Instantanés

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Il s'agit de cinq nouvelles traitant de la passion amoureuse en prise avec les élements naturels. L'écriture mêle à la fois la fiction, la dramaturgie théâtrale et l'écriture scénaristique. Dans chacun des lieux où se déroule l'histoire, un couple dévoile ses travers amoureux, l'exigence de la passion qui l'anime. Il n'est pas le seul à décider de sa mécanique, l'eau, le vent, l'oxygène, la terre font partie des éléments qui induisent des modifictions sur le comportement de chacun des protagonistes.
Publié le : vendredi 7 décembre 2007
Lecture(s) : 131
EAN13 : 9782748194760
Nombre de pages : 175
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2 Titre

Instantanés

3Titre
Camille Guichard
Instantanés

Nouvelles
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9476-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748194760 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9477-2 (livre numérique)
ISBN77 (livre numérique)

6 . .
8
SOMMAIRE
Inside ................................................................... 11
Si près des vagues............................................... 55
Just for a kiss ...................................................... 81
Paysage avec châtiment................................... 101
Sos oxygène 151
9
INSIDE
Raphaëlle aimait la vitesse. Parce qu’elle
l’empêchait de penser. Elle aimait également les
sauts dans le vide. Parce qu’ils la rendaient
légère et insouciante. Mais son dernier saut à
grande vitesse provoqua une rupture définitive
avec la femme qu’elle était avant. Il fut si radical
qu’elle perdit la mémoire de cet instant. Elle
apprit à vivre sans lui, quelques jours, en restant
alitée dans un hôpital. Mais très vite, elle
comprit qu’il fallait faire face à son amnésie si
elle voulait revenir parmi les vivants. Lorsqu’elle
émergea de sa convalescence, elle pensa aussitôt
à Anna. Elle seule pouvait l’aider. Elle
rassembla ses affaires – quelques vêtements
qu’elle avait préparés juste pour son week-end à
Belle-île -, quitta Quiberon et rejoignit la
capitale sans passer par chez elle.
Elle retrouva l’adresse d’Anna sur son
portable et se rendit à son domicile, près de
Bastille.
11 Instantanés
– Je viens voir Anna, dit Raphaëlle, sur le pas
de la porte en acier poli.
– C’est pour la séance ? lui demande Julia,
une grande jeune femme filiforme, à la peau
laiteuse, aux grands yeux bleus.
– C’est la première fois ? reprend Julia,
dévisageant avec insistance Raphaëlle, timide,
enveloppée dans un grand manteau en laine
rouge et blanc.
– …
– Venez, entrez, insiste Julia. N’ayez pas
peur. Moi, aussi la première fois, j’étais un peu
comme vous.
Lumière.
– Asseyez-vous là, Anna ne va pas tarder.
Julia la laisse seule. Julia a de grandes jambes
fines, très grandes, aux genoux osseux. Peu de
hanches, peu de seins. Diaphane est le mot qui
la caractérise le mieux. Quant à Raphaëlle, c’est
le contraire. Belle plante diront certains. Le
rapport poitrine, hanche dans une fraction
alléchante. Blonde, cheveux longs, yeux bleus,
épaules larges, de grandes mains fines sans
bague. Dans le regard, du doute. Une pointe
d’angoisse peut-être.
Raphaëlle s’assied sur le canapé que vient de
lui indiquer Julia. Un canapé qui épouse le
dessin d’une bouche, deux lèvres rouges
12 Inside
vermillon. Lorsqu’elle s’assied dessus c’est du
rouge sur rouge. Parfait pour une photo.
Julia disparaît dans une autre pièce, plus
petite. Une immense télévision occupe une
grande partie de l’espace. Un manga japonais
captive l’attention de quatre autres
personnages : Maurice, le nain musclé ; Alberto
l’homme de Julia, un brun italo bronzé aux
nombreux grains de beauté ; Françoise et
Emma les deux amoureuses, inséparables
comme deux sœurs siamoises, se touchant sans
répit, genre maladif.
Raphaëlle reste assise, raide comme un
piquet sur le canapé spacieux qui l’inviterait
plutôt à se détendre, voire à s’allonger en
relâchant tous ses muscles.
Oui, jeune femme, ferme les yeux, lui souffle
le canapé. Etends-toi, allonge tes jambes,
respire profondément. N’aie crainte du regard
des autres. Ici, tu es dans le temple de la
contemplation et de l’exposition de soi.
Mais Raphaëlle reste tendue. Elle est perdue
au milieu de l’immense loft qui s’ouvre, grâce à
de larges baies vitrées, sur un ciel en
panoramique et de l’autre sur un mur où
s’alignent des photographies de taille humaine,
des détails de corps, de peau, de chair, de sexes,
de saillis et de foutre.
13 Instantanés
Raphaëlle reste le regard rivé sur
l’accumulation des désirs, des entre-
choquements des corps et des langues.
– Ça vous plaît ?
Raphaëlle sort de sa fascination mêlée d’une
forte répulsion sans répondre à Françoise qui
s’avance vers elle, une femme body-building
aux muscles saillants sous des vêtements de
sports moulants. Raphaëlle reconnaît
rapidement certains détails de son corps
entraperçus sur les photos, épaules athlétiques,
cou gonflé par les vitamines, absence de
poitrine, des biceps luisants où des tatouages
gores laissent présager de ses intentions
macabres.
– Anna sait choisir, lui murmure t-elle
comme une confidence.
Raphaëlle s’apprête à réagir lorsque Emma
sort de la salle télé. Elle hurle :
– Laisse ! Pas touche !
Françoise sourit et s’arrête obéissante.
Emma, un paréo autour de la taille, torse nu
avec un soutien gorge de maillot de bain à
fleurs en relief, se lance sur sa proie.
– Jalouse, lui lance Françoise, sans se
retourner vers le regard plongé dans
l’échancrure de la robe de Raphaëlle.
Elle aimerait tellement plonger à l’intérieur
que tout son corps la trahit. Se vautrer dans sa
poitrine opulente, aller d’un téton à l’autre,
14 Inside
rebondir sur cette générosité que la nature lui a
offerte.
Françoise avance une main vers l’antre de
son désir. Mais une autre main, celle d’Emma la
saisit et la repousse.
– J’ai dit pas touche ! insiste Emma.
– De quel droit, ma toute belle ? répond
Françoise en lui faisant face.
– Tant qu’Anna n’est pas là, on n’est pas sûre
qu’elle soit choisie.
– Raison de plus pour en profiter.
C’est au tour d’Emma de sourire. Elle enlace
Françoise dans ses bras, sort une langue
démesurée qu’elle enfouit dans la bouche de sa
dulcinée.
Raphaëlle ne bouge pas. Elle reste sans voix,
prise en étau d’un côté par les photos d’Anna,
de l’autre par le couple qui s’adonne
effrontément à un baiser où la sensualité se
mélange à des suçotements cannibales. Les
deux filles passent des mains expertes sous leurs
vêtements, elles n’ont pas peur d’aller
directement à la fente, au plaisir brut et rapide.
Françoise embrasse sa double moitié, mais sans
quitter Raphaëlle des yeux. Elle balaye son
regard sur son corps rigide, bloqué. C’est ce
raidissement qui l’excite, Emma connaît. Elle lui
permet une projection photographique quasi
vivante. Raphaëlle essaie de cacher son trouble,
mais elle n’arrive pas à se lever du canapé. Elle
15 Instantanés
est coincée par le jeu des deux filles.
Finalement, elle détourne son regard pour ne
plus être témoin de leur exaction, mais elle
tombe de manière inattendue, sur un gros plan
du gland presque mauve d’un sexe d’homme,
une photo perdue dans le flot des muscles
tendus et des peaux luisantes. Canapé, robe,
manteau, visage, une marée de rougeur la
submerge. Raphaëlle se consume sans un cri. Et
d’un bond, elle s’extrait finalement du canapé,
et va se cacher dans la pièce télé, telle une
rescapée d’après cataclysme.
La télé est posée sur le parquet, perdue dans
un tourbillon d’assiettes, de bols, de restes d’un
petit déjeuner tardif. Julia dort entre les jambes
d’Alberto, la nuque posée sur l’épaule de son
homme, la bouche ouverte. Il la tient par la
taille, dos appuyé au mur, jambes plaquées
contre le sol. Il accompagne son rêve, car elle
gémit toujours dans ses rêves. Devant la télé,
Maurice est captivé par le manga japonais. Il ne
peut détacher ses yeux de l’armée de gnomes
qui déferle dans la cité interdite du roi Xar. Le
potentat les laisse entrer dans la cour de son
palais. Les guerriers fuient, disparaissent par des
portes dérobées, laissant soudainement la vague
des attaquants sans ennemi se faire trancher par
les lames de leur sabre javelot. Un silence s’abat
sur les petits hommes, tous surpris du grand
16 Inside
vide qui s’abat sur eux. Ils ont à peine le temps
de réfléchir au piège dans lequel ils viennent de
tomber qu’une pluie épaisse de lames
tournantes, les découpent en morceau. En un
temps soufflé, la cour n’est plus qu’un amas de
chairs fraîches, finement coupées, carpaccio
humain, sur lequel des lions féroces et affamés
sont lâchés. Le repas dure le temps du soupir
du potentat qui se laisse doucement caresser par
des lilliputiens de sexes partagés. Lorsqu’il
éjecte la liqueur de son désir macabre, la cour
est d’une propreté révoltante. Les lions rassasiés
se laissent alors reconduire gentiment dans leurs
cages jusqu’au prochain festin.
Alberto lance un regard doux vers Raphaëlle,
paniquée.
– Vous devriez aller au maquillage, lance
Alberto d’une voix mélodieuse, usant d’un léger
accent chantant. Anna, n’aime pas attendre.
Julia ne vous l’a pas dit ?
Raphaëlle, perdue dans ses pensées, réagit
lentement. Elle lève la tête vers Alberto qui lui
montre Julia dans ses bras.
– Les séances la fatiguent de plus en plus,
c’est pour ça qu’elle ne vous a pas prévenue.
Elle oublie et puis elle a d’autres préoccupations
en tête.
Il repose sa main sur son ventre de femme
enceinte.
– …
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