Kaddish pour mon ami juif

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La comparaison est le début de l’intolérance. Tant d’hommes et de femmes sont passés à côté de belles histoires. David, vieux juif rescapé de la Shoah a failli ne jamais rencontrer Mehdi, jeune musulman ambitieux. Mais la vie en a voulu autrement et c’est cette belle histoire d’amitié que j’ai voulu raconter ici.

Par-delà toutes nos différences, nous sommes de la poussière et à la poussière nous retournerons. Nos deux peuples peuvent écrire ensemble les plus belles pages d’histoire de l’humanité et montrer ainsi au monde à quel point nous sommes proches. Pour un musulman, lire le kaddish pour un juif en est le plus fort des symboles.


Publié le : mardi 1 janvier 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954527505
Nombre de pages : 78
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Une belle journée ensoleillée du mois de mai. Mehdi adorait cette période de l’année, dé-but de flâneries et de petits-déjeuners aux Deux-Magots où des moineaux irrespec-tueux se délectaient de son croissant. À cette saison, il lui plaisait tant de chiner une vielle édition, une gravure ancienne, chez les bouquinistes du quai Saint-Michel, discuter de longues heures avec eux puis tra-verser tranquillement le jardin du Luxem-bourg jusqu’à la faculté de droit d’Assas où il avait fait ses études et participé à tant de manifs contre les fachos très actifs dans ce lieu.
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Parfois, il lui prenait l’envie de louer un petit bateau bleu, blanc, rouge et de le lais-ser filer toutes voiles dehors sur les eaux de la fontaine centrale, comme les petits ga-mins du parc avec qui il échangeait des trucs de marin pour avoir plus de vitesse. Il était surpris par leur connaissance du sujet. Il aimait l’univers des enfants. Il se délectait des réglisses de son adoles-cence, achetés dans ces petits kiosques in-temporels, boutiques de retraités recyclés qui s’amusaient à vous faire répéter votre com-mande tellement ils étaient sourds. Pauvres enfants qui, déjà intimidés par ces came-lots, étaient obligés de hurler debout sur la pointe des pieds pour obtenir l’objet de leur désir. Un retour à l’enfance enchanteur. Mais plus encore aimait-il cette saison pour les jupes des jolies filles qui raccourcissaient chaque année. Enfant, il aimait déjà re-garder sous les jupes des filles malgré les
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remontrances amusées de sa mère. Quel génie, cette Mary Quant ! pensa-t-il. Et il adorait aussi les rituels déjeuners du di-manche à La Closerie-des-Lilas avec David et toujours cette fameuse même table d’où ils pouvaient observer le Tout-Paris sans être vus. Ils étaient des voyeurs de la vie. Le serveur venait alors lui susurrer les der-niers ragots parisiens, qui déjeunait avec qui, qui séduisait une telle ou un tel, une vraie revue people. Discrètement, David lui refilait un billet de banque et le serveur re-partait souriant et ravi de ce pourboire im-prévu et si vite gagné. Parfois, ils finissaient ensemble le week-end en allant pêcher au bord de la Marne. David lui avait appris le bonheur du silence et de la quiétude, interrompu seulement par le son de la clochette qui signale enfin une prise. Et bien qu’ils ne fussent jamais inté-ressés par le poisson, qu’ils s’empressaient
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d’ailleurs de remettre à l’eau, ils appréciaient ces moments privilégiés. Malgré leur différence d’âge, ils avaient une complicité sans faille. Mehdi venait de fêter ses vingt-cinq ans et David était à l’aube de ses quatre-vingts printemps. Ils aimaient la lumière, le soleil, les matins d’été et la dou-ceur du soir. Ils avaient en commun une sainte horreur de la mort et aimaient voir repartir ces gardons épris de liberté. Toute sa vie, David n’avait jamais fait de concession au nom de la liberté, trauma-tisme de son internement dans les camps de la mort. Il aimait les poèmes de Shirin Ebadi, symbole de lutte contre les inté-gristes, amoureuse de la liberté et femme courageuse. Paris, cette ville qu’il aimait tant, prenait un air de vacances et tout cela le comblait.
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