Histoires humanimales

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Voici neuf nouvelles, chacune centrée sur un animal avec lequel le narrateur entretient une relation qui varie selon qu’il est un enfant, un voyou, un chasseur ou un touriste. La gent ailée est à l’honneur _ des étourneaux, des buses, des poules, des mouettes _, mais on y trouve aussi des singes, un faon, un ours et des chiens. Il arrive même que l’identité de l’animal soit incertaine. Qui a déjà entendu parler d’un faon qui vole ou d’une dinde qui dévore une charogne sur la route? Dans quatre nouvelles, la différence entre les animaux et les humains s’estompe, créant ainsi un troublant effet d’étrangeté. La plupart des histoires se passent au Québec, mais la première se déroule à Bali et la dernière, en Chine. J. P. April sait jouer de tous les registres. Il passe de la tendresse à la dureté, de l’ironie au romantisme et du familier au raffiné. Si les deux premières nouvelles sont légères et nous font sourire, d’autres sont inquiétantes ou carrément tragiques. Certaines sont très réalistes, mais quelques-unes flirtent avec le fantastique. C’est le cas de «L’avaleuse d’oiseaux», une nouvelle qui, de plus, relève de l’intrigue policière et fait appel à la poésie. Dans tous les cas, les nouvelles nous racontent une histoire. Pour notre plus grand plaisir. Ce recueil est représentatif de la production récente de J. P. April et, en ce sens, constitue une bonne introduction à son oeuvre pour qui n’aurait pas encore eu le bonheur de la découvrir.
Publié le : mardi 3 juillet 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782892617283
Nombre de pages : 158
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J.P.A
Hist
nouvelles
Romanichels
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La collection ROMANICHELS est dirigée par Josée Bonneville.
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Histoires humanimales
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du même auteur
La machine à explorer la fiction, nouvelles, Le Préambule, 1980. Télétotalité, nouvelles, Hurtubise HMH, 1984. Le nord électrique, roman, Le Préambule, 1986. Berlin-Bangkok; J’ai lu,, roman, Logiques-Fictions, 1989 1993. N’ajustez pas vos hallucinettes, nouvelles, Québec Amérique, 1991. Chocs baroques, préface de Michel Lord, nouvelles, Bibliothèque québécoise, 1991. Les voyages thanatologiques de Yan Malter, roman, Québec Amérique, 1995. Les ensauvagés, roman, XYZ éditeur, 2006. Mon père a tué la Terre, roman-nouvelles, XYZ éditeur, 2008. Ici Julie Joyal, roman, XYZ éditeur, 2009. La danse de la fille sans jambes, roman, XYZ éditeur, 2009. L’herbe est bien meilleure à Lemieux, novella, XYZ éditeur, 2010.
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J. P. April
Histoires humanimales nouvelles
éditeur
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada April, Jean-Pierre, 1948-Histoires humanimales : nouvelles (Romanichels) ISBN 978-2-89261-635-4 I. Titre. II. Collection: Romanichels. PS8551.P75H57 2011 C843’.54 C2011-940151-7 PS9551.P75H57 2011
Les Éditions XYZ bénéficient du soutien financier des institutions suivantes pour leurs activités d’édition : – Conseil des Arts du Canada ; – Gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) ; – Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) ; – Gouvernement du Québec par l’entremise du programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres.
Conception typographique et montage : Édiscript enr. Maquette de la couverture : Zirval Design Photographie de la couverture : Clearstockconcepts, iStockphoto Photographie de l’auteur : Samson
Copyright © 2011, J. P. April Copyright © 2011, Les Éditions XYZ inc.
ISBN 978-2-89261-635-4 ISBN version numérique (PDF) : 978-2-89261-657-6
er Dépôt légal : 1 trimestre 2011 Bibliothèque et Archives Canada Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Diffusion/distribution au Canada : Distribution HMH 1815, avenue De Lorimier Montréal (Québec) H2K 3W6 Téléphone : 514 523-1523 Télécopieur : 514 523-9969 www.distributionhmh.com
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Imprimé au Canada
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Rencontre au sommet dans la Forêt sacrée
Cela se passe dans une merveilleuse région équatoriale, près d’Ubud, au cœur de Bali, île singulière du vaste archi-pel indonésien. Ubud, bien qu’elle soit une petite ville, est un haut lieu de rencontres : comme par magie y convergent amoureux, artistes et philosophes du monde entier, tous enclins à partager la paix et l’harmonie. Des connaisseurs nous avaient assurés, Doris et moi, que le milieu naturel que nous allions découvrir avait été bien préservé ; il fallait que puissent s’y dérouler en toute liberté des pratiques particulières aux deux communautés qui habitent cette forêt touffue depuis l’aube des temps. Nous formions un petit groupe de visiteurs privilégiés qui, cette année-là, pourraient assister à une véritable ren-contre au sommet. Devaient s’y rejoindre les deux tribus bien organisées qui se partagent la région de part et d’autre d’une rivière servant de frontière naturelle. À cet endroit, les rives opposées sont si rapprochées que les branches des arbres énormes, aux racines aériennes, se croisent au-dessus de l’eau. C’est là, dans cette zone mitoyenne, que se déroulerait une réunion qui s’annonçait houleuse. Quand on ne peut regarder l’ennemi dans les yeux, les échanges peuvent mal tourner. Car il arrive que ces
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histoires humanimales
rapprochementssoientloccasiondedéverserdesran-cœurs et des reproches violents, à tel point que les deux communautés adverses en viennent parfois aux coups. Même si les individus des deux groupes sont à peu près identiques sur le plan de l’anatomie, des mœurs et du langage, ils considèrent que les membres de la tribu voisine sont des êtres inférieurs, tolérés uniquement parce qu’ils restent de leur côté de la rivière. Dans les deux sociétés, si on accepte de se rencontrer en cette période traditionnelle, c’est d’abord pour faire étalage de sa prétendue supériorité devant des cousins superbement détestés. Cette exhibition de puissances guerrières prend souvent des allures grotesques, quand de prétentieux personnages se gonflent la poitrine au point où on croit qu’elle va éclater, ou lorsqu’ils vocifèrent des atrocités avec des voix si aiguës qu’on craint une déchirure des cordes vocales. Mais il est rare que les escarmouches qui s’ensuivent entraînent de réels combats, les deux communautés étant plutôt portées à s’en tenir à d’intenses manifestations théâtrales, qui se réduisent la plupart du temps à un duel de menaces et de simagrées. Si par malheur un crime est commis, cela met fin aux hostilités. Aussitôt, la tribu du meurtrier bat en retraite, honteuse de son méfait, pressentant le poids de la riposte à venir, selon la vendetta dictée par une coutume immuable. Tôt ou tard, les plus farouches guerriers de la société éprouvée font irruption dans le territoire adverse et cherchent à s’en prendre aux êtres faibles, enfants égarés, vieilles édentées, ou solitaires courbaturés. Dès qu’ils ont fait une victime, ils l’emmènent dans leur territoire où tous en mangent alors un morceau, en croquant à belles dents dans la dépouille toute chaude. Cette année-là, selon notre guide affable, il y avait déjà eu trois expéditions punitives, et les chefs de chaque
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rencontre au sommet dans la forêt sacrée
communautéétaientbiendécidésàmettreuntermeaucycle infernal de la violence. Du moins, pour un temps. Le sang de l’ennemi prenait un goût amer et, après tout, les individus des deux groupes aiment beaucoup moins la viande saignante que les crabes, les batraciens, les insectes, le riz et les fruits. Comment ces deux sociétés en arrivent-elles habituel-lement à trouver un terrain d’entente ? C’était la question qui venait aux lèvres de tous les visiteurs. Et le vieux guide souriait, toujours accueillant, selon la philosophie de l’har-monie inspirée par l’hindouisme syncrétique particulier à cette île. Toujours placide, il nous a expliqué que les deux groupes parvenaient à établir la paix en dirigeant leur ani-mosité vers un ennemi commun, qui devait servir de vic-time expiatoire. Monsieur Kintamani parlait sans jamais se départir d’une expression apaisante, sachant que nous ne voyions pas venir l’évidence. Et cette fois, comment cela se déroulera-t-il ? deman-daient les regards de tous les visiteurs. Attendez de voir, disait le sourire de notre guide.
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Selon M. Kintamani, les deux tribus s’appelaient les Nouyounesles et Paparlas. Bien sûr, ces noms colorés ont une consonance familière pour les Québécois — comme le motUbud, d’ailleurs, qui me fait toujours penser àUbu, cette pièce de théâtre d’Alfred Jarry dont le foisonnement n’est pas sans évoquer le carnaval linguistique, végétal, artis-tique, animal et mythologique que l’on découvre à Bali. Dans notre groupe, des Japonais, des Allemands et des Scandinaves nous assuraient qu’il en était ainsi dans leur
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langage régional. Ces mots, de plus, avaient sûrement pour eux des connotations grivoises, puisqu’ils souriaient timi-dement et refusaient de les traduire. Je les soupçonnais toutefois de fabuler puisque, tels qu’ils les prononçaient, ces mots semblaient fort éloignés de ceux qu’utilisait notre guide. Seul Le Gros, touriste teigneux et esseulé, avait divulgué la signification de ces mots, mais personne ne comprenait son jargon, et sa gesticulation molle ennuyait tout le monde. Par ailleurs, aucun visiteur n’arrivait à trou-ver, dans les guides rédigés dans leur langue respective, des noms qui s’approchaient deNouyouneouPaparla. C’est parce que les traducteurs inventent des noms, a expliqué notre guide : ils respectent rarement la langue des indigènes, surtout si c’est le dialecte d’une caste inférieure. Mais comment traduire l’exubérance de Bali ? Elle est partout, non seulement dans la faune et la flore, dans les fruits et les fleurs, toujours en fête, ou dans l’art de la vie, omniprésent, mais aussi dans la langue, ou plutôt les langues. M. Kintamani, comme de nombreux Balinais, parlait pratiquement trois langues à l’intérieur de sa propre langue, parce que chacune des trois castes de cette société hindouiste a développé son propre idiome à partir d’une souche relativement commune. En plus de ce triple langage balinais, M. Kintamani devait utiliser l’indonésien, langue des médias et des discours officiels qui domine les cinq cent trente langues de l’archipel ; il ne pouvait non plus ignorer le javanais, et il utilisait bien évidemment l’anglais, mais comme tous les chauffeurs de taxi de Bali, avec de multiples accents bigarrés, car ils apprennent cette langue auprès de touristes qui très souvent pratiquent l’anglais comme langue seconde. Tout cela sans compter les nombreux pidgins, langages populaires, composites et informels, naissant dans les zones limitrophes où des
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