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Jeu de mort

De
203 pages

La mort sordide d'une danseuse étoile, une plongée dans le monde de la danse, un monde méconnu, fermé sur lui-même, où nul ne peut tricher, ni sur son âge, ni sur son talent. L'auteur a écrit une dizaine de ballets dansés un peu partout en France.

Publié par :
Ajouté le : 14 juin 2011
Lecture(s) : 57
EAN13 : 9782748111668
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Jeu de mortJean-Claude Dutilh
Jeu de mort
ROMAN' manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-1167-2(pourle fichiernumØrique)
ISBN: 2-7481-1166-4(pour le livreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
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’ à àHier, en fin d aprŁs-midi, le ciel s est g tØ tout d un
coup. Il pleuvra au moins jusqu lundi, avec des
Øclaircies,sansdoute,maisdecourtedurØe,inapprØ-
ciables. Un week-end perdu.
Et nos vies, Pola ?
7Depuis son adolescence, l inspecteur Roche Øtait
fØrudephØnomŁnesparanormaux;ilprØtendaitpos-
sØder lui-mŒme un sixiŁme sens qui l alertait en cas
deconjoncturedifficile. Safamilleconnaissaitetac-
ceptait pour ce qu elle valait cette passion inoffen-
sive;c estdoncsansØmotionquesafemmel enten-
dit marmonner, ce matin-l :
-Catherine,jeferaismieuxderesteraulit!
IlvenaitdebousculerlerØveilposØsurlatablede
nuitenessayantdebloquersasonnerierØcalcitrante
etcefrileuxmercredidemarsneluivaudraitquedes
ennuis, il les pressentait. Sans doute abandonnait-il
lesprØdictionsvØritablesauxpucelles,commeAna-
tole France, l un de ses Øcrivains prØfØrØs ; ces en-
nuis, il ignorait donc d’oø ils viendraient, de quelle
nature ils seraient, mais son instinct ne pouvait pas
letromper. Il entrait dans une zone de turbulence et
ilapprØhendaitde poserle pied par terre.
Trente-trois annØes de mariage mettaient Cathe-
rineàl abridetoutesurprise. ElleØcoutasansbron-
chercessombresprophØtiesetselevaafindeprØpa-
rer leur petit-dØjeuner. Pour elle, la journØe se prØ-
sentaitsemblableauxautres,avecunlottraditionnel
de bons et de mauvais moments ; elle saurait assez
tôt de quel c tØ pencherait la balance.
-Louis,jefaisgrillertestartines,nelambinepas,
dit-elleenlevoyants enfermerdanslasalledebain.
9Jeu de mort
C’estqu’ilyresteraituneheure,àsonhabitude,
si elle ne le pressait pas !
-T chedetedØpŒcher,ajouta-t-ellesansycroire.
Roche ne rØpondit pas, prØoccupØ par les ondes
nØfastes qui le cernaient, et la suite lui donna rai-
son. Son rasoir Ølectrique tomba en panne au beau
milieu de sa toilette, sa femme renversa une tasse
de cafØ sur son pantalon, l obligeant à se changer
en vitesse comme il partait. Puis il accrocha un cy-
clisteimprudentensortantdugarage;riendegrave,
il en fut quitte pour la peur, mais tout cela apparte-
nait à l ordre logique des choses. Aussi, quand son
chef l engueula parce qu il Øtait en retard, ne s en
Øtonna-t-il pas !
-NomdeDieu,qu est-cequetufous? Tut esen-
dormi,cematin? AmŁne-toi,nousallonsauthØ tre.
- Pourquoi faire ?
-Voirlesdanseuses. ilyenaunequit attenddans
sa loge.
- Morte ?
Rochen envisageaitplusquelepire. Lecommis-
sairePatrickKalenderpritdesclØsdevoiturequise
trouvaient à sa main.
-Tureviendras endeuxiŁmesemaine !
L’inspecteur insista encore du bout des lŁvres,
pour la forme.
-Unemerde ? Etelleestpournous ?
LasØrienoirecontinuait,quoi! KalenderdØbou-
laitdØj l escalierdu bunker,commelespoliciersap-
pelaient entre eux l immeuble de bØton qui abritait
leurs locaux, Roche avait du mal à le suivre. De-
puis quelques temps, il s essoufflait un peu et il en-
viait son patron qui courait toujours sansmontrer la
moindrefatigue; ilsevoulaitunequarantainespor-
tive avec obstination et ne nØgligeait rien pour la
conserver. A peine un lØger embonpoint tendait-il
parfois sa chemise lorsqu il oubliait de rentrer son
estomac,maissasilhouetterestaitsØduisanteetilen
10Jean-Claude Dutilh
jouait. A l Øpoque de son union avec HØlŁne, cela
n’Øtait pas si loin, la jeune femme s irritait de son
constantdØsirdeplaireetennourrissaitsajalousie.
- Un homme qui s accepte avec de la brioche est
prŁs de s avachir moralement, rØpliquait alors son
mari sans la convaincre.
Au moment de sortir, Kalender se retourna, sou-
dain agressif.
- Comme tun’arrivais pas, j ai demandØ àDaron
deprendrelesdevants,avecCafouinetRaimont. Tu
vas te magner, oui ?
Lecommissaires’instalaauvolantdel’autode
service et dØmarra sec, laissant à peine le temps à
son adjoint de se glisser prŁs de lui. Sa colŁre Øtait
injuste, mais il valait mieux ne pas le contrer quand
il se montait de la sorte. Il balan ait alors les pires
vacheriesquiluipassaientparlatŒtepourlesoublier
aussit t. Rochenes ensouciaitpas;ilØtaitl exacti-
tude mŒme et seule une telle succession d incidents
avaitpul empŒcherd Œtreàl heureaujourd hui. Le
plussouvent,ilassuraitlarelŁvedel Øquipedenuit
et ne se marchandait pas, on le savait. Tout ce que
son supØrieur lui envoyait à la figure à prØsent glis-
saitsurla solide carapace que sesannØesdemaison
avaientforgØe;trente-deux! Dansonzemois,ilse-
rait à la retraite, le reste ne lui importait plus beau-
coup.
La circulation matinale Øtait ralentie. Roche en
profitapourracontersesdØboires,Kalendersediver-
titdecetteaccumulationdemalheursdomestiqueset
ilspurentenfinparlerdel affairequilesmobilisait.
- Ils sont partis depuis combien de temps, les
autres ? demanda Roche.
- Un quart d heure.
- Ils auront balayØ le terrain.
- Sans fairetropdeconneries, j espŁre.
11Jeu de mort
LestroisinspecteursenvoyØsenØclaireursØtaient
jeunes dans le mØtier. La maladresse dont ils fai-
saientpreuveparfoisvenaitdeleurenthousiasmein-
tact, mais le Parquet ne l entendait pas toujours de
cetteoreilleetDignard,leurpatronàlaSous-Direc-
tiondesDivisionsdelaPoliceJudiciaire,nevoulait
pasdevaguesaveclaJustice;Kalenderyveillait.
Tout à l heure, au tØlØphone, le substitut Tadran
avait lavoixgrave, celledesaffairesdØlicates, pour
Øchanger quelquesmots avec lecommissaire. L’en-
quŒte s annon ait subtile et les policiers devraient
s en tirer au mieux, sans bavure ni publicitØ exces-
sive. D ailleurs, il allait se rendre sur place pour en
discuter mieux avec Kalender.
-C estPolaPastorquiestmorte,ØtranglØe,ditle
commissaire.
Comme Roche ne rØagissait pas, il s emballa de
nouveau.
-LØtoiledu BalletNationalquedirigeWillyLunt,
a te dit quelque chose, oui ?
L’inspecteur en avait entendu parler comme les
autres. Le rŁglement exigeait qu il y eßt un officier
de Police dans la salle pour chaque spectacle. Il lui
arrivait donc d Œtre de permanence, mais lorsqu il
s agissaitdeballetsils arrangeaitpourØchangerson
touravecuncollŁgue. IlprØfØraitl opØra,safemme
aussi,àconditionquel onchant tenfran ais!
Kalender ne voulait pas que Roche commtî des
bourdes en prØsence du Substitut, il lui fit la le on.
Dans les annØes quatre-vingt, Pola Pastor Øtait une
star qui dansait dans le monde entier. Son renom
avaitp liparlasuite,maisellen enrestaitpasmoins
danslamØmoiredupublic. Cettedisparitionbrutale
en navrerait plus d un et, par voie de consØquence,
attirerait la presse.
Roche se prit à sourire. Voil pourquoi Kalender
se montrait nerveux, les journalistes lui flanquaient
des boutons.
12
’Jean-Claude Dutilh
- Le Quartier est sur les lieux ?
Quelle question ! La danseuse avait ØtØ dØcou-
verte dans sa loge, au tout dØbut de la matinØe, par
les femmes de mØnage. Le crime - c en Øtait un
à l Øvidence, oui - devait remonter au milieu de la
nuit. Le directeur du thØ tre, lui-mŒme alertØ par le
concierge, s Øtait adressØ à la Police, dØclenchant la
routineofficielle. LespremiŁresconstatationseffec-
tuØes, l enquŒte relŁverait de la compØtence des Ju-
diciairesetKalenderenauraitalorslaresponsabilitØ,
maispourl heuresoncollŁgueduSecteurs enoccu-
pait.
-TadranpensequeleterrainestminØ,dit-il.
- Tu le crois aussi ?
-Est-cequejesais? Ilpeutyavoirdubeaumonde
souslacouverture,maisdufumieraussi. Alors, pas
d’exploit inutile, hein ?
-As-tuprØvenuDaronetlesdeuxautreszigotos?
KalenderjetaunregardnoirdanslerØtroviseur.
13Sur les trottoirs, les piØtons se h tent, engoncØs dans
leurs manteaux, courbant la tŒte sous les rafales qui
frisent la rue.
Un printemps pourri, Pola ; comme j ai froid !
15Le dimanche qui venait, Kalender avait promis à
son fils d assister avec lui à un match de football,
la vØritable passion du gosse. Depuis son divorce
rØcent, sa garde ne lui Øtait confiØe qu une fois par
mois, il ne voulait pas le dØcevoir. Il s arrangerait
donc pour Œtre libre, malgrØ cette histoire. A la rØ-
flexion, peut-Œtre serait-elle terminØe ? Quoi qu il
en fßt, Roche le remplacerait pendant les trois ou
quatreheuresquedureraitcetteescapadepaternelle.
Il irait chercher son môme vers midi, ils auraient le
tempsdedØjeuneretdediscutertranquillementavant
la rencontre, entre hommes. Un gamin de sept ans
a toujours une foule de choses à raconter, son pŁre
en profiterait pour l interroger sur ce type que l’on
voyait de plus en plus souvent avec HØlŁne, une es-
pŁcedebell treracorniqu elleprØsentaitcommeun
vaguecousin;maisilferaitensortedenepasletra-
casser. A quoi bon lui dire qu un autre s apprŒtait à
prendre une placequ il avait nØgligØe ?
Kalender repØra d abord l ambulance du SAMU
garØe dans la rue Gounod qui longeait le Grand-
ThØ tre. ConstruitàlafindusiŁcleprØcØdent,leb -
timentportaitsonâgesanshypocrisieetauraitbesoin
d’unboncoupdeneuf,maislaVille,àlaquelleilap-
partenait,hØsitaitdevantdetelstravauxetseconten-
taitd’unerestaurationà lapetitesemaine.
17Jeu de mort
Puis Kalender aper ut le car de Police-secours,
bien fatiguØ lui aussi ! Il Øtait stationnØ dans une
impasse oø donnait l’entrØe des artistes dont deux
gardienstransisdefroidinterdisaientl accŁsenbat-
tant la semelle pour se rØchauffer ; mal. Ils ne son-
gŁrentmŒmepasàrectifierlapositionpouraccueillir
le commissaire à qui Roche embo tait le pas, plus
ahanant que jamais.
- Les autres sont toujours l ?
-J ai l impressionqu ilsvousattendent.
Kalender regarda autour de lui, surpris par l ab-
sence des journalistes. Il pensait que ce crime les
exciterait davantage.
-NevousinquiØtezpas,vousallezlesvoirrappli-
quer, l cha le flic. Le Substitut n a pas voulu qu on
les prØvienne ; alors, forcØment, ils ne sont pas en-
core ici, mais attendez qu ils apprennent ce qui se
passe !
Il avait raison. Tôt ou tard, les journaux seraient
informØsdel’affaireetilstomberaientsurlepoilde
Kalender au plus mauvais moment ! Du travail en
perspective pour Roche.
EnlesvoyantsedirigerverslethØ tre,leplanton
Øternua un conseil :
- Faites-vous accompagner par le concierge. Il
n aime pas a, mais il y a de quoi se perdre l -de-
dans !
PassØe une premiŁre porte, Kalender et Roche
s arrŒtŁrentdevantunguichetvitrØ. Unhommetapi
dans une espŁce de niche obscure actionna aussit t
l ouverture d un second barrage et se prØsenta, au
garde- -vous. RogerLuraud,lasoixantainemorose.
- Vous allez l -haut ?
Il s exprimait à voix basse, comme dans une
Øglise. AvantderØpondre,lecommissaireparcourut
quelques notes ØpinglØes sur un panneau de bois.
Les communications tØlØphoniques n Øtaient auto-
risØes qu en cas de nØcessitØ absolue ; la Direction
18Jean-Claude Dutilh
nerØpondaitpasdesobjetsdevaleurdØtenusparles
artistes ; le public n avait pas le droit de pØnØtrer
dans les coulisses…
- Il faut que je vous accompagne ?
A l Øvidence, la prØsence des policiers perturbait
Luraud, comme elle trouble d habitude les simples.
Ilavaith tedeseretrouverseul,lanavettequ onlui
imposait nouait son estomac.
-Alors,jedoisvousconduire? fit-ilencore.
Kalender le regarda en souriant.
- S il vous pla t, oui.
Le concierge ne dissimula pas son mØcontente-
ment. IlnesesentaitpasconcernØparcettehistoire;
entoutcas,ilnevoulaitpasyŒtremŒlØ,oulemoins
possible.
-Lejouroøvousreferezlespeintures, anesera
pas du luxe, dit Roche qui se voulait aimable à son
tour.
- Iln y apasde crØdits pour cheznous.
Chez nous ! Luraud partageait la propriØtØ des
coulisses avec d autres sans-grade qui constituaient
sa famille Ølective, son univers, parce qu ils Øtaient
àsonimage,gommØsparl indiffØrencedupublic.
- Hier soir, vous Øtiez de service ?
Lesous-entenduperfidedeKalenderdØrangeada-
vantagelegardien. Ilsejustifiaaussit t,d unevoix
courte
- Non. Cette semaine, je suis de matin. Nous
sommesdeuxdanslajournØe,onalterne. C estMa-
chard qui Øtait là !
Lui,Luraud,avaitamenØsafemmeaucinØma. Ils
yallaientdetempsentemps,quandunfilmenvalait
la peine. Il devait avoir conservØ les billets, c Øtait
sa manie, il pourrait les montrer. Et puis, ils Øtaient
rentrØs chez eux.
AprØsent,leconciergeracontaitsasoirØe,butant
sur certains mots, bØgayant mŒme parfois, dØsespØ-
rant de convaincre les policiers.
19Jeu de mort
Roche remonta au crØneau, sans avoir l air d y
toucher.
- Ca se passe comment, le soir ?
Luraud sembla ne pas comprendre ; l inspecteur
insista, toujours bonasse.
- Quand vous fermez, je suppose que vous avez
des instructions et des habitudes.
Biensßr! OnbouclaitlethØ treàhuitheures,sauf
lesjoursdespectacleouderØpØtition,Øvidemment!
Ces soirs-l ,on nepartaitpas avant minuit.
Unelourdeportedeferfranchie,lestroishommes
parvinrent sur la scŁne. Des lumignons y Øtaient al-
lumØs qui diffusaient une lueur hØsitante ; Kalender
etRochefurentsaisisparunesenteurindØfinissable,
Ømanation de poussiŁre et de moisi.
20