L'Ange de Bucovine

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Bucovine, ce nom magique, le narrateur l’a entendu pour la première fois, inlassablement psalmodié, dans la bouche de Léon, le pilier du café de sa grand-mère, dans le village de Lorraine où il a passé son enfance. Il ne savait pas alors qu’il découvrirait ce petit pays à la fi n des années soixante. Un pays qu’il visite à nouveau quarante ans plus tard. Ce récit, qui oscille entre lyrisme et réalisme et où alternent divers modes narratifs a été distingué en Allemagne par le prix de littérature "Grenzen Fliessen".
Publié le : samedi 1 janvier 2011
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748367799
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EAN13 : 9782748367799
Nombre de pages : 152
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Lorraine, roman, Grasset La Main aux algues, roman, Grasset Nuit de Meuse, roman, Lattès Le Violon de neige, récit, éditions Publibook Le Bras divoire, nouvelles, éditions Publibook Mémoires dun chapeau, récit, éditions Publibook La Japonaise de Praguesuivie dela Lettre de Corée, Nouvelles, Mon petit éditeur
Michel Louyot
L’ANGE DE BUCOVINE
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0116583.000.R.P.2011.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2011
Les récits daujourdhui ne peuvent commencer que par la fin, Dieu nié, lHistoire idolâtrée puis manipulée, la matière dé-composée, lhomme en miettes, des pans entiers de lhumanité rayés, anéantis, des millions de petites histoires qui tournent sur elles-mêmes, mouches affolées qui se heurtent et sécrasent sur le miroir, nous avons beau faire, nous achoppons toujours sur les mêmes pierres, mouvements répétitifs, actes compulsifs, déambulation interminable dans le champ circulaire des ruines, quont-ils fait de ma maison, les ancêtres eux-mêmes, ils les ont réduits en cendre, je ne sais plus à quoi me raccorder, le calen-drier est trompeur, il ne rend compte que du transitoire, je voudrais croire encore à ce qui dure, bête traquée, je remonte le temps, je cours le monde, où est le coin de terre, loreiller dherbe sur lequel je pourrais enfin poser ma tête ?
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Weithin
À Lætitia Z von Ritt
Weithin, gelagertes Weiss Drüberhin, endlos, Die Schlittenspur des Verlornen. Du blanc à perte de vue Dessus, à linfini.
La trace de traîneau du perdu. Paul Celan Ce matin dans ma boîte, il y avait une enveloppe bleue. Une enveloppe que jattendais depuis des mois. Jai su tout de suite quelle provenait de là-bas. La journée a passé sans que je me sois décidé à la décacheter. Jattends depuis si longtemps que je puis encore patienter quelques heures, voire quelques jours, pour faire durer le plaisir. Jai préféré le courrier postal aux mé-dias électroniques pour communiquer avec les autorités de la région. Rien ne presse. La mission officieuse dont je suis chargé ne présente en effet aucun caractère durgence. Qui en France, qui en Europe sintéresse à ces contrées lointaines ? Ladresse de lexpéditeur est écrite dune main tremblante, une écriture hésitante mais délicate et raffinée. On dirait une écriture dun autre temps, davant la transition, davant leffondrement, davant la perestroïka, davant la stagnation, davant Hitler,
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davant Staline. Un miracle que cette écriture ancienne et fémi-nine ait survécu à tant de barbarie. À le regarder de près, le tracé des lettres est encore sûr, les pleins sont appuyés, les déliés ne manquent pas de subtilité, lécriture est assurément dune vieille dame qui nen finit pas de rester jeune, toute ridée, toute tassée, toute tremblotante quelle doit être, une très vieille dame quil me semble voir sourire à travers les mailles légères des lettres que je ne me sens pas le cur à déchiffrer, non pas tout de suite, oui, attendre encore quelques heures, quelques jours, quelques semaines que le papier bleu et duveteux, à force dêtre effleuré et de se froisser dans ma poche intérieure veuille bien livrer une part de son secret. Je vais, je viens au gré des lacis des ruelles de la vieille ville, je longe la rivière dun côté puis de lautre, je massois sur un banc pour regarder un ragondin, je me rapproche de la cathédrale, jentends parler polonais, une mendiante saccroche à moi, je mesquive par la venelle de lEsprit, Goethe est passé par là, je le suis à la trace, nous saluons le Cardinal de Rohan, un cygne fait la révérence, une dame en blanc agite la main sur le bateau-mouche, une bande de moineaux tourbillonne au-dessus de lIll puis sen va se réfugier dans un jardinet à labandon, je franchis les passerelles allègrement, quelle est douce cette fin septembre, je me retourne pour regarder un dos nu et bronzé, lEurope, quelle Europe, jusquoù lEurope, en me voyant marmonner mes questions, une petite fille sourit, mes pas me portent vers les Contades, la synagogue est endormie, il ny a personne dans le kiosque, le joueur de saxo se fait entendre plus tard en no-vembre, la saison nest pas encore à la nostalgie, on voudrait encore y croire, que les vacances et lété se prolongent, quelle langue des confins du continent parlent-ils ces deux vieux éclo-pés sur le banc ? Là-bas à ma droite, je le sais, habite un couple franco-allemand. Sils voyaient ce que leur uvre est devenue, les Pères fondateurs se retourneraient dans leur tombe, dit-elle.
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