Il s'appelle On Tome 2

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Mady revient le cœur remplit d'espoir et le regard éclairé par des milliers d'étoiles. Matis et elle ont enfin réussi à se trouver… pour mieux se perdre. Encore et toujours ce fameux On qui joue les troubles fête. Mais nos deux demis d'ouverture n'ont-ils pas simplement peur de l'amour qui leur tend les bras ? Sans doute un peu… Vient alors le temps des souffrances et des épreuves. On se déchaîne contre Mady. Sa vie de joueuse de rugby est menacée. Matis et elle, se perdent dans leurs vies de joueurs mais aussi dans leur histoire d'amour. Mady le retrouvera-t-elle pour vivre enfin leur amour au grand jour sans craindre que On ne détruise tout ? Préface de Henry Broncan
Publié le : vendredi 17 juin 2011
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EAN13 : 9782748195880
Nombre de pages : 333
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2

Il s'appelle On

3
Mathilde Joly





Il s'appelle On


Tome 2



Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9588-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748195880 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9589-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748195897 (livre numérique)

6 . .

8
PRÉFACE
Auch, le 23 février 2006
Je suis né avant –peu avant– que les femmes…
françaises n’obtiennent le droit de vote et j’ai été éduqué
par une formidable grand-mère, la femme de ma vie.
Avec le recul du temps, je ne lui ai reconnu qu’un seul
défaut : Elle était persuadée qu’il y avait une place –la
première– pour les Hommes, et que les Femmes devaient
se tenir en retrait, derrière… dans l’ombre… En fait, je
me demande si cette humilité –« s’abaisser plus qu’il ne
convient, n’est-il pas la forme la plus subtile de
l’orgueil ? »– qu’elle affectait, ne lui permettait pas de
mieux diriger ceux qu’Elle considérait comme devant
marcher devant Elle !

Ces lignes pour vous laisser entendre pourquoi,
lorsque les premières filles de mon pays se sont mises à
courir derrière un ballon ovale, le joueur de RUGBY –
sport viril par excellence– que j’étais, formé aux
confrontations musclées de l’époque –derbies acharnés,
entrées en bélier pour les mêlées, roulettes en touches,
9 Il s’appelle On
cravates autorisées, plaquages anticipés ou retardés
recommandés par les entraîneurs…– n’a daigné observer
que d’un regard condescendant et plutôt goguenard, les
ébats de ces demoiselles.

Une quarantaine d’années ont vécu et les Femmes
ont infiltré ce qui était « notre » sport : les unes
journalistes, d’autres dirigeantes, quelques unes arbitres
ou éducatrices, beaucoup joueuses. Sur le pré, Elles ont
accompli des progrès indéniables et Elles n’ont plus rien
à nous envier dans le « technico-tactique », notre seule
supériorité tient dans le Physique. Pour la beauté de ce
sport, faut-il qu’Elles comblent cet handicap ?

J’ai lu, récemment, que la première épreuve athlétique
dans laquelle la Femme battra l’homme, sera le
Marathon : au-delà du trentième kilomètre, le mental
féminin supérieur compenserait l’infériorité
physiologique. Comme le Mental –notre tête, messieurs–
apparaît, de plus en plus, comme le talon d’Achille du
Rugbyman actuel, j’en viens à me demander si nous ne
serons pas le premier sport athlétique d’Equipe où les
Dames nous donneront la leçon ? Je suis sûr en tout cas,
que nous aurons, un jour, des coach-femmes dans le
Top 14. À quand dans l’équipe nationale ?

Mady, rugbyphile avertie et passionnée, pratiquante
convaincue, exilée, délaissée sur son aile, rêvait d’opérer
au poste magique d’ouvreur. Aussi, ne pouvait-elle
tomber amoureuse que d’un numéro dix : créateur,
10 Préface
finisseur, meneur de jeu, adroit, intelligent, rusé, buteur,
botteur, passeur… Magicien… Tous les ouvreurs du
monde sont obligatoirement très beaux : Carter,
Wilkinson, Jones, Boyet, Michalak, Peyrelongue… Le
jeune Matis, dont le talent juvénile laissait entrevoir une
carrière de bonheurs, avait, en plus, des yeux dans
lesquels Mady ne pouvait que se noyer ! Pourtant, ce
fameux dix, s’il est l’objet de beaucoup d’admirations,
est, aussi, le joueur qui suscite le plus de jalousie et
parfois même de haine : idolâtré parfois, hué souvent,
diabolisé par tous les ouvreurs refoulés qui siègent dans
les tribunes, il tient triste compagnie à l’arbitre et à…
l’entraîneur dans les quolibets et les déraisons.

Que la petite Mady et ses vingt-deux ans, si fraîche,
si timide, si affective, comprenne qu’il n’y a pas
d’ouvreurs heureux comme il n’y a, peut être pas,
d’amours heureux… La guitare est une bonne
thérapie : c’est une amie qui sait exprimer nos
sentiments.

Que Mady garde une place pour l’Espoir, dans son
cœur, « ce petit parking » : le Rugby réserve toujours de
belles surprises !

Henry Broncan.

11







À celui qui, durant un temps,
fut mon Matis…

À mon entraîneur,
lui qui m’a appris le rugby en chantant.
13
E2 PARTIE
« L’espérance est un risque à courir, c’est même la
plus grande et la plus difficile victoire qu’un homme
puisse remporter sur lui-même. »

Georges Bernanos
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20. DÉCLARATION
Un nouveau jour vient de naître et avec lui,
de nouveaux espoirs. Le soleil me fait un clin
d’œil derrière les vitres de ma fenêtre. Ce matin,
mon dos va mieux. Le repos que je lui ai offert
commence à faire son effet. J’espère que cette
progression va continuer. Je me surprends à
espérer que mardi, je pourrai effectuer mon
retour dans l’équipe. Quatre jours d’attente,
quatre…

En ce vendredi matin, je profite encore un
peu de la chaleur de mon lit, ma conversation
de la veille avec Matis me revient alors en tête.
Nous n’avons pas été très tendres l’un avec
l’autre. C’est le moins que l’on puisse dire.

Sauf qu’en cette belle matinée, je suis prête à
être conciliante avec lui. Je décide de lui donner
une nouvelle chance. Matis m’a dit qu’il
m’appellerait en rentrant de chez ses parents, je
lui fais confiance. Il le fera. L’Espoir fait vivre.

17 Il s’appelle On
Mardi
Jonny fait son grand retour sur le terrain.
Enfin ! J’ai eu peur mais aujourd’hui, je vais
bien. Je reste prudente car l’alerte a été chaude.
Je ne ferais pas de contact aujourd’hui. Par
contre, je vais beaucoup jouer au pied. Samedi
soir, nous jouons un nouveau match de
Championnat, il nous faut une victoire. Le
moral de l’équipe en a besoin.

Matis a dû rentrer hier de chez ses parents.
C’est une supposition, Monsieur ne m’ayant pas
appelée. Je ne suis pas vraiment déçue, je n’ai
jamais vraiment pensé qu’il le ferait. Il n’allait
pas changer en si peu de temps. Je ne crois plus
aux miracles, depuis bien longtemps.

Je suis dans la voiture avec Zoé, sur
l’esplanade du Stade. L’entraînement ne devrait
plus tarder à commencer. Entre nous, il n’est
plus question de parler de Matis. Je lui ai
annoncé que je souhaitais oublier toute cette
histoire. Cette histoire qui, entre nous, n’en était
pas une.

Nous sommes bien installées, mais l’heure
approchant, nous sortons. Au moment où nous
nous extirpons toutes les deux de la voiture, un
véhicule s’approche de nous à grande vitesse. Je
18 Déclaration
ne vois pas de qui il s’agit car les phares
m’aveuglent. Ce n’est qu’au moment où elle se
gare que je reconnais le conducteur, Matis !

Que vient-il faire au Stade aujourd’hui ? Il
sort rapidement, nous passe devant sans un
mot, avant de se précipiter vers le terrain, où
s’entraîne les Espoirs.
« Que lui arrive-t-il à Matis ? Il ne nous dit
même pas bonjour, m’interroge Zoé.
– Je n’en ai aucune idée ! J’ai renoncé à le
comprendre, » dis-je en haussant les épaules.

Zoé passe devant moi et nous commençons
à gravir les escaliers qui nous mènent sur le
terrain, où Matis s’est engouffré. C’est alors que
je l’aperçois en train de revenir vers nous d’un
pas toujours aussi pressé. Je détourne mon
regard de lui, je regarde partout sauf dans sa
direction. Il s’arrête dans l’escalier à hauteur de
Zoé. Je l’entends lui dire bonjour. Celle-ci en
profite pour lui demander s’il s’entraîne pour le
Marathon de New York. Je ne parviens pas à
comprendre sa réponse. Il descend les quelques
marches qui nous séparent, et, avant que je
puisse comprendre ce qui m’arrive…

Je me retrouve serré contre lui !

19 Il s’appelle On
Je reste surprise par son attitude. Je suis
persuadée que s’il n’y avait eu personne autour
de nous, il m’aurait prise dans ses bras.
Seulement voilà, Myriam vient juste d’arriver,
elle se trouve à quelques mètres de nous. Je ne
m’attendais pas à un tel comportement de sa
part, surtout après notre conversation de la
semaine dernière.

Je dois me contenter de savourer ce moment
trop bref, où nos corps se touchaient. À peine
le temps d’échanger un rapide bonjour et le
voici reparti toujours aussi empressé. Il ne
prend même pas le temps de saluer Myriam. Ils
ne se parlent toujours pas ! Cela fait maintenant
près de quatre mois que cela dure.

Je rejoins Zoé sur le terrain et je lui demande
à brûle pourpoint si elle connaît la raison de la
venue de Matis au Stade.
« Oui, il a perdu son portable. »
Moi qui espérais qu’il m’appelle, je pouvais
attendre longtemps.
Vendredi
Matis ne m’a pas appelée. Cette fois-ci, je sais
pourquoi. Il est vraiment tête en l’air, perdre
son portable deux fois en moins de six mois, il
fallait le faire. Seul lui, en était capable.
20 Déclaration
L’entraînement de mardi dernier s’est plutôt
bien passé. Seule Myriam a été désagréable avec
moi. Je crois savoir pourquoi. Elle est très
certainement vexée que Matis m’ait saluée ce
jour-là. À elle, il l’a littéralement ignorée. Je ne
vois que cette explication.

Pour le match de demain, je sais que je serai
sur la feuille de match malgré mon récent retour
de blessure. D’ailleurs, depuis ce matin, mes
douleurs se sont réveillées. Elles sont là,
insidieuses, pour me rappeler que je suis en
sursis. Le temps m’est compté, je ne peux
l’oublier, surtout pas aujourd’hui.

Dès mon arrivée au Stade, je préviendrai Paul
que ce soir, j’éviterai de trop tirer sur la corde.
Aujourd’hui, je ne pars pas trop tôt,
contrairement à mes habitudes. Je profite de
chaque seconde qui m’est donnée pour m’étirer,
cela me soulage toujours pour un temps.

La première voiture que j’aperçois en allant
me garer sur le parking du Stade, est celle de
Matis. Il doit s’entraîner avec les Espoirs pour
tester la résistance de sa cuisse. Je ne peux
m’empêcher d’être heureuse pour lui, le voici,
sur la voie de la guérison. Zoé, elle aussi, est
arrivée, il lui faut attendre que Nicolas ait
21 Il s’appelle On
terminé de s’entraîner avant de pouvoir rentrer
chez elle.
*
Notre entraînement a commencé depuis près
d’une heure, je m’ennuie. Sébastien n’étant pas
là aujourd’hui, je suis coincée à l’aile. J’ai vu les
Espoirs passer pour aller se doucher et rentrer
chez eux. Je vais faire comme eux. J’ai mal au
dos et le fait de rester debout sans rien faire
n’arrange pas mes affaires. Autant que j’aille
dormir, cela me sera plus utile. Je préviens Paul
de mon départ anticipé et je rentre aux
vestiaires.

Une fois arrivée sur l’esplanade, je décide de
ne pas me doucher ici, je serai mieux chez moi.
Le temps de récupérer mon sac et je traverse
rapidement le couloir pour rejoindre le parking.
En arrivant à l’intersection qui conduit aux
vestiaires des Espoirs et de la Première, je jette
machinalement un oeil dans cette direction. Et
de loin, j’aperçois Matis qui arrive vers moi. Je
m’arrête pour l’attendre. Nous sommes seuls, il
me faut en profiter. C’est le moment de savoir
où j’en suis avec lui.
– Salut Mady.
– Bonjour Matis.
J’applique ma bonne vieille tactique, qui
consiste à ne pas le regarder. C’est le seul
22 Déclaration
moyen que j’aie trouvé pour ne pas tomber
sous le charme de ses yeux si clairs.
– Alors, as-tu réussi à retrouver ton
portable ?
– Non, je pense l’avoir oublié à la station
service.
– Personne ne te l’a ramené ?
– Non. Tu sais des gens honnêtes
aujourd’hui il n’y en a plus beaucoup.
– C’est vrai, dis-je après un moment de
réflexion.
– Mady, je n’ai pas pu t’appeler mais tu veux
toujours me parler ?
– Oui.
– Oui, répète Matis après moi. De temps en
temps, il s’amuse à imiter ma voix. Je ne
supporte pas que l’on m’imite, j’ai horreur de
ça.
– On peut se voir en début de semaine
prochaine. Je ne suis pas là ce week-end. Je pars
avec la Première mais mardi après-midi, il ne
devrait pas y avoir de problème. Est-ce que ça
t’irait ?
– Oui, c’est très bien si l’on arrive à passer
une après-midi ensemble.
– Le mieux, c’est que tu viennes chez moi, au
moins nous serons tranquille. On ne viendra
pas nous déranger. Si tu veux, on pourrait
même regarder un film. Que voudrais-tu voir ?
– Je ne sais pas.
23 Il s’appelle On
– Je ne sais pas, c’est reparti pour une
nouvelle imitation de Matis. Mais qu’a-t-il ce
soir à m’imiter toutes les cinq minutes ? Je finis
par répondre de manière très rapide pour qu’il
n’arrive pas à me parodier.
– D’accord, mais pas un film d’horreur. Je
n’aime pas.
– Moi non plus Mady. Alors, que veux-tu me
dire ?
– Tu verras bien mardi.
– Tu ne veux vraiment pas me le dire
maintenant ?
– Non, pas ici. Je préfère que nous en
discutions quand nous serons seuls chez toi.
– Comme tu veux. Il va me falloir patienter.
Peux-tu me donner ton numéro parce que j’ai
perdu tous mes numéros, en même temps que
mon portable. Je t’appellerai mardi en début
d’après-midi pour te confirmer l’heure.
Je lui donne mon numéro qu’il note sur une
feuille. J’ai peur qu’il ne le perde ce papier. Il
égare son portable alors un numéro noté dans
le coin d’une feuille… Tout en discutant, nous
sommes arrivés devant sa voiture. Il s’installe à
l’intérieur et je prends appui sur sa portière. Je
le regarde pendant qu’il range mon numéro
dans sa boîte à gants.
– Qu’y a-t-il Mady ? Pourquoi me regardes-
tu de cette façon ?
24 Déclaration
– Qui ça moi ? Je… Non, comment je te
regarde ?
– Je ne sais pas tu avais l’air pensif.
Il n’a pas tort, j’étais dans la lune. Pour une
fois que Matis est sous mes yeux, j’en profite, je
le regarde. J’imprègne ma mémoire de son
image. Nous ne nous voyons pas souvent alors
pour une fois, je rentabilise notre entrevue.

Matis doit partir car les Espoirs l’attendent
pour passer la soirée ensemble. Je ne le retarde
pas et le laisse partir, à regret. Je le suis du
regard avant de m’apercevoir que je suis
toujours sur l’esplanade du Stade. N’importe
quelle fille de l’équipe aurait pu arriver et nous
surprendre. Je comprends alors que durant tout
le temps que j’ai passé avec Matis, rien n’aurait
pu me déconcentrer. Myriam pouvait passer sur
le dos d’un éléphant que je ne l’aurais même pas
vue. C’est vous dire.
*
Une semaine s’est écoulée. Nous sommes
jeudi et bien évidemment Matis et moi n’avons
pas passé une seule minute ensemble. J’ai
attendu qu’il m’appelle avant-hier comme il me
l’avait dit. Mon optimisme n’a rien changé et à
quinze heures très précises, je savais qu’il ne
fallait plus rien attendre de sa part. Certains
penseront que je suis devenue pessimiste, je leur
répondrai que je suis simplement devenue
25 Il s’appelle On
réaliste. Matis n’a aucune parole, il vient de me
le prouver une fois de plus.

Néanmoins, je n’ai pas renoncé à mon projet.
Il faut absolument que je lui parle. Je ne veux
avoir aucun regret nous concernant. J’ai besoin
de lui dire où j’en suis vis-à-vis de lui. J’ai aussi
envie de savoir où lui en est, vis-à-vis de moi. Il
me faut des certitudes pour pouvoir continuer à
avancer.

C’est décidé, je vais lui parler maintenant. Je
ne vais pas attendre que l’on se voie pour lui
avouer ce que je ressens pour lui. Je risque
d’attendre encore de nombreuses années, avant
de pouvoir le faire. Or, il se trouve que je ne
suis pas la personne la plus patiente de ce pays.
J’entends dans mon oreille la tonalité de son
portable. Va-t-il me répondre ? Je l’espère.
Normalement, il a un nouveau téléphone mais
son numéro ne change pas. Au pire, je tombe
sur sa messagerie, au mieux sur lui.

Matis me répond enfin. Une boule serre mon
ventre, ce n’est pas évident d’avancer lorsqu’on
ne sait pas où l’on va atterrir.
– Salut Matis. C’est Mady. Je ne te dérange
pas ? J’aimerais te parler.
– Salut. Pas de problème Mady. Je t’écoute.
26 Déclaration
C’est maintenant le plus dur. Comment puis-
je lui avouer mes sentiments ? Au point où j’en
suis, autant y aller franchement. Je verrai bien.
Si mes espoirs sont récompensés, la prochaine
fois que je verrai Matis, ce sera pour me jeter
dans ses bras. À moins que se soit lui, qui se
précipite dans les miens.
– Je préfère te parler au téléphone. Sinon, je
serai centenaire avant de pouvoir discuter avec
toi si j’attends de te voir. Tu te souviens quand
tu m’avais dit, un soir, au Parpaillot, que je ne te
voyais pas ?
– Oui, bien sûr, me répond Matis dans un
souffle. Je sens une grande concentration de sa
part. J’ai réussi à capter toute son attention. Je
ne savoure pas vraiment cette petite victoire car
le plus dur pour moi reste à venir.
– Et tu m’as aussi assuré que tu me
ramènerais qui je voulais sur un plateau. Tu t’en
souviens ?
– Ah oui, me dit-il en rigolant. Je m’en
souviens très bien même.
– Bon alors, c’est très simple. Quand tu m’as
dit que je ne te voyais pas ce soir là, c’était vrai.
Sauf que maintenant, c’est tout le contraire,
c’est toi que je voudrais que tu me ramènes sur
un plateau. Voilà, je lui ai tout dit, dans un
souffle, de manière un peu brutale pour être
sûre de ne pas m’arrêter au milieu de mes
aveux. Je ne respire plus, j’attends sa réponse.
27 Il s’appelle On
– C’est gentil. »
Gentil, c’est tout ce qu’il vient de trouver à
me dire. Je crois que je l’ai un peu assommé
avec mes aveux. Mais il pourrait trouver autre
chose à me dire que : « c’est gentil. » Je
m’applique et lui il me sort deux mots qui ne
me disent rien de plus sur ses sentiments.
– Mady, j’ai déjà une copine. Tu ne le savais
pas ?

Un éclair vient de tomber sur l’arbre qui se
penche devant la fenêtre de ma chambre. À
moins que se soit sur ma tête que la foudre
vient d’éclater. Je m’affaisse sur mon lit. Je
m’attendais à tout, sauf à ça. J’étais à cent lieux
d’imaginer qu’il avait une copine. Je ne l’ai
jamais vue celle-là. Je n’ai quand même pas rêvé
sa jalousie, sa joie de me revoir et nos soirées au
Parpaillot. Même Zoé m’a assuré que je lui
plaisais, c’est lui qui le a lui avoué. Je peux me
tromper mais pas Zoé. À quoi a-t-il joué depuis
le début de la saison ?
Je dois lui répondre même si j’ai beaucoup de
mal à reprendre mes esprits.
– Non, je ne savais pas que tu avais déjà
quelqu’un. Comment aurais-je pu le savoir ? Tu
ne me l’as jamais dit.
– C’est récent, je sors avec ma copine, depuis
deux mois à peine. Elle n’est pas ici, elle vit
dans la même ville que mes parents.
28 Déclaration
– Je comprends. Je suis désolée. Je vais te
laisser. D’un coup, je me sens gênée, je ne sais
plus quoi dire à Matis. Je me sens telement
ridicule d’avoir pu imaginer qu’il s’intéressait à
moi.
– Non, attends Mady. J’aimerais qu’on en
parle tous les deux. Je préfère que l’on se voie
pour en discuter. J’apprécierai vraiment de te
rencontrer.
Je suis surprise. Qu’y a-t-il a rajouter à ce
qu’il vient de me dire ? Je ne lui plais pas.
Terminé, je passe à autre chose.
Je suis quand même curieuse et bizarrement
au fond de moi, je garde un espoir. Peut être
que Matis et moi… Je finis par lui répondre :
– Tu veux me voir Matis, quand ?
– Mercredi prochain. Avant, je ne pourrai
pas, je joue avec la Première ce week-end.
– D’accord pour la semaine prochaine. Bye.
À bientôt.

Me voici fixée, il me faut tourner la page,
oublier Matis. Va-t-il m’appeler la semaine
prochaine ? Je ne le crois pas une seule seconde,
je le connais par cœur. Je n’aurai plus de
nouvelles de lui, et moi, je ne suis pas prête de
le rappeler. Heureusement que je ne suis pas
amoureuse de lui, la souffrance aurait été
encore plus terrible.
29 Il s’appelle On
Je pose mon téléphone et je regarde mon
reflet dans le miroir. Est-ce une larme que
j’aperçois dans le regard de Mady ? Je passe ma
main sur mon visage. Non, non, ce n’est pas
une larme.

Mady ne pleure pas lorsqu’elle a mal.

Mady ne pleure jamais, surtout pas
aujourd’hui.

Pas pour Matis.
30 Il s’appelle On






“When I’ve been here for just one day
You’ll already miss me when I go away”

Don’t leave home.
Dido
31
21. MATIS
Je tourne en rond depuis ce matin, je
ressemble à un lion en cage. Aujourd’hui, c’est
mercredi. La question du jour est : Matis va-t-il
m’appeler, contrairement à ses habitudes ?
Cette question, je me la suis fréquemment
posée ces derniers temps. J’ai souvent été
déçue.

Aujourd’hui, je me sens un peu perdue. Je ne
sais pas si je dois croire en son appel. Mais le
pire c’est que je me torture pour essayer de
savoir pourquoi il veut me voir aujourd’hui. Il a
déjà une copine. Alors, je n’ai qu’une peur, c’est
qu’il ne veuille me voir uniquement pour se
moquer de moi et de mes sentiments envers lui.

Je suis chez moi, dans ma chambre. C’est ici
que je me cache quand je suis chez moi. La
porte de ma chambre est la seule porte que je
ferme. En dehors de celle-ci je laisse toujours
les portes ouvertes. Je n’aime pas être enfermée,
alors si je laisse une porte ne serait-ce
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