L'amour, simplement

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"Parfois, quand je le regarde, j’essaie de comprendre ce qui m’attache à lui, la nature de ce sentiment, sa texture et sa couleur, le pourquoi et le comment de cette chose qui m’est arrivée un jour et qui ne finit pas de m’étonner, dont je me plains de temps à autre et contre laquelle il m’arrive de lutter, et puis je me lasse de chercher et d’essayer de comprendre et je me contente de le regarder. Quand je lui en parle, il me dit qu’il ne se pose jamais ce genre de questions, qu’il se contente de constater ce qui lui arrive et de l’accepter."
Une femme regarde l’homme qu’elle aime et observe les attitudes, les expressions, les malentendus, les détails de la vie commune qui viennent parfois perturber les folles passions… Autant de situations qui renvoient dos à dos hommes et femmes dans cette périlleuse entreprise qu’est la vie en couple.
Publié le : jeudi 7 janvier 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072637285
Nombre de pages : 208
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Nane Beauregard
L’amour, simplement Roman
L’Angleterre et l’Amérique sont deux pays séparés par une même langue. George Bernard Shaw … il n’y a pas de solution, l’homme et la femme sont absolument irréconciliables et c’est cette tentative impossible de se réconcilier depuis des siècles qui fait la grandeur de leurs couples, leur splendeur, son immensité – et c’est de cela que je serai, que j’ai toujours été inconsolable. Marguerite Duras Brouillons duLivre dit
CHAPI CHAPO
Il lui arrive de débarquer dans la pièce où je travaille et de me demander si je suis chapi ou si je suis chapo et il n’arrête de me poser cette question absurde que lorsque je lui réponds que je suis chapi ou alors que je suis chapo. Dans un cas comme dans l’autre, il se met à rire et retourne travailler dans la pièce d’à côté.
AMOUR
Parfois, quand je le regarde, j’essaie de comprendre ce qui m’attache à lui, la nature de ce sentiment, sa texture et sa couleur, le pourquoi et le comment de cette chose qui m’est arrivée un jour et qui ne finit pas de m’étonner, dont je me plains de temps à autre et contre laquelle il m’arrive de lutter, et puis je me lasse de chercher et d’essayer de comprendre et je me contente de le regarder. Quand je lui en parle, il me dit qu’il ne se pose jamais ce genre de questions, qu’il se contente de constater ce qui lui arrive et de l’accepter.
CROTTES DE CHIEN
Chaque fois que nous en croisons une par terre, ça le rend fou de rage, un peu comme si la crotte le regardait en le narguant. Il passe ensuite un bon moment à s’interroger sur la psychologie du maître qu’il imagine volontiers à sa fenêtre en train de se réjouir de nous voir marcher dedans. Il sait quels quartiers et quels arrondissements de la capitale sont les plus touchés et il établit sur le phénomène des statistiques et des rapports maître / crotte. Il forge des explications à partir de ses observations, et pour illustrer sa thèse et pimenter notre balade, il passe le reste de la promenade à les pointer du doigt pour me montrer, comme le nez au milieu de la figure, chacune des crottes que nous croisons. Comme d’autres s’arrêtent pour regarder et commenter chaque fleur dans un jardin public.
PISCINE
Mardi et vendredi 6 h 45 : le réveil sonne. Contrairement aux autres jours, il ne tarde pas trop à se lever, j’en conclus qu’aujourd’hui c’est piscine et que très vite il va aller plonger dans une eau froide et javellisée. Je me dis qu’avec un peu de chance, il va bientôt partir et que je vais pouvoir me rendormir. Quand, plein d’énergie, il quitte le lit, il me balance, sans s’en rendre compte, la couette en plein visage et se jette à l’attaque du couloir. J’ai le sentiment qu’ils sont dix ou douze à s’exercer au triathlon dans l’entrée et je guette ses pas en espérant qu’ils vont rapidement le conduire jusqu’à la sortie. Ces jours-là, je somnole vaguement en attendant son retour. Il revient de la piscine avec des yeux de grenouille et dans un état d’excitation quasi maniaque. Il court partout dans notre minuscule appartement de Japonais, pousse des petits cris de joie, s’exclame sur les bienfaits de la natation, insiste pour que je l’accompagne un jour, m’explique combien j’ai tort de m’en priver, me demande de l’approuver, ne s’arrête de me le demander que quand je l’ai approuvé et fait tout bruyamment, parler, marcher, mettre la table, se servir, boire, déglutir, rire, tout. Tout est en son augmenté, comme s’il était sourd ou drogué ou halluciné ou les trois en même temps. Il se pose enfin et nous prenons notre petit déjeuner ensemble, j’aime beaucoup ces moments où, après une tentative pour allumer la radio, suivie d’une contre-attaque immédiate de ma part pour l’éteindre, nous bavardons de choses et d’autres. Il dit, entre deux bouchées qu’il engloutit vite, de peur sans doute qu’un(e) autre ne s’en empare, que ce matin, à la piscine, sous la douche il y avait un fou qui hurlait. Au bout d’un moment, ça l’a fatigué, il lui a demandé de se calmer et il s’est fait traiter de tous les noms, il a alors préféré vérifier du coin de l’œil que l’autre n’avait pas de couteau caché quelque part sur lui avant de continuer à se doucher. Plus tard dans le vestiaire, il a vu un préservatif par terre, il est quand même rentré dans la cabine se changer. Quand il en est ressorti, devant la porte, une gardienne, les mains sur les hanches, l’attendait et lui a hurlé dessus. Elle lui reprochait d’être rentré dans le vestiaire avec « ça » dedans. Il lui a dit « et alors, je ne vais pas faire ma bourgeoise, non ? ! », et à la fin de son récit, il éclate de rire.
DIMANCHE
Le matin, il va prendre un café dans un bar pris d’assaut, qui fait un café comme il l’aime. Il me propose de l’accompagner, mais il est tellement concentré sur son ordinateur que, très vite, il ne sait plus où il est ni qui je suis et quand il s’en souvient, il ne sait plus ce que je fais là. Quand je lui parle, il oublie de me répondre ou alors, pour éviter que je ne lui repose cent fois la même question ou que je fasse la tête ou pour me faire croire qu’il m’a écoutée, il répète ma question, l’air de ne pas la comprendre, ou il répond, mais complètement à côté. Il ne s’en rend pas compte ou alors au moment où, surpris par mon silence, il lève le visage de son ordinateur et voit ma tête. Un jour, un des serveurs, un jeune Américain, le voyant arriver seul, avec son ordinateur sous le bras, lui dit de se mettre au fond du café, ça l’a mis très en colère, il l’a regardé d’un sale œil, du coup l’autre a battu en retraite mais il a quand même décidé de ne plus jamais y retourner.
LE BAROMÈTRE
MOI : Il va pleuvoir, l’aiguille du baromètre est sur pluie. LUI : Comment ça, sur pluie ? ! MOI : Oui ! L’aiguille est sur pluie ! LUI : Je ne comprends pas ! Comment peux-tu affirmer que l’aiguille est sur pluie ! MOI : … ? LUI : Je te dis que tu ne peux pas dire que l’aiguille est sur pluie ! L’aiguille est sur pluie ! Et pourquoi pas sur ouragan ou sur tremblement de terre ! L’aiguille ne peut pas être sur pluie, non ! MOI : Mais si ! elle est sur pluie ! LUI : Mais non ! Elle n’a jamais été sur pluie ! Pluie, ça n’existe pas ! Elle est sur « pluie et brouillard », tu vois bien !
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