Juste un petit grain de sable

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Et si un simple petit grain de sable venait modifier toute l’histoire ? On dit que la rencontre entre deux êtres se prépare plusieurs siècles à l’avance… C’est certainement vrai. Un événement déplacé de quelques minutes, de quelques secondes, une phrase non dite ou dite différemment et tout se trouve décalé, transformé. Jean-Marc Bassetti plonge dans cette brèche.  Insérer un nouveau paramètre, un événement inattendu pour modifier sensiblement toute l’histoire. C’est ce qu’on appelle l’uchronie. Tout le monde sait par exemple que le bon Roi Henri a été assassiné le 14 mai 1610 par François Ravaillac. Mais sait-on qu’on a tenté plus de vingt fois de l’assassiner ? En 1594, Jean Chatel, âgé d’à peine vingt ans manque de tuer Henri IV qui s’en tire avec une égratignure à la lèvre. Pourquoi ? Parce qu’il faisait très froid dans la pièce et que le Roi avait conservé son manteau. La lame a été déviée par le tissu. Et s’il y avait eu un bon feu dans la cheminée ? Henri IV aurait retiré son manteau et serait certainement mort ce jour là.  Sans descendance. Ce qui signifie que toute la lignée des Rois Bourbons, de Louis XIII à Charles X n’aurait pas existé. A quelques degrés près, toute l’histoire de France aurait été chamboulée...
Publié le : mardi 1 mars 2016
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EAN13 : 9791026204237
Nombre de pages : non-communiqué
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JEAN MARC BASSETTI Juste un petit grain de sable 30 uchronies
© JEAN MARC BASSETTI, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0423-7
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Internet : www.librinova.com
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Juste un petit grain de sable
"Les livres d'histoire qui ne contiennent aucun mensonge sont très ennuyeux." Anatole France
Uchronie ?
L’an dernier, je suis allé pour la première fois au festival des Etonnants Voyageurs à Saint-Malo. J’y ai rencontré Caryl Férey, auteur de polars assez noirs, et Nancy Huston que j’écouterais volontiers parler pendant des heures. Au détour d’ne allée, je me suis arrêté devant le stand de Roland C. Wagner qui dédicaçait son livre «Rêve de gloire ». Sur la couverture, il était indiqué qu’il avait obtenu un prix dans la catégorie Uchronie. Je lui ai demandé de m’expliquer ce mot et nous avons parlé pendant un long moment. Je connaissais le principe, mais pas le terme.
A l’instar de Utopie qui signifie, au départ, « sans lieu » (U et topos), Uchronie signifie « sans temps » (U et chronos). En clair, il s’agit de réécrire l’histoire, en la modifiant ou sans la modifier, mais en inventant un événement qui n’a pas eu lieu. L’histoire n’est pas modifiée De premier consul, Bonaparte est devenu empereur. Tout le monde le sait, c’est un fait historique qui n’est pas discutable. Mais comment lui est venue cette idée ? Quel a été son cheminement intellectuel et cérébral pour que germe en lui l’idée de devenir empereur ? Nul ne le sait, on ne peut faire que des hypothèses. Utilisant ce trou, cette faille, Jean d’Ormesson a écrit «La conversation » en 2011. Il s’agissait de relater une conversation qu’aurait eue Bonaparte, alors premier consul, avec Jean-Jacques Régis de Cambacérès, deuxième consul. A l’issue de cette conversation, Bonaparte concluait que seul l’Empire était la solution pour lui. Et voilà une explication plausible, qui en vaut une autre, puisque de toute façon, personne ne sait ce qu’il s’est réellement passé.
De la même façon, je me suis demandé quelle était la cause de l’acharnement de Louis XIV contre La Fontaine. La Fontaine était un des auteurs les plus aimés et les plus appréciés de son époque et le Roi ne pouvait pas « l’encadrer » si je puis me permettre. A tel point qu’il a fait tout son possible pour l’empêcher d’entrer à l’Académie française, ou du moins pour retarder cette entrée. J’ai donc imaginé une entrevue secrète entre le roi et le poète. Entrevue qui, évidemment, n’a pas eu lieu, mais qui donne une explication. Qui en vaut une autre, encore une fois.
Ces deux exemples sont des uchronies que j’appellerais « simples », car l’histoire n’a en rien été modifiée. Bonaparte est bien devenu Napoléon, et La Fontaine est bien entré à l’Académie après la nomination de Boileau. Les événements intermédiaires qui ont été inventés et intercalés n’ont rien changé. Aucun grain de sable n’a grippé la machine du temps et de l’histoire.
L’histoire est modifiée Mais parfois, l’auteur d’uchronie joue avec les « Et …si »…, ce que les Américains appellent « What if ». Souvent, lorsqu’il vient de nous arriver un incident, même banal, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à ce que nous avons fait juste avant. « Quand je pense que je me suis lavé les mains avant de partir… Si je ne l’avais pas fait, je serais peut-être arrivé cinq minutes plus tôt et je n’aurais pas été dans la banque au moment de l’attaque à main armée… » Oui, mais vous vous êtes lavé les mains… Et vous étiez dans la banque pendant le casse…. Au mauvais endroit, au mauvais moment. On dit que la rencontre entre deux êtres se prépare plusieurs siècles à l’avance… C’est certainement vrai. Un événement déplacé de quelques minutes, de quelques secondes, une phrase non dite ou dite différemment et tout se trouve décalé, transformé. Intervient alors le second type d’uchronie, celui que j’appellerais l’uchronie modifiante. L’auteur insinue ce grain de sable là où il n’aurait pas dû se trouver. Empêche un événement
d’avoir lieu, ou en crée un nouveau.
C’est ce qu’utilise Eric-Emmanuel Schmitt par exemple dans «La part de l’autre»: Et si Hitler avait été reçu au concours des Beaux-Arts de Vienne, que serait-il advenu de L’Allemagne, de l’Europe, et du monde entier ? Même chose pour Valéry Giscard d’Estaing qui, dans «Le retour de la Grande Armée» imagine que Napoléon quitte Moscou trois semaines avant la vraie date, en 1812, ce qui lui permet d’être en avance sur l’hiver russe et de rentrer à Paris tout auréolé de la gloire d’une campagne de Russie triomphante.
Mais forcément, si on modifie un petit bout d’histoire, tout le reste change aussi. C’est ce qu’on appelle « l’effet papillon ». Reprenons l’exemple de l’attaque à main armée évoquée plus haut. Vous ne vous êtes pas lavé les mains. Vous êtes donc parti de chez vous quelques minutes plus tôt. Vous n’étiez donc pas dans la banque au moment de l’attaque. Vous n’avez donc jamais participé à l’enquête qui a suivi ce braquage. Vous n’avez donc pas remarqué la jeune journaliste qui vous a posé des questions à la sortie du commissariat. Vous ne l’avez donc pas invitée à manger et elle ne vous a par conséquent pas donné les deux beaux enfants qui courent dans l’appartement en ce moment et qui font votre bonheur. Coupez le robinet, ne vous lavez pas les mains et votre vie en sera bouleversée… Si le nez de Cléopâtre…
Dans ce livre, j’ai réuni trente histoires. Trente uchronies. Toutes ont rencontré le fameux grain de sable. Toutes sont donc des histoires modifiées de la réalité.
La véritable histoire est résumée en bas de page de façon à ce que vous sachiez « la vérité vraie » concernant des événements dont vous ne vous souvenez pas ou que vous ne connaissez peut-être pas.
Dans chaque récit, je ne vous propose que le grain de sable, le moment où le balancier de la pendule a eu des ratés, le moment qui a fait dévier l’histoire. Après, c’est à vous d’inventer au gré de votre imagination la suite de l’histoire en fonction de la nouvelle donne.
Bienvenue dans le monde de l’uchronie. JM Bassetti
Après la fête 5 Septembre 1661
Nicolas Fouquet ouvrit les yeux. Depuis deux semaines lui revenaient sans cesse à l’esprit les suites de la fête qu’il avait donnée le 17 août dernier. Beaucoup de bruit, beaucoup de monde à voir, une fête grandiose comme il n’en n’avait jamais donné jusque-là. Plusieurs milliers de personnes étaient venues, à son invitation, voir la magnificence du château de Vaux le Vicomte. Molière avait donné Les Fâcheux, La Fontaine était là. Toute la Cour royale avait fait le déplacement, y compris le Roi qui n’avait donné son accord qu’au dernier moment. François Vatel, son intendant, avait bien fait les choses et n’avait pas lésiné sur les moyens. Danses, musiques, théâtre, feu d’artifice. La France entière et tout ce qu’elle comptait d’importants savaient désormais qu’il était, après Louis XIV, l’homme le plus puissant du Royaume. Seule ombre au tableau, ce carrosse tombé dans le bassin et qui avait fait quelques victimes. Mais fallait-il s’arrêter à cet incident malheureux qui n’était pas de si forte gravité et qui n’avait pu gâcher la fête.
A ses côtés, son épouse, Marie-Madeleine, ouvrit les yeux également. Les enfants étaient dans leur pavillon, avec leur gouvernante et elle avait décidé, ce matin du 5 septembre, de paresser un peu au lit en compagnie de son mari qui, pour une fois, ne semblait pas pressé de se lever. Elle se blottit contre son épaule et chercha ses lèvres pour l’embrasser. Il accepta le baiser et se tourna vers elle. « Marie-Madeleine, lui dit-il. Je n’arrête pas de penser à la fête que nous avons donnée. Je suis étonné de ne pas avoir de nouvelles du Roi. Depuis deux semaines, il n’a pas demandé à me recevoir. J’ai juste reçu quelques nouvelles de la Cour par des gens qui me demandent quelques précisions sur les comptes du pays. Il a pourtant passé du bon temps ici et j’espère de tout cœur que rien ne l’a froissé. Peut-être la présence de Monsieur de La Fontaine qui est mon protégé et qu’il n’apprécie pas particulièrement l’a-t-elle indisposée ? Qu’en penses-tu ? Madame Fouquet n’avait pas le cœur à discuter. Elle avait juste envie de rester au lit contre son époux et de bien profiter de lui. C’était si rare qu’ils fussent encore au lit à dix heures du matin. — Ne t’inquiète pas. Peut-être le mois d’août est-il moins chargé en affaires importantes du Royaume et Sa Majesté a-t-il d’autres chats à fouetter. Ce n’était qu’une fête après tout. Un peu fastueuse, je suis d’accord, mais pas de quoi en prendre ombrage.
Elle se rapprocha encore de son mari. L’envie débordante de faire l’amour montait petit à petit en elle et elle n’avait qu’un souhait, s’abandonner complètement dans les bras de Nicolas.
A ce moment, on frappa à la porte. Marie-Madeleine, pudiquement, ramena le drap sur elle pour se protéger de l’entrée du laquais.
Un domestique en livrée apparut. Il s’arrêta à trois pas de la porte, comme le voulait l’usage, se baissa respectueusement et attendit que son maître voulût bien porter son attention sur lui.
— Hé bien, Damien, demanda le Surintendant. Que nous vaut d’être ainsi dérangés de si bonne heure ?
— Monseigneur, répondit Damien, Monsieur d’Artagnan, Capitaine des Gardes de Sa Majesté est ici et demande à vous voir. Il est porteur, dit-il, d’un message de Sa Majesté de la plus haute importance.
— Si fait Damien, disparaissez. Faites-le patienter dans le boudoir de Madame. Et dites-
lui que j’arrive au plus vite.
Damien disparut aussitôt et referma soigneusement la haute porte blanche ornée d’or.
— Là, tu vois que tu n’avais pas à t’inquiéter. Ne fais pas attendre le capitaine, lui dit-elle à regret. Va vite voir quelle nouvelle importante le force à se déplacer. Et reviens vite me retrouver. Je reste encore au lit. Je t’attends.
Nicolas Fouquet déposa un baiser sur les lèvres de son épouse et se leva. Il s’habilla hâtivement. Inutile de se vêtir trop richement pour recevoir un simple capitaine des Gardes.
Il sortit par la même porte que Damien avait empruntée quelques minutes plus tôt.
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