Histoires d'autres Mondes

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L'oeuvre présentée est plus qu'un récit ponctué de créatures mythiques et sanguinaires, qu'une collection d'éléments violents et qu'une séries d'événements horribles campés dans une certaine réalité, c'est une attaque aux fonctionnements dysfonctionnels de la présente société, c'est une virulente critique du petit monde québécois actuel. L'âme humaine reste toujours empreint d'une certaine souillure malgré la bonne volonté de certains individus. Et si ce qui se déroule parmi ces pages avait un fond de réalité? Et si tout n'était pas que pure fiction?
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 66
EAN13 : 9782748176803
Nombre de pages : 323
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Histoires d’autres Mondes
Denis Sébastien
Histoires d’autres Mondes
Nouvelles
Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2006 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-7681-2 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748176810 (livre numérique) ISBN : 2-7481-7680-4 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748176803 (livre imprimé)
LOINTAINPASSÉIl y a si longtemps que cela s’est déroulé mes amis, et pourtant, tous ces souvenirs sont encore terriblement vivaces à mon esprit. L’histoire que je vais vous raconter s’est passée voici maintenant plus de quatre-vingt ans. C’était au temps où la pilule de longévité n’était qu’utopie, où les hospices n’étaient pas étatisés et où notre langue et culture étaient encore présentes. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que quelques solitaires vieillards, artefacts lointains et oubliés d’un monde mort, qui persistent à s’accrocher à ses coutumes et à son langage. Nous n’arrivons même plus à comprendre nos enfants et petits-enfants ; tout est si affreusement déchiqueté dans leur bouche et dans leurs manières… Pourtant, il y eut un temps où tout aurait été possible, où nous aurions pu devenir un pays et assurer notre avenir commun. Cependant, extrême lâcheté et individualisme outrancier ont eu raison de notre petit peuple fleurdelisé. Il ne reste plus que
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nous, une vingtaine de vieux ridés enfermés dans ce maudit endroit parce que l’on dit vouloir prendre soin de nous. Je les envoie au diable avec tous mes vœux de malheurs ! À voir vos visages, je vais arrêter ici cette effusion car moi aussi, je pleure souvent quand je regarde l’avenir qu’a eu notre nation. Je vais donc poursuivre avec le récit de cet étrange événement survenu alors que je n’avais que vingt ans. C’était la deuxième année de la Longue Guerre. Pour vous, les quatre vétérans, vous souvenez-vous du Royal Éternel ? Oui Georges, tu te rappelles n’est-ce pas ? Eh bien, j’étais entré dans la marine et mon rêve était de servir sur cet incroyable bâtiment de guerre : 82 000 tonnes ! Il possédait les canons les plus puissants jamais montés sur un navire ; rien de moins que des 620mm assemblés par trois sur chaque tourelle et de ces dernières, deux à la proue et à la poupe. C’est sans compter les dizaines de canons de plus petit calibre et les batteries de missiles antiaériens. À la fine pointe de la technologie en tout point, c’était le plus formidable vaisseau jamais construit de la main de l’homme. C’est encore si net à mon esprit… Son nom faisait trembler tout capitaine et c’était mon but à atteindre, mon ultime fierté que de monter sur ce navire. Je servais sur le petit
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croiseur Fleur de Lys depuis deux ans quand notre bateau fut coulé à la suite d’un bref combat contre le cuirassé Potemkine II. Ayant eu la chance de m’en sortir indemne, j’attendais d’être embarqué lorsqu’une trentaine de jours plus tard, je finis par recevoir mes ordres. En raison de mes états de service, j’étais envoyé sur le Royal Éternel ! Le grand bonheur de ma vie, jusqu’au jour des effrayants épisodes qui s’y déroulèrent. J’étais canonnier de formation, et la bonne fortune me souriant toujours, j’avais obtenu un poste à la tourelle numéro deux, à la proue du navire. Vous savez, c’était magique de voir toute cette technologie militaire. Il n’y avait qu’un seul canonnier pour opérer chaque tourelle. Je me souviens encore de l’émerveillement ressenti assis devant mon écran tactique pour la première fois : énorme quadrillé, il restituait numériquement chaque millimètre de terrain, tous les véhicules, navires, avions, etc. Un clavier, quelques cadrans et un manche à balai surmonté d’un bouton rouge regardaient de face mon confortable siège blindé. Là était mon trône où je pourrais exercer la toute puissante fureur de mes canons. Les sensations et émotions éprouvées lorsque je pressais mon bouton rouge, pour voir disparaître un ennemi, étaient indescriptibles.
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En dépit de toute l’isolation et des couches de blindage, chaque déflagration m’assourdissait et bloquait ma respiration. C’étai incroyablement amusant. Je n’étais pas le seul nouveau à bord. Il y avait Carl, un cuisinier, Jérôme, un machiniste et Benoît, un adjoint au contrôle du tir antiaérien. Rapidement, nous nous tînmes ensemble, car outre le fait que nous étions arrivés récemment, l’attitude des autres membres d’équipage était empreinte de bizarreries. L’atmosphère tout entière de notre quotidienneté respirait un quelque chose d’indéfinissable, de malsain et d’inconnu. Les autres marins nous regardaient toujours fixement, comme s’ils attendaient un je ne sais quoi. Il y avait pratiquement personne à la cantine aux heures normales de repas, manger semblait être devenu secondaire. Quand nous tentions de lier connaissance, ce n’était qu’un bref échange de mots sans lendemain. C’était semblable à une innommable torpeur galopante s’emparant de leur corps, semblable à un esprit pris de paralysie dans des organismes toujours fonctionnels. Pire, il n’y avait pas cette fébrilité, ce stress, cette tension et cette folie normalement présents à la veille des combats. Tout restait toujours si clame, si lourd… Benoît fut le premier à quitter notre minuscule groupe pour rejoindre ceux que l’on surnommait déjà « la bande d’endormis ». Il ne fut plus jamais
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