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J'ai rêvé d'une entreprise "4 étoiles"

De
224 pages
Eden a obtenu, très jeune, ce dont il rêvait : des diplômes, un emploi respectable et de l'argent. Accompagné de ses camarades, il va connaître l'euphorie de l'expatriation et du statut social. Cependant une série d'évènements, aussi drôlement tristes les uns que les autres, vont bouleverser leur vie et remettre en question leur choix. On trouve ici un décryptage de l'environnement social des étudiants d'écoles de commerce et de l'univers de la finance.
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Hem’sey MINAJ’ai rêvé d’une entreprise
« 4 étoiles »
Récit J’ai rêvé d’une entreprise
« Tout au long de mes études, j’ai envié mes professeurs et ces chefs « 4 étoiles »
d’entreprises qui nous racontaient des choses incompréhensibles.
Je voulais leur ressembler, me prouver que leur monde était à portée de
Parcours de jeunes auditeurs fnanciers main. C’est donc ainsi que je me suis engagé sur ce chemin sinueux qu’on
défnit comme étant « la réussite ». Tout ce que j’ai entrepris, c’était
pour passer au travers des solides barrières que m’imposait la banlieue ». Récit
Éden a quitté la région parisienne pour La Place, une capitale
européenne de la fnance. Diplômé d’une école de commerce, il est
promis à un bel avenir au sein d’une entreprise 4 étoiles, dans laquelle il
entame une carrière d’auditeur fnancier.
Éden, qui s’était donné pour objectif de réussir dans la vie grâce aux études
a obtenu, très jeune, ce dont il rêvait : des diplômes, un emploi respectable
et de l’argent. Accompagné de ses camarades, il va connaître l’euphorie de
l’expatriation et du statut social. Cependant une série d’évènements, aussi
drôlement tristes les uns que les autres, vont bouleverser la vie de ce petit
groupe et remettre en question leur choix.
J’ai rêvé d’une entreprise « 4 étoiles » retrace la soif de réussite d’un
jeune Français via les études et le monde de l’entreprise. À travers des
personnages truculents et des histoires crues, ce récit aborde plusieurs
thèmes : le bonheur, l’ennui, la dépression et l’accomplissement. On y
trouve un décryptage de l’environnement social d’étudiants d’écoles
de commerce et de l’univers de la fnance.
Diplômé d’une école supérieure de commerce, Hem’sey
Mina travaille dans la fnance d’entreprise. Il a participé
à plusieurs actions associatives en faveur de l’éducation
pour les jeunes d’Île-de-France. J’ai rêvé d’une entreprise
« 4 étoiles » est son premier livre.
Illustration de couverture :
Le jeune cadre face à ses tourmentes,
2014 © Tercy Bassakouaou.
ISBN : 978-2-343-04980-9
20 e
Hem’sey MINA
J’ai rêvé d’une entreprise « 4 étoiles »
























J’ai rêvé d’une
entreprise « 4 étoiles »






Hem’sey Mina





J’ai rêvé d’une
entreprise « 4 étoiles »
Parcours de jeunes auditeurs financiers

Récit











































































































































































































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04980-9
EAN : 9782343049809


LE MOT DE L’AUTEUR

Jeune homme, jeune femme, si tu chavires,
Ne méprise pas ta jeunesse et va au bout de tes rêves.
À toi qui liras ce livre,
Ne vis pas une vie qui n’est pas la tienne.

































































AVANT-PROPOS

Au cours d’une pendaison de crémaillère, dans le onzième
arrondissement de Paris, j’assistais à une scène particulière :
une dizaine de jeunes ne cessaient d’évoquer leur vie
professionnelle au lieu de profiter des réjouissances. Ils étaient
tous diplômés d’école de commerce et travaillaient dans la
finance.

En prêtant une oreille attentive à leurs échanges, je
demeurais perplexe à l’écoute du style de vie relativement triste
que mènent ces jeunes professionnels. Ils étaient censés vivre
leurs meilleures années et pourtant, ce n’était pas le cas.

Ne comprenant pas leurs plaintes, je pris le temps d’écouter
chacune de leurs histoires. En quittant les lieux, je pensais aux
étudiants qui intégreront le monde du travail. L’idée me vint
alors d’assembler leurs témoignages, d’écrire une histoire et de
porter leurs messages à travers un récit qui leur serait dédié.

C’est ce livre que je vous présente aujourd’hui.



































INTRODUCTION : CRISE DE LA QUARANTAINE
Mai 2013. La nature peu commode nous accorde un temps
ingrat avec des températures froides accompagnées de
nombreuses averses. Le printemps, cet être plein de caprices,
est absent. Il a, semble-t-il, laissé quartier libre à un hiver
résistant.
Dans mon métier, la busy season est une période de l’année,
entre les mois de janvier et d’avril, pendant laquelle les
employés doivent survivre à un rythme de travail intensif.
Elle devrait déjà être terminée, mais je continue à travailler
comme un forcené jusqu’à pas d’heure sans pour autant
bénéficier de cette ultime rétribution que sont les heures
supplémentaires rémunérées.
Détrompez-vous, je ne suis pas un de ces employés
incompétents qui n’arrive pas à finir ses tâches au bureau,
encore moins l’asocial qui se morfond dans le travail. Toutefois,
je n’ai pas le choix et dois porter ma croix en attendant des
jours meilleurs. Si vous saviez combien, je souhaiterais faire
autre chose ce soir que travailler : courir, danser la bachata ou
siroter une bière avec mes amis, respirer tout simplement.
Il est vingt-deux heures et je viens de recevoir, de
La Hongroise, un e-mail qui ne présage rien de bon.
Les problèmes rencontrés entre un responsable et son
subordonné en entreprise ressemblent parfois étonnamment à
ceux que peuvent endurer un couple. En règle générale, il en
découle une phrase à la teneur fatidique, la bien célèbre :
« Il faut qu’on parle ». À sa prononciation, plusieurs cas de
figure sont à prévoir : la fuite ou le rejet pour les moins
téméraires, et la confrontation pour les braves. Pourtant, une
discussion n’est pas toujours synonyme de gravité et peut bien
au contraire signifier les prémices d'une éclaircie, gage d'une
meilleure relation.
« Éden,
Nous devons discuter. Pourrais-tu être disponible demain à
8h stp ? Merci ».
9

Ce matin, avant de fermer la porte en bois massif de mon
domicile pour me rendre au bureau, je me suis donné du
courage en me répétant : « Fais ce que tu dois faire afin de
pouvoir réaliser ce que tu veux». Mon lieu de travail est un ring
sur lequel je dois monter chaque matin. Ma foi et ma
détermination sont mes gants, avancer en esquivant des coups
fatals est mon combat.
Une définition simple de mon exceptionnel métier ? Mettre
en œuvre toutes mes facultés intellectuelles pour prémunir les
entreprises que j’ausculte d’un éventuel cancer financier.
Comment ? En leur posant des questions auxquelles j’espère
obtenir des éléments de réponse sur ce que mes supérieurs
veulent savoir à propos de leurs procédures internes, de leurs
situations financières et de certains faits comptables.
La plupart du temps, ma hiérarchie m’envoie chez des
clients pour des missions qui peuvent durer une journée,
plusieurs semaines voire quelques mois. Il arrive aussi que je
travaille directement au bureau à condition qu’ils mettent à
notre disposition, sur un site intranet, les documents nécessaires
au suivi de notre mission ou s’ils les envoient par courriel.
Dans un souci d’efficacité, mon employeur m’a généreusement
offert un arsenal d’outils des plus indispensables : un ordinateur
portable, un bloc-notes, un stylo et un scanner.
On me prête parfois l’image du vil inspecteur qui mène de
stupides enquêtes. Cela va sans dire que je suis une sorte de
boulet ambulant qui pollue ses précieux clients de ses questions
salaces. Eux qui déjà ont du mal à comprendre le sens des
tâches qui leur incombe, imaginez-vous donc le calvaire que
cela doit être pour eux de répondre à nos questions complexes.
Je suis donc un auditeur financier. Mon employeur,
Gapéché, est vénéré dans le monde entier comme une
entreprise 4 étoiles, un des quatre grands groupes ayant conquis
le monopole de l’audit financier : Bévéché, Duloippe, Ivouaye
et Gapéché. Je travaille à La Place, la capitale d’un petit pays
splendide encerclé par trois robustes voisins : l’Allemagne, la
Belgique et la France.
Ce soir, j’ai quitté le bureau à vingt heures pour finir mes
tâches à mon domicile, un studio que je loue dans un quartier
10

populaire, le moins cher de la ville. Ce mini appartement de
trente-cinq mètres carrés est situé au premier étage d’un petit
immeuble à la peinture verte bouteille au croisement de deux
rues : la rue Sampaix et la rue de la Paix. Je me remémore
encore le coup de cœur que j’ai eu pour cet endroit lors de la
première visite. Je l’avais aussitôt réservé après avoir apprécié
son intelligente décoration et ses grandes fenêtres qui apportent
beaucoup de chaleur et de luminosité.
Aucune place à l’intérieur n’est perdue, des solutions ont été
trouvées pour optimiser l’espace sans le compartimenter ni
renoncer à la lumière grâce à une très bonne exposition au
soleil. Il comprend un grand espace habitable, une douche et un
balcon, bien suffisants, pour une personne seule. Le balcon,
placé à l’arrière de la rue principale, donne sur le voisinage en
face et sur un jardin, au rez-de-chaussée, dans lequel ma voisine
portugaise cultive des pousses de tomates.
Mes voisins sont impassibles et peu accessibles, imposants
bien souvent un silence pesant ou ne plaçant que des
monosyllabes lorsque mes invités ou moi, nous hasardons à
entamer avec eux un dialogue. Hormis les jours de grande
chaleur, ce qui reste relativement rare à La Place, il est
inhabituel de voir un enfant jouer dans les longues rues de mon
quartier.
Lorsque le soleil brille haut dans le ciel, deux grandes
fenêtres coulissantes laissent filtrer les rayons du jour et
emplissent cet espace de vie d’une lumière intense. Ce qui
laisse ainsi entrevoir une cuisine américaine ; très bien
aménagée avec son four, sa hotte, ses armoires et ses
accessoires muraux parfaitement alignés, contenant de
nombreux ustensiles et une vaisselle de qualité ; un canapé-lit,
un écran plat, une commode, des rangements et de multiples
décorations : des cartes postales, un masque Yoruba du Nigeria,
une carte représentative de l’Afrique Centrale, des mugs de
Prague et un tableau de sable illustrant le Lac Rose du Sénégal.
Trois grands miroirs tapissent les murs de l’espace de vie qui
comprend de nombreuses suspensions et fixations
indispensables sur les murs. À la tombée de la nuit, les lustres
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réfléchissent une lumière pure qui, se répandant dans tout
l’appartement, se concentre en un point et apporte un surplus de
vie : les yeux d’une ravissante jeune femme dessinée dans un de
mes tableaux, vêtue d’une longue robe colorée, croisant ses
jambes lisses, l’avant-bras gauche posé légèrement sur une
petite table, le coude droit posé sur sa cuisse galbée laissant
ainsi sa main soutenir son parfait menton, qui me fixent de
manière subtile, m’amenant constamment à m’interroger sur la
visée de son auteur.
Il m’est devenu normal d’ouvrir mon pc, une fois rentré et
de me replonger dans une énième session de travail jusqu’à
minuit. Jusqu’ici, j’ai résisté au stress, à la pression et à une
charge de travail importante. D’ailleurs, je n’ai pas le choix.
Il le faut pour éviter des remarques désobligeantes de
La Hongroise. Son courriel vient de me signaler un danger
imminent.
Je m’assieds sur mon canapé-lit moelleux et me mets à
réfléchir pendant une trentaine de minutes. J’en ai sérieusement
ras le bol de me battre contre elle. Mes pensées sont assez
floues : des schémas compliqués bourrés de variables inconnues
me taraudent l’esprit. Je prends mon smartphone, un galaxy S3,
parcours mon répertoire et compose le numéro de Farid :
- Farid, c’est Éden.
- Ça va mieux ? demande-t-il avec un air hésitant.
- Non… Je vais démissionner.
- Qu’est-ce qui se passe encore ?
- C’était pour te prévenir… À plus.
Je raccroche. Je m’enfonce dans mon doux canapé-lit.
Mon pc est encore allumé, j’ouvre la fenêtre automatique
d’YouTube. La page me suggère un vieux hit, Le rêve du
pécheur de Laurent Voulzy. Voulzy ? Pourquoi pas. Juste
audessus, le site propose J’voulais de Sully Sefil, une ancienne
icône du rap, mais je ne suis pas d’humeur à écouter son
histoire tragique de braquage dans laquelle il rend l’âme.
D’ailleurs, je n’ai jamais aimé son clip, de vrais gangsters tels
12

qu’Al Capone ou Mesrine s’en seraient mieux sortis. Ce n’est
pas étonnant que le rappeur Booba l’ait critiqué dans sa chanson
Rat des villes. Fichtre ! Pourquoi perdre mon temps à critiquer
Sully qui a connu son heure de gloire grâce à son single ? Bref,
Le rêve du pécheur, c’est parfait. Je la joue et l’écoute, songeur.
Certaines phrases qu’on entend, lit ou prononce peuvent
changer notre perception quotidienne de la vie en un laps de
temps. Farid a tenté de me rappeler à trois reprises, en vain,
j’ai laissé sonner. Je reçois un texto, le sien, je prends une
claque en le lisant : « T’as que 24 piges et tu te la joues crise 2
la quarantaine, ce sera quoi à 40 ? La retraite ? ».
Je fixe le reflet de mon visage et me regarde à travers l’écran
du smartphone, mon constat est amer : je n’ai que vingt-quatre
ans et pourtant, j’ai les traits tirés, je suis harassé et j’ai la
mauvaise impression que mon corps est déjà en train de vieillir.
Arrive le couplet dans lequel Laurent Voulzy chante « rêver
d’être ailleurs qu’ici, être ailleurs, vivre simplement de pêche,
mais les rêves, on les empêche ». La dernière phrase se fait
écho dans mes pensées « mais les rêves, on les empêche ».
Sans raison aucune, je sens soudain une fine larme couler
lentement sur ma joue creuse avant de se réfugier aux confins
de ma barbe hirsute de trois jours. Si ma sœur m’avait vu dans
cet état, elle m’aurait certainement bousculé et assené d’un «
Big boys don’t cry man ! ».
Cela fait un moment que je crie mon mal d’audit, incompris
par quelques amis qui sont au chômage à Paris. Je prends mon
bloc-notes, arrache nerveusement une feuille et écris ces bribes
de phrases : « Je suis en CDI et je m’ennuie, j’ai un bac+5 et
je m’ennuie, je n’ai que 24 ans et n’ai plus confiance en
l’avenir, l’audit m’a tué et je ne pense qu’à m’enfuir ».
Comment ai-je pu arriver-là ?



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CHAPITRE 1 : MA DÉFINITION
Chose apprise dans l'enfance est gravée dans la pierre.
Proverbe chinois.

Ma mère m’a appelé Éden, paradis en hébreu. Mon père m’a
transmis le nom d’Elikia, espoir en lingala, une des langues
officielles du Congo, mon pays d’origine. Mes amis qui me
trouvent trop coquet aiment à m’appeler Le Mignon.
Je suis français, ma couleur de peau ressemble à celle du
café, je suis affilié à ceux que les médias désignent par
l’expression « Français de la diversité », une composition de la
formidable mosaïque que représente la population du pays.
Le Congo-Brazzaville, pour ne pas confondre avec son géant
voisin qu’est la République Démocratique du Congo, est un
petit pays situé au cœur de l’Afrique. Il fit anciennement partie
d’un puissant royaume, le Kongo, nom qui signifie centre de
l’univers. C’est le colonisateur qui, par la suite, remplaça la
consonne k par c afin d’en supprimer toute sa force symbolique.
Cet état, dont l’histoire et la géopolitique sont méconnues,
fut colonisé par la France. Bien que cela soit ignoré d'un bon
nombre de personnes, la capitale congolaise joua un rôle
important durant la Seconde Guerre mondiale. En 1940,
en effet, alors que la France était occupée par les troupes
allemandes, elle fut proclamée, par le Général de Gaulle,
capitale de la France libre.
Actuellement, le Congo connait une forte croissance
économique notamment grâce aux ressources naturelles dont
il regorge. À Paris, ses ressortissants sont connus pour la
sapologie : un art vestimentaire qui consiste à s’exprimer aux
travers d’un style osé, mêlant dandysme et haute couture, le tout
agrémenté d’une touche rafraichissante.
D’après mon oncle Belard, cette science de la sape trouve
son origine dans les années qui ont suivi la fin de la Seconde
Guerre mondiale, lorsque des Congolais ayant combattu contre
le nazisme en Europe pour la France rentrèrent au pays habillés
à la française. Un colonel français, qui avait l’Afrique dans la
peau, les rapatria en leur recommandant de ne pas s’habiller
15

comme tels pour ne pas saper le moral des troupes. Le résultat
fut l’inverse de celui escompté. Ils furent accueillis par une
foule en délire, émerveillée par leurs accoutrements. Mon oncle
m’a relaté cet évènement, une histoire qu’il avait
personnellement vécue :
- En tout cas, j’étais tout petit ! Je les ai vus de mes propres
yeux, assis sur les épaules de mon père, disait-il avec passion.
Il ne cesse de raconter cette histoire à mes cousins et prétend
fermement en détenir des preuves : des photos que nous
n’avons jamais vues, égarées quelque part dans son village
natal.
Ma mère tomba sous le charme de cet eldorado lorsqu’elle
s’y rendit pour la première fois, dans les années 80, en mission
pour le compte d’une défunte compagnie aérienne panafricaine
Air Afrique. Elle s’y installa ensuite contre l’avis de sa famille
et y rencontra mon père. Ce n’est qu’en 1997, après la guerre
meurtrière que connut cette terre suite à un coup d’état, qu’elle
revint s’installer en France.
Mon père, comme de nombreux Congolais, considère les
études comme le moyen suprême de réussir dans la vie,
c’est-àdire comme un vecteur de progression sociale. N’ayant pas
accompli ce qu’il aurait souhaité à un certain âge, il m’a
toujours poussé à suivre de "bonnes études". J’ai compris, au fil
des années, qu’il vivait ma réussite scolaire par procuration et
qu’en réalité, c’était une manière détournée pour lui d’exaucer
des rêves qu’il n’avait pas eu la chance de réaliser.
Je me considère comme un jeune homme qui aurait eu plus
de chance de devenir vendeur à plein temps chez H&M plutôt
que d’obtenir un doctorat, un jeune habitué de Barbès et la
Porte de Clignancourt, qui ressentirait la désagréable sensation
d’atterrir sur une autre planète en se promenant pour la
epremière fois dans les beaux quartiers du VII arrondissement.


16
CHAPITRE 2 : L’ÉDUCATION
Pour qu’un enfant grandisse, il faut tout un village.
Proverbe africain.
Le système éducatif francophone nous a transmis son
élitisme dès le plus jeune âge et nous a guidés, plus ou moins,
vers un mode de vie prédéfini. Très tôt, la société nous a
implicitement poussés à croire que tous les métiers n’étaient pas
égaux, qu’il fallait différencier les vrais des sous-métiers.
Pour tous les enfants nés en France élevés à la congolaise ou
nés au Congo élevés à la française, voici la liste noire qui nous
fut présentée : agriculteur, boulanger, charpentier, éboueur,
mécanicien, menuisier, serrurier, vitrier et tout un lot d’autres
professions liées aux activités manuelles. J’entendais souvent
dire « Ça, c’est pour les paysans ».
De solides arguments qui ne manquaient pas de justifications
nous étaient présentés pour les vrais métiers : agent de la
fonction publique « pour la sécurité de l’emploi », ingénieur
« pour commander les autres », médecin « parce que tu soignes
les gens et c’est bien payé », politicien « pour manipuler les
autres », sans oublier militaire « pour faire un coup d’état et
devenir président ». En somme, tout emploi nécessitant le port
d’une arme ou du costume était une garantie.
Devenir un grand équivalait à abandonner nos talents pour
suivre de longues études éloignées de nos aptitudes.
Le nez dans les ouvrages scolaires représentait alors le meilleur
gage de réussite. Ce contexte fit croire implicitement aux
écoliers qu’en suivant les parcours d’excellence plébiscités par
la sommité de la société française, ils seraient différents des
autres, ils seraient des modèles pour leurs familles, des hommes
heureux.
J’ai encore en tête l’exemple d’un de mes cousins.
Il détestait l’école et passait son temps libre à dessiner. Au lieu
de l’encourager à intégrer une école d’art réputée, ses parents
s’employèrent à étouffer cette vocation futile et le poussèrent à
suivre des études de littérature qui immanquablement se
soldèrent par un cuisant échec.
17

Au primaire, collège et lycée, nous avions préféré les
sciences aux autres matières. Puis, nous nous sommes rués sur
les classes préparatoires, les IUT et les BTS avec pour seul
objectif d’intégrer des grandes écoles au bout de deux ans,
commençant ainsi une longue et sinueuse marche vers les portes
de la gloire.
HEC, Paris Dauphine, Sciences Po, Sup de Co… Nous
avions voulu intégrer ces écoles de rêves afin d’obtenir
des diplômes qui nous permettraient de mieux intégrer
le monde du travail et de gagner de l’argent.
Une part considérable d’étudiants de ces grands
établissements est issue de familles qui disposent de ressources
financières limitées. Ces étudiants contractent alors des crédits
importants auprès de banques, partenaires de leurs écoles, pour
financer des frais de scolarité dont le montant pourrait
décourager un bon nombre de candidats potentiels. Dans de
telles conditions, il parait logique de suivre des filières
généreuses qui rapportent un retour rapide sur investissement.
En outre, ils ont besoin d’argent pour s’ériger en modèle
dans leurs milieux respectifs en prouvant à leurs proches qu’il
est possible de briller grâce aux études. Le besoin de ne pas être
intégré dans les stéréotypes est fort tant l’image d’un jeune qui
s’en sort financièrement a été associée à celle du dealer, du
rappeur ou du sportif. Pour les étudiants qui s’identifient à ces
problématiques, les arts, la communication, la littérature et le
marketing apparaissent comme un désert, des filières où même
des Français de souche ont du mal à trouver un emploi.
La comptabilité, la gestion d’entreprise et la finance de marché
deviennent alors des oasis.
En ce qui me concerne, mon père, ne voulant pas que je
perde mon temps sur les bancs de l’école, décida de me faire
sauter deux classes. J’ai obtenu mon bac à dix-sept ans.
Mon père aurait bien voulu que j’intègre une classe
préparatoire, j’ai préféré un IUT pour ne pas trop subir son
influence.
Je me rappelle de mes vieilles années au lycée.
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POÈME 1 : SI TU VEUX RÉUSSIR

Papa m’a dit : fais comme moi si tu veux réussir.
Maman m’a dit : fais comme lui et tu vas réussir.
Mes profs m’ont dit : ne suis pas cette filière si tu veux
réussir.
La société m’a dit : sois à mon image et tu vas réussir.

Moi, je ne suis qu’un enfant du soleil,
Qui se moque de vos tracas.
Vos choix me poussent dans l’embarras,
Et ne constituent en aucun cas un modèle.

Si j’ai voulu faire HEC,
Une ESC,
Une faculté,
C’était pour m’évader, simplement m’évader.
Je serai entrepreneur, créateur d’emploi,
Directeur, mini roi. Garant de mes propres lois.
Je serai celui que je veux devenir,
Car mon passé me condamne à réussir.

19

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