, voilà… On y est ! Ça me fit plaisir de voir le Ch’ti. Il n’avait pas vraiment changé. Toujours aussi « poupon ». Il m’apprit qu’il était accompagné de trois autres redoublants, dont celui qui aurait dû redoubler à ma place l’année précédente. Sans rancune. e Des camarades de 3 vinrent nous rejoindre en faisant le V de la victoire. C’était le signe de l’espoir. Nous espérions tous que le Oui l’emporterait. Nous pensions à une ère nouvelle… Moi, en plus, je pensais à mon passage à la Compagnie A. J’allais enfin franchir l’allée centrale pour entrer chez les grands. Dans ma tête aussi trottait la « fille de la cave ». Dès que je pensais à elle, je ne pensais qu’à ce que j’avais enten-du, planqué derrière mon mur de béton. Je ne rêvais qu’à la « niquer » sur le matelas. Je ne pensais qu’à ça. Je me deman-dais toutes les secondes si j’allais effectivement la revoir du-rant la permission de Noël. Elle avait essayé de me parler. Je ne lui avais même pas répondu… J’avais eu la trouille… Je m’étais sauvé… Quel idiot j’avais été ! Retour à la réalité. Salut réglementaire à l’officier et au sous-officier accompagnateurs qui nous firent signe de monter dans le train. Ruée vers les places assises. Discussion entre camarades à propos du référendum. Gaillon ! Gaillon ! Dès la descente du train, je m’installai dans le premier des cars militaires venus nous attendre à Gaillon, au premier rang, près de porte du car, juste à côté du chauffeur. Trajet entre Gaillon et l’EMP, plein de joie de retrouvailles avec mes cama-nde rades de classe et de la promo 54 entrant en classe de 2 . Les
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cars franchirent la bosse des permes, la grille des 4F, pas-sèrent devant le monument aux morts, puis devant le poste de police et allèrent se ranger, dans la cour de la place d’armes de la Compagnie A. La routine. Cinquième année aux Andelys. es – Les 3 au premier étage de la Compagnie A, hurla le Sous-off de semaine, un nouveau pour nous. À peine en-tendu, ce fut la course pour le pieu le mieux placé du dortoir. Ma qualité de sprinter me permit d’obtenir un bon pieu, hors de l’allée centrale et le plus éloigné de l’alcôve de l’éducateur surveillant. Bonne surprise. Pas de lits superposés. Puis à nouveau, course pour réserver sa place en salle de es classe des 3 M2. Pour moi, la place la plus éloignée du bu-reau de l’éducateur-surveillant, dans l’espace opposé à la cour, à côté d’une grande fenêtre, donnant sur le ciel et sur un bâtiment de l’École abritant la salle de Physique, la salle de TP, le Foyer de l’École. Puis vint l’heure du réfectoire. Course encore pour réser-ver la place de table de l’année. Première place, à gauche, d’une table, proche du service de repas, à cause de l’accès au rab. Objectifs atteints. Mission accomplie… La routine encore. Vint enfin l’heure du dortoir, avec les échanges entre ca-marades sur les permissions, les « filles » pour ceux qui en avaient, l’année à venir dans la nouvelle Compagnie, la Com-pagnie A, qu’on attendait depuis si longtemps, les futures 3 « sorties libres » du dimanche, le futur BEPC , les profs de l’année d’avant, ceux qu’on attendait avec anxiété en se de-mandant à quoi ils ressembleraient. … À 22 heures juste, le Clairon de semaine sonna enfin l’Ex-tinction des feux. La lumière du dortoir s’éteignit. Silence dans le dortoir. La vie de l’École reprenait son cours normal.
3 BEPC. Brevet élémentaire du premier cycle.
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