Inondation

De
Publié par

Le village de Roche-sur-Brouille est "le monde" en tout petit, lui aussi peuplé d’anges et de démons. Son village: sa rivière, sa grand-place, son église, ses commerces, son garage. Ses habitants: ceux du "bas" et ceux du "haut" qui ne se mélangent pas - et Bastien qui vient de mourir dans l’indifférence du moment. Ses femmes: Irène, patronne de bistrot, dont le décolleté vertigineux n’a d’égal que la profondeur de sa bonté, jalousée par Séréna, dévote, bénévole, emmerdeuse de première mais passionnée. Et toutes les autres: Carine, Lucette, Yvonne … suiveuses, pathétiques, décidées. Ses hommes: Emile - amant de la tenancière, André - le pharmacien, Alain des Pompes Funèbres Lesage et les autres: les serviables, les rustres, les naïfs, les intéressés. Son curé: Arnold de la paroisse de Saint Ambroise. Don Quichotte dans l’âme. Amoureux de son prochain. Il nous entraîne dans la quête d’un lieu: trouver un abri pour son église et continuer à officier malgré l’inondation. Il n’aura de cesse de remuer ciel et terre pour atteindre son objectif. Mais, sacerdoce vital et action indispensable ne constitueraient-ils pas aussi une échappatoire pour notre homme? Ne camouflent-ils pas une fuite devant cette nostalgie sournoise qui le déstabilise depuis peu? Enfin, il y a la pluie et l’inondation, les grands fauteurs de troubles. Personnages (si on peut dire!) principaux de l’aventure, déclencheurs de remue-ménage géophysiques dans la commune et de bouleversements dans la vie ordonnée des Roche-Brouillons. Son objectif atteint, Arnold se rendra compte que sa mission est loin d’être terminée.
Publié le : dimanche 14 octobre 2012
Lecture(s) : 16
Tags :
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748365047
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748365047
Nombre de pages : 168
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Du même auteur
Toi et moi, ça fait nous, théâtre, 2005 Tant(e) aimé(e), 2008 En avant toute !, théâtre, 2008
Marie Meuse
INONDATION
 
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur :
http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits dauteur. Son impression sur papier est strictement réservée à lacquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits dauteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS  France
IDDN.FR.010.0116285.000.R.P.2011.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2011
1 Le pays était couvert de nuages. On était au début de lété. Les juilletistes lattendaient lété, obstinément mais il faut lavouer, sans rien voir venir. Déjà, les aoûtiens jubilaient, ils se disaient que si juillet était pourri, eux, ils auraient plus de chance car la belle saison allait enfin se déchaîner et le début du mois daoût jetterait les nuages et leurs fracas dondées aux orties pour un bon bout de temps. À Mons, ça avait mal commencé. On avait fêté le Doudou sous des rafales de vent et de pluies glacées et le Car dOr naurait pas réussi à escalader la rampe Sainte-Waudru si les Montois navaient été des milliers à pousser dun même élan afin quil gravisse la pente. Cette année encore, le malheur ne sabattrait pas sur la ville. Plus tard, à Bruxelles, cest sous une averse persistante quon installa la plage car, contrairement à partout ailleurs, là, la plage ne sétait pas constituée naturellement. On dépouillait la Mer du Nord de quelques tonnes de sable au profit des citadins qui ne partaient pas en vacances. Une fois déversé, ce sable accueillait les autochtones qui dépliaient dans une insouciance juvénile, transats, serviettes de bain, lunettes solaires. Armés de crème solaire, indice 50, ils pouvaient bronzer tranquilles le long du canal pollué aux quais bariolés de couleurs exotiques de la capi-tale, à condition que le soleil se montrât.
7
INONDATION
Dans le nord du pays, on peaufinait pendant les accalmies, entre deux ondées : « Bij Mieke » (chez Mieke)  location de cabines de plage  à lannée, au mois, à la semaine, au jour  on repeignait les cabines dun blanc de Corfou à qui il manquait le bleu méditerranéen et « Chez Rémy » on rénovait les parasols ; vert et blanc apportaient un air de fraîcheur mentholée. Les terrasses, elles, étaient prêtes depuis le mois davril. Du point le plus élevé du village, à environ trois cents mètres daltitude, Arnold Smits observait la Grand-Place et ses envi-rons. Ce quil voyait le désolait. La pluie inondait le vallon, baignait les pieds de son église et immergeait les premières mar-ches du perron. Il fut obligé de verrouiller les portes de lédifice et de les calfeutrer avec les sacs de sable que la commune distri-buait aux habitants du bas. Ceux den haut navaient rien à craindre, les eaux dégringolaient inexorablement dans la vallée et dans la vallée, au milieu des prés et des champs, nichait une dizaine de maisons anciennes. Ce nétait pas la première fois quon assistait à ce phéno-mène. Au printemps dernier (si on peut encore parler de printemps !), les pompiers furent appelés au moins quinze fois pour vider les caves et les rez-de-chaussée envahis par les eaux de la Brouille. Chaque fois, on interpellait les autorités commu-nales. On désignait alors les fauteurs de troubles. En vrac, cétaient les berges cimentées de la Brouille qui empêchaient leau de pénétrer dans le sol et le sous-sol, les villas nouvelle-ment construites sur les hauteurs, lasphaltage sauvage des parkings de plus en plus nombreux, le manque de bassins dorage, et enfin les dérèglements climatiques. Certains expri-mèrent lidée dinviter Nicolas Hulot qui apporterait un halo de lumière sur la situation grave mais pas encore dramatique.
8
INONDATION
En attendant des jours plus secs, les habitants du bas com-mençaient à shabituer à leur nouveau mode de vie. Roche-sur-Brouille avait des airs de Venise avec son bac et ses barques à défaut des gondoles et des vaporetto. Les embarcations affré-tées par la commune permettaient de se rendre de lautre côté de la place à pied sec. Les conduites deau nétaient pas coupées. Les canalisations ne subirent aucun dommage. De son poste dobservation, Arnold Smits comparait léglise à une grosse poule et les maisons autour, à ses poussins. Elle devait couver quelque chose, la grosse poule, car elle ne prêtait pas la moindre attention à ses poussins qui pataugeaient les pattes et le ventre dans leau. Ils avaient beau se serrer et se res-serrer autour delle, ils ne parvenaient pas à lui voler une once dattendrissement. Le père Arnold ne pouvait plus se contenter de regarder la situation de loin. Il se mit à triturer dans sa poche gauche, le coin dun mouchoir quil roulait entre lindex et le pouce  cétait sa façon de diminuer un peu la nervosité qui simmisçait en lui depuis que son église souffrait. Quand il navait pas de mouchoir, cétait la doublure de sa poche qui subissait le même sort ; il la roulait et la tournait. Deux semaines que son église était fermée. Deux semaines que les pluies lempêchaient de travailler. Prêcher, écouter, baptiser, marier (de moins en moins), enterrer (de plus en plus, le village vieillissait tout en grossissant dannée en année), sermonner, enseigner, aider les plus démunis, tout cela lui manquait. Même si, dans les moments dintenses crispa-tions où il devait être partout à la fois  lÉglise manquait deffectifs  il rêvait du désert et de son silence captivant.
9
INONDATION
Arnold pensa au vieux Bastien qui était mort, vendredi der-nier. Bastien Ledoyen, défenseur acharné du patriotisme belge. La guerre, le vieux Bastien connaissait ; il avait « fait » les der-nières, deux guerres en une vie ! Bastien ne saigrit pas pour autant. Il continua à entretenir et à réparer les routes de son village. Il dégageait les fossés, fignolait les berges de la Brouille, un sourire aux lèvres. À Roche-sur-Brouille, on prenait toujours en compte les conseils judicieux du cantonnier quand il fallait modifier les plans dinfrastructure des sites quil connaissait par coeur. Le vieux abominait tout ce qui touchait à la religion, mé-créant, il ruminait pour lui et pour qui voulait lentendre :Les bondieuseries cest affaire de curés et de nonnes, pas pour les honnêtes gens. Alerté par létat du vieux Bastien, Arnold Smits chaussa les cuissardes de caoutchouc prêtées par Cardan, le garagiste, qui les avait ramenées du Canada. Arnold avait mis du temps avant datteindre la maison de Bastien. Il barbota avec difficulté (leau dépassait les genoux de lhomme, haut dun mètre septante-neuf), il faillit tomber plus dune fois emporté par lélan sportif quil mettait pour vaincre les flots. Il avait fini par changer de technique avec lespoir daller plus vite. Enjambant les paquets deau, il fut rapidement déséquilibré. Il avança alors à petits pas mais ses pieds tricotè-rent et il chuta. Il arriva trop tard. À défaut de bénir une âme et un corps, le père Arnold avait oint du bois, celui du cercueil quil vit passer par la fenêtre du premier étage. Quatre hommes avaient hissé puis déposé la grande boîte dans une barque que les Pompes Funèbres Lesage avaient louée à « Aquadise », centre nautique
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

L'ange tourmenté

de guy-saint-jean-editeur

Sacrée Marie !

de editions-du-mercure-de-france

suivant