Je préfère grignoter le ciment.

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A l'heure où la banlieue devient un enjeu politique, un microcosme sur lequel tous les projecteurs se braquent, l'auteur prend ici le contre-pied des poncifs véhiculés par les médias. Il nous invite à une incursion où Armand nous guide dans les méandres de la cité. Ses codes et ses lois y sont fidélement retranscrits, dans un récit qui fait converger deux entités que l'on croyait aux antipodes l'une de lautre: les jeunes et la police. Loin des partis pris et d'un manichéïsme racoleur, l'auteur nous brosse un portrait authentique de ce monde fantasmé par tant. Enfin la cité racontée par ceux qui la vivent.
Publié le : vendredi 17 juin 2011
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EAN13 : 9782748192865
Nombre de pages : 179
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Titre
Je préfère grignoter le ciment
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Titre Stanislas Cassagne
Je préfère grignoter le ciment
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-9286-9 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748192865 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-9287-7 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748192872 (livre numérique)
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« Les plus vils serpents ont souvent les plus beaux costumes. » .
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Je préfère grignoter le ciment.
Vendredi 15 février 2004,17 h 30. Ma journée est finie, et pour souffler l’espace d’une seconde je m’assois sur le siège qui est face à mon bureau. Aujourd’hui m’a paru un jour semblable à tous les autres, je suis arrivé vers 8 h 00, j’ai salué mes collègues et, comme on dit, j’ai pris mes fonctions. Veuillez m’excuser, j’ai omis de me présenter. Mon nom est Laurent Davier, ici on m’appelle « Lolo ». Ce n’est pas vraiment le genre d’appellation que j’affectionne particulièrement. Ce coté trivial entre collègues ne fait pas partie de mes habitudes, mais pour me faire bien voir je me contente d’accepter cela. Ma vingt-deuxième année est commencée, et cela fait deux mois que j’ai sur moi cet habit, que je pensais honorable, celui de gardien de la paix ou flic, keuf, condé, shtar et autres dénominations. Le nom de keuf ne me gêne pas vraiment, car venant moi-même d’un quartier « chaud » j’utilisais le même terme à la vue de l’uniforme, ou de la veste noire ornée du mot POLICE dans le dos. En grandissant dans ce type d’endroit, on voit et on vit des choses dont
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Je préfère grignoter le ciment
notre histoire personnelle se passerait volontiers. Alors pour arriver à quelque chose de bien dans ma vie, j’ai tenté de mettre le maximum de vitalité et de rigueur dans ma scolarité. D’une part pour nourrir la fierté de ma mère, et d’autre part pour ne pas tomber dans des combines malsaines qui auraient pu me coûter la vie. Qu’elle soit physique ou non car même si je ne m’étais pas fait tuer, toute mon existence aurait pris racine dans les plus vils endroits de cette ville, avec les personnes les plus infréquentables. En réalité, je n’ai pas vraiment eu droit à une enfance et une adolescence proches de ceux que les gens extérieurs aiment à décrire comme des animaux, cette caricature qui nous discrédite auprès de tout notre pays, ce stigmate : Le Banlieusard. J’entends par là que je n’ai pas volé de voiture, je n’ai jamais fumé de shit, ou même de l’herbe, ni même une cigarette, je n’ai pas brûlé de commissariat, je n’ai pas frappé de professeur, je n’ai pas insulté mes parents, ni mes voisins, je n’ai pas jeté de cocktails molotovs pendant une émeute, je ne me suis jamais promené avec une arme sur moi, je n’ai jamais volé dans un supermarché, je n’ai jamais retourné et incendié de voitures et je n’ai jamais fait de prison, ni même de très fameuse G.A.V (« garde à vue » pour les profanes), je n’ai jamais conduit de véhicules sans permis, et pour finir je n’ai jamais
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