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Kraft. Fictions et épisodes

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144 pages
"On me demanda si j'étais accompagné : non ! Si j'avais un animal de compagnie : non ! Et si je souhaitais le petit déjeuner, je dis non, puis prenant conscience du léger silence qui avait suivi ma réponse je me ravisai, je dis que oui, ne voulant pas éveiller leurs soupçons."
Un chauffeur de taxi qui transporte les "âmes" de ses passagers. Un homme qui désire se suicider et qui en est empêché par des sosies de Marilyn. Un couple de danseurs à Ground Zero. Un musicien de jazz rendu invisible. Poèmes, nouvelles, théâtre, récits... Mamadou Mahmoud N'Dongo explore tous les genres, pour donner forme à un recueil émouvant, drôle et insolite.
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MAMADOU MAHMOUD N’DONGO

Kraft

Fictions et épisodes

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Pour Jocelyne Leroy

N° 5

J’avais décidé de me foutre en l’air, et Trouville me semblait l’endroit approprié, mais c’était sans compter avec Deauville et sa Convention internationale des sosies de Marilyn… Il était près de 21 heures, j’avais pour seul bagage mon costume Paul Smith, et un beau sac à rayures du même créateur. Tant qu’à partir autant que cela soit dans un feu d’artifice de couleurs, m’étais-je dit quelques heures plus tôt…

En m’arrêtant rue du Faubourg-Saint-Honoré j’avais égayé la fin de journée du jeune vendeur en lui achetant tout ce qu’il me présentait, c’est-à-dire : une paire de souliers, un grand sac assorti aux souliers, trois paires de chaussettes, trois chemises et trois caleçons, de même qu’un bonnet en laine assorti cette fois-ci à l’écharpe, il me fit une remise pour l’écharpe et une autre plus importante pour le portefeuille, aux couleurs de l’intérieur de la veste. Il avait insisté à la fois pour plier et ranger comme l’avait fait Margot (pendant les trente-deux années où nous nous sommes aimés) mes achats dans mon nouveau bagage à main et mettre mes anciens vêtements dans un beau sac à l’effigie de la boutique. Puis je hélai un taxi en emportant mes deux sacs, étonnamment pas trois, me suis-je fait la réflexion, lorsque je m’aperçus que nous étions au numéro 3 de la rue et que le vendeur m’avait fait acheter trois fois trois articles, lors de mon premier cours j’aimais à rappeler à mes étudiants ce principe simple dans la représentation des figures : deux points c’est une ligne, trois points c’est une surface, quatre points c’est un volume, et qu’il ait cherché à me vêtir avec ce chiffre trois… cela m’amusait, d’ailleurs c’était un peu par ma faute, je lui avais dit que je partais en week-end !

Je me délestai de mes frusques auprès d’un SDF à la gare Saint-Lazare et lui donnai un billet de 50 euros, qu’il me rendit, pensant que c’était un faux billet, je payai mon train avec ce billet, je ne sais pas comment s’est formée l’idée d’aller à Trouville, je crois que si, je ne souhaitais pas mourir à Paris, et la Normandie ne me semblait pas si mal, et voir la mer avait été un facteur qu’il ne fallait pas négliger, de même que la distance, Trouville ce n’est pas loin de Paris, et le fait aussi que le casino n’était qu’à quelques mètres de la plage, donc, si lors de ma dernière nuit sur terre je m’ennuyais, je pourrais toujours passer le temps en attendant d’en finir, puisque je souhaitais mourir avec le lever du jour, et pour ce faire j’avais réservé une chambre d’hôtel.

En vieillissant j’étais devenu frileux et mes articulations n’auraient pas supporté les embruns. Cependant j’ai failli m’y résoudre, toutes les chambres d’hôtel étant prises d’assaut. Par distraction je refis le numéro du Flaubert, une chambre venait de se libérer au moment où je les rappelais, une suite avec vue sur mer !

 

On me demanda si j’étais accompagné : non ! Si j’avais un animal de compagnie : non ! Et si je souhaitais le petit déjeuner, je dis non, puis prenant conscience du léger silence qui avait suivi ma réponse je me ravisai, je dis que oui, ne voulant pas éveiller leurs soupçons.

Un homme, seul, n’ayant pas d’animal domestique, passe encore, mais ne prenant pas de petit déjeuner… Attention danger : c’était à coup sûr un homme venu pour se tuer, on devait leur enseigner cela dans les écoles d’hôtellerie ! Donc, pour couper court, d’un ton enjoué je dis que je comptais déjeuner et aussi dîner, ce qui finit par les rassurer, on prit ma réservation.

Je me dirigeais vers la plage et plus je m’approchais de l’hôtel, plus je trouvais que quelque chose clochait, certes je n’avais pas croisé grand monde au sortir de la gare, mais un élément étaya mon inquiétude : le peu de gens que je croisais couraient, et qu’importe leur âge, ils avançaient d’un pas plus qu’alerte pour les vieillards et pour les plus jeunes c’était un véritable 110 mètres haies ! Ils sortaient de leurs voitures, posaient leurs vélos et, pour le plus grand nombre (les adolescents), descendaient de leur métro de province, c’est-à-dire une motocyclette, et tout ce monde se précipitait… à mon hôtel… Non…

Non, ils allaient sur la plage, et à mon tour, au lieu de m’enquérir de ma réservation, j’allais satisfaire ma curiosité, eh bien je m’attendais à tout, mais pas au spectacle que j’avais sous les yeux… Déjà posons le problème, disons le contexte : il est 21 heures passées, le soleil devrait être normalement couché, c’était le cas près de la gare, mais plus j’allais en direction de la plage et plus je m’avançais vers l’incertain ! C’était comme si j’avais changé d’hémisphère, de latitude : il faisait jour ! À cause du nombre de spots mais surtout de la constellation de Marilyn en robes blanches que je découvris sur une grande estrade !

Une dizaine de blondes platine, mais ce qui était le plus improbable c’est qu’il y avait autant de Marilyn sur scène que dans le public, c’est-à-dire sur toute la plage, et je remarquais que mon estrade n’était qu’une parmi beaucoup d’autres qui couraient sur toute la plage, et à chacune sa Marilyn (c’est ce que je découvris en arpentant la côte), chacune étant dédiée à un film, et le Flaubert avait eu droit cette année à l’estrade qui avait le plus de succès, puisque c’était certainement la Marilyn la plus mythique, celle de Sept Ans de réflexion… Chaque estrade avait donc un concours de sosies, mais plus important, tout comme pour les miss, les critères exigés n’étaient pas seulement physiques mais aussi intellectuels, après tout le coefficient intellectuel est une mensuration, ne dit-on pas un esprit sain dans un corps sain, non je crois que ça serait plutôt le contraire dans ce cas précis : un corps sain dans un esprit sain !

MAMADOU MAHMOUD N'DONGO

Kraft

« On me demanda si j’étais accompagné : non ! Si j’avais un animal de compagnie : non ! Et si je souhaitais le petit déjeuner, je dis non, puis prenant conscience du léger silence qui avait suivi ma réponse je me ravisai, je dis que oui, ne voulant pas éveiller leurs soupçons. »

Un chauffeur de taxi qui transporte les « âmes » de ses passagers. Un homme qui désire se suicider et qui en est empêché par des sosies de Marilyn. Un couple de danseurs à Ground Zero. Un musicien de jazz rendu invisible. Poèmes, nouvelles, théâtre, récits… Mamadou Mahmoud N’Dongo explore tous les genres, pour donner forme à un recueil émouvant, drôle et insolite.

 

Mamadou Mahmoud N’Dongo est né en 1970. Kraft est son dixième livre.

DU MÊME AUTEUR

EMPTY, théâtre.

Éditions La Cheminante, collection Harlem Renaissance, 2014

LES CORPS INTERMÉDIAIRES, roman.

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Cette édition électronique du livre Kraft de Mamadou Mahmoud N’dongo a été réalisée le 30 mars 2015 par les Éditions Gallimard.

Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage
(ISBN : 9782070149049 - Numéro d’édition : 281830)
Code Sodis : N71081 - ISBN : 9782072594984.
Numéro d’édition : 281831