Innocent breuvage

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Valence, août 1536. Tandis que la guerre fait rage entre François Ier et Charles-Quint, le jeune dauphin François, celui-là même qui avait été fait prisonnier par l’empereur  quelques années auparavant, meurt brutalement. Epidémie ? Empoisonnement ? Trahison de Charles-Quint ? Les rumeurs vont bon train. Lorsque son échanson se voit accusé d’avoir versé de l’arsenic dans l’eau du Dauphin, Quentin est obligé de défendre l’honneur de son ami. Mais qui pourrait convaincre le roi que son fils est bien mort de mort naturelle ? Il faudrait pour cela un médecin de génie, un esprit libre, un pourfendeur de l’injustice, un… Rabelais, bien entendu.  Pour ce bon vivant, rien de pire que la tactique de la terre brûlée que pratiquent les soldats du roi. Or, comment réfléchir si l’on a l’estomac creux ? Mais l’époque n’est guère tendre avec les empoisonneurs, et le temps presse si Quentin ne veut pas voir son ami écartelé en place publique…
 
Publié le : mercredi 28 octobre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782709649452
Nombre de pages : 270
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DU MÊME AUTEUR

La Saga des Savoisy

Meurtres à la pomme d’or, Livre de Poche, 2008.

Souper mortel aux étuves, Livre de Poche, 2009.

Natures mortes au Vatican, Livre de Poche, 2009.

Meurtre au potager du Roy, Livre de Poche, 2010.

Les Soupers assassins du Régent, Livre de Poche, 2010.

Meurtre au café de l’Arbre Sec, Lattès, 2010, Livre de Poche, 2012.

Meurtre au Ritz, Livre de Poche, 2013.

L’Assassin de la Nationale 7, Livre de Poche, 2014.

Les Aventures de Quentin du Mesnil,
maître d’hôtel à la cour de François Ier

Le Sang de l’hermine, Lattès, 2011.

De sang et d’or, Lattès, 2012.

Le Prisonnier de l’Alcázar, Lattès, 2014.

www.editions-jclattes.fr
www.michelebarriere.fr

Mise en page : Atelier Didier Thimonier
Couverture : Peinture de D. Vélasquez © Aisa / Leemage

ISBN : 978-2-7096-4945-2

© Éditions Jean-Claude Lattès, 2015.
Première édition novembre 2015.

Pour Alice, Hadrien
et la rue Cauchois

1

Taraudé par l’inquiétude, le roi n’avait guère dormi. Quentin du Mesnil, qu’il avait fait appeler, le trouva pâle, les traits tirés, la barbe en bataille et le regard lointain.

— Rien de nouveau ? demanda Quentin.

Rien de nouveau. Le Dauphin était entre la vie et la mort, et tous retenaient leur souffle dans l’attente des nouvelles en provenance du château de Tournon où, deux jours auparavant, le jeune homme en proie à de terribles douleurs au côté droit avait dû s’arrêter.

François s’approcha de la fenêtre et l’ouvrit en grand. Une vague de chaleur pénétra dans la chambre. Ce 10 août 1536 serait encore une de ces journées caniculaires dont le midi de la France avait le secret. La Grand-Rue de Valence était déserte.

La guerre avec Charles Quint, son arrivée à Aix, ses troupes en marche pour conquérir la Provence, tout semblait oublié. À la cathédrale Saint-Apollinaire, les chanoines ne priaient plus pour sa victoire mais pour que son fils aîné recouvre la santé.

— Fais-moi monter du bouillon, un peu de fromage et du vin clairet, dit François.

— Tout est prêt, sire ! Mes vingt années de service auprès de vous en tant que maître d’hôtel n’ont pas été complètement inutiles, tenta de plaisanter Quentin.

Il fit entrer les deux domestiques qui attendaient derrière la porte. Ils disposèrent sur la table un pot fumant de potage aux perdrix rouges, six fromages de chèvre petits et ronds, selon la coutume de la région, une miche de pain et un pichet de vin du Rhône. François coupa une tranche épaisse, choisit un des petits fromages et reposa le tout.

— S’il arrive malheur à mon fils, jamais je ne me pardonnerai ce que je lui ai infligé, marmonna-t-il. Je le ferai payer à ce maudit Charles.

Le dauphin François était le fils préféré, l’enfant chéri, doté de la jovialité et du charme de son père, alors qu’Henri, son cadet d’un an, plus froid et renfermé, entretenait avec le roi des rapports difficiles. L’un et l’autre avaient été privés d’enfance par sa faute : en échange de sa libération des geôles espagnoles, il les avait remis à l’empereur Charles Quint. Les deux petits otages de huit et sept ans étaient restés enfermés quatre longues années1 dans une sordide forteresse de Castille. C’était là une des plus grandes douleurs que François ait eu à subir, Quentin pouvait en témoigner.

Quentin servit un verre de vin que le roi but d’un trait.

On frappa à la porte. Quentin alla ouvrir. Les cardinaux de Lorraine et de Tournon se tenaient devant lui. Le roi leur fit signe d’approcher et leur demanda d’une voix qu’il voulait assurée :

— Comment se porte le Dauphin ?

Devant leurs mines ravagées par le chagrin, il s’écria :

— Mon fils est mort !

Quentin vit ses traits se défaire, sa bouche se tordre et des larmes rouler sur ses joues. Il s’approcha de cet homme, son ami de toujours, et voulut le prendre dans ses bras. En gémissant, François le repoussa et tomba à genoux. Les cardinaux pleuraient à chaudes larmes. Quentin ferma la fenêtre et tira les lourds rideaux, afin de masquer le soleil dont les rayons faisaient injure à leur immense chagrin. Le bourdon de la cathédrale tinta, puis la cloche de l’hôpital, puis celles des couvents des Cordeliers et des Capucins. Le glas sonnait pour un jeune homme de dix-huit ans, mort si brutalement qu’on n’y pouvait voir que la signature du diable.

 

1. De 1526 à 1530.

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