Intermède

De
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Quatorze tableaux qui décrivent l'inexorabilité du sort et des visions apocalyptiques du monde actuel.

Publié le : lundi 8 juillet 2002
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EAN13 : 9782748119282
Nombre de pages : 113
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IntermŁdePierre Laur
IntermŁde
NOUVELLES' manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-1929-0 (pourle fichiernumØrique)
ISBN: 2-7481-1928-2 (pour le livreimprimØ)Avertissementdel Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littØraires etde chercheurs),ce manuscritestimprimØ telunlivre.
D Øventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de lA’ sile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone:0148075000
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comCHIQUITI
La ligne blanche, discontinue, dØfile rØguliŁre-
ment devant son pare-brise. De temps à autre, les
pharesd unevoiturearrivantensensinverseluifont
clignerlesyeux. Lepostederadiodiffuselebulletin
d’informationsdecinqheures,lemŒmequeceluide
quatreheures, lemŒmeque celui detroisheures…
Ilal impressiond engloutirleskilomŁtres,leron-
ronnementrØgulierdumoteurluiprocureunesensa-
tiondesØcuritØ. Celafaitmaintenantsixheuresqu il
conduit, il sera arrivØdans deux heures environ.
Il enregistremachinalement dans son rØtroviseur,
les pleins phares d une voiture qui semble rouler à
trŁsgrandevitesse,sansdouteunepersonnepressØe
d’arriver.
Lui, il n est pas vraiment pressØ.
Lavoiturequiledouble,roulesivitequ ilnepeut
repØrerlamarquedelavoiture.Lavoiturereste
surlavoiedegaucheetpuissembleglisserversla
gauche, elle heurte le rail de sØcuritØ central qui la
propulse vers la droite, elle heurte alors la glissiŁre
de droite qui la rejette vers la gauche. Elle se cabre
et entame une suite de tonneaux.
Le temps d enregistrer la scŁne, et il sait qu il ne
pourra Øviter l’obstacle. Il a le temps de percevoir
lebruitdest lesquis enchevŒtrentetsefroissentet
7IntermŁde
il se sent aspirØ vers le ciel, dans un feu d’artifice
d Øtoiles.
Lachambreestclaireetsilencieuse. IlestcouchØ
dans un grand lit, il se sent calme et reposØ.
Ilaper oitparlafenŒtresansrideaux,lesbranches
d ungrandconifŁre,transpercØesparlesp leslueurs
d un soleil hivernal.
A c tØ de son lit, il dØcouvre une petite table sur
laquelle se trouve un plateau avec une thØiŁre qui
semblecontenirunliquidetrŁschaud,unetasse,plu-
sieurs plaquettes de beurre, des petits pots de confi-
ture et quelques toasts emmitouflØs dans une ser-
viette,sonpaquetdecigarettes,entamØ,etunebo te
d allumettes.
IlnoteavecsatisfactionquedØj ilvoitclair,ilen-
tame alors une inspection gØnØrale. Il peut soulever
satŒtesanseffort. Ilpeutbougersesdoigtsainsique
ses orteils, les bras et les jambes semblent fonction-
ner normalement, il peut soulever son ventre.
Il soulŁve le drap qui le recouvre et se palpe. Il
constate avec surprise qu il ne voit aucune trace de
pansement, pas de transfusion apparente, ni autres
tuyaux.
Il entend frapper à la porte de la chambre et une
femme entre. Elle est vŒtue d une blouse blanche,
ses cheveux, revŒtus d un voile blanc, encadrent un
visage avenant.
“ Comment vous sentez-vous, monsieur CHI-
QUITI ? ”
Entendre son nom, lui fait ressurgir les visions
de l’accident, malgrØ lui, il tressaille et s entend rØ-
pondre :
“ Je me sens calme et reposØ.
8Pierre Laur
— Vous avez eu un accident Monsieur CHI-
QUITI, et vous avez eu beaucoup de chance.
Oøsuis-je?
— Vous Œtes au MSCHU de Sainte Lucie La
Grande. ”
Il ne conna t pas cette ville, et puis MSCHU il
ne conna t pas, sans doute un h pital. Pourtant la
chambre ne ressemble pas à une chambre d h pital
etlafemme ne ressemble pas à une infirmiŁre.
Comment suis-je arrivØ ? , prononce-t-il.
“VousavezØtØemmenØparleDPCH,enurgence,
suite à un grave accident de la circulation. Pour le
reste,jenepeuxvousendireplus,maisunmonsieur
de la sØcuritØ viendra vous interroger plus tard dans
la journØe. ”
De la main gauche, la femme dØsigne le plateau
et lui sourit.
“VousdevriezprendrevotrepetitdØjeuneravantqu il
ne refroidisse. Si vous souhaitez quelque chose en plus,
n hØsitezpasàledemander. Vousavezunepommeverte
à la gauche de votre lit, si vous tirez la queue de la
pomme, une personne viendra aussit t.”
De fait, il aper oit, sur le c tØ gauche de son lit,
suspendueàunfil,unegrossepommeverteavecune
petite queue noire.
La femme s esquive et referme la porte.
Il s assied dans le lit et il entend une faible mu-
sique,sansdouteunquartetdeSchubert. DŁsqu ilse
rallongedanslelit,lamusiques arrŒte. IlrØitŁreplu-
sieurs fois la mŒme sØquence de mouvements. Au-
cun doute, la musique se dØclenche dŁs qu il se re-
dresse et s arrŒte dŁs qu il se rallonge.
IlentamesonpetitdØjeuner. Leliquideestchaud
et parfumØ, les toasts sont grillØs à point, en bref un
petit dØjeuner dØlicieux.
Il allume la sacro-sainte cigarette d aprŁs le petit
dØjeuner. Aussit t, il entend une voix grave qui do-
mine la musique :
9IntermŁde
“ Monsieur CHIQUITI, fumer est nuisible pour la
santØetpeutengendrerdegravesmaladies,vousdevriez
vous abstenir. ”
Il ne tient pas compte de l avertissement et se dit
que l on doit vraisemblablement l observer.
OnfrappeàlaporteetunhommefortettrŁsgrand
s introduit dans la chambre. L homme se rapproche
du lit, ses semelles à talon d acier claquent le sol.
L’uniforme est bleu marine et il tient sa casquette à
la main.
“ Bonjour monsieur CHIQUITI, je vois que vous
avez fait honneur au petit dØjeuner. ”
La voix est un peu rauque, c est incontestable-
ment la voix d une personne habituØe à ne pas Œtre
contredite.
“ Je suis l officier de police chargØ d instruire
votre accident et je viens enregistrer votre dØposi-
tion.
— Je roulais tranquillement sur la voie de droite,
lorsqu une voiture m a doublØ. Elle roulait à trŁs
vive allure et puis, soudain, le conducteur a semblØ
perdre le contr le de son vØhicule et la voiture s est
cabrØecommeunchevallorsqu ilrefuseunobstacle.
Je l ai percutØe de plein fouet. AprŁs, je ne me rap-
pelle de rien.
— Voyez-vous, monsieur CHIQUITI, le pro-
blŁme c’est que le vØhicule que vous avez heurtØ, a
ØtØpulvØrisØ,etilØtaitconduitparunepersonnequi
s appelait monsieur Jean CHIQUITI. Jean est bien
votre prØnom ?
— Oui, mon prØnom est Jean. ”
L’officierde policelit undocument etreprend:
“ Les papiers, retrouvØs dans les vŒtements du
conducteur,nelaissentaucundoutequantàsoniden-
titØ, aussi vous comprendrez notre perplexitØ. Bien
entendu, il pourrait s agir d un homonyme. Mais
c est là que le cas devient plus troublant, les infor-
mations qui figurent sur la carte d identitØ et sur le
10Pierre Laur
permis de conduire, sont, en tout point, identiques
à celles qui figurent sur votre carte d identitØ et sur
votre permis de conduire. ”
Le policier tourne un feuillet de son document et
poursuit :
“ La carte grise du vØhicule est aussi au nom de
monsieurJeanCHIQUITIetlaconfrontationdevos
empreintes digitales avec celles du conducteur ne
laisse aucun doute. Elles sont parfaitement iden-
tiques. Pour nous, monsieur CHIQUITI, vous Œtes
unhommemortetpourtantvousŒtesl devantmoi,
parfaitement vivant. Nous allons poursuivre notre
enquŒte, reposez-vousbienmonsieur CHIQUITI.”
Lepoliciereffectueundemi-touretsedirigevers
laporte. SamainsurlapoignØedelaporte,ilajoute
:
“ Au fait, j’allais oublier, qui devons-nous prØve-
nir de votre accident ? ”
Il rØpond, non sans amertume :
“ Personne, ma femme est partie le jour de notre
mariage, en sortant de la mairie, et je n ai jamais eu
de nouvelles depuis. Quant à mes parents, ils sont
morts ilya bienlongtemps,et jesuis fils unique. ”
Se retrouvant seul dans sa chambre, il est per-
plexe. Comment aurait-il pu heurter un vØhicule
conduit par lui-mŒme ?
La classe est silencieuse, les ØlŁves sont crispØs,
la professeur va annoncer les rØsultats de la compo-
sition de mathØmatiques du troisiŁmetrimestre.
Lui,parcontre,esttrŁsdØcontractØ. Commeilse
doit,ilestassisprŁsduradiateuretaudernierrang. Il
arØussiàsefaireporterp lepourcetteØpre uve. Cela
n’avait pas ØtØ facile, mais le matin il avait simulØ
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