Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 7,45 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Heureux qui comme Crésus.

De
175 pages
La période n'était pas vraiment faste pour Jacques. La société qu'il venait de créer n'avait pas résisté plus de deux mois aux créanciers, et dans la foulée, son amie l'avait quitté au terme d'une scène dont le souvenir lui était encore si présent à l'esprit que sa seule évocation lui était douloureuse, presque physiquement. Alors cette voiture, qu'une ancienne relation lui léguait brusquement, et quelle voiture, une Jaguar MKII 1961, c'était comme un Noël en avril. Mais Jacques n'y croyait plus au Père-Noël. Depuis sacrément longtemps. Il s'était donc mis à chercher, il voulait comprendre. Mais à peine rencontrait il la femme de sa vie qu'on s'en prenait à elle. Et la mort s'était mise à le suivre comme une ombre.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Heureux qui comme
CrØsusFran ois Mercader
Heureux qui comme
CrØsus
ROMAN' manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-1695-X(pourlefichiernumØrique)
ISBN: 2-7481-1694-1 (pour le livreimprimØ)Avertissement del Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littØraires etde chercheurs),ce manuscritestimprimØ telunlivre.
D Øventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de lA’ sile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone:0148075000
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comAmonpŁre.CHAPITRE I
Il serait vain de vouloir dØcrire les causes pro-
fondes du dØsir violent et irraisonnØ qui m avait
amenØ jusqu’à cette plage. La mer, je voulais voir
la mer.
L’idØe m avait traversØ l esprit la veille au soir,
et avait lentement tournØ à l obsession pendant la
nuit. Jusqu ce matin vers cinq heures, oø, aprŁs
quelques rares instants d un sommeil agitØ, j avais
enfin dØcidØ de prendre la route.
Un cafØ à rendre hystØrique une colonie de mar-
mottes expØdiØ en trois gorgØes, et j avais jetØ mon
blousonsurlabanqueteariŁredemavieileDS
qui, une fois n est pas coutume, avait dØmarrØ au
quart de tour, direction plein sud. Il faisait encore
nuit, et je n avais croisØ que quelques camionneurs
matinaux en traversant Gerland pour aller chercher
l’autoroute A7. Il ne m avait pas fallu plus de trois
heurespourrallierSŁte. Maconduiten’avaitjamais
ØtØunsymboledemodØrationenmatiŁredevitesse,
et mon deux litres trois à injection, quoique sans
doute moins impØtueux que dans sa prime jeunesse,
possØdait encore de la rØserve.
À une centaine de mŁtres de moi, un vØliplan-
chiste probablement novice dØployait des efforts
aussi mØritoires qu’ inutiles pour redresser la voile
desa planche. MalgrØladistance,je devinaisle ric-
tus dØformant son visage concentrØ sur le maintien
9Heureux qui comme CrØsus
d un Øquilibre prØcaire. Je ne pus retenir un sourire
quandcelui-ci futbrutalementrompuparunevague
plus haute que les autres. L chant sa corde, l au-
dacieux battit des bras un court instant comme s il
cherchaitsonsalutdansunenvolspectaculaire,puis
il disparut dans l Øcume.
Troissecondesplustard,denouveaujuchØsurson
minusculeesquif,ruisselant,iltiraitdeplusbellesur
sa corde. Les marins du Bounty s Øtaient mutinØs
pour moins que cela mais lui paraissait adorer. Il
fallaitunmorald acierpoursebaignerparuntemps
pareil. MŒmesilesoleilcommen aitàprendredela
hauteur dans le ciel sans nuage, la fra cheur de l air
n incitait pas aux Øbats aquatiques. On Øtait encore
bien loin de la fournaise estivale.
Je me dØsintØressai du kamikaze et laissai errer
monregardsurlasurfacescintillante,jusqu aumont
Saint Clair sur la gauche. Je regardai ma montre,
neuf heures cinq. Je n Øtais pas à SŁte depuis un
quart d heure et j en avais dØj assez. Preuve sup-
plØmentaire, s il enfallait, del instabilitØchronique
dontjesouffraisdepuisquelquestemps. Plusencore
depuis l Øchec de ma derniŁre entreprise.
bien que titulaire d un dipl me d Øtudes comp-
tablessupØrieuresacquisautermed unecarriŁreuni-
versitaire basØe sur la pratique intensive du flipper
et de la bataille navale, je n avais jamais pu me
rØsoudre à poursuivre trŁs longtemps les fonctions
tranquilles de comptable besogneux. Mon record
de durØe dans un mŒme bureau s Ølevait à quatre
mois. Et encore, la prØsence dans le bureau voisin
d une secrØtaire au coeur lourd et aux moeurs lØ-
gŁres, n Øtait-elle pas ØtrangŁre à cette performance
digne d Øloges. Atteinte de nymphomanie au stade
final, la belle ne pouvait s empŒcher de mettre le
grappin sur tout m le passant à sa portØe. Bien
qu habituellementassezrØtifaugenre,jedoisavouer
10Fran ois Mercader
quejem ØtaislaissØsØduireparlafacilitØdel aven-
ture. J Øtaisseulàl’Øpoque,etassezenclinàlapas-
sivitØ.
Seul, je l Øtais encore aujourd hui. Et j avais
beauscruterl horizon,jen ydØcouvraispasl ombre
d’une nymphomane, fut-elle sirŁne.
JeressentissoudainuneirrØsistibleenviedecafØ.
J’en faisais depuis plusieurs semaines une consom-
mation proche de la boulimie.
Je regagnai la voiture garØe au bord de la route.
Ma dØmarche Øvoquait celle d un coureur de mara-
thon dØbutant et distrait, (ayant pris par erreur les
baskets de son petit frŁre chaussant trois pointures
au dessous) aprŁs le quarantiŁme kilomŁtre. Rien
qu aveclesableaccumulØdansmesmocassins,j au-
rais pu entreprendre une reconstitution à l Øchelle
du ch teau de Versailles. Je m’assis sur une grosse
pierreetmecontentaisdedØverserlecontenudemes
chaussuressurleborddelaplage. JepusenfinrØin-
tØgrer l intØrieur de ma DS sans risquer de transfor-
mer la moquette en bac à sable.
Entre SŁte et Marseillan, la route longe la mer en
ligne droite sur une dizaine de kilomŁtres. En ØtØ,
l’endroit est assiØgØ par les touristes en mal d inso-
lation,etl automobilistedoitsubirdesbouchonsin-
terminables pour rejoindre le centre ville. Mais ce
matin, il n y avait que peu de monde, et aprŁs un
demi-toursurlachaussØe,jepusmebloquerenqua-
triŁme sans Œtre gŒnØ par le trafic.
Deux allemands sur une Ønorme Kawazaki mille
trois cents centimŁtres cubes me croisŁrent. Ils rou-
laient à au moins cent cinquante, et l espace d une
seconde, je crus que mes tympans s Øtaient volati-
lisØs. J eus la tentation de vØrifier en m enfon ant
rageusementl auriculairedansl oreille,maislephØ-
nomŁne ne dura pas, et je repris rapidement posses-
siondemonsystŁmeauditif. Leschicanesdeleurpot
d’Øchappement avaient du recevoir la visite d’une
11Heureux qui comme CrØsus
perceuse de gros calibre pour faire un tel vacarme.
QuandjeregardaidanslerØtroviseur,l enginn Øtait
dØj plus qu un point au loin sur la route.
J avais aussi connu cette passion des gros cubes
dans ma jeunesse. (voil que je parlais comme
un vieillard à prØsent. Il est vrai que malgrØ mes
trente-cinq ans, je me sentais parfois abominable-
ment vieux.) un rapide calcul mental, seize ans
dØj . C Øtait au mois d aoßt et j avais mis les gaz
au mŒme endroit aux commandes de ma sept cent
cinquante Honda achetØe d occasion. Une "quatre
pattes"qui faisait presque autant de bruit. Je partais
envacancessurlaCostabrava. ÀlasortiedeMont-
pellier, j’avais pris la route de la c te, une vieille
habitude afin de profiter au plus t t de la mer. "La
mer",lesbadaudsquimeregardaientpasseravaitdß
me prendre pour un fou. VisiŁre levØe, je chantais
à tue-tŒte la chanson de Charles Trenet, zigzaguant
entre les voitures, en pleine euphorie.
Je rØussis le crØneau du siŁcle entre une grosse
Mercedes et une antique Juva 4 qui devait fr ler la
cinquantaine, mais à laquelle une peinture de toute
Øvidence neuve donnait des allures de voiture de
l annØe. UnautomobilisteprodigueavaitabandonnØ
plus de vingt minutes au parcmŁtre. Largement le
temps d ingurgiter ma dose de cafØine.
Je m installai à la terrasse d un bar à quelques
mŁtres de l . Je culbutai, devrais je dire, dans une
sortedecoquilleenbamboudanslaquelleonØtaitni
vraimentassisnivraimentcouchØ,lespiedstouchant
àpeinelesol. Ilallaitfalloirunegrueouaumoinsun
palan pour me sortir de l . Le type qui avait con u
des siŁges pareils Øtait un authentique sadique. Je
tentai d’adopter l attitude de la moins ridicule pos-
sible et commandai un double express serrØ.
LaterrasseØtaitexposØepleinest,etuninstant,je
m abandonnai au plaisir de laisser le soleil rØchauf-
fer doucement mon visage, les yeux clos. Seuls, les
12Fran ois Mercader
bruits de la ville, de plus en plus animØe, m enve-
loppaientdansuntourbillonhØtØrocliteetrassurant.
Pourquoidiableavais-jebesoind ŒtrerassurØ? Dieu
seul le savait. Mais je l ai dØj dit, je vivais depuis
quelques temps une pØriode difficile, pas trŁs bien
dans ma peau.
« Sept francs, s il vous pla t. »
C estparcetteannoncebassementmatØrielleque
lacupidemaisnØanmoinsravissanteserveusemetira
de ma rŒverie naissante. Je fouillai dans la poche
de mon blouson et dØposai les piŁces au creux de sa
paume. Ellemeremerciad unsourire. Unfabricant
dedentifricepassantparlàluiauraitsurlechampfait
signeruncontratpublicitaireàvie,tantlablancheur
de ses dents Øtait Øclatante. Avec ses longs cheveux
brunsetsapeaudØj bronzØe,elleexhalaitcecharme
unique des filles du midi. Une sorte de sensualitØ
naturelle qui semblait aller de pair avec la chaleur
musicale de leur accent. Je la suivis des yeux au
risque de me dØmettre les vertŁbres cervicales, puis
elle disparut dans le bar.
C est en voulant saisir ma tasse que la difficultØ
de l entreprise en apparence simple dans laquelle je
m’Øtais imprudemment lancØ m apparut. La forme
dessiŁgesrendantimpossiblel adoptiond’uneposi-
tion stable, avaler son cafØ sans en rØpandre la moi-
tiØ sur soi relevait de l exploit olympique. J’y par-
vins tout de mŒme, approchant avec la lenteur d’un
automate suisse la tasse de ma bouche. Je me brß-
laiaffreusementlalangueetfaillishurlercommeun
automatetyrolien,maismachemiseØtaitintacteàla
findel opØration. Jem accordaideuxminutesdere-
posavantd aborderlapartielaplusdØlicatedecette
plaisante escale, j allais devoir me relever.
La douleur de mes papilles carbonisØes s Øtant
quelque peu calmØe, j empoignai des deux mains
l’arceau de bambou constituant l armature du siŁge,
et, contractant violemment mes abdominaux, je me
13Heureux qui comme CrØsus
propulsaienavant. LerØsultatfutinespØrØ. Jem ar-
rŒtaidejustesseauborddutrottoir,manquantpasser
sous un camion chargØ de bouteilles de vin dont le
chauffeur me klaxonna furieusement. Je m excusai
d un geste de la main et rejoignis la voiture.
Il rØgnait à l’intØrieur une chaleur propice à la
somnolence. J’ ignore combien de temps je restai
ainsiimmobile,lesmainssurlevolant,n ayantplus
aucundØsirderester,maishØsitantencoreà partir.
Je fouillai dans la bo te à gants à la recherche
d une cassette, faisant tomber du mŒme coup toute
une sØrie d objets divers sur la moquette. Je ramas-
saipŁle-mŒleunebo ted allumettesvides,uncalen-
drierdepoche,unpaquetdemouchoirsenpapier,un
styloàbilleetunvieilOpinel. jerepla ailetoutnon
sans quelques difficultØs, et saisis la premiŁre cas-
settequimetombasouslamainavantderefermerla
bo tedontlecontenuquejen avaispasrangØdepuis
des temps immØmoriaux mena ait à nouveau de se
rØpandre dans la voiture.
C Øtait un vieux succŁs des Doors. Un groupe
dontonentendaitplusparlerdepuisdeslustres,mais
quiavaitconnusonheuredegloireaudØbutdesan-
nØes soixante dix. Ce sont sans doute les premiŁres
mesuresde"Ridersonthestorm"quimerappelŁrent
brusquement l invitation. Cela m Øtait totalement
sorti de l esprit, mais il n y avait pas d erreur, je
devais d ner ce soir chez Catherine et Vincent dont
c Øtait l’un des disques prØfØrØs.
« quel con ! »
AutocritiquebrŁvemaispertinentedontjemegra-
tifiai à haute voix en mettant le contact. Pourquoi
avait-il fallu que cette poussØe de fiŁvre migratoire
meprennejustementaujourd hui? J Øtaisd ailleurs
coutumierdufait. J oubliaisfrØquemmentleschoses
les plus importantes pour me les rappeler parfois in
extremis,parfoisplusieursjoursaprŁs. Monoublile
plusspectaculaireavaitØtØl inscriptionàunexamen
14Fran ois Mercader
danslesdØlaislØgauxlorsquej’ØtaisencoreØtudiant,
rØduisant à nØant les modestes efforts d’une annØe
d’universitØ. La tŒte de mes parents
Je passai la premiŁre sans plus tarder. De toute
fa on, la fiŁvre Øtait tombØe. J avais envie de ren-
trer. JedØbo taidutrottoiralorsqu unecontractuelle
enquŒted uneproiesemblaitcommehypnotisØepar
l’aiguille de mon parcmŁtre, passØe sous le zØro de-
puis cinq bonnes minutes.
Nous partagions Vincent et moi quelques solides
passions,mutuellemententretenuesdepuisplusieurs
annØes. Entre autres, les vieux scotch, le cinØma,
lesjeuxquelsqu ilsfussent,avectoutefoisunenette
prØdilection pour les Øchec de et le poker. De trois
ans mon a nØ, il avait quittØ rØcemment le club des
cØlibataires endurcis pour convoler en justes noces.
Nous nous voyions depuis moins souvent, mais ils
m’invitaient rØguliŁrement à dîner chez eux. Cathe-
rine, sa femme, possØdait pour la cuisine des dons
à conduire au suicide collectif la moitiØ des grands
chefs de France. La dØgustation de ses plats confi-
nait au ravissement.
Je m’arrŒtai à Frontignan, un village situØ tout
prŁs de SŁte, un peu à l intØrieur des terres, et dont
l’unique spØcialitØ est un assez bon muscat. J en
achetai une bouteille dans l une des innombrables
boutiquesbordantlaroutesurtoutelatraversØe. Elle
se touchaient entre elles, rivalisant de panneaux pu-
blicitairesetautresaffiches. ChacuneprØtendantte-
nir à la disposition des connaisseurs le meilleur, la
perle, le nectar des muscats de la rØgion. Pour ma
part,lecritŁredechoixfuttoutautre. JesØlectionnai
la boutique dont le parking offrait les plus grandes
commoditØs de stationnement. AprŁs avoir effectuØ
trois fois le tour des rayons chargØs de bouteilles,
carafes et autres bonbonnes, j en saisis une au ha-
sard. Une grosse dame comprimØe dans une blouse
à fleurs dont les boutons martyrisØs avaient bien du
15Heureux qui comme CrØsus
mal à remplir leur office, m assura à la caisse que
j avais entre les mains un cru dont on parlerait en-
core dans plusieurs siŁcles. J Øtais un vrai amateur,
celasevoyaitaupremiercoupd oeil,ahc Øtaitpour
offrir, bien sßr elle me l emballait, c Øtait cinquante
francs.
Il Øtait dix heures et quart quand je m engageai
surlabretelled autorouteàMontpelliersud,piedau
plancher.
Le voyage de retour se dØroula sans incident no-
table. Àpartunorage,unvØritabledØluge,quiØclata
brusquement à la hauteur de Remoulins, transfor-
mant instantanØment la chaussØe en un affluent du
Rhônedelatailled’unepetiteriviŁre.J’appris mes
dØpens que mes balais d’essuie-glace avaient d ur-
gence besoin de rempla ants. Je pratiquai pendant
quelques kilomŁtres une conduite pour le moins ha-
sardeuse,lenezcollØaupare-brise,unoeilrivØsurla
ligneblanchebordantl autoroute,l autresurlesfeux
arriŁre de la voiture qui me prØcØdait. Position trŁs
inconfortable à conserver plus de quelques minutes
à moins d Œtre naturellement affectØ d’un fort stra-
bisme divergent, ce qui par bonheur n’est pas mon
cas.
Heureusement, cela ne dura pas. Le nuage facØ-
tieuxs enallainonderd autreslieux,etjepusconti-
nuer ma route sans autre dØsagrØment.
J entraidansLyonendØbutd aprŁs-midi. Àl ap-
proche du centre ville, la circulation comme toutes
les fins de semaine devenait infernale. Il me fallut
un quart d heure pour rejoindre mon quartier, et en-
core autant pour y trouver une place.
J habitais un deux piŁces rue Franklin, pas trŁs
loin de la gare de Perrache, dans la presqu le, cette
partie de Lyon situØe entre le Rh ne et la Sa ne, au
nord du confluent. L’endroit Øtait plaisant, cumu-
lant les avantages d un petit village tranquille avec
16Fran ois Mercader
lamairied arrondissementetlavieilleabbayed’Ai-
nay, et ceux d’une grande ville, avec la rue Victor
Hugo distante d peine cent mŁtres, et qui, avec la
rue de la RØpublique, constitue une immense artŁre
piØtonne et commer ante. Cette dualitØ Øtait encore
plus apparente le dimanche. Traversant le quartier
l’aprŁs-midi,enpouvaittoutaussibiensecroiredans
unvillaged ArdŁche,etdeux p tØsdemaisonsplus
loin, ilfallait jouer des coudes entreles badauds.
Je croisai dans l allØe la vieille dame du premier
qui descendait promener son minuscule basset. Ce-
lui-cimesaluacommeunecoutumed unjappement
hargneux.
« Allons Toby. Vilainchien. Bonjourmonsieur.
- Bonjour madame. »
Elle Øtait toute frŒle et menue, marchant à petits
pas, tirØe par son animal, toujours pressØ d aller dØ-
corerletrottoird enfaced unporte-bonheurdeson
cru.
Un kilo de prospectus divers dans la bo te aux
lettres,quipassŁrentsanstransitiondanslapoubelle
de la Cour. Pas de courrier.
Je poussai la porte de l’appartement et hØsitai
une seconde à entrer. J avais laissØ en partant un
dØsordre d’apocalypse. Il est vrai que le rangement
n’ØtaispasentŒteauclassementdemespasse-temps
favoris. Alors à cinq heures du matin…
Je rØsistai cependant à la tentation de m enfuir
à toutes jambes, et contournai courageusement un
polar cornØ, une canette de biŁre vide et le journal
de la veille, avant d aller m affaler sur le canapØ,
crevØ. Huit cents kilomŁtres dans la journØe, sans
compterlemanquedesommeil,ilyavaitdequoi. Il
mefallutbiendixminutespourrØcupØrerunsoup on
d’Ønergie.
La piŁce sentait le renfermØ, la nuit, l’insomnie.
J’ouvris tout grand la fenŒtre et relevai le store.
J’avais sØparØ en deux à l aide d un paravent la
17