Il y aura toujours quelque part, un chien perdu pour nous empêcher d'être heureux...

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Mais tandis que le corbillard quittait lentement le cimetière et que les dernières rumeurs s'échangeaient sous le porche de l'église, Marcel m'a aperçu, contrairement à ce qu'il pensait, je n'avais pas suivi le docteur Marchand... j'avais rejoint la sépulture de mon maître et je grattais la terre, comme pour attirer son attention, mais j'étais surtout mû par un étrange pressentiment qui me faisait penser, que celui-ci n'était pas mort et qu'on l'avait enterré vivant... Ne sachant trop quoi faire et redoutant les foudres du curé, il s'est approché de moi. Le museau enfoui dans une boue de plus en plus collante, je creusais, je creusais, ne ménageant pas mes quelques forces...
Publié le : mercredi 6 mai 2015
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342037418
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EAN13 : 9782342037418
Nombre de pages : 128
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Bernard Escudero IL Y AURA TOUJOURS QUELQUE PART, UN CHIEN PERDU POUR NOUS EMPÊCHER D’ÊTRE HEUREUX…
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France IDDN.FR.010.0120322.000.R.P.2015.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2015
Le bonheur ne laisse pas de traces, il passe… c’est tout !
I Tous m’appellent « Le Chien », ce n’est pas le plus beau des noms, certes… mais je m’y suis fait ! Il a bien fallu ! D’autant que je viens de loin ou plutôt que je reviens de loin… Je n’ai pas connu de longs fleuves tranquilles et quant à mes différents maîtres, ils ont jalonné mon existence de coups de pieds, de maigres pitances et de manques d’os à ronger… À part le der-nier, auquel je me suis attaché un peu plus que d’habitude… Et pourtant ?Il n’avait rien d’avenant le pauvre homme si ce n’est sa main tendue et son air compatissant… il faut dire que je venais de quitter les vociférations d’un maître sans cœur et que cela faisait plusieurs jours que j’errais dans la campagne, le ventre creux et le poil hirsute. Il s’est approché de moi, un brin méfiant, j’ai deviné sa pré-sence… des odeurs mélangées ont fait tressaillir ma truffe, j’ai ouvert un œil, puis l’autre. Il était là devant moi, vêtu d’un bleu plus qu’élimé, un béret crasseux vissé sur la tête, un mégot éteint au coin des lèvres. J’ai alors entraperçu au fond de ses yeux chassieux, une lueur d’espoir un peu falote… il a posé sa main sur ma tête et il a baragouiné quelques mots : Alors le chien, on est perdu ? J’ai alors baissé mon regard comme pour lui faire comprendre que j’avais besoin que l’on s’occupe de moi… et je crois qu’il a compris ! Il a continué à me parler tout en caressant mes côtes plus qu’apparentes : Tu dois avoir faim et soif, je vais te ramener à la maison et je vais te requinquer, tu vas voir !
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Joignant le geste à la parole, il a fouillé dans sa poche, en a sorti un bout de ficelle qu’il a passé autour de mon cou. Je me suis alors redressé maladroitement, mais avec l’impression qu’une nouvelle vie commençait, que celui-là était différent des autres… C’est dans une brouette grinçante, allongé sur une sache poussiéreuse qu’il m’a conduit jusqu’à sa vieille maison, située un peu à l’écart du village de Loussac. Une pièce unique et un bazar indescriptible… il faut dire que vous les humains, vous avez de drôles de manies, vous gardez, je dirais même mieux, vous entassez tous les objets hétéroclites que vous croisez au gré de vos pérégrinations avec la récurrente impression qu’ils pourront servir un jour… mais hélas, ils finissent par devenir encombrants. Pire encore, ce ne sont même pas des souvenirs ! Si je devais vous décrire le capharnaüm dans lequel vivait ce brave homme, il me faudrait des pages entières. Disons pour faire simple, qu’il y avait juste la place pour une table vermoulue et pour une repoussante paillasse qui lui servait de lit. Pour le reste, des piles de journaux jaunis, des cadavres de bouteilles, un vieux vélo orphelin de sa roue arrière, un râteau édenté et deux valises cabossées… même la vieille cheminée où quelques brai-ses rougeoyaient encore, avait du mal à respirer, tant elle était encombrée ! Sur le coup, j’ai eu un doute, allais-je pouvoir trouver ma place dans ce bric-à-brac… j’en venais presque à regretter la solitude de la route, mais bien vite, la sollicitude du brave homme a balayé d’un revers de manche, toutes mes inquiétudes. Il a retiré une couverture de sa paillasse, qu’il a posée à même le sol entre deux piles de journaux, en m’invitant à m’y installer. D’un pas hasardeux, j’ai rejoint ce panier de fortune et je m’y suis affalé… une odeur mélangée de vin aigre et de tabac froid est venue agresser ma truffe. J’ai bien failli me redresser pour chercher une autre place moins « puante », mais j’étais trop éreinté pour faire le difficile, d’autant plus que le brave homme
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venait de mettre les petits plats dans les grands, en déposant sous ma truffe un brin démobilisée, une écuelle garnie de quel-ques reliefs de repas et un bol d’eau fraîche. Vous vous doutez bien que j’ai fait honneur à ce « festin », cela faisait tellement longtemps que je n’avais pas fait un vrai repas… j’en avais pres-que oublié ce plaisir ! Cerise sur le gâteau, le brave homme dont je ne connaissais pas encore le nom, m’a gratifié de quelques caresses bien ex-pressives, qui m’ont momentanément réconcilié avec l’exis-tence. Puis, il s’est assis sur la seule chaise présente dans ce caphar-naüm, une de ces vieilles chaises qui ne doivent encore leur survie qu’au passage récurrent d’un hypothétique rempailleur. Il a retiré son béret crasseux et a prononcé sans retenue quelques mots, des mots simples, des mots pour dire le désarroi et la solitude de sa vie. J’ai alors redressé la tête pour l’écouter : Tu sais, tu es le premier… oui, le premier à franchir le seuil de ma modeste maison. Aucun homme, aucune femme, pas même un chien ou un chat ne l’ont fait avant toi. Tu vois, toute ma vie est ici… je ne sais pas pourquoi je garde tous ces objets, sans doute, pour meubler ma triste exis-tence. Je travaille à Loussac, je suis le cantonnier du village et c’est le maire qui en échange de mes petits services, m’a prêté cette maison sans commodi-tés, un peu perdue dans la campagne… je n’ai pour toute compagnie que ma bouteille, ma sacro-sainte bouteille que je remplis et que je vide à lon-gueur de journée… une horrible piquette qui me tord les boyaux et qui me laisse bien souvent au creux d’un fossé. Mes cuites sont mémorables et elles font la risée de tout le village… Mais, je parle, je parle, je ne t’ai même pas dit mon nom, je m’appelle Pierre Dourmain, mais tous ici m’appellent « Gros Rouge » Je ne suis pourtant pas si gros que ça, mais comme ils disent « tout ce que je descends, ils n’aimeraient pas le remonter. » Je n’ai aucune famille et je suis un célibataire plus qu’endurci, un céli-bataire que la vie n’a vraiment pas gâté !
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Ses mots m’ont touché et j’ai ressenti à ce moment-là, comme une forme de connivence, avec ce brave homme, d’autant qu’il a posé presque affectueusement sa main calleuse, sur ma tête. J’ai dodeliné en savourant la sincérité de cette ca-resse. Il s’est alors hasardé à une question plus directe, les yeux embués par quelques larmes. ? JeDis-moi, est ce que tu accepterais de partager mon existence sais que toi aussi, tu n’as pas eu une vie facile, que tu es un chien aban-donné, privé de caresses et d’amour… certes, je n’ai rien de plus à t’offrir, mais nous pourrons ainsi partager nos solitudes et tenter de vivre plus heu-reux. Tu pourras m’accompagner sur les chemins et dans le village. Je leur montrerai ainsi que moi aussi, je suis capable d’avoir un ami et quel ami ! Rassure-toi, je ferai des efforts, de gros efforts, je remplirai moins ma bouteille et je ne te partagerai pas avec mon horrible piquette. Tu auras le gîte et le couvert !!! Alors qu’en dis-tu ?Mon regard s’est soudainement illuminé et ma queue a frétil-lé, il a vite compris… j’ai alors eu droit à un ouragan de caresses, je lui ai même léché le visage pour lui témoigner toute ma gratitude, faisant fi de sa barbe de quatre jours.
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