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Il n'y a que les fous

De
154 pages
Nouvelles de François Blais, Jean-Simon DesRochers, David Bélanger,
Mélikah Abdelmoumen, Mathieu Leroux, Andrée A. Michaud, Jean-Michel Fortier, Olivia Tapiero, Pierre-Luc Landry et Jean-François Chassay, rassemblées et présentées par Cassie Bérard.
On ne sait pas trop pourquoi ils font ce qu’ils font. S’imaginer des complots, tordre le langage, craindre le vol, tomber dans des amours impossibles, suer en public, tuer en public, toujours franchir les limites. Mais ils le font.
Ce recueil n’est pas façonné de la folie ordinaire. Chacune à sa manière, les nouvelles racontent une frontière que l’esprit sait enjamber pour rencontrer le pire. Que la folie soit le plus vieux thème de la littérature n’a alors rien d’étonnant ; d’Agamemnon à Don Quichotte, on ne compte plus les incartades de l’esprit. C’est ce que rappelle ce livre, de façon drôle et réjouissante, tragique et crue : la littérature est une folie. Et nul sujet ne lui sied davantage que celui-là.
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Il n’y a nouvelles que les fous
Il n’y a que les fous
nouvelles inédites de François Blais, JeanSimon DesRochers, David Bélanger, Mélikah Abdelmoumen, Mathieu Leroux, Andrée A. Michaud, JeanMichel Fortier, Olivia Tapiero, PierreLuc Landry et JeanFrançois Chassay rassemblées et présentées par Cassie Bérard
Maquette de la couverture : AnneMarie Jacques Illustration de la couverture : CharlesÉtienne Brochu,Diachylon Photocomposition : CompoMagny enr. Distribution pour le Québec : Diffusion Dimedia 539, boulevard Lebeau Montréal (Québec) H4N 1S2 Distribution pour la France : Distribution du Nouveau Monde © Les auteurs et les éditions de L’instant même, 2015 L’instant même 865, avenue Moncton Québec (Québec) G1S 2Y4 info@instantmeme.com www.instantmeme.com Dépôt légal – Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2015
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Vedette principale au titre : Il n’y a que les fous ISBNimprimé9782895023661PDF 978-2-89502-882-6 ISBN e 1. Nouvelles québécoises – 21 siècle. 2. Folie – Romans, nouvelles, etc. I. Bérard, Cassie, 1987 . II. Blais, François, 1973 . PS8323.F64I46 2015 C843’.0830806 C20159416248 PS9323.F64I46 2015
L’instant même remercie le Conseil des arts du Canada, le gouvernement du Québec (Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC) et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec.
Nous reconnaissons l’appui financier du gouvernement du Canada. We acknowledge the financial support of the Government of Canada.
Un peu d’ordre
Introduction
Je me disais que rien ne serait plus simple. Les auteurs m’enverraient leur texte de création tour à tour et il suffirait de les intégrer selon l’ordre de réception, premier envoyé, premier servi ; ainsi, les nouvelles trouveraient leur place d’elles mêmes dans le recueil. Mais les collaborations de ce type ne se déroulent jamais comme on le voudrait. Il y a toujours un troublefête pour mélanger les cartes, parfois même ils sont deux (à croire qu’ils complotent), et dans ce casci, ils m’ont fait parvenir leur proposition à l’exacte même seconde, ce qui a – moindre mal – paralysé ma boîte de courrier électronique et m’a – dommage considérable – obligée à revoir ma méthode : je ne saurais, de fait, comment traiter ces deux nouvelles, laquelle placer avant l’autre, et si je prenais la mauvaise décision, le recueil entier en subirait le contrecoup, on ne pouvait se le permettre, la situation se compliquait (je ne nommerai pas les auteurs, ils se reconnaîtront). Il me fallait déterminer un nouveau système de classement. Mon réflexe a été de m’en remettre au hasard. J’ai d’abord attribué aux dix nouvelles des numéros que j’ai inscrits sur des bouts de papier, lesquels ont été déposés dans un chapeau. Il ne
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restait qu’à piger pour constituer un ordre. Mais cela a entraîné deux problèmes : d’une part, je ne savais plus si l’attribution des numéros était due au hasard, puisque j’avais moimême marqué les textes de manière moins aléatoire qu’on pourrait s’y attendre. D’autre part, la nouvelle«Cauchemarder à rebours»de Mélikah Abdelmoumen, à laquelle les lois imprévisibles du tirage au sort avaient accordé la première place, me mettait dans un sérieux embarras. On y sombre dans une puissante angoisse, et celleci s’amplifie à mesure que l’on recule dans le temps. L’ordre temporel y est complètement inversé. Cela voulaitil dire que le premier texte pioché devait être le dernier du recueil, et ainsi de suite ? Valait mieux opter pour l’ordre alphabétique. Là encore, plusieurs éléments devaient être considérés. Par exemple, je ne pouvais classer les textes selon les prénoms des personnages puisque les pommes de Maurice et la corbeille à papier de Jennifer se côtoieraient. S’il fallait que Jeanne, la bonne à tout faire du texte«Sa main à couper»de JeanMichel Fortier, découvre des trognons de pommes dans la corbeille de sa maîtresse ; s’il fallait qu’elle déterre le secret de madame Jennifer et qu’elle se rende au service de police pour avertir Olivier Roche, l’enquêteur on ne peut plus perturbé que David Bélanger malmène dans«Mettre la pomme en doute»; s’il fallait que toute cette affaire soit liée à Maurice Bruges, l’homme qui tue sa femme avec une hache, la sauce s’en trouverait gâchée, immanquablement. Je devais empêcher de telles confusions pour éviter que les complots ne prennent des proportions inouïes. La première lettre des prénoms des auteurs, ou encore la première lettre des textes, me suisje dit après coup, étaient sans doute des données plus fiables que les personnages de fiction. Or, cela m’a menée à une découverte fascinante, quoiqu’un peu suspecte, si vous voulez mon avis : Andrée A. Michaud, dans
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«Circonvolutions», met en scène le personnage d’Andy, alors même que sa nouvelle commence par la lettreA. Impossible d’y voir une simple coïncidence ; on dirait bien que l’auteure a tout orchestré pour que son texte soit en première position. Mais je ne me laisserais pas berner, non, certes non. J’ai toujours eu l’œil pour ces petites choseslà. N’empêche que ces agacements rendaient le travail de plus en plus compliqué. Je ne savais plus vers qui, vers quoi me tourner pour combattre le désordre, alors je me suis montrée attentive aux signes. Il m’a été suggéré, par le texte«Nous avons un problème»de François Blais, d’écouter la voix, cette petite voix séduisante qui surgit de n’importe quel montage sonore et qui nous surprend, voire nous change pour le reste de notre vie, pourquoi ne pas s’y soumettre ? Son timbre, sa chaleur allaient me dicter l’architecture du recueil. J’ai tendu l’oreille. Sauf qu’elle m’a conseillé, cette voix entendue doucement, la même qui appela Jeanne d’Arc à sauver la France, de placer «Pas là»de JeanFrançois Chassay en tête du livre, ce qui allait à l’encontre de mes principes. On n’ouvre pas, et il s’agit là d’une vérité de La Palice, un recueil avec le mot mort, c’est de mauvais augure ; d’autant plus que le narrateur tient des propos très décousus qui mettraient plus d’un lecteur dans un état de panique, une impression d’enfermement, oui, c’est cela, trop d’intensité trop tôt. Heureusement, l’idée a fait son chemin. J’allais disposer les fictions – voilà ! – en fonction de l’intensité du délire à l’œuvre. Il faut être doté de solides capacités d’analyse pour faire ressortir les marques d’angoisse dans les déchirures de la syntaxe, les hallucinations, les dérives narratives, mais surtout, être en mesure de situer la folie sur une échelle de un à dix. Par exemple, j’aurais attribué un six au personnage qui se laisse ronger par la honte dans«Parasite» d’Olivia Tapiero,
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simplement parce qu’il n’arrive pas à faire face à un mendiant, et jusqu’où cela le mènetil ? Ou encore, j’accorderais un quatre au narrateur qui attend l’autobus dans«L’exemple du cambiste périphérique»de JeanSimon DesRochers. Il faut voir comment cet homme se laisse irriter par des détails aussi menus que la pluie et la technologie, au point de se trouver impliqué dans un attentat, ou enfin, à peu près, et tout ça parce qu’il est en manque de nicotine, c’est incroyable, maintenant que j’y repense, je lui donnerais un sept. Quatre ou sept, je ne savais plus. C’est que la folie m’a paru une question beaucoup trop subjective tout à coup, et je ne pouvais pas, consciemment, organiser le recueil à partir de tant d’incertitude. J’étais en droit d’exiger des données objectives, quelque chose comme des dates, des événements culturels, de l’intertexte, tiens. Comme la musique de Björk, ou mieux,Crazy d’Aerosmith (1993), qui accompagne l’angoisse dans«Ce que l’on voit dans les yeux du monstre»PierreLuc Landry. de Musique pour panser le mal de vivre, tandis que le personnage se démène pour échapper à ses démons. Comme les références à toutes sortes d’objets cultes, dans«DD BY»de Mathieu Leroux, parce que Matt emmagasine de l’information comme un ordinateur, qu’il étale son savoir et qu’il ne sait pas mettre un frein à l’obsession.The Shinning,les mots sur les feuilles dans The Shinning,quelle année,The Shinning? 1980, nous informe le narrateur. Le roman est paru avant. 1977. Trop de dates, ça devenait délicat à gérer, finalement. C’est essoufflée que je suis arrivée au bout de ces multiples tentatives, et j’ai bien dû me rendre à l’évidence, il n’existait aucune solution. Vraiment, à mon âge, avec l’idéalisme et tout, je n’aurais jamais cru rencontrer un problème insoluble. Comme la faim dans le monde, la guerre et certains mots croisés du samedi, je butais contre un mur que l’esprit humain ne saurait
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jamais franchir. Résignée, donc, je vous écris ceci, chère éditrice, joignant les nouvelles, sans espoir ; aucune méthode ne résiste. Par contre – voilà l’ironie –, je vous envoie ces textes selon un certain agencement, je ne pouvais faire autrement, les uns viennent à la suite des autres, c’est ainsi. Ils sont dix, prenezen soin, ils sont précieux ; parfois, lorsque vous vous approchez d’eux, ils vous susurrent des mots doux à l’oreille. Sachez les lire attentivement, appréciezen les moindres subtilités, cela vous aidera à comprendre ce qui se cache dans nos têtes, ces petites bêtes noires qui farfouillent. Je vous avertis, cependant, vous ne verrez que désordre dans la suite des nouvelles ; fort de sa logique, le recueil sera laissé au hasard sans que le hasard ne règne, et je déchire mon contrat si vous bougez ne seraitce qu’un texte. C’est dit. J’aimerais maintenant solliciter votre aide, chère éditrice, pour réagencer le recueil. Sans qu’aucun texte ne soit déplacé – cela va de soi –, estil possible d’ordonner tout ceci ? Je connais votre expertise. Vous êtes venue à bout des plus grands défis. Vous saurez relever celuici. Cassie Bérard