L'Âge de l'innocence

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Thérèse et Diane, les deux cousines inséparables, ont passé toute leur enfance côte à côte. Ensemble, elles ont vécu la communion, l'éducation du couvent, les repas de famille chez Monique et Antoine, les parents de Thérèse. Enfances d'un autre temps, encore marqué par la guerre et la mortalité infantile. Deux fillettes qui doivent faire face aux épreuves de la vie, comme la disparition du père de Thérèse qui s'éteint à petit feu, rongé par un cancer. C'est aussi l'histoire d'un amour interdit: celui de Thérèse avec le prêtre Julien, le Directeur du collège.
Publié le : jeudi 4 juillet 2013
Lecture(s) : 16
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342009101
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342009101
Nombre de pages : 106
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Andrée Delem
L’ÂGE DE L’INNOCENCE
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0118474.000.R.P.2013.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2013
1 Dabord les filles tout de blanc vêtues, robe de tulle et den-telle ou simple aube, couronne de fleurs, ensuite les garçons, costume foncé, brassard blanc sur le bras, un missel neuf dans la main gauche et un grand cierge blanc dans la droite pénètrent dans léglise religieusement. Là-haut, les cloches de bronze se mettent à danser et affolés, les pigeons senvolent dun même battement daile. Sous le portail, lenfant de chur ravi, tire sur la corde de toutes ses forces, se laisse soulever et retomber sur le sol comme un singe accroché à une liane. Le cortège des communiants se sépare devant le chur garni dillets roses et de lys blancs, les filles sagenouillent à gauche et les garçons à droite. Les villageois suivent et remplissent les bancs une rangée après lautre. Ils ont revêtu leurs habits du dimanche, ceux quils mettent pour les grandes occasions. Les femmes, mains gantées, portant chapeau ou foulard et les hommes cravatés, habillés de costumes sombres sinclinent devant la petite lumière rouge qui brille dans le chur. Au cours de la messe, les enfants de chur joufflus tournent les pages de la Bible, tiennent la sébile pendant loffrande ou balancent lencensoir dun mouvement rituel en direction de lautel puis de lassemblée. Les harmonies lourdes de lorgue ponctuent loffice, tandis que la fumée âcre et pesante de lencens sélève lentement nimbant le chur dun voile bru-meux.
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Au premier rang, Thérèse et Diane, deux adolescentes, cou-sines, inséparables compagnes de jeu, se recueillent côte à côte. Dans le silence revenu, le prêtre rappelle aux communiants quils vont solennellement prononcer leur profession de foi et sen remettre à Dieu leur guide, pour le reste de leur vie. En passant sous le porche de léglise ils ont franchi une étape, leur enfance est maintenant derrière eux. À la sortie de léglise, tous les regards des habitants conver-gent vers les communiants qui marchent les yeux baissés, un peu gauches, soudain aveuglés par lintense lumière du soleil de midi. Après les embrassades et félicitations, les deux cousines se retrouvent chez les parents de Thérèse pour un repas copieux et bien arrosé. Toute la famille de Thérèse y participe, les parents de Diane aussi, ne manquent que ses grands-parents maternels qui nont pas été invités. Diane les adore et elle aurait tant sou-haité quils la voient ainsi parée de cette robe dun tulle aérien cousu de bandes de soie en losange et aux poignets ornés de petits boutons nacrés. Cétait la plus belle et la plus chère du magasin, elle lavait repérée dans la vitrine et avait été très sur-prise que ses parents acceptent de la lui offrir. Maintenant elle comprend, ses parents évitent les dépenses dun repas de com-munion et ils lui ont offert la robe en compensation. Les honneurs de la table seront donc réservés à Thérèse et la fête sera avant tout la sienne. Le repas interminable ennuie les deux adolescentes, aussi en-tre les plats, elles se font signe et filent au jardin. Thérèse est devenue fille unique après le décès de son petit frère tandis que Diane a deux surs, Jeanne laînée trop grande pour participer à leurs jeux et Lise la plus jeune, qui sest réfugiée sur les genoux
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de son père. Thérèse porte sur la tête une couronne de petites roses de soie agrafées sur un support recouvert de tulle blanc. Ses cheveux blonds mi longs bien fournis, coupés au carré avec une belle frange sur le front, brillent tant sous le généreux soleil de juin que dès quelle agite la tête, on croirait quils aspirent à se mouvoir comme des entités séparées. Elle court se cacher derrière les groseilliers, attend que Diane la trouve. Au travers du feuillage, elle entrevoit son visage qui est comme un miroir, car cette cousine parait-il lui ressemble comme une sur : mê-me couleur et coupe de cheveux, joues roses rebondies, yeux gris verts. Diane a aperçu Thérèse et court la rejoindre.  Arrête de jouer, rentrons, le dessert va être servi, cest à toi de couper le gâteau. Attrape-moi si tu peux ! Et Thérèse senfuit en riant. Diane la rattrape et toutes deux essoufflées se laissent tom-ber sur un banc puis sobservent en silence. Diane soudain grave :  Thérèse, es-tu amoureuse ?  Moi ? Les garçons ne mintéressent pas !  Mais tu te marieras plus tard ?  Oui et je sais déjà avec qui !  Dis-moi son nom. Thérèse sérieuse, se tait et Diane se met à citer les noms de tous les garçons du collège. Thérèse fait non de la tête, aucun de ceux-là, ces garçons sont si stupides ! Puis énervée, elle pousse brusquement Diane, elle a envie de la frapper comme cest déjà arrivé dans la cour de récréation lorsque, au corps à corps, cha-cune agrippée aux cheveux de lautre, les religieuses avaient dû les séparer. Diane vexée, rejoint seule la salle à manger, une pièce habi-tuellement délaissée car trop grande et non chauffée en hiver, un endroit utilisé pour ranger la porcelaine, les couverts en ar-
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gent et autres cadeaux de mariage. En entrant dans la pièce pleine de bruits et de rires, elle se souvient du jour où régnait là un froid et un silence effrayants, le jour où le petit frère de Thé-rèse reposait de son dernier sommeil dans un berceau blanc, yeux à jamais clos, peau couleur de cire, corps figé tel un bébé de celluloïd. Lassemblée familiale est disparate : les agriculteurs se sont regroupés et discutent de vive voix, dans le rugueux patois du village. Les femmes vont de la salle à manger à la cuisine ou linverse, apportant les plats, ramenant la vaisselle souillée de restes. De lautre côté de la table, le père de Thérèse, professeur de musique au collège, petit, replet et chauve, bourre son éter-nelle pipe. À sa droite, le directeur du collège de la ville de L. un prêtre, homme de belle prestance, la trentaine bien sonnée, cheveux clairs grisonnants, visage légèrement atteint de coupe-rose. Il rit aux éclats, laissant apparaître deux rangées de dents parfaites. À sa gauche, un vieil oncle à la mine peu avenante, recroquevillé par larthrose, riche dit-on dans la famille, fait mine de piquer un petit somme, le nez presque dans lassiette. Ces trois-là participent peu aux débats du reste de la famille, ils ne sont pas du même milieu, il y a comme une ligne de démar-cation entre les deux côtés de la table, les instruits et les autres. Monique, la mère de Thérèse, toute en rondeurs, cheveux au-burn permanentés et crantés, visage aux traits réguliers parsemé de nombreuses tâches de rousseur, saffaire dans la cuisine, vient de temps à autre annoncer les plats, ou sassurer que per-sonne ne manque de rien. Ses talents de cuisinière sont appréciés de tous : quel régal ce plat doie à la chair délicate entourée de croquettes de pommes de terre et de compotes variées ! Monique sexprime dans un beau français, elle est insti-tutrice, une belle réussite pour une fille de petits fermiers. Aujourdhui, gaie, souriante, elle semble avoir oublié les mal-
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