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L'Alpha et l'Oméga

De
192 pages
Eric Bottier, guichetier dans une gare, s'ennuie. Il attend que le temps passe. Il aimerait tellement échapper à l'indifférence et attirer le regard des autres. Aux yeux du monde, il a un physique banal qui le rend invisible. La renommée n'est pas pour lui , il n'a aucun talent. La seule issue qu'il trouve pour gagner le devant de la scène est le meurtre. Il va parcourir les routes de France, à la recherche de victimes qu'il va torturer et tuer. Il croit imiter Dieu, en se donnant le droit d'ôter la vie. Il se prend pour l'Alpha et l'Oméga. Il a une mission à accomplir et il n'y a que celle-ci qui compte.Il ne craint pas la prison, il espère seulement avoir le temps de graver son nom dans la mémoire de la population. Mais un événement va entraver sa mission…
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L Alpha et lOmØga
’Matthieu Paulo
L Alpha et lOmØga
ROMAN
’' manuscrit.com, 2002
ISBN: 2-7481-2543-6 (pourle fichiernumØrique)
ISBN: 2-7481-2542-8 (pour le livreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littØraires etdechercheurs),cemanuscritestimprimØtelunlivre.
D Øventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de lA’ sile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone:0148075000
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com1
Je m ennuie. Je m ennuie terriblement. Je suis
dans un parc, au milieu d une ville, oø les oiseaux
mecassentlespiedsavecleurspiaillements,lescou-
reurs me dØrangent en tra nant des pieds et les en-
fantsjouentàdesjeuxdØbiles. Pourquoijesuisvenu
ici, me morfondre ?
Je regarde le petitlac sur lequel flottent quelques
barquesennuyeuses,dontlacoquevØtuste,àlapein-
ture ØcaillØe, est bercØe par un vent impØtueux. Le
soleil se cache derriŁre un amas dense et opaque de
nuages qui annoncent la pluie dans les prochaines
heures. Mesvacancessontmortellesetvontfinirpar
me tuer.
Jemarcheunpeuverslabuvetteetlemarchandde
glaces pour m empiffrer et m occuper. Quand j ar-
rive sur les lieux, je constate que la salle est bondØe
de touristes et qu une queue interminable s est for-
mØe derriŁre l estaminet. Je refuse de patienter des
heures pour une crŁme glacØe.
JedØcidedoncderentrerchezmoi,tristeàmourir.
Je m’oriente vers ma voiture et je soupire quand je
voiscevieuxvØhiculesale àc tØdecetteMercedes
neuve et miroitante. Je ne gagne pas assez d argent
pour me payer un beau carrosse. Je me contente
d’une voiture sale et ab mØe, à laquelle il manque
lerØtroviseurdroitetdontlavitregauchenes ouvre
7L’Alpha et l’OmØga
plus. Et quand il pleut, l eau s’infiltre par le toit en
toile dØchirØe.
Je pense à l envoyer chez le garagiste mais mes
fins de mois sont difficiles.
Lorsquej arrivechezmoi,ilpleutdescordesetle
cielesttellementnoirquel onsecroiraitaucrØpus-
cule.
MouillØ jusqu l os, je me dØvŒts et me sŁche
auprŁs d un radiateur.
Il est quinze heures seulement et mon Ømission
prØfØrØe commence à dix-huit heures, dans trois
heures. Que vais-je faire pendant tout ce temps là ?
J ai pourtant de quoi m occuper : le linge sale et
puant s empile et la vaisselle, maculØe de bouffe
sØchØe, s’entasse.
FatiguØ, j Øprouve le besoin de m avachir sur le
divan.
Je zappe sur mes cent deux cha nes et, comme
rien ne m intØresse, j Øteins avec rage mon poste,
consternØ par la pauvretØ du programme à la tØlØ.
Il ne me reste plus qu dormir pour tuer le temps,
mais à cette heure-ci, je ne trouve pas le sommeil.
J arrache un bouquin de ma bibliothŁque et je lis
quelques lignes qui m’assomment.
MesyeuxperpØtuellementembuØsdelarmessont
prŒts à exploser à tout moment.
Je tente de me contenir, mais des gouttelettes di-
luviennes envahissent mon visage et coulent sur le
divan.
Je fouille dans mon buffet, qui contient des bou-
teilles d’alcool fort de toutes les couleurs, et me rØ-
sousàboireunmartini,enespØrantquecetØlixirva
soulager ma douleur et me faire oublier ce vide qui
m assaille du matin au soir.
AprŁs avoir englouti trois verres, je me sens flot-
ter. Encore un autre verre.
8Matthieu Paulo
Je me lŁve du fauteuil, tourne enronddansle sa-
lonetmerØinstalle. Jenesouffreplus,je neressens
ni peine, ni joie.
La sonnerie du tØlØphone me fait bondir, je dØ-
crocheimmØdiatementetdevinelavoixdemonami
Willy.
«Alors a va », me demande t-ilrØjoui?
Tentant de cacher mon dØsarroi, je simule une
voix la plus posØe possible.
« Oui, ça va, dis-je avec aboulie.
- Que fais-tu aujourd’hui ?
- Rien. Je me suis promenØ au bord du lac, je
fais un peu de mØnage, je me repose et passe du
bontemps. C estcoollesvacances»,m’exclamai-je
mensongŁrement !
Je pensais exactement le contraire de ce que je
disais. JeveuxquemesamismeconsidŁrentcomme
un individu ØquilibrØ et veux para tre, à leurs yeux,
Øpanoui.
« Oui, si tu veux, allons au cinØma. Tu viens me
chercher. »
Je n aiaucune envie de sortir,encore moinsd al-
leraucinØma. Maisj acceptedel accompagner,car
jeluidoistantdechoses. J espŁrequelefilmvaŒtre
assez intØressant poureffacermonbourdon.
Jem essuielesyeuxrougesetlesjouespoisseuses
imprØgnØesdevieilleslarmes,jemeraselabarbequi
mevieillitconsidØrablementetmevŒtd unechemise
unie et d’un pull-over rŒche. Je fais un effort sur-
humain pour ne pas annuler ce rendez-vous. Willy
arriveenfin,lamine Øblouissante,lesyeuxaccusant
sonbien-Œtre,le teintfraisetla bouche vermeille.
Durant le trajet, sous une ondØe sans fin, nous
dialoguons peu. Willy me fait remarquer qu il me
trouve triste. Des torrents d eau s’Øcoulent sur mon
par-brise et forment un mur que les essuie-glaces
chassent en vain
« Je m ennuie un peu », luiavouai-je.
9L’Alpha et l’OmØga
LorsquenousarrivonsaucinØma,noussubissons
les brouhahas de la foule.
Je constate que les gens se rendent au cinØma les
joursoølamØtØoestexØcrable. IlsfonttouslamŒme
choseaumŒmemoment: ilsvontaumŒmemoment
au cinØma comme ils partent au mŒme moment en
congØs.
Cesvacancesd ØtØsontterminØes,heureusement.
J aiencorelesouvenirdupetitbourgdequatremille
habitants qui grouillait de touristes. Le petit village
est, d’habitude, excessivement inanimØ durant l hi-
ver;durantl ØtØ,ilestexcessivementenvahietsur-
peuplØ.
J ai remarquØ que les estivants se ressemblent
tous : le shortcolorØ, le bonnetet lesespadrillesles
composent. Touslesvacanciersbedonnantss agglu-
tinent autour du marchand de glaces, tandis que les
autres se grillent au soleil.
Ils sont uniformisØs, comme des clones. C est
pourquoi, je fuis le petit village dans lequel je vis
durantl ØtØ,jem isolepournepasmeretrouveravec
tous ces humains standardisØs.
Willy me paie mon billet. La salle est bondØe
de cinØphiles et toutes les meilleures places ont ØtØ
prises d’assaut. On nous abasourdit à coups de pu-
blicitØs niaises avant de nous abreuver du film. J ai
du mal à suivre l intrigue. Les gens dans la salle
gloussentsansquejesachepourquoietcefilmd ap-
parence comique, qui les dØride, m attriste. Si je
n Øtais pas escortØ, j aurais quittØ la salle depuis
longtemps.
A la fin du film, je suis soulagØ. Mon ami Willy
meproposeded neravecluietd allerenbo te. Cette
fois-ci, je refuse catØgoriquement de me mouvoir
comme un lØmure sur de la musique d ahuris. Je
l aifaitdenombreusesfoispourimitermescopains,
m intØgrer dans un groupe et me faire accepter des
10Matthieu Paulo
autres. J enaiassezd accomplirdeschosespourles
autres, qui ne me comblent pas.
BrisØ, je m Øtale sur mon lit douillet au matelas
bien rebondissant.
MØditatif et dØsorientØ, j ai un dØbut de crise
d’existentialismeetmereposecesquestionsidiotes:
Qui suis-je, oø vais-je… ?
J ignore ce que je fais sur cette terre, n’ayant au-
cune mission à accomplir.
Bon nombre d individus sont nØs sous une Øtoile
prodigieuse: ilsontunepassionquidonneunsensà
leurvie,ilsrencontrentl amour,ilsraflentbeaucoup
d’argent, ils sont rois ou reines, ils sont pianistes,
Øcrivains, acteurs renommØs. A moi, il ne m arrive
rien.
J ai un boulot de merde qui me taraude : je me
lŁve tous les matins de bonheur pour m ennuyer
toute la journØe. Je travaille dans une gare au gui-
chet, je distribue des billets, ce qui n’est absolu-
ment pas captivant. J attends avec impatience que
la journØe s achŁve et j attends avec impatience le
week-end en n ayant qu un seul rŒve : mes jours
de congØs. Mais lorsque je suis enfin en congØs, je
m’ennuieàmourir. Jepassemontempsàattendre,à
attendre que tout cela cesse, à attendre....
Je n’ai pas d’alter ego, n ayant rien pour plaire.
Touslesmatins,jemedØvisagedanslaglacepoures-
sayerdevoircequ unejeuneetbellefillepeuttrou-
ver de bien en moi. Je me regarde de tous les côtØs
et constate que j ai un nez trop long, que je ne suis
pasassezmusclØ,quejesuistroppoilu,quej aides
rides,desfessesplatesetunsexeminuscule…J au-
raistantvouluŒtreunbell tre. Lanatures estachar-
nØe sur moi. Quand j aper ois dans la rue un bel
homme à la frimousse d ange, aux muscles d’Érin
et à l allure ØlancØe, je rage et je suis malade de ja-
lousie.
112
A cinq heures du matin, je ne dors toujours
pas, malgrØ la bonne tisane au tilleul que j ai bue
quelquesheuresplustôt.
Je me lŁve et sors de la maison pour me remplir
les bronches de l air frais et humide de la nuit. Je
fais quelques pas dans le jardin et cueille quelques
cerises que n ai jamais remarquØes jadis. Le jour,
je ne me prØoccupe pas du jardin et ne m y rends
jamais. L herbeenfricherecouvrelesquelquesroses
plantØes dans les terre-pleins rendus invisibles. Le
mur en pierre est rongØ par la mousse sauvage et
dØvastatrice et le cerisier est, peu à peu, bouffØ par
les thermites.
Je n aurai plus jamais la volontØ d entretenir ce
jardin abandonnØ.
Celuidemonvoisinal aspectd’unjardindepou-
pØe tant il est propre. Il est si rØgulier qu on a l’im-
pression que le gazon est coupØ aux ciseaux. Les
fleursØclatantessontparfaitementalignØesetilfaut
s’approcher de prŁs pour apercevoir le moindre pØ-
tale fanØ.
Monvoisinestantipathique: iln aimepaslesho-
mosexuels. Je me demande pourquoi il s intØresse
tant aux homosexuels et non pas aux noirs, aux tzi-
ganes,ouàuneautreminoritØ. Sacibleestl inverti.
A Chaque fois que je m entretiens avec lui, il me
parle des gays, ces monstres, ces pervers. Ce sujet
13L’Alpha et l’OmØga
n Øpargne aucune conversation. Quand bien mŒme
ilparleraitdefoot,ilfiniraitparØvoquerles«PD».
Ce quim exhorte à de luidire,unpeuagacØ :
« Laissez-les tranquilles. »
Mon voisin est inintØressant, mais assister à ses
monologues m amuse. Quelque fois, j interviens et
le mets à l Øpreuve.
«Qu estcequ ilsvousontfaitceshomos? »
Ilse tait,le tempsderØflØchir,etilme lance:
« Les humains ne pourront plus se multiplier s il
n y a que des homos. Et la sodomie n’est pas natu-
relle. »
MonvoisincrachetoutesonanimositØenverstous
ceux qui n’entrent pas dans le moule et, comme les
autres voisins ne l Øcoutent plus depuis longtemps,
il s adresse à moi en me considØrant comme son
« vide-haine ».
Mais les homos l attirent plus que tout. Cette at-
tirance, il la dØmolit à coups de haine, son arme.
Son refoulement, il le manifeste en dØbitant au mil-
limŁtreprŁssesarbustes,songazonetenbichonnant
ses fleurs pathologiquement.
Je suis amer, et le fait d avoir pensØ Ønergique-
mentàcevoisindemalheurmeplongedanslesom-
meil. Je me fourre sous les draps glacØs du lit et
m endors enfin.
Toutes mes journØes commencent bien : je suis
Øblouiparunsoleilneufetl’ennuin apasencoreeu
le temps de m abattre.
L’ennui. DŁs ma crØation, j y fus confrontØ. Du-
rant mon enfance, je ne me rendais pas compte que
c Øtait ce mal qui me rendait malheureux. Tout me
semblaitdØrisoire: lorsquejecommen aisuneacti-
vitØ,je ne l achevaispas,j’abandonnais,ennuyØ.
Durant l ØtØ, ma famille se rendait en vacances
dans une rØgion isolØe, charmante et dØpaysante, au
bord d une riviŁre limpide et d une ferme tradition-
nelle. Dans ce pays, peu ressemblant à la Bretagne
14Matthieu Paulo
humideetbeurrØe,nousmangionsdumelon,desto-
matesassaisonnØesd huiled olivesetdufromagede
chŁvre à chaque repas.
Au bout d’une semaine, j en avais assez vu et
j’ØtaisrepudecepaysageauxherbesgrillØes,deces
fromages et de ces sauterelles qui gambadaient sur
les galets brßlants. La Bretagne, avec ses poudrins
et son air humide, me manquait.
Ici, il faisait trop chaud, je cuisais.
Le voyage, qui me faisait produire des litres de
vomis, Øtait le moment le moins insipide Quand on
souffre physiquement, on s ennuie moins morale-
ment.
La premiŁre semaine se passait bien : je goßtais
à l eau, je m empiffrais de fromages de chŁvre et
j’allaisc linerlesbiquesquidØfilaientlesoirdevant
le bivouac.
A la fin de la semaine, je voulais retourner à la
maisonetjelefaisaissavoiràmonpŁre. IlmerØpon-
daitquej avaisaussil airdem’ennuyeràlamaison.
Il disait vrai. Mais c’Øtait un ennui diffØrent auquel
je m Øtais acclimatØ.
Je suis aussi condamnØ à mourir dans l indiffØ-
rencetotale.Quandjepasseraidevie trØpas,plus
personne ne se souviendra de moi, je mourrai in-
connu. Je fais partie de cette masse humaine qui a
droitàunepetiteoraisonfunŁbre,àunepetitetombe
perdueparmilesmilliersd autres,dansuncimetiŁre
minable.
JesuisdestinØà uneexistencemorneetplate. Le
nom et le prØnom que je porte me l indiquent bien.
Je m appelle Eric Bottier. C est trŁs laid et surtout
trŁsordinaire. Avecuneappellationcommecelle-ci,
je ne risque pas d aller loin. Une star portant un tel
nom, ne peut pas exister.
J envie les personnalitØs qui s exhibent sous les
projecteurs, qui sont bombardØes de flashs, adulØes
et applaudies par une foule immense.
15L’Alpha et l’OmØga
CeuxquisontstarslesontdŁsleurplusjeune ge.
A quarante ans, je n ai aucun talent : je ne sais
pas danser, je ne saispas chanter, cuisiner, dessiner,
peindre, Øcrire… et aimer. Aimer, je n’ai jamais su
le faire. Je n aijamaispum’attacheràquelqu un.
Jem intØresseauxŒtresparfaitsquiignorentmon
existence.
Pas un regard ne se porte sur moi dans la rue. Je
supplieleBonDieupourquimerendelaidetabject.
L , au moins, on me regardera, on me fuira ou on
me ha ra,maisj existeraienfinauxyeuxdesautres.
Je n ai pas la chance d Œtre laid comme je n ai pas
la chance d Œtre beau. Ma physionomie ordinaire
me rend invisible et chimØrique. Parfois, j ai envie
de crier, d effaroucher la foule qui m environne, de
les avertir que je suis l , que j ai une me, que je
raisonne et j existe.
J ai des amis et des amies avec lesquels je m en-
nuie. Mes amis parlent de football, un sport que je
n aijamaispudigØrer. Lesfootballeurs,quicavalent
derriŁreunballon,sebousculentetglissentsurlega-
zon humide, me donnent le vertige.
Ils arguent aussi, vulgairement et lubriquement,
de l anticipation des femmes qu ils considŁrent
comme de la chair fra che, et s invectivent des
escroqueries d hommes politiques vØreux qui sont
victimes d une presse-people impitoyable. N y
comprenant rien, ils feignent de s y conna tre,
perpØtuent de faux dØbats dans la plus grande
confusion, collectionnent les prØjugØs et font des
amalgames sur tout.
Je ne prØtends pas dØtenir le savoir absolu mais
jesaisqu ilsdisentn importequoisurtout. Jetente,
malgrØtout,deprØservercesamisenØtantinsidieux.
Je fais mine de m esclaffer quand ils rient et fais
semblantd ŒtrerembrunisquandilssontconsternØs.
16Matthieu Paulo
Mes amies sont plus coruscantes que mes amis.
NØanmoins,leshistoiresdouillettesetmiŁvresm’in-
supportent à la longue et les persiflages et les ru-
meurs m Øc urent.
Moins je vois ces amis, mieux je me porte. Je
suis fatiguØ de porter un masque et de jouer le type
sympathique.
J aurais tant voulu Œtre l ami de Beethoven,
Freud, Hugo ou Jules CØsar. Mais ces personnages
n’auraient jamais ØtØ les amis d Eric Bottier, le
guichetier dans une gare.
Ilnemeresteplusqu medØmolir. Enaurai-jela
bravoure ? Ou alors, me laissercreverdansl ennui.
Je peux aussi opter pour la cigarette ou l alcool qui
m’achŁveront plus vite. Si je bois quatre bouteilles
de whisky par jours, je mourrai la gueule ouverte
dans deux ans.
J achŁte ma premiŁre bouteille de whisky au
centre commerciale du bourg, estimant que me
saouler avec du martini serait du g chis. EtonnØ du
prix,je rØalise que a coßte cherd Œtre unØthylique
etque acoßtecherdecrever. MejeterparlafenŒtre
serait moins onØreux.
De retour chez moi, la bourse vide, je saisis un
beauverreàwhiskyetj yverseleliquidevaporeux,
orangØ et ambrØ. Je bois une premiŁre gorgØe du
liquide de la mort qui me brßle la gorge et qui me
fait tousser. Je souffle pour Øtouffer le feu qui me
dØvore. Enfindecompte,jemerendscomptequeje
neparviendraià viderlabouteille avantcesoir.
Le destin m interdit d Œtre alcoolique, d Œtre
moche, d Œtre beau, d Œtre cØlŁbre et d aimer la vie,
d’aimer les humains tels qu ils sont. Le destin est
dØterminØ à me faire souffrir.
Jebattraicedestin,etmavieseraexceptionnelle.
173
L’ennui est une calamitØ qui m a g chØ la vie et
m’a volØ l opportunitØ d Œtre heureux.
Je me souviens de mes annØes au lycØe, les pires
annØes de mon existence.
J Øtais installØ au fond de la classe. Les profes-
seursetlesØlŁvesmedØvalorisaientlorsqu ilsm’ap-
pelaientparmonnom: Bottierpar-ci,Bottierpar-l .
Je n Øtais pas aimØ des professeurs, car j’Øtais mau-
vais dans toutes les matiŁres.
Durant les cours de mathØmatiques, rØgis par un
professeursemblable à unsomnifŁre,je m effor ais
denepasm assoupir. Lessciencesnaturellesetphy-
siques n’avaient Øgalement aucun intØrŒt pour moi.
Jemedemandaisàquoicessciencesallaientmeser-
vir dans l avenir.
L’histoire, c Øtait du passØ. Le prØsent m en-
nuyait, le passØ encore plus.
Je tentais de m occuper pendant les discours
fleuves des enseignants.
Pendant que le professeur d anglais commentait
un texte, je dessinais des ronds colorØs sur mon ca-
hierdØchiquetØetdØgrafØ,j encoloriaisensuitel’in-
tØrieur. DŁs que mon professeur approchait, je dis-
simulais le magnifique uvre d art derriŁre un bu-
vard. Quand il posait ses questions avec noncha-
lance,unemaintimideetlourdeselevaitauboutde
19