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Imilchil, septembre 1975. C'est le "Moussem des Fiançés" dans ce village où les tribus berbères du Haut-Atlas marocain se rencontrent pour célébrer les mariages de l'année. Des touristes, peu nombreux, sont venus assister à la fête. Il est cinq heures du matin. Vincent, Louise et Daniel dorment dans leur voiture. Entre eux, les liens d'amour et d'amitié sont très forts. Vincent se réveille le premier. Il découvre que la main de Louise entoure le poignet de Daniel, et qu'entre sa jeune épouse et son meilleur ami, ce n'est plus seulement une histoire d'amitié. Comment va réagir ce quinquagénaire déjà cabossé par la vie? L'arrivée surprise de Malik, leur ami marocain recherché par la police politique du Roi Hassan II, devrait reléguer leurs problèmes personnels au second plan. Mais est-ce si simple? Durant un week-end plein de rebondissements, les quatre personnages devront aller jusqu'au bout d'eux-mêmes, affronter les démons qui hantent leur passé et trouver leur chemin. Seuls ou ensemble? Avec ou contre les autres? C'est leur vie qui se joue pendant ces deux jours. Michel Dural nous offre un texte intriguant, envoûtant, à l'image de cette terre berbère, sauvage, rugueuse et belle, où son livre s'enracine.
Publié le : vendredi 30 mars 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748364712
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748364712
Nombre de pages : 292
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Michel Dural
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IDDN.FR.010.0116371.000.R.P.2011.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2011
I Il commence à distinguer leurs visages dans la lumière du pe-tit jour. Elle, avec ses joues rondes, sa bouche épanouie et la masse sombre de ses cheveux. Lui, de profil, les traits aigus, le front haut, le teint hâlé. Le froid est de plus en plus vif à lintérieur de la voiture. À deux mille mètres daltitude, laube du Haut-Atlas Oriental est glaciale. Comment peuvent-ils dormir encore ! Lui na pas connu un seul instant de sommeil. Changer de lit ne lui vaut rien, et deux sièges-couchettes quand on est trois Quelle idée dêtre venu à ce Moussem des Fiancés ! Louise lui en parlait depuis des semaines. "On ira, Vincent, on ira avec Daniel. Al-lez, dis oui !" Elle insistait, et il avait fini par accepter. Il avait annulé son voyage à Tanger, une rencontre importante avec Jean Genet. Pas sûr que lopportunité se représente de sitôt. Genet était un nomade imprévisible. Comme Rimbaud, il avait des semelles de vent. Froid, insomnie, contrariété, ça fait beaucoup Pourtant, bizarrement, il ne se sent pas de mauvaise humeur. Il est soulagé de ne pas avoir de courbatures, il bâille, il sétire, content de voir le jour se lever enfin sur la vallée des Aït Hdid-dou. La lumière grandit, il se redresse et sappuie sur les coudes. Il essaie de ne pas trop bouger pour ne pas troubler le sommeil de sa femme étendue entre Daniel et lui. La veille, quand ils sétaient aperçus que les quelques tentes berbères censées ac-
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cueillir les touristes affichaient complet ou ne pouvaient les prendre que séparément, Daniel avait dit : "Je me mettrai sous la voiture. La Renault 16 est haute sur pattes, ça ira. Il marrive de dormir par terre quand je vais chasser le sanglier." Bien en-tendu, ils avaient protesté, tu ny songes pas il va faire un froid de gueux on se serrera. Et plus tard, après la soirée où ils avaient découvert les chants et les danses des tribus du Haut-Atlas, ils sétaient entassés gaiement dans leur hôtel improvisé et étroit. À la recherche dune position moins inconfortable, Vincent essaie de se mettre sur le côté. Il saperçoit alors quune main de Louise entoure le poignet de Daniel. Les doigts ne serrent pas, ils sont comme un anneau un peu lâche passé autour de la manche jaune du pull enfilé pour résis-ter au froid de la montagne. Rien de sensuel donc, mais un abandon, une tendresse, dont Vincent pensait quils lui étaient réservés. Sarracher au sac de couchage quil partage avec sa femme ? ouvrir la portière ? hurler, senfuir ? Pourtant il reste immobile, et tout sarrête. Comme si sa femme et son ami sétaient éloignés, il les voit dans une lumière et à une distance étranges. Cest un phénomène quil a déjà connu, bizarre, imprévisible, toujours lié à une situation démotion. Il en est à chaque fois lacteur et le spectateur étonné. La première fois, cétait en mars 1940, il venait davoir quinze ans, dans la salle en amphithéâtre du lycée, celle réservée à loption français-latin-grec. Sur lestrade, devant ces grands panneaux accrochés à deux clous où figuraient le plan de la Rome Antique et la carte de lEmpire sous Tibère  Vincent saurait encore les dessiner de mémoire  le professeur est en train de leur lire un extrait de
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"La Légende des Siècles", lhistoire dun pêcheur et de Janie, son épouse. Le poème est rempli de la fureur des vagues, mais il dit surtout le courage de lhomme parti en mer et la générosité de sa femme, qui recueille les petits de sa voisine morte de froid. Mais ces "Pauvres Gens", se dit Vincent, ces héros si hum-bles que Victor Hugo a célébrés un siècle plus tôt, sont-ils si différents des êtres quil croise dans les rues du Légué ? Près du port, là où habitent les moins riches de la ville. On ny fréquente lécole que jusquà douze ans, et encore ! Lui, il est lexception à la règle, mais cest son quartier. Ses condisciples du lycée, qui ne linvitent jamais dans leurs belles maisons du quartier Saint-Michel, ne manquent pas une occasion de le lui rappeler. Bien souvent, un regard insistant sur ses habits raccommodés ou un sourire jeté à ce boursier minable a tenté de lui faire honte de son milieu social. Et voici quentouré délèves qui appartiennent tous à la bourgeoisie de Saint-Brieuc, lui, le mal habillé, le dé-classé, le pauvre, il entend pour la première fois un hymne à ces gens de peu qui sont sa famille. Cest à ce moment que tout a basculé. La scène quil regar-dait séloigne, comme dans ces zoom-arrière que le cinéma inventera plus tard. Leffet est vertigineux, lillusion telle quil se frotte les yeux pour corriger ce quil croit être une anomalie de la vision. Mais le phénomène persiste. Le professeur devient une marionnette de plus en plus petite, le cercle des élèves qui lentourent sest élargi. Les personnages se changent en Lillipu-tiens, les objets en modèles réduits. Les paroles du professeur sont étouffées, lointaines. Et Vincent est envahi par une sensa-tion incroyable. Là où il est, rien ni personne ne peut latteindre, il est devenu le maître dun monde qui a changé. Il peut en mo-difier lespace, en éloigner ou en rapprocher limage à volonté et suspendre le temps. Il ne saurait dire ni la durée de lillusion, ni comment elle sachève, mais le souvenir quil garde de ce bonheur dont il
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nose parler à personne est si fort quil essaie de provoquer le phénomène, de le retrouver. En vain. La magie ne se com-mande pas. Mais à chaque fois quelle surgit dans sa vie, Vincent retrouve cette étrange sensation de décalage et de séré-nité. Comme ce matin. Dans un espace réduit, lillusion doptique est moins mar-quée mais la mise à distance est la même. Comme si cette femme devenue lointaine nétait pas la sienne, comme si Daniel nétait pas son ami. Comme sil avait surpris un couple damou-reux inconnus, désarmants. La vision de Vincent est redevenue normale. Son regard sat-tarde sur les dormeurs, puis son corps retombe lentement sur le siège et il ferme les paupières. Limage est gravée : la courbe de la main détendue entourant le pull jaune, la lumière hésitante sur les deux visages, les vitres embuées qui les isolent du reste du monde. La vie, quoi. Son évidence et son mystère. Où ran-gera-t-il dans sa mémoire ce qui nest pas encore un souvenir ? Il nest pas pressé den décider. Pourtant, se dit-il, objectivement, mon vieux, la situation est claire : tu es gelé, tu crèves de faim et tu es cocu ! Un début de fou rire le prend, quil a du mal à refréner. Dans les situa-tions quil ne maîtrise pas, il a souvent recours à lautodérision, mais ce matin cest autre chose. Ce que révèle le geste de Louise ne lui cause ni colère, ni aigreur et il sétonne lui-même de cons-tater que linfidélité possible de sa femme nest pas un déchirement pour lui. Il ne se sent pourtant pas la vocation dun mari complaisant. Voir sa femme se tourner vers un autre homme et lui donner un signe tangible de tendresse lamène évidemment à se poser mille questions. Mais il ne parvient pas à prendre tout cela au tragique. Doù le fou rire sans doute.
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