Journal de Travers

De
Publié par

Avec cet énorme Journal de Travers, en deux volumes, le désormais fameux journal de Renaud Camus repart de trente ans en arrière. En effet ces pages, antérieures à toute l’oeuvre autobiographique de Camus publiée jusqu’à ce jour, et même à Tricks et au Journal d’un voyage en France, qu’elles évoquent assez étroitement, couvrent avec un grand souci (déçu) d’exhaustivité les quatre saisons d’une année entière, du 20 mars 1976 au 19 mars 1977.

Elles n’étaient pas destinées directement à la publication, mais à servir de dépôt, de répertoire, de réserve de situations, de personnages et de mots, de noms, de « signifiants », comme on disait couramment alors, à la grande entreprise camusienne des Églogues, et particulièrement à la série des romans intitulés Travers, dont le troisième volume, L’Amour l’Automne, paraît aux éditions P.O.L en même temps que ce journal.


N’ayant eu d’autre souci que de tout noter d’une plume égale, Camus présente en ces deux volumes, peut-être sans l’avoir voulu, le tableau le plus candide qui soit, non seulement de sa vie personnelle, de ses amours heureuses et malheureuses, de ses activités sexuelles plutôt intenses, de son travail, mais aussi des dernières années avant le sida, à Paris, à New York, à Milan, au sein d’une société où le narrateur impassible (pas toujours) passe sans transition d’Andy Warhol au Toilet (haut lieu d’orgies homosexuelles de Manhattan), des vapeurs des saunas parisiens à Roland Barthes, d’Aragon à de retentissantes scènes de ménage, de temples doriques en la lumière arcadienne à des salles obscures (très obscures) de Lombardie.

Ces scènes prises sur le vif avec une crudité paisible rarement égalée, même par Camus lui-même, sertissent des annotations «techniques» de toute époque, certaines tout à fait récentes, placées ici entre crochets et en petites capitales, et destinées au travail « églogal » éternellement en cours : associations d’esprit et de termes, anagrammes, allusions littéraires, cinématographiques, artistiques, historiques, philosophiques de toute sorte. La course perpétuelle entre les phrases et la vie, au sein de cet intense « atelier d’écriture», donne lieu d’autre part à de curieux décrochements, emboîtements, retournements des causes et des effets, qui sont certainement une des sources essentielles de beaucoup des ouvrages ultérieurs de l’auteur.

Publié le : mercredi 4 avril 2007
Lecture(s) : 19
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782213648897
Nombre de pages : 816
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Avec cet énorme Journal de Travers, en deux volumes, le désormais fameux journal de Renaud Camus repart de trente ans en arrière. En effet ces pages, antérieures à toute l’oeuvre autobiographique de Camus publiée jusqu’à ce jour, et même à Tricks et au Journal d’un voyage en France, qu’elles évoquent assez étroitement, couvrent avec un grand souci (déçu) d’exhaustivité les quatre saisons d’une année entière, du 20 mars 1976 au 19 mars 1977.

Elles n’étaient pas destinées directement à la publication, mais à servir de dépôt, de répertoire, de réserve de situations, de personnages et de mots, de noms, de « signifiants », comme on disait couramment alors, à la grande entreprise camusienne des Églogues, et particulièrement à la série des romans intitulés Travers, dont le troisième volume, L’Amour l’Automne, paraît aux éditions P.O.L en même temps que ce journal.


N’ayant eu d’autre souci que de tout noter d’une plume égale, Camus présente en ces deux volumes, peut-être sans l’avoir voulu, le tableau le plus candide qui soit, non seulement de sa vie personnelle, de ses amours heureuses et malheureuses, de ses activités sexuelles plutôt intenses, de son travail, mais aussi des dernières années avant le sida, à Paris, à New York, à Milan, au sein d’une société où le narrateur impassible (pas toujours) passe sans transition d’Andy Warhol au Toilet (haut lieu d’orgies homosexuelles de Manhattan), des vapeurs des saunas parisiens à Roland Barthes, d’Aragon à de retentissantes scènes de ménage, de temples doriques en la lumière arcadienne à des salles obscures (très obscures) de Lombardie.

Ces scènes prises sur le vif avec une crudité paisible rarement égalée, même par Camus lui-même, sertissent des annotations «techniques» de toute époque, certaines tout à fait récentes, placées ici entre crochets et en petites capitales, et destinées au travail « églogal » éternellement en cours : associations d’esprit et de termes, anagrammes, allusions littéraires, cinématographiques, artistiques, historiques, philosophiques de toute sorte. La course perpétuelle entre les phrases et la vie, au sein de cet intense « atelier d’écriture», donne lieu d’autre part à de curieux décrochements, emboîtements, retournements des causes et des effets, qui sont certainement une des sources essentielles de beaucoup des ouvrages ultérieurs de l’auteur.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Pentes douces

de le-nouvel-observateur

Études littéraires, volume 44, numéro 1, hiver 2013

de departement-des-litteratures-de-l-universite-laval

Une vie Deschiens

de le-nouvel-observateur