Internatiôlame

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« Je vais vous raconter la terrible histoire de deux enfants que tout séparent et pourtant unis pour la vie. » L’un blond, l’autre brun. Le premier vient d’une famille française, le second d’une famille algérienne. Nicolas et Mohamed ont beau avoir le même âge, ils restent séparés par une frontière invisible. Malgré la bonne volonté des familles, le racisme latent du mari français leur donnera du fil à retordre. Dans un style à la Pennac, moqueur et enlevé, Gilbert Spica nous invite à suivre la vertigineuse descente aux enfers de ces familles dont l’ordinaire ne se satisferait que d’amour si la haine n’avait pas cours.
Publié le : lundi 20 juin 2011
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EAN13 : 9782304028324
Nombre de pages : 385
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2 Titre

Internatiôlame

3Titre
Gilbert Spica
Internatiôlame

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2009
www.manuscrit.com
ISBN : 978-2-304-02832-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304028324 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02833-1 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304028331 (livre numérique)

6 8 Internatiôlame






Je vais vous raconter la terrible histoire de
deux enfants que tout séparent et pourtant si
unis pour la vie.
9 Internatiôlame
1° LA NAISSANCE DES ENFANTS
Un jeune soleil inondait généreusement notre
chambre à sept heures ce premier matin. La
ville dormait encore pour une bonne partie et
les premiers rayons se posaient déjà sur mon
gros ventre joliment rond et hypertendu. La
douce chaleur réveillait bien vite le sommeil
dans le sommeil et, sans plus attendre, mon bal-
lon de chair se mettait à onduler nerveusement.
Malgré le petit chahut aquatique dans
l’enveloppe charnelle, je me retournais simple-
ment et poursuivais les restes du petit voyage
nocturne. À quelques centimètres, mon mari
aussi dormait profondément. En effet malgré
une aube déjà bien avancée, il profitait encore
de ces rares instants de calme pour se requin-
quer d’une anormale fatigue. Quand soudain un
innommable vacarme traversait toutes les cloi-
sons qui nous séparaient des autres apparte-
ments situés au septième étage de la tour qua-
rante neuf du quartier des Minguettes. En un
éclair de temps la situation dégénérait outrageu-
sement pour devenir l’insupportable brouhaha
11 Internatiôlame
habituel. Chez nous, ah oui je ne me suis pas
présentée : madame Geneviève et monsieur
Ralph Tercel. Chez nous, donc, le réveil en sur-
saut prenait une allure de réchauffé jusqu’à plus
sauce. Seulement, par absence de goût, Ralph
ressentait cette agression matinale comme un
pieu planté dans sa tête en furie. Alors, parce
que le bruit commençait très tôt le matin pour,
à peine, finir très tard le soir, ses yeux se char-
gèrent d’une colère ornée de deux valises gros-
sissant jour après jour.
– Bon sang ! Un de ces jours je vais mettre
une bombe chez ces sales b… b…
– Aie… aie ! au secours, Ralph, j… j’ai…
ma… a… l.
Avec les mains ne sachant plus comment
éteindre les feux charnels d’un ventre tendu à
l’extrême je m’écriais brusquement.
– C’est le moment… c’est le moment Ralph,
je t’en prie emmène-moi vite à l’Hospital…
vite. Vite…
Plus le temps de se soucier du voisinage, ni
une ni deux, mon mari sautait du lit et se re-
trouvait déjà dans son pantalon. Sitôt prêt, mal-
gré un visage complètement décrépi par la
vieille et habituelle fatigue, je m’accrochais vi-
goureusement à lui pour qu’il puisse me
conduire illico presto à la maternité. Brièvement
auscultée par une horde d’infirmières je me re-
trouvais alors en salle de travail avec, dans mes
mains tremblantes, celles d’un époux plutôt ma-
12 La naissance des enfants
ladroit en vivant alors sa première expérience
de père. Dans son intérieur chamboulé il ne res-
semblait à aucun autre papa, enfin c’était son
intime sentiment. Quant à l’extérieur, avec une
telle barbe si drue et si piquante, il pouvait ai-
sément rentrer au club des hérissons. Mais
brusquement la panique s’installa et
l’instrument formé de deux mâchoires servant à
maintenir fortement les objets pour mieux les
travailler, et plus communément appelé étau,
paraissait petit outil devant la fabuleuse pres-
sion que j’exerçais sur les mains de mon pauvre
compagnon.
– Au secours… au secours !
J’implorais avec virulence.
– Au se… cou… urs. Au se… co. urs
Répétant le SOS en bégayant avec de grands
gestes maladroits Ralph ne comprenait même
plus sa présence au beau milieu de ce désert
médicalisé. Alors, furieux de se retrouver seul
devant l’insupportable problème grandissant, il
se mettait à crier haut et fort dans le couloir de
la maternité. Aussitôt une armée d’infirmières
débaroulait en salle de travail avec pour cha-
cune sa fonction bien déterminée. Puisque la
hiérarchie voulait un chef l’une d’entre elle, as-
sumant toute sa responsabilité, s’adressa au
jeune homme avec une certaine ironie.
– Si votre enfant naît aujourd’hui je ne me
trompe guère en disant qu’il sera du signe du
capricorne. Et, si je ferme fortement les yeux en
13 Internatiôlame
ouvrant bien grand mes oreilles, je ne risque
rien, à entendre crier de la sorte, de deviner en
vous le bruyant signe du coq… allons… allons,
du calme ! Nous allons sortir le plus beau… ex-
cusez-moi ?
Vigoureusement tiraillée par la manche, la
blouse blanche suivait une de ses collaboratrices
supervisant le monitoring depuis une bonne
minute. Au bout de quelques secondes d’une
attention experte elles aboutissaient immanqua-
blement à la même déduction
– Vite… vite, appelles le médecin et prépares
les fers. Je… je ; non vous ne pouvez pas rester
monsieur, nous avons un petit problème, je
vous en prie : attendez-nous dans le couloir.
Sitôt expédié Ralph sortait avec un sale pres-
sentiment alors que tout bougeait autour de lui.
Évidemment ce n’était pas l’affolement habi-
tuel, dans la petite salle de travail, mais bien pire
encore. Précipitamment un docteur arrivait en-
fin dans le décor problématique et, en quelques
termes purement médicaux ramenés à la plus
simple expression pour une bonne compréhen-
sion professionnelle, il confirmait à haute voix
le vilain graphisme. En effet l’appareil marquait
sans cesse une sérieuse défaillance cardiaque
chez le futur bébé. Bien qu'il soit parfaitement
exprimé par le corps médical, et surtout le fait
que je me trouvais au beau milieu de la scène, je
ne saisissais rien à ce dialogue « Latinus ».
D’ailleurs, n’ayant aucune expérience puisque je
14 La naissance des enfants
vivais là mon premier accouchement, je conser-
vais un calme olympien malgré quelques grima-
ces incroyablement précises. Pour mieux maîtri-
ser la situation aucune bouche ne s’ouvrait plus.
Seulement, si on aurait pu ouvrir la boîte à mé-
ninges du docteur, n’importe qui aurait pu com-
prendre qu’il devenait urgent de sortir le foetus
afin de palier à l’insuffisance cardiaque. Trois
sages-femmes et le médecin s’apprêtaient donc,
il devenait facile de le lire sur leurs visages an-
xieux, à accomplir l’ultime tentative pour sauver
celui qui tutoyait déjà la vilaine infirmière tout
de noire vêtue celle-là. Et puis, malgré le silence
des lèvres, le monitoring semblait tenir un
véritable discours pour les informer préci-
sément de la complication grandissante. Alors,
sans plus attendre, le corps médical tentait tous
les diables pour ne pas endeuiller une joie déjà
bien enfumée par un père qui n’entendait pas la
rumeur générale ressasser sans cesse.
– Nous avons un.p.petit problème… tout
petit certes ! Mais un sérieux problème.
Laissons tomber la cigarette et revenons en
salle d’accouchement puisque le médecin enga-
geait déjà les fers afin de minimiser l’effort d’un
foetus trop essoufflé. Tous bien en place, ils at-
tendaient l’instant fatidique : une infirmière me
tenait la main, une autre posait ses paumes sur
mon gros ventre, le médecin maintenait les fers
bien engagés et la troisième sage-femme scrutait
15 Internatiôlame
l’appareil ambassadeur. Par expérience, le doc-
teur savait et déjà il anticipait l’effort à fournir.
– Sans vous énerver et seulement quand je
vous le dirais vous pousserez progressivement
sur le ventre… d’accord ?
Étouffée par la violente douleur je réussissais
malgré tout à expulser un « m… mffoui » ridé
jusqu’au fin fond de l’âme. Quand, brusque-
ment, l’opératrice figée devant l’appareil annon-
çait une contraction.
– Allez ! Madame poussez… pousSsez…
pouSSSSez…
Quelques cheveux blonds, se mêlant sangui-
nairement à la toison brune, laissaient deviner
une certaine ressemblance avec le père. Seule-
ment, pour l’affirmer véritablement, il fallait
compter encore sur l’effort. À la dixième tenta-
tive : la situation, un peu trop stagnante, exas-
pérait le médecin qui, malgré les fers, ne réus-
sissait pas à extraire l’enfant.
– Le cordon ! Docteur, c’est sûrement le
cordon qui l’empêche de sortir en l’entortillant
comme un vulgaire saucisson.
S’exclamait la plus experte des trois sages-
femmes dont la réputation, pareille à une gen-
tille fée fantôme, hantait l’hôpital jusqu’au bout
du couloir. Ah ! Jusqu’au bout du cou-
loir justement : Ralph grillant cigarette après ci-
garette, souffrait sérieusement de la pénurie de
ses ongles déjà rongés jusqu’au rouge sang bien
vif. Mais si l’intuition portait souvent la jupe, ce
16 La naissance des enfants
jour-là, elle s’entichait également d’une vilaine
barbe. Deux heures… deux longues heures de
travail pour presque rien en dehors d’une im-
mense fatigue qui m’affaiblissait et allait jusqu’à
rendre mon visage totalement décomposé de
minute en minute. Conscient de la dégradante
situation le docteur décidait d’employer l’ultime
recours. À peine m’avait-il endormie avec cette
puissante drogue, qu’il ouvrait plus grand la
porte afin de libérer le bambin bel et bien ficelé
par le cordon entortillé plusieurs fois autour de
son cou. Toutefois ce qui redoublait sérieuse-
ment le grand souci et bloquait le corps médical
dans la logique évolution c’était la fameuse
anomalie cardiaque enregistrée depuis si long-
temps par le monitoring. Sitôt sorti les infirmiè-
res s’empressaient de l’emmener en salle de ré-
animation pendant que le médecin refermait la
fameuse porte. Ralph, dans tout cela, s’attendait
au pire, il ne se trompait pas beaucoup bien sûr
et pourtant ?
– Je… je. Hem ! C’est un très beau petit gar-
çon vous savez ? Félicitations et désolée pour
tout à l’heure ; seulement, je peux l’avouer à
présent, nous avons failli la catastrophe. Non…
non ! Votre épouse va très bien. Elle est sim-
plement endormie artificiellement, enfin je veux
dire qu’elle est encore sous l’effet anesthésiant.
– Mais pourquoi et depuis quand interdit-on
à un futur père d’assister à l’accouchement de sa
17 Internatiôlame
femme ? Je… je, voici bientôt quatre intermi-
nables et longues heures que… que.
Aussitôt la blouse blanche, secouant la tête
de gauche à droite, tentait d’expliquer le pour-
quoi du comment.
– Votre enfant présente un sérieux problème
cardiaque : nous avons bien failli le perdre. Mais
rassurez-vous, il est actuellement hors danger
grâce à une assistance médicalisée.
– Assistance médicalisée ? Problème cardia-
que ? Hors danger ! Je ne comprends absolu-
ment rien ; ce n’est pas possible, pas chez nous.
Je veux le voir et ma femme aussi.
Bien à propos, le médecin accoucheur rejoi-
gnait le jeune homme avec un sourire plutôt sé-
curisant.
– Mais oui… bien sur, vous allez les choyer
dans dix petites minutes. Seulement, j’aimerais
bien avoir quelques précisions avant.
Murmurait-il en tapotant sur les épaules du
jeune père tout en l’invitant à s’asseoir entre
l’infirmière et lui-même.
– Au fait comment s’appelle-t-il votre petit
bout de chou ?
– Nicolas… N… Ni… Nicolas comme son
grand-père malheureusement disparus le mois
dernier.
Bégayait amèrement Ralph affecté par sa
propre annonce remplie de paradoxes.
– Oh ! Je suis désolé de… mais c’est très ho-
norable de transmettre ainsi le prénom de votre
18 La naissance des enfants
père. Votre père ! Oui, justement pour le bien
de votre petit Nicolas, j’ai besoin de savoir de
quoi votre papa est décédé : qui sait, peut être
existe-t-il un lien avec les difficultés cardiaques
du petit ?
– Il… il, mais c’est si grave que ça ?
L’infirmière hochait plusieurs fois la tête en
ajoutant une touche optimiste.
– Il s’en est bien sorti pour une première et si
nous pouvions savoir pourquoi son cœur lâche
ainsi nous pourrons sûrement le sauver.
– Il… il, je n’aurais jamais du l’appeler ain-
si… il a disparu suite à une crise cardiaque : oui,
m… m. mon père est mort d’un arrêt du cœur.
Subitement il sombrait dans le creux de ses
mains afin de mieux dissimuler des sentiments
bien légitimes.
– Allons… allons…
Reprenait le médecin avec une voix redeve-
nue plus chaude et sécurisante.
– Allons ! Ayez confiance et dites-vous bien
qu’avant de mourir votre père avait eu le temps
de vous élever. Alors pour votre fils, puisque
nous connaissons à peu prés l’origine du mal, il
suffit d’approfondir les examens et, pareil à une
voiture dont le moteur serait détraqué, nous
n’aurons plus qu’à changer son cœur défaillant.
Ralph, sans voix, restait médusé d’être à la
fois père et déjà chargé d’un si lourd fardeau.
– Je… me… me… si tout cela s’affirme dans
combien de temps faudra-t-il l’opérer ?
19 Internatiôlame
Aussitôt l’infirmière se levait en tapotant
doucettement sur les mains de mon mari :
d’ailleurs elle minimisait sérieusement la contra-
riété.
– Venez ! Votre femme vous attend à pré-
sent, ensemble nous allons l’informer du petit.
Oui en fait il faut prendre cela comme un tout
petit problème à régler impérativement dans les
dix premières années.
Entre deux sommeils, j’émergeais lentement
dans l’éveil. Mais brusquement arrivaient les
fougueuses embrassades maritales que je devais
interrompre aussitôt. En effet je me plaignais
d’une douleur aiguë qui s’inscrivait bien naturel-
lement sur mon visage déconfit. Aussitôt
l’infirmière, très aguerrie, expliquait l’origine
d’autant de souffrance puisque une certaine chi-
rurgie avait prit le relaie de la nature. Le relaie
de la nature ! Alors, comme pour une soeurette
fatiguée, la blouse blanche s’asseyait à mes coté.
Puis, malgré moult grimaces dues au change-
ment de position, elle me racontait les mésaven-
tures de l’accouchement. Enfin elle abordait le
grave problème sciemment dissimulé dans un
langage à peine optimisme.
– Aucune raison de vous inquiéter, le meil-
leur remède pour vous et surtout pour l’enfant
sera de vivre une vie calme et tranquille.
Quel écho sonnait brusquement dans la tête
de Ralph : ainsi « une vie calme et tranquille…
calme et tranquille » ne cessait de le harceler.
20 La naissance des enfants
Franchement les montagnes pouvaient résonner
de jalousie jusqu’à la nuit des temps devant au-
tant de répétitions humaines. En effet les pics
n’auraient jamais réussis à concurrencer si grand
souci paternel qui se dégageait alors de cet en-
droit pourtant réputé pour donner si souvent la
vie. Le souci ! Justement parlons-en : mais que
ce passait-il donc de l’autre côté de la cloison ?
Ah ! Non… non il ne s’agissait pas là de la sé-
paration cérébrale, cette fine membrane épi-
dermique dont nous connaissons parfaitement
alors le contenu de mon jeune mari. Non,
l’autre côté de la cloison, c’était, concrètement
l’autre appartement, celui accolé à notre domi-
cile.
Hé bien ! En dehors d’un bruyant quotidien,
il s’y produisit une incroyable coïncidence dont
seul Dieu aurait pu orchestrer avec autant de
ressemblance. Dieu… Dieu ! Mais de quel dieu
s’agissait-il ? Celui des chrétiens ou celui des
musulmans. Non… non ! Inutile de s’étendre
de trop sur ce sujet, tout le monde y perdrait
son Coran en Latin.
– Ouin… ouin… ouin.
Criait fort et haut l’autre coté du mur accueil-
lant lui aussi un petit mouflet légèrement plus
jeune de quelques heures par rapport au petit
Nicolas. Mais au fait comment pouvait-il être à
peine né et déjà en train de brailler chez lui
alors qu’en temps normal il fallait compter,
dans le meilleur des cas, cinq jours
21 Internatiôlame
d’hospitalisation. Facile ! Oui, c’était pourtant
simple à comprendre puisqu’à force de subir
l’échec, le refoulement, la honte et surtout le
racisme sous toutes ces formes, Malika… ma-
dame Malika Azdine, notre proche voisine, pré-
férait accoucher chez elle. De toutes façons elle
avait une sérieuse habitude puisque Mohamed,
le petit dernier était le sixième enfant. Ainsi
pour la huitième fois, aidée de Fatma sa mère,
Malika avait accouché à la maison. Quant à
Mustapha, le mari, il adoptait une attitude bi-
zarre pendant ces majestueux instants charnels.
En effet personne… non absolument personne
ne pouvait dire ou il se cachait durant si longue
période. Huit ! Oui j’avais dis huitième fois
parce que deux fœtus étaient, sans doute par
manque de soins, mort-nés. En dehors du fait
qu’ils se retrouvaient à neuf dans ce petit appar-
tement : les six enfants, Naima âgée de dix huit
ans, Ahmed seize ans, Rachid dix ans, Ali et
Foued vieux de quatre noël et le petit Mohamed
âgé de quelques heures ; sans oublier : Musta-
pha le père, Malika la mère et Fatma la grand-
mère. Hé bien ! Malgré les valeurs « famille fa-
mille », parallèlement cultivées d’un apparte-
ment à l’autre, aucune affinité ne circulait en-
core entre nous. Enfin il serait plus franc de re-
connaître que l’attirance passait essentiellement
à sens unique et, de tous ces personnages, le vé-
ritable sens interdit s’appelait Ralph. Seulement
le pire, parce qu’il s’agissait là encore du meil-
22 La naissance des enfants
leur présent auréolé par la naissance, n’était pas
encore vraiment né dans sa tête. De plus les
nouvelles et terribles consignes médicales
« mener une vie calme et tranquille » grandis-
saient rapidement chez Ralph. Le nouveau rôle
de papa lourdement chargé de l’insupportable
fardeau créait un vilain sentiment devenu très
vite adulte. Ainsi remplit des plus mauvaises
pensées, il se voyait métamorphosé radicale-
ment. Évidemment il régnait un violent parfum
d’orage au moindre bruit étranger. Simplement,
bien avant la grande discorde, une bonne se-
maine passait avec, pour bordure problémati-
que, une véritable haie de contrariétés pour
nous. Et pour cause : notre enfant allait,
d’examens en examens, vers l’incontournable
diagnostic déjà annoncé et tant rabâché par le
médecin lors de la sortie.
– Hé ! bien voici l’heure de nous quitter,
j’espère sincèrement que votre mauvais présent
sera bien vite oublié. Bon… bon ; pour
l’insuffisance cardiaque nous avons tous les ré-
sultats et, comme je le présumais, il faudra bien
prévoir une greffe à programmer de préférence
avant ses dix ans. Cela nous laisse largement le
temps de trouver un donneur. Hem… hem, en
attendant, voici les coordonnées d’un imminent
cardiologue auprès duquel vous trouverez la
bonne solution : bonne chance !
Un petit merci, bref et haché, sortait com-
munément de nos lèvres perplexes. Plus loin
23 Internatiôlame
dans le couloir, malgré le plus total mutisme, il
devenait facile, pour qui voulait bien écouter,
d’entendre l’effervescent écho se balader d’une
tête à l’autre. Inéluctablement, comme tous
bons parents choqués par une si grave épreuve,
nous restions remplis d’un grand scepticisme
quand ce vilain vent nous traversait.
« Trouver un donneur ! Trouver un don-
neur ? »
Positivement le petit Nicolas n’entendait pas
le bruit de la montagne et déjà ses expressions
magiques essoufflaient nos mauvais vents des
cimes. Emerveillés… fascinés… hébétés par le
moindre sourire aux anges, nous ne nous étions
même pas rendus compte que le taxi stationnait
déjà au pied de la fameuse tour quarante neuf
du quartier des Minguettes.
– Ça fait quatre vingt cinq francs ! Sans le
pourboire M’sieur dame…
– Oui… oui, heu ! Excusez-moi je… j’, c’est
notre premier : vous comprenez, j’… aller, gar-
dez tout.
Bafouillait maladroitement Ralph dont
l’extrême générosité ne me plaisait vraiment
pas. Par contre l’homme au volant se mangeait
littéralement les oreilles en s’adressant au bébé.
– Oh ! Vous avez là le plus beau mouflet du
monde et, croyez-moi, je l’ai parcouru en long,
en large et en travers cette satanée terre. Hein !
Guizhou… guizhou.Guizhou.Je te souhaite une
24 La naissance des enfants
longue vie riche et prospère. Bon, allez ! Au re-
voir M’sieur dame.
Aussitôt, et sûrement pour ne jamais devenir
riche et prospère, l’homme s’évanouissait dans
la ville. Seulement son image ne s’effaçait pas
totalement puisqu’il créa un nouvel rumeur
chez Ralph dont l’essentiel répétait sans cesse :
je te souhaite une longue vie… une longue
vie… longue vie.
– Hé ! Hou… hou, Ralph à quoi tu penses ?
M’écriais-je en approchant de la tour.
– N… n… rien. À rien
S’empressait de répondre mon mari en ou-
vrant la porte d’entrée.
– Tu sais ! Je trouve que tu as exagéré en
donnant un si gros pourboire. Notre porte-
monnaie ne nous permet aucune dérive et en-
core moins maintenant avec le bébé.
L’ascenseur arrivait bien à propos pour
Ralph gêné par ses excès de générosité. Seule-
ment, quand la porte s’ouvrit, il aurait mille fois
préféré se faire enguirlander au lieu de se re-
trouver nez à nez avec ce Mustapha… Musta-
pha Azdine, plutôt heureux lui, ne pouvait
s’empêcher d’exprimer sa joie malgré son in-
compréhensible langage.
– Oh ! Bonjour M’dame Tierci… bonjour M’sieur
Tierci. Ah ! Ça y est vous avez accouché du bébé… il
l’est beau, très beau le petit Tierci…
– Non pas Tierci ! Mais Tercel… il s’appelle
Nicolas Tercel.
25 Internatiôlame
Envoyait avec rage un Ralph bigrement
exaspéré d’entendre notre nom ainsi écorché.
Pour ma part, beaucoup plus tolérante, je
m’intéressais à la grossesse de ma voisine avec
une grande sincérité.
– Et votre femme : c’est pour bientôt ?
– Elle a accouché… oui. Oui Malika a déjà accou-
ché d’un gentil p’tit Mohamed plus frisé qu’l’mouton.
Et… hé. Hé ! I’cri… i’cri fort comme l’p’tit oiseau
pour manger.
Précisait-il avec un mélange de mots qu’ils
fallaient bien trier pour comprendre l’essentiel.
– Ah ! Vous avez intérêt à lui clouer le bec-
que à votre mouton parce que Nicolas doit sé-
rieusement se reposer : LUI ! Bon, sur ce, à dieu
monsieur.
26 Internatiôlame
2° LA NAISSANCE DU PROBLÈME
D’un air sec et autoritaire Ralph bousculait
monsieur Azdine sans prononcer la moindre
excuse et le comble : Mustapha ne cessait de
dire ‘‘merci… merci… ’’jusqu’à la fermeture to-
tale des portes.
– Oh ! Je te trouve injuste contre ce brave
homme, il ne sait pas quoi faire pour nous être
agréable, et toi… toi…
– J’en ai rien à foutre de la pommade arabe.
Et puis tu oublies déjà le grave problème de no-
tre enfant ?
L’ascenseur stoppait sèchement au septième
étage et pour la première fois Nicolas allait ren-
trer chez lui. Préoccupée par les soins du bam-
bin, je ne donnais pas suite à la crue discussion
de mon époux encore survolté. Sitôt à
l’intérieur je m’empressais de préparer
l’indispensable biberon.
– Voilà ! Mon bébé, voilà.
Je répondais plaisamment aux cris nourris de
mon petit Nicolas devenu rouge de colère.
27 Internatiôlame
– S’il te plaît Ralph, tu veux bien aller à la
pharmacie prendre le médicament pour le cœur
de Nicolas. La fin de la semaine approche et j’ai
franchement peur d’en manquer.
La douceur et le calme de l’agneau parais-
saient bien féroce par rapport au nouveau com-
portement d’un jeune homme redevenu enfin
papa.
– J’y cours mon cœur ! Le manque de méde-
cine ne connaîtra jamais notre adresse.
Agréable comme un bon dessert, il nous em-
brassait jovialement et s’empressait d’aller ac-
quérir la fameuse médecine. Pendant la com-
mission je dévorais bien égoïstement avec mon
bébé le temps qui se dérobait devant nous de
ses plus beaux vêtements. Et, parce qu’il se re-
trouvait très vite tout nu, nous ne calculions
même plus les aiguilles. Par contre Ralph ne vi-
vait pas vraiment la même heure. En fait la der-
nière minute lui paraissait durer une éternité
puisqu’, au moment précis ou il s’apprêtait à
rentrer dans l’ascenseur, arrivait Mustapha Az-
dine en courant.
– Merci… merci M’sieur Tierci : ah ! Tu as acheté
de jolies fleurs pour M’dame Tierci : l’va être contente.
Moi j’ai acheté l’henné pour faire la fête à mon p’tit
Mohamed.
Après avoir quelque peu déchiffré les mots
du nord-africain, Ralph lançait ce vilain regard
foudroyant et écrasait nerveusement son doigt
28 La naissance du problème
sur le bouton numéro sept sans broncher. Pour
une fois il ne disait rien… rien certes ! Mais s’il
avait pu, pareil à une voiture terrestre, conduire
seul sa propre ascension, son teint n’aurait ja-
mais connu autant de rougeurs écarlates.
– Ah… ah ! Tu as chaud comme moi quand
j’mange beaucoup d’harissa.
– Je… me… me
Parce qu’une infranchissable frontière existait
entre les deux hommes, Ralph se faisait fort
d’en être le seul douanier, voilà pourquoi il bé-
gayait à décupler l’alphabet.
– Je… te. Tu ; v… vous n’avez p… pas inté-
rêt à f… faire du bruit s.s.sinon…
Sinon ? Mais la machine taxi stoppait à la
bonne hauteur et, heureusement, elle coupait
court une discussion épicée d’une haine plutôt
occidentale. Il y paraissait peut-être, mais Mus-
tapha était loin… très loin d’être idiot. Alors,
avec une pointe d’humour oriental, il rétorqua
juste avant de s’évanouir derrière sa porte.
– Bien sur… bien sur, M’sieur Tierci, j’ferais juste
le bruit de mes chaussures !
À l’écoute musulmane Ralph reconnaissait
un certain esprit sans jamais vouloir l’avouer à
quiconque et encore moins à lui même. Alors
avec un grand sourire vainqueur il rentrait chez
nous en s’écriant fort et haut.
– Chut tt…
29 Internatiôlame
Mais aussitôt un courant inverse bâillonnait
subitement trop d’impulsivité.
– Doucement ! Nicolas vient juste de
s’endormir. C’est incroyable : tu demandes au-
toritairement aux autres ce que tu es incapable
de faire.
– D’accord… d’accord ! Tu as raison ma
chérie, il va sérieusement falloir m’habituer à
cette nouvelle vie d’autant plus que je viens de
sermonner méchamment le basané d’à coté.
– Encore ! Mon dieu mais pour quelle rai-
son ?
M’offusquais-je brusquement trop soucieuse
de voir mon mari vagabonder sur un mauvais
chemin dont l’aboutissant, pour des yeux rem-
plis de lucidité, allait inexorablement déboucher
sur le pire des cahots.
– Pourquoi ? Tu oses demander : pourquoi.
Ah ! Ma petite, si tu savais à quoi il s’apprêtait
ce soir, tu l’aurais également traité de tous les
noms.
– Parce que tu l’as traité de tous les noms ?
L’inquiétude s’inscrivait lisiblement sur mes
petites rides prouvant la sincérité devant une
vilaine tournure que prenaient ces incontrôla-
bles événements. Mais lui jubilait toujours un
peu plus.
– Mieux encore, quand il m’a appris son in-
tention de faire la fête pour son petit singe, je
l’ai insulté comme une carpette.
30 La naissance du problème
– Insulté comme une carpette…
Répétais-je avec une main douloureusement
posée sur mes yeux révulsés.
– Oui, et je l’ai sûrement impressionné parce
que non seulement il s’est excusé mais en plus il
m’a juré le silence le plus complet.
Le silence complet ! Ah, Ralph ne croyait pas
si bien dire puisque, les quatre jours suivants, il
allait jusqu’à accoler son oreille contre la cloison
pour seulement m’entendre parler à notre pro-
pre enfant. Le cinquième jour, le réveil fut des
plus bruyants. Brusquement à cinq heures du
matin, le petit Nicolas braillait à décoller toutes
les tapisseries de la Z.U.P. de Vénissieux. Aussi-
tôt, apeurés par la violence des cris, nous nous
propulsions vers notre fils et…
– Oh ! Maman, je… je, vite Ralph va cher-
cher le médicament : vite… vite !
Prit par d’importantes convulsions mon en-
fant allait presque s’étouffer en rougissant jus-
qu’à violacer ses veines gorgées d’un sang sta-
gné par défaut de pompe.
– Dépêche-toi ! Ralph il… il… vite : mets
une dose dans son biberon et ajoute de l’eau
d’evian. Oh ! Mon Dieu.
– Dis donc, mais si je comprends bien tu as
oublié de lui donner son médicament hier ?
– Tiens ! Bébé, bois… bois. Oui, j’ai oublié,
mais bon sang cela ne t’arrive jamais d’être fati-
gué. Ah ! Ce n’est pas toi qui te lèves la nuit
31 Internatiôlame
pour faire manger le gosse. Bon, essaie donc de
te rendre utile : rempli la baignoire d’une eau
tiède, ça y est mon bébé… ça y est, calme toi !
Tout doux… tout doux.
Comme toutes bonnes mamans, digne de ce
nom, je m’apercevais détenir un nouveau ta-
lent : celui, magique, d’apaiser la peur avec pra-
tiquement pas grand-chose. Puis, après un bain
plutôt réconfortant, Nicolas s’endormait enfin
avec sur le visage des traits redevenus bébé.
Quant à Ralph il s’empressait, avant de partir au
travail, de redresser la situation.
– Je suis désolé pour tout à l’heure ; je… je,
dis moi ce qu’il faut faire pour t’aider et… et.
Je souriais à croquer la bonne humeur fina-
lement retrouvée. Sans plus attendre je sautais
sur l’excellente occasion.
– Bon… bon d’accord pour le biberon : je
continuerai à lui donner la nuit. Par contre ce
qui me fera sincèrement plaisir c’est que tu lais-
ses tranquille ce pauvre monsieur Mustapha
Azdine et sa petite famille. Attends… attends !
Je vais terminer : puisque tu veux m’aider. Ce
n’est pas de leur faute si ces baraques sont si
mal isolées et en dehors de la vie… oui, de la
vie puisqu’elle seule produit le bruit. Hé bien !
Ce sont des gens très agréables et peu sont ser-
viables comme eux.
Fade comme un navet, mon jeune mari ne
laissait apparaître aucune expression sur son vi-
32 La naissance du problème
sage marbré. Seules ses lèvres s’articulaient pour
annoncer.
– Excuses moi, mais je suis sérieusement en
retard pour mon travail : à ce soir !
« À ce soir ! À ce soir ? À ce soir »
Dans ma tête décontenancée les mots son-
naient comme un écho d’incertitude. Je n’aimais
pas du tout cette façon un peu trop désinvolte
d’échapper à une promesse. Coincée dans cet
appartement, à cause d’un petit budget, je
voyais d’un mauvais œil se dégrader une cohabi-
tation déjà bien fragile. Heureusement et tout
naturellement la matinée passait agréablement,
effaçant ainsi le mauvais tourment. De toute
manière le paradoxe n’était pas le seul artisan
puisque l’agréable éveil du bambin, respirant
enfin la joie de vivre, me redonnait
l’indispensable apaisement. Comme d’habitude
je mangeais seule à midi puisque Ralph, chef de
rayon pour le compte d’une grande surface, ne
pouvait pas rentrer déjeuné. Je m’apprêtais à
engloutir un casse-croûte quand, à peine audi-
ble, j’entendis un léger grattement venir de la
porte. Bien sur… bien sur j’avais des amies…
des copines… de bonnes voisines. Mais à cette
heure ci ? Non… non ! Une petite idée germait
rapidement dans ma tête. Pour moi, seul un ma-
ri conduit par un gros remord pouvait, en quête
d’un pardon, grattouiller de la sorte.
33 Internatiôlame
3 LA NAISSANCE D’UNE AMITIÉ
– Grattt… grattt…
Oui, plus de doute, aussitôt je m’essuyais
d’un revers de la manche et d’un pas feutré, à
cause du bébé, je m’empressais d’ouvrir la
porte.
– Bonjour M’dame Tierci, je… je…
Extrêmement surprise je dessinais de drôles
de traits ; quand, timide et confuse, madame
Malika Azdine parlait tout doucement.
– Ah ! Bonjour madame ? Madame Azdine !
Entrez… mais entrez je vous en prie
La voisine, les mains chargées d’une assiette
remplie de pâtisseries Algériennes, avançait ma-
ladroitement dans l’appartement.
– J’ai apporté un petit peu de gâteaux que j’ai fais
moi même et je viens nous excuser pour le bruit trop fort.
Devant le lourd aveu j’éprouvais tout de
même énormément de difficulté à traduire les
mots franchement trop ensoleillés à mon
oreille. Seulement l’assiette, sensée renouer une
amitié pourtant jamais affirmée à ce jour, ba-
layait bien des frontières.
35 Internatiôlame
– Oh ! Merci, comme c’est gentil. Mais as-
seyez-vous. Je… je, vous prendrez bien un petit
café ?
Son grand sourire bronzé acquiesçait l’offre
et, tout en dosant la noire mixture, je
m’inquiétais.
– Je… hem ! J’ai appris par mon mari la nais-
sance de votre petit. Il va bien j’espère et com-
ment s’appelle-t-il ?
– Mohamed !
Envoya-t-elle avec une intonation remplie de
satisfaction.
– Oui, Mohamed, il est très… très gentil. Il ne fait
pas de bruit.
Concluait alors Malika de façon quasi-
harcelée par cette dominante obsession dont
seul Mustapha pouvait ainsi exiger afin d’éviter
d’inutiles histoires. Mon dieu ! En ressassant
mot après mot pour bien saisir, je réalisais alors
l’étendue de la bêtise. Sincèrement désolée
d’une telle blessure, je tentais de donner un air
neuf à cette atmosphère un peu trop contami-
née à mon goût.
– Oh ! Non… non madame Azdine ne pre-
nez pas à la lettre les caprices de mon mari, il…
il.
Devant ce langage trop élaboré pour ma voi-
sine, qui recevait alors les mots comme vérita-
ble charabia, je simplifiais quelque peu la for-
mulation.
36 La naissance d’une amitié
– Vous… oui, madame Azdine, vous pouvez
parler… crier, même chanter comme vous vou-
lez et. Ah ! Quel imbécile, personne ne vous di-
ra plus rien : je vous le promet.
Sans vraiment tout comprendre : mais rien
qu’à l’écoute de l’agréable expression, le visage
méridionale s’illuminait jovialement. Ainsi elle
allait jusqu’à annoncer.
– Malika ! Toi m’appeler Malika et Malika
contente de voir ton bébé.
Juste le temps de discerner et, sitôt une petite
traduction réalisée, je souriais généreusement en
prenant les mains rouges dans les miennes à
l’extrême blancheur.
– Bien sur… bien sur ! Je… je : ah, je suis
également très heureuse que vous soyez venue
me voir Malika… oh ! Et moi c’est Gene-
viève… oui, appelez-moi Geneviève, ça me fera
grand plaisir.
– Je… je. Jeune v… v. vieille.
Répétait-elle avec pourtant, et malgré quel-
ques pirouettes, un maximum d’adresse pour
une langue arrivant depuis peu d’un autre
continent.
– Ah… ah…
Spontanément, et sans aucune concertation,
nous partions dans une complicité bien eupho-
rique. À ce moment précis aucune d’entre nous
n’éprouvait le besoin de la moindre traduction
pour se comprendre.
37 Internatiôlame
– Ah… ah ! D’accord… d’accord : prenons
notre café et après je vous montrerais mon petit
Nicolas.
La discussion battait son plein et le fluide
passait comme si l’on se connaissait depuis tou-
jours : la preuve !
– Non… non ; s’il te plais : pas ‘’vous’’… plus
‘’vous’’’mais toi dire ‘’tu’’à moi.
Malgré cette mer séparant les deux pays, il
miroitait alors dans les yeux de l’algérienne un
océan de sincérité. Conquise par autant de fran-
chise, je ne manquais pas de m’y baigner.
– Oui… oui Malika je te dirais
‘‘tu’’dorénavant ; combien de sucre v… v. vou-
lez v… heu ! Veux-tu ?
Même sans douceur ce café là ne connaissait
aucune amertume. Et les petits gâteaux, pour-
tant très orientaux à mon goût, ravivaient bi-
grement un palet normalement habitué à
d’autres sucreries.
– Hum ! Hum bons… ils sont très bons ces
gâteaux… très bien, maintenant je vais te pré-
senter à Nicolas. Seulement après j’aimerais
bien que tu me montres ton petit Mohamed.
En la précèdent d’une semelle, Malika se-
couait la tête positivement avec des yeux dévo-
rant un intérieur si diffèrent du sien qu’elle pen-
sait bien traverser un autre monde que seul le
rêve savait si bien fabriquer.
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