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Juliette

De
201 pages
1975, dans une petite ville du sud de la France, la rencontre inoubliable d’un jeune adolescent avec une dame de 60 ans son aînée. Un sentiment profond d’amitié va naître entre eux mais la maladie va venir tout perturber. Leur histoire monte en intensité jusqu’à l’agonie de la vieille dame et la mort tant redoutée par le jeune Frederic finit par être désirée par lui. Histoire d’une amitié contre toute attente dans une France, encore sous les derniers soubressauts du Printemps 68.
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2 Titre
Juliette

3Titre
Joël Amouroux
Juliette

Récit
5Éditions Le Manuscrit
Paris























© Éditions Le Manuscrit 2009
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02020-5 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304020205 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02021-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304020212 (livre numérique)

6 .
8






Ne voulant point se trouver au milieu de
l’orage qui menaçait, Frédéric hâta le pas. Déjà
le vent annonciateur de la pluie balayait la ville.
Il entra dans la rue de son domicile. Il ne lui
restait que quelques dizaines de mètres à
parcourir avant de pouvoir se mettre à l’abri
dans l’appartement familial.
C’était un ancien atelier de mégisserie
transformé en habitation qui offrait ainsi la
surface importante nécessaire à la grande
famille.
Il s’y sentait bien et cette rue avait un charme
qui lui convenait aussi… Il aimait l’arpenter
avec le dernier de ses six frères.
Le bonheur et la fierté de leur maman qui se
plaisait à dire qu’aucun de ses enfants n’était
devenu voyou ou autre fils de rue.
Frédéric, se souvenait de toutes ces batailles
rangées entre frères qui opposaient les clans
selon leur différence d’âge. Maintenant qu’il
était adolescent, il était fier d’avoir été choisi
comme étant le coursier de la famille. Manou,
comme il avait l’habitude de nommer sa mère,
lui faisait pleinement confiance et le chargeait
9 Juliette
de toutes les emplettes à effectuer en rentrant
du Lycée.
Il n’avait pas grande route à faire car
boucherie, épicerie et boulangerie se trouvaient
dans cette même rue.
– En rentrant du lycée, tu achèteras une
tranche de jambon blanc pour ton petit frère…
Manou avait déjà donné la consigne avant de
rajouter cette phrase qu’il avait entendue
maintes fois.
– Fais-le marquer.
Les trois commerçants de la rue,
permettaient à la famille de régler les achats que
chaque fin mois et ainsi faciliter le contrôle du
budget familial.
En ce temps-là, les commerçants de
proximité connaissaient leur clientèle et ne
faisaient régler les achats qu'une fois le mois
achevé, après avoir établi le relevé de tout ce
qui avait été acheté durant la période écoulée.
Ceci aidait considérablement la gestion d’un
budget familial de neuf bouches à nourrir et à
vêtir. Il n’y avait qu’un seul salaire pour
subvenir aux besoins de la tribu.
Frédéric pénétra dans le magasin bondé et
n’en fut pas mécontent.
Dehors la pluie tombait maintenant en rideau
et redoublait d’intensité. Il pensa qu’il lui
faudrait courir les trente mètres qui le
séparaient du porche d’entrée de la cour.
10 Juliette

Madame Blanc, épicière âgée d’une
cinquantaine d’années interrompit le jeune
homme dans ses pensées.
– Bonjour, Frédéric. Que te faut-il ?
– Bonjour Madame, … Deux tranches de
jambon cuit, s’il vous plaît.
Madame Blanc s’approcha de la trancheuse et
comme à l’habitude laissa échapper quelques
éloges sur le garçon.
– Ta maman a de la chance, d’avoir un
garçon comme toi. Bien élevé et qui fait si bien
les courses ! Tiens, ce matin je le disais encore à
Madame Martin. Tu sais, ils sont rares les
jeunes comme toi. Bon, voilà… Ça fait, un
franc dix-huit… Je le marque !
– Oui, s’il vous plaît… Merci.
– Il ne te faut rien de plus ?
– Non, merci.
Il prit son petit paquet et se dirigea vers la
porte.
– Au revoir Messieurs, dames, lança-t-il à la
cantonade.
À peine sorti du magasin, il ouvrit le papier
qui enveloppait le jambon et en coupa un petit
morceau qu’il porta à sa bouche.
Que c’est bon ! Du jambon fraîchement
coupé… !

11 Juliette
Il referma le sachet et alla finir ses courses à
la boulangerie.
La pluie tombait toujours aussi fort, et
malgré son intention de courir, Frédéric
continua à marcher tout en hâtant le pas laissant
ses yeux flâner sur la façade de l’immeuble qui
jouxtait le magasin.
Derrière la fenêtre du rez-de-chaussée, la
vieille dame semblait scruter la rue, pensive.
Elle aperçut le garçon et lui sourit avec
gentillesse et candeur. Fred fut comme saisi par
cette gentille attention, alors il rendit d’un petit
mouvement de tête ce bonjour amical et entra
dans l’immeuble.
Après avoir pris son repas, comme à la
routine, il partit pour le Lycée.
La soirée s’écoula au rythme des gouttes de
pluie qui tombaient sur les toits environnant
l’établissement, sans qu’aucun événement
particulier ne survienne.
Une fois, le repas du soir pris en famille,
terminé, Frédéric se mit aux taches ménagères
édictées par sa maman et monta se coucher. Il
s’allongea sur son lit et laissa son esprit se
dissiper.
Il avait pris l’habitude qu’il garde encore
aujourd’hui, de revivre la journée écoulée,
chaque soir, au calme de sa chambre.
Aucun fait particulier ne retint son attention.

12 Juliette
Toutefois, il y avait eu cette rupture d’avec
Émilie qui lui revenait en mémoire. C’était
normal de penser à cela. Ils avaient eu une
relation durant quelques mois. Il balaya cette
pensée, sachant au fond de lui que bien d’autres
jeunes filles ne semblaient pas rester
indifférentes à sa personne.
Il ferma les yeux et se mit en quête de
sommeil. Ce soir-là, Morphée semblait vouloir
jouer à cache-cache avec lui.
Il tourna, retourna et retourna encore dans
son lit comme pour oublier l’espace d’un
instant ce sourire reçu quelques heures plus tôt
et qui commençait à l’entêter.
Les minutes passaient et les heures suivaient,
sans qu’il ne parvienne à se débarrasser de cette
image. Il prit la décision de penser alors à
Émilie, afin d’occuper son esprit à autre chose.
Il espérait ainsi se dégager de l’emprise de ce
sourire, offert par l'inconnue de l'immeuble.
Émilie, peu à peu, se métamorphosait et
prenait le sourire de cette vieille dame. Qu’y
faire ? Était-il aussi impressionnable qu’il ne
voyait que ce sourire ?
Décidément, il opta pour se renseigner dès le
lendemain sur cette femme qui lui prenait tant
la tête.
Fort de ses intentions, il finit par trouver le
sommeil et quand le matin arriva comme tout à
13 Juliette
l’habitude il descendit prendre son petit-
déjeuner.
Manou était déjà levée depuis longtemps.
Elle avait beaucoup à faire pour que personne
n’attende le petit-déjeuner.
– Bonjour Freddy… As-tu passé une bonne
nuit ?
– Bonjour Manou.
Il s’approcha d’elle et l’embrassa sur le front.
– J’ai bien dormi.
– Pourtant, tu as été très agité cette nuit…
Tu as parlé sans arrêt.
– Ah bon ?
– Tu appelais quelqu’un… Je n’ai pas pu
comprendre de qui tu prononçais le nom… Je
crois qu’il s’agissait d’une fille.
– Je ne me souviens de rien… Ce doit être à
cause de ce qui s’est passé hier matin avec…
Il s’interrompit, pour ne pas prononcer le
prénom d’Émilie.
Manou ne savait pas qu’il y avait une fille
dans la vie de son fils bien qu’il sache qu’elle
s’en doutait mais jamais il n’en avait parlé.
– Avec qui…? tu pourrais être plus précis
quand même !
– Euh… Une copine… Mais rien de sérieux
je te rassure.
– Je ne crois pas que ce soit sérieux à ton
âge…
14 Juliette
Embarrassé, Frédéric coupa court la
conversation.
Jérémy, son plus jeune frère braillait pour ne
point aller à l’école, offrant ainsi un bon
prétexte à son atermoiement.
– Jérémy pleure…, lança le jeune homme et,
tout en s’approchant du petit il s’enquit à lui
parler.
– Pourquoi ce gros chagrin bébé ? Si tu veux,
je t’emmène à l’école. Je sors des cours à onze
heures, je peux venir te récupérer plus tôt
comme ça. Tu ne resteras pas longtemps ce
matin avec tes amis…
Se tournant alors vers sa mère il s’empressa
de demander son assentiment.
Jérémy s’était calmé, et semblait être rassuré
par cette proposition.
Manou apprécia le calme revenu. Elle était si
fatiguée, ne dormant que très peu malgré ses
journées harassantes.
S’occuper des enfants, faire le ménage, les
lessives, préparer les repas, veiller à ce que tout
son monde ne manque de rien.
Elle entretenait sa maison d’une façon si
parfaite qu’elle faisait l’admiration des quelques
personnes qui pénétraient chez eux.
Elle était aussi fort appréciée pour son
dynamisme et, le fait qu’elle s’occupait en temps
que nounou de deux autres enfants épatait le
voisinage.
15 Juliette
Les parents qui lui avaient confié la garde de
leur progéniture voyaient en elle une personne
exceptionnelle de patience et de bonté. Ils
savaient que leurs enfants seraient choyés et
aimés plus que nulle part ailleurs.
Aussi, il était hors de question pour eux de
trouver une remplaçante quand la nourrice était
malade. Ces moments étaient très rares chez
elle car elle attendait vraiment la dernière limite
de ses forces pour se reposer quand c’était
nécessaire.
Elle approuva l’idée de Frédéric et se remit à
son travail.
– En rentrant, ce midi, tu apportes trois
flûtes…
– Et tu les fais marquer…
– Oui… Je vais finir de me préparer. Je peux
mettre mon jean noir ?
– Je le repasserai cet après midi, pendant la
sieste des enfants.
Le garçon entra dans la salle de bains, fit
couler la douche.
Tout en se brossant les dents, il posa le
regard sur le miroir embué et se mit à esquisser
un sourire.
L’image reflétait non point son visage mais
restait figé sur ce sourire de la veille qui avait
commencé à le hanter.

16 Juliette
Frédéric s’émut de cette obsession et
commença sérieusement à douter de son
équilibre psychique.
Qui était donc cette énigmatique personne
qui semblait le posséder ? Il ne la connaissait
pas.
Il se mit à réfléchir et se rappela qu’en effet il
l’avait déjà aperçue à plusieurs reprises… Rien
de plus normal, ils étaient voisins. Ils avaient dû
se croiser des dizaines de fois, mais jamais ils ne
s’étaient parlés.
Pourquoi, tout d’un coup cette femme
s’imposait-elle à lui ?
Il préféra ne pas se triturer la tête à donner
une réponse à une question dont il ne
connaissait même pas la raison.
Il finit sa toilette et sortit de la pièce. Il enfila
son anorak et entra dans la cuisine. Jérémy était
déjà prêt à partir. Il se tenait fier avec son
cartable qui dépassait largement de ses épaules.
Ses yeux avaient séché et aucune rougeur ne
venait trahir ses pleurs passés.
Frédéric lui prit la main et sortit de la maison.
Il s’acquitta de sa nouvelle responsabilité.
Étant devenu en un instant l’accompagnateur
de Jérémy, il le déposa à la maternelle,
l’embrassa tendrement et lui rappela qu’il
viendrait le récupérer dans peu de temps.
En cheminant vers son Lycée, il se remit à
penser à cette femme.
17 Juliette
Il entra dans le hall de l’établissement et se
rendit compte qu’il n’avait pas vu passer le
temps du trajet.
Ça le surprit, mais il en déduisit que sa
pensée avait dû l’accaparer de telle façon qu’il
n’avait prêté aucune attention aux minutes qui
étaient passées.

Les jours passèrent, s’accumulèrent en
semaines et le sourire tant présent avait fini par
s’estomper, laissant place à la non-satisfaction
d’un rendez-vous manqué.
Un soir, en rentrant du lycée alors que la
sonnerie de sortie de dix-huit heures avait
sonné, il parcourut le chemin, accompagné d’un
camarade.
Son regard fut attiré par la silhouette d’une
personne qui semblait peiner, courbée par le
poids d’un panier à provisions. Il se risqua à
aborder la forme et se rendit compte qu’il
s’agissait d’une personne âgée.
– Pardon madame… Vous semblez avoir
besoin d’une aide. Nous permettez-vous de
vous donner un coup de main ?
À cette interpellation, la vieille dame releva sa
tête et ses yeux bleu acier s’écarquillèrent. Un
sourire vint irradier ce visage. Frédéric se trouva
replongé quelques semaines auparavant.
– O h ! O u i… T u e s bien gentil… Pardon,
vous êtes bien gentils de vouloir m’aider !
18 Juliette
Le jeune garçon était comme saisi par cette
femme. Toutes ses impressions passées
virevoltaient dans sa tête.
La vieille dame ajouta d’une voix douce :
– Je te connais… Tu es le petit de la cour…
Je devrais dire le jeune homme de la cour.
Frédéric acquiesça et se saisit du panier. Son
regard ne pouvait se détacher de cette femme.
Aucune vitre ne les séparait et elle était là,
debout devant lui. Ils se parlaient. Certes des
banalités, mais, des mots étaient échangés. Peu
à peu, une conversation s’établissait. Elle fut
très courte. Seulement quelques mètres les
séparaient de l’entrée de l’immeuble. Ce trajet
dura très peu et déjà, ils étaient devant la porte
d’entrée de l’appartement de la vieille dame.
Durant ces quelques minutes, Freddy, à la
limite de l’insolence avait scruté ce visage
comme, pour s’imprégner à jamais des traits de
la dame.
Sa peau ridée indiquait qu’elle avait vécu
assez de temps pour que son empreinte se soit
incrustée dans les rides qui sillonnaient son
visage.
Elle dégageait la sérénité des sages.
Ses yeux, bleu acier, pétillaient de mille éclats.
Son regard illuminait ce visage sans âge. À
chacun de leurs échanges, il s’enfonçait dans
l’âme du jeune homme.
19 Juliette
Sa voix douce et mélodieuse, emplissait de
chaleur celui qui l’écoutait.
Enfin, ses cheveux blancs, tirés en chignon,
dégageaient un front altier et presque lisse.
Vraiment cette vieille dame avait dû être très
belle dans sa jeunesse. Les preuves qu’avait
laissées le temps étaient trop belles à voir pour
que ce ne fût pas le cas.
Frédéric était comme hypnotisé par l’aura qui
émanait de ce visage et il se surprit à désirer que
ces minutes fussent une éternité.
Éric qui jusqu’alors, n’avait rien dit, s’était
contenté de regarder l’attitude de son copain.
Jamais il ne l’avait vu si attentif avec
quelqu’un. Il pensait qu’il devait être bien
fatigué pour rester sans trop parler.
Il se décida à attraper le bras de son ami pour
lui faire reprendre contact avec la réalité.
– Fred ! Nous sommes arrivés !
En effet, la vieille dame avait déjà ouvert la
porte de son logement et attendait que son
jeune voisin veuille bien lui redonner son
panier.
Frédéric, tiré de sa béate contemplation, car il
s’agissait bien de cela, réalisa d’un seul coup le
ridicule dans lequel il se trouvait face à son ami.
Il se dessaisit du sac de la dame et après le lui
avoir remis, fit un mouvement afin de repartir.
– Je vous offrirais bien des bonbons mais je
pense qu’à votre âge vous préférez autre chose.
20