Installation à Rushville

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En 1868, Cole Creeley et sa femme avaient engagé cinq jeunes gens au Texas pour convoyer des troupeaux jusqu’à Ruhsville : Stephen, Hector, Peter, Sean et Pol, qui se révéla être Pauline. Le couple décide alors de garder ces cinq jeunes gens pour travailler dans leur nouveau ranch à Ruhsville. C’est dans cette nouvelle ville que tout va commencer ! Non loin du ranch vivent deux tribus indiennes, peu appréciées et un shérif véreux, Mac Ferson, qui ne va pas hésiter à utiliser la violence pour semer la terreur à Ruhsville dans le but de s’emparer du nouveau ranch des Creeley. Pris dans d'inextricables tensions, chacun des protagonistes devra faire un choix de vie crucial.
Pauline, assoiffée de liberté, reste le personnage principal tout au long de cette aventure. En effet, c'est à travers elle et sa double identité, que nous découvrons un Ouest encore sauvage.


Publié le : mardi 25 mars 2014
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EAN13 : 9782332648631
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ISBN numérique : 978-2-332-64861-7

 

© Edilivre, 2014

Du même auteur

Du même auteur :

• La Grande Transhumance. D’Abilene à Rushville, Éditions Amalthée, 2006.

Dédicace

 

 

Pour Laurent et Merlin.

 

 

Au printemps 1868, le Traité de Fort Laramie reconnaissait la souveraineté d’un territoire indien entre la rivière Powder, la rivière du Yellowstone, les Black Hills et sur la vallée de la Platte (au nord du Nebraska, près de Rushville) et les Bighorn. C’était un territoire amérindien « non cédé », c’est-à-dire interdit aux Blancs. L’armée accepta de détruire quelques forts, mais les Amérindiens ignoraient que le traité autorisait la construction de lignes de chemin de fer, de pistes et la réalisation de travaux d’utilité publique.

 

 

On trouvera à la fin du volume (p. 405) un glossaire qui procure l’explication de certains termes concernant les civilisations américaine et amérindienne, ainsi que quelques notes renseignant sur des faits historiques.

Prologue

Juillet 1868, Rushville, territoire du Nebraska

Cole Creeley et sa femme, Esther, avaient engagé à Abilène, au Texas, cinq jeunes hommes : Stephen, Hector, Peter, Sean et Pol qui plus tard se révéla être une femme, Pauline.

Tous ensemble, ils avaient convoyé un troupeau bovin jusqu’à Lamar ; puis un autre, des mustangs, jusqu’à Rushville. Ils avaient traversé de multiples épreuves. En arrivant à Rushville, ils auraient dû logiquement se séparer. Mais ni Esther, ni Cole n’avaient pu se résoudre à laisser partir les jeunes. De plus, ces derniers ne voulaient point se séparer. Cole et Esther les engagèrent donc afin de les aider à monter leur ranch. À part eux, personne ne savait que Pol était Pauline et elle continuait à se dissimuler derrière des lunettes et des habits de garçon trop grands pour elle.

C’est ainsi que le ranch des Creeley avait vu le jour sous le sigle CC.

Tout ceci a été conté dans le premier tome de cette trilogie, La Grande Transhumance.

Ce samedi, au matin, Esther comme à son habitude sonna le triangle. Il était environ 6 h 30, les rayons du soleil se montraient tout doucement, chassant les dernières lueurs d’une lune opaline. Les nuages roses de l’aube cédaient peu à peu la place à une lumière éclatante, l’annonce d’une journée étouffante. Esther, en détachant son regard du paysage, vit arriver ses « garçons ».

Tout d’abord Peter – Loup Avisé – accompagné d’Hector. Autant Peter ressemblait à son peuple, les Cheyennes, autant Hector était pâle. Ils s’étaient connus il y a fort longtemps et étaient frères de sang. Peter portait les cheveux longs avec une plume d’aigle nouée à une fine natte. Il se cherchait, mariant les deux cultures dans ses vêtements, car il avait été élevé jusqu’à ses dix ans par une famille de colons.

Hector, lui, venait du Sud. Il était toujours habillé avec une extrême élégance et, chose curieuse pour un cow-boy, il dévorait les livres, ce qui exaspérait Stephen.

Stephen était le cow-boy par excellence : il avait eu du mal à faire confiance. Toujours vêtu de noir, ou presque, il avait grandi trop vite.

Puis Esther vit arriver Pol – Pauline – taquinée par Sean. Pauline venait également du Sud. Quant à Sean il était orphelin et avait grandi à Boston, dans un orphelinat.

Pauline s’était enfuie de chez ses parents. Elle ne rêvait que d’espace et elle voulait vivre avec sa jument, Salty, au contact d’autres chevaux et c’est logiquement que Cole l’avait nommée « pinter » de l’équipe. Sa vie avait été bouleversée depuis que Sean avait découvert le secret de son identité ; par la suite, il lui avait ouvert son cœur. Il semblait à Esther que Pauline n’y était pas indifférente. Sean, lui, restait perplexe. Il ne savait jamais comment la prendre et il était souvent un sujet de moquerie des autres.

Esther les regarda s’installer, bruyamment. Cole et elle approchaient la cinquantaine, mais elle ne regrettait absolument pas d’avoir monté leur ranch, heureuse de pouvoir offrir un semblant de sécurité à ces jeunes.

– Bonjour à tous, leur lança-t-elle. Hector voudrais-tu poser ton couteau hors de la table ? Je t’assure que les miens coupent suffisamment, merci.

– Ah, oui. Pauline, tu veux bien le déposer derrière toi ?

– Oui, passe-le-moi.

– Ouf ! Quelle chaleur ! soupira Stephen en s’affalant sur un banc.

En effet, depuis trois semaines, l’été se faisait de plus en plus oppressant, asséchant les points d’eau. Les ranchers de la région craignaient une longue sécheresse, et tous, sans exception, regardaient avec anxiété le niveau de leurs points d’eau. Cole semblait soucieux, bien que son ranch fût le moins touché : il possédait trois grands points d’eau.

Ce dernier vint les rejoindre. D’habitude pendant le petit déjeuner, il exposait le travail de la journée, donnant des directives. Mais aujourd’hui il n’était question que de l’eau.

– Heureusement que vous avez trois points d’eau, dit Stephen.

– Mais le problème est que nous en avons juste assez pour nos bêtes, dit Esther en s’asseyant.

– Pourquoi c’est un problème ? demanda Sean.

– Et quand il n’y aura plus d’eau dans la région, as-tu pensé à ce qui va se passer ?

– Et en plus, enchaîna Hector, les rivières seront bientôt à sec.

– Oui et des personnes risquent d’envahir nos terres, avec leur troupeau, lui répondit Cole. J’espère que l’on n’aura pas à se défendre, je n’aime pas ça mais il faudra surveiller les points d’eau.

– Tu veux dire en étant armés ?

– Il le faut ma chérie, mais j’espère ne pas en arriver là, on a encore un peu de temps devant nous. Alors les gars… Et mademoiselle, il va falloir que je m’y habitue !

– Vous verrez, Cole, on s’y fait, lui lâcha Stephen.

– Trêve de plaisanteries : ce matin vous devez ferrer vos chevaux. Au fait, Pauline, je t’ai entendue parer Salty, ce matin. Tu penses vraiment la laisser sans fer ?

– Oui, je voudrais essayer. Chez nous, peu de chevaux étaient ferrés. Cela va me demander plusieurs parages, mais je le ferai sur mon temps libre.

– Ça je n’en doute pas… Elle va être encore plus rapide…

– Peut-être, et je voulais aider Sean avec Pochard, il est difficile.

– Tu parles de Pochard ou de Sean ? questionna narquois Stephen.

– Tu vas le laisser se débrouiller seul, le coupa Cole. Il faut que je te présente Bad Boy.

– Bad Boy ?

– C’est notre étalon, il veille sur notre troupeau de mustangs, ils doivent être en haut ou dans la vallée, celle que l’on appelle la coulée verte. Ensuite, cet après midi vous viendrez en ville avec moi, je veux que le shérif vous connaisse. Depuis que vous êtes arrivés, avec tout ce qu’il y avait à faire, vous n’êtes pas sortis.

– Oh oui, dit Stephen. Les troupeaux à marquer, votre ranch à reconstruire, mener les troupeaux aux pâturages et…

– Ça va Stephen, dit Hector.

– Je disais donc qu’il va falloir aller en ville. De toute façon, je dois prendre des commandes et…

– Cole, il faudra que tu me fasses des courses au General Store.

– Ne pourrais-tu pas y aller ?

– Non, j’ai trop de chose à faire ici.

– Tu sais que j’ai horreur de ce genre de boutique où il… enfin… tu sais…

– Tu veux dire : là où il n’y a que des femmes ?

– Oui.

– Il y a Arthur Dowell, tu l’apprécies, non ?

– Le samedi, il n’est jamais là ! D’ailleurs, je le soupçonne de fuir la ville ce jour-là. J’ai horreur de faire tes courses, tu n’es jamais contente.

– Tu prends n’importe quoi. Y a-t-il un volontaire ?

Silence.

– Je les ferai, Esther.

– Merci Pauline. Mais les caisses seront lourdes à charger dans la carriole !

– Les autres m’aideront, n’est-ce pas Sean ?

– Euh… je…

– N’est-ce pas ?

– Oui, oui.

– À cet après midi, dit Cole.

– Je te donnerai une liste, Pauline.

– Ok.

Tous finirent leur petit déjeuner et sortirent dans une chaleur déjà étouffante. Sean se résigna à se battre de nouveau contre Pochard, qui avait horreur qu’on le ferre ! Pendant ce temps, au rythme de leurs montures, Pauline et Cole s’élevaient dans les collines Une petite heure plus tard, alors qu’ils se trouvaient sur le haut d’une vallée, Cole pointa son doigt vers un magnifique étalon couleur feu, il ajouta :

– Tiens, regarde, là : voici Bad Boy et son troupeau est en bas.

– Vous avez quelques jeunes poulains et plusieurs à naître si j’en juge par les ventres arrondis.

– Tu as raison, voilà une bonne nouvelle. Espérons que le troupeau ne souffrira pas trop du manque d’eau.

– Ont-ils de quoi s’abreuver par ici ?

– Il y a un petit torrent un peu plus haut, je pense que c’est pour ça qu’ils restent dans les parages. Il faudra néanmoins surveiller ce torrent… Au pire, on les ramènera vers un de nos points d’eau.

– J’espère que ce ne sera pas le cas, ce sont surtout les jeunes qui risquent de souffrir.

– As-tu déjà connu une sécheresse ?

– Oui, il y a quelques années, chez moi. Ce fut terrible, le ranch a perdu une trentaine de bêtes, les plus faibles, les jeunes. Mon père s’en est remis, mais pas tous nos amis, beaucoup sont repartis de rien : la loi de la Nature…

– Au fait, il faut que tu saches que Bad Boy a un fils, blanc, qui traîne dans les parages, il a presque trois ans et j’ai peur qu’il ne crée des problèmes. Si vous le voyez, faites attention, Mike Smith a déjà essayé trois fois de le capturer, sans succès.

– Je le dirai aux autres. Que voulez-vous qu’on fasse à son sujet ?

– J’aimerais bien le récupérer, car Bad Boy ne le supporte pas, et je ne veux pas de casse.

– D’accord. Cole, quelle est la jument dominatrice ?

– La petite noire, là-bas… À présent, on va redescendre, Sean doit avoir fini !

– J’en doute. Je me demande lequel des deux est le plus têtu : Sean ou Pochard !

– À toi de me le dire !

– Oh Cole, vous n’allez pas vous y mettre également, c’est déjà assez pénible avec les autres, lâcha Pauline en faisant tourner bride à Salty.

Cole la suivit en riant.

Chapitre 1
Rushville

Pauline venait de finir d’atteler Diablo à la carriole quand Cole arriva :

– Tu ne crois pas que Diablo est trop jeune pour aller en ville ?

– Il faudra bien l’habituer. Je veux qu’il soit parfait pour Esther. C’est une occasion à saisir.

– Oui… Tiens la voilà.

– Ah Pauline, voici la liste…

– Eh bien, il y en a !

– Sois prudente avec Diablo. Il mérite son nom, c’est un vrai diablotin. Mais il est tellement beau !

– C’est un étalon Esther, il a son caractère. Il est jeune donc fougueux. Je sais qu’il vous plaît beaucoup, ainsi vous pourrez bientôt l’atteler ou le monter.

– Tu es gentille, ah voilà les autres. Mais Sean est à pied, je crois que tu vas avoir un passager. Eh bien Sean ?

En effet Sean monta dans la carriole. Pauline lui demanda :

– Mais où est Pochard ?

– Il voulait se reposer.

– Ah oui ?

– Enfin non… Je voulais être près de toi.

– Comme c’est mignon, dit Stephen.

– Allez en route, dit Cole coupant court à toute discussion.

– Gipp ! lança Pauline à Diablo.

Ce dernier bondit en avant, Sean fut projeté contre Pauline. Stephen lui lança :

– Eh Sean n’en profite pas !

– Je suis sûr qu’il a filé une carotte à Diablo, renchérit Peter.

– Très drôle !

Ils sortirent du ranch des Creeley. La plaine du Nebraska habituellement verte tirait de plus en plus vers le jaune, le soleil dardait ses rayons toujours et encore sur tout ce qui semblait vouloir lui résister.

Les jeunes gens, avec Cole, plaisantaient. Ils entouraient la carriole de Pauline et de Sean, alors que ceux-ci ne disaient rien. Pauline surveillait Diablo qui regardait un peu partout. Elle avait refusé de lui mettre des œillères, afin qu’il puisse découvrir que le monde extérieur n’était pas si effrayant que ça.

Après une heure de route, la ville fut en vue. Elle semblait calme. Mais en arrivant, ils découvrirent que malgré la chaleur une intense activité y régnait : on était samedi, jour des courses. Cole dirigea sa troupe vers le bureau du shérif. Mais avant de descendre de cheval, il leur dit :

– Rappelez-vous que ce shérif module la loi à son gré. Ne le provoquez donc pas et, surtout, ne répondez jamais à ses provocations.

– Comment c’est son nom déjà ? demanda Stephen.

– John Mac Ferson. Allons-y… Bonjour shérif !

– Tiens regardez qui voilà ? Cole Creeley en personne ! Entrez, entrez donc. On m’a dit que vous aviez repris votre ranch. Vous devriez le vendre à mon père : vous êtes trop vieux vous et votre femme, et on vous en offre toujours un bon prix.

– Un prix ridicule, devrais-tu dire ! Mais je ne suis pas là pour discuter de cela. Je veux te présenter mes aides, à toi et à tes…

– Adjoints !

– Si tu le dis… Voici Stephen, Hector, Peter…

– Un Indien ? Vous m’étonnez, on sait que ce sont des voleurs.

– Mon père était un guerrier et comme lui, je suis ma route. Nous n’avons jamais rien volé, contrairement à vous qui…

– Suffit ! dit Cole. Et voici Sean et Pol tu les connais. Alors ne leur crée pas de problèmes.

– Du moment qu’ils respectent la loi.

– Justement ta loi n’est pas toujours la Loi.

– Que voulez vous dire ?

– Tu m’as très bien compris, venez les gars !

– Un moment, vous autres.

Le shérif se leva et vint devant les cinq.

– Vous savez, le ranch des Creeley peut avoir des problèmes, vous devriez réfléchir. Tenez par exemple j’ai besoin d’adjoints, cela vous tente ? C’est bien payé. Bien plus que Creeley ne pourra vous offrir : 20 $ la semaine.

– Ouais, c’est pas mal, dit Stephen.

Le shérif grimaça :

– Ah juste une chose je ne prends pas les Peaux-Rouges !

Peter avança d’un pas :

– En effet c’est plus que Cole pourra nous offrir, mais cela ne nous intéresse pas. Et moi je ne travaille que pour des wasichus honnêtes.

– Espèce de sale…

– Et même pour le double cela ne nous intéresse pas ! lança Stephen en sortant.

Les autres le suivirent. Cole fermait la marche avec Pauline. Une fois dehors, elle dit :

– Vous n’êtes guère prudents tous les deux. Vous n’avez fait que le provoquer.

– Tu ne peux pas comprendre Pol : c’est politique, dit Cole. Et tu es une… euh…

– Oui ? Je suis… ah une femme ? J’oubliais que les femmes ne comprennent rien ! Puisque vous recommencez à raconter des bêtises, je préfère aller faire les courses d’Esther. Et n’étant qu’une faible femme je ne pourrai porter, seule, les caisses. J’aurais besoin de vous dans une vingtaine de minutes devant le magasin. Salut !

– Pol, attends ! dit Cole. Quelle tête de mule.

– Elle devient très susceptible, remarqua Stephen.

– Vous l’avez vexée, ajouta Hector.

– Elle devient de plus en plus dure à prendre. Ah les femmes !

– Je sens que cela risque d’être très dur, dit Sean. Elle a un de ces caractères.

– Mon pauvre vieux, lui dit Cole. Allez, allons boire un verre, c’est ma tournée.

Sean la regarda monter dans la carriole et aller jusqu’au magasin. Il ne pouvait s’empêcher de l’admirer. Ce fut Hector qui le tira de sa rêverie.

– Eh Sean, tu viens ?

– Oui, oui.

Entre temps Pauline arriva devant le General Store. En attachant Diablo, une voix la fit se retourner : un Indien.

– Vous avez un bien beau mustang, mademoiselle !

– Mademoiselle ? Vous vous trompez : je ne suis pas une fille !

– … Oh c’est donc un secret ?

– Co… comment le savez-vous ?

– Vous êtes bien jolie.

– Merci, comment vous appelez-vous ?

– Mon nom n’a aucune importance. J’aimerais rester près de lui un moment, si vous le permettez ?

Pauline le voyant caresser Diablo, lui répondit :

– Il est jeune, mais il a l’air de vous apprécier, et la rue est à tout le monde.

– Ce n’est pas ce que pensent les gens.

– Eh bien, je suis responsable de cette carriole, alors l’opinion des autres je m’en fiche. Vous avez l’air fatigué : montez dedans et reposez-vous.

– Merci, euh…

– Pol… Pauline, lui chuchota-t-elle.

L’indien, après avoir murmuré quelque chose à l’oreille de Diablo, se hissa dans la carriole, rabattit son chapeau et ferma les yeux. Hochant la tête, Pauline pénétra dans le magasin : il était immense. On y trouvait tout : du savon aux clous en passant par les pièges à loups, des vêtements à foison et, bien évidemment, de l’alimentation. Une demoiselle d’environ 17 ans s’avança :

– Bonjour, que puis-je pour vous ?

– Bonjour mon nom est Pol, je travaille pour les Creeley. Je souhaiterais tout ce qui figure sur cette liste.

– Ils remontent un ranch, je crois ?

– C’est exact.

– Comment payez-vous ?

– En fait, Esther Creeley voudrait un crédit jusqu’aux ventes.

– Ah ! Écoutez, je ne peux pas vous l’accorder.

– Qu’ai-je entendu ? dit une voix caverneuse.

Un homme imposant sortit de la remise. Il portait un tablier blanc sur un pantalon noir et son visage était orné d’une superbe paire de moustaches très fournies et immaculées.

– Je suis Arthur Dowell. Alors ce vieux renard de Cole reprend ce ranch. J’étais sûr qu’il ne pourrait pas l’abandonner à ce chacal de Mac Ferson.

– Papa !

– Eh bien, c’est la vérité, non ? Il est temps que quelqu’un lui tienne tête, et ce quelqu’un pourrait bien être Cole. Et vous êtes ?

– Pol, je suis un de ses aides.

– J’ai entendu parler de vous. On dit que vous êtes tous très jeunes.

– Il faut toujours se méfier de ce que l’on entend.

– Très jeune mais avec de la répartie ! Je vois que Cole sait toujours bien s’entourer. Je vous laisse dans les mains de ma fille, Émilie. Elle se charge de vous, n’est ce pas ?

– Oui papa, mais je lui disais justement qu’on ne peut pas leur faire crédit.

– Quoi ? dit son père. Mais si et pour lui ce sera un crédit avantageux, mais je rajouterai ce qu’il me doit.

– Vous pourrez le lui dire tout à l’heure. Il viendra chercher les caisses avec les autres.

– Mais papa, tu sais ce qu’a dit le shérif.

– Je m’en moque ! Laisse Émilie, je vais plutôt m’occuper moi-même de cette commande.

– Qu’a dit le shérif ? questionna Pauline.

– Rien d’important. Vous savez les femmes ont toujours tendance à exagérer !

– Si vous le dites.

– Alors voyons… oui… oui… oui… Je crois que j’ai tout. Venez on va préparer ça.

– Je vous suis.

Quelques minutes plus tard, Arthur Dowell avait rempli six caisses. Il venait de mettre les sacs de farine quand le shérif entra, accompagné de quatre hommes :

– Alors on désobéit à mes ordres ! Tu sais que je ne veux pas que tu serves les Creeley, Dowell !

– Et pourquoi pas ? lança Pauline.

– Tiens après l’indien, c’est l’avorton. C’est imprudent de se promener seul. Tu pourrais le regretter.

– Je n’ai que faire de vos menaces !

– Ah oui ? Harry, Mac tenez-le. On va lui adresser une leçon de politesse, ricana le shérif.

Harry et Mac saisirent Pauline chacun par un bras et l’immobilisèrent. Elle se débattit, donna un coup de pied dans l’estomac du shérif qui tomba à la renverse. Il se releva, furieux et il lui asséna un coup-de-poing dans l’estomac ; Pauline se plia en deux. Le shérif rit de plus belle et s’approchant de Pauline, il allait continuer, quand Arthur Dowell s’interposa :

– Pas de ça John !

C’est alors qu’un des adjoints du shérif lui asséna un coup de crosse par-derrière. Arthur Dowell s’effondra contre le mur. Pauline écumait de rage et tentait de se dégager, mais elle ne faisait pas le poids. Les deux adjoints resserrèrent leurs prises. Elle vit Émilie se précipiter vers son père :

– Espèce de brute ! cria-t-elle.

Le shérif lui jeta un sale regard, et il s’apprêtait à frapper de nouveau Pauline :

– T’inquiète pas je m’occuperai de toi après, mais avant je dois envoyer un message aux Creeley.

– Pourquoi tu ne me le donnes pas directement ? lui dit Cole qui venait d’entrer.

Le shérif voulut dégainer mais les quatre gars de Creeley déboulaient, armes aux poings :

– Lâche ce garçon ! dit Cole. MAINTENANT, et emmène tes sbires.

– Vous n’avez pas le droit, je suis le shérif !

– Tu n’as toujours été qu’un sale gamin trop gâté, John !

– Dites donc, Cole, à un sale gamin on file une trempe de temps en temps, et cela me tenterait bien, déclara Stephen.

– Non Stephen, cela se retournerait contre nous, et toi John ne pense même pas à dégainer. Je croyais m’être fait comprendre : dehors !

Les deux adjoints sortirent, et le shérif fit mine de les suivre. Cole haussa les épaules et rengaina son arme, les autres firent de même.

– … Ça va Pol, rien de cassé ?

– Non, quelle brute, il n’y est pas allé de main morte ! haleta-t-elle en s’asseyant sur un sac.

Sean se dirigea alors vers Pol et s’accroupissant vers elle, lui demanda :

– Tu es sûre que tu n’as rien ?

– Sean, ce n’est pas la première fois… et arrête de me regarder comme ça !

Peter se pencha vers le père d’Émilie, il s’apprêtait à l’examiner mais à ce moment le shérif, se retournant, dégaina, visant Peter. Le shérif se tenait devant Émilie, elle comprit en un instant et, attrapant le premier objet qui lui tombait sous la main – une poêle en l’occurrence –, elle lui en asséna un coup. Un “bong” retentissant fit se retourner tout le monde. Le shérif s’effondra sur un sac de pommes, crevant au passage un sac de farine.

– Stephen, Hector, fichez-moi ce saligaud dehors, dit Cole.

– Encore du gâchis ! lâcha Stephen.

– Esther ne va pas être contente, souligna Hector.

Peter se releva et dit à Émilie Dowell :

– Votre père n’a rien, mademoiselle, merci ! Vous maniez parfaitement la poêle. Mon nom est Peter.

– Que cela fait du bien ! Je suis Émilie. Émilie Dowell, dit-elle en lui tendant la main.

À ce moment Arthur Dowell ouvrit les yeux :

– Cole vieille fripouille, tu me dois toujours 86 dollars et 47 cent de la dernière fois !

– Quelle mémoire, alors toujours en train de te créer des problèmes !

– Mais qu’est-ce qui s’est passé ici ?

Émilie lui conta brièvement les événements. M. Dowell se mit debout et dit à Cole :

– Le shérif ne va pas s’en tenir là, il est plutôt du genre rancunier.

– Mais qui a bien pu nommer ce gamin à ce poste ?

– Le conseil de la ville, Rushville a bien changé. Son père est revenu de la guerre encore plus riche qu’avant. Les gens ont peur et donc ils ne disent rien.

– Tu veux dire que les Mac Ferson dirigent la ville ?

– C’est à peu près ça, il a racheté toutes les terres autour de la ville. Méfie-toi de lui…

– Bof ! Et nous, cela fait combien de temps que l’on ne s’est pas vu ?

– Douze ans environ. Et comment va Esther ?

– Elle va bien, mais où est donc ta charmante femme ?

– Elle est morte il y a dix ans, d’une mauvaise grippe.

– Je suis désolé… et qu’est devenue ma petite Émilie ?

– Mais je suis là oncle Cole, dit Émilie en se détachant de Peter qui tentait de lui parler.

– C’est toi… je ne t’avais pas reconnue, tu es devenue une magnifique jeune fille ! Il faut que vous veniez dîner un soir.

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