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L'année du kangourou

De
216 pages
Au troisième jour de solitude, elle ota sa blouse et se présenta ainsi, nue et fragile devant son chevalet, pour ce qu'elle devinait être un ultime combat. Elle sentit naître en elle un étrange pouvoir, libérateur de sa propre violence. Ses pinceaux devinrent couteaux et alors commença le martyre. A chaque coup donné, elle entendait gémir la toile.
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L’année du kangourou
Cyrus Bacquivary
L’année du kangourou
ROMAN
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748103297 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748103289 (pour le livre imprimé)
Avertissement de l’éditeur
Découvert par notre réseau de Grands Lecteurs (libraires, revues, critiques littéraires et de chercheurs), ce manuscrit est imprimé tel un livre. D’éventuelles fautes demeurent possibles ; manuscrit.com, respectueuse de la mise en forme adoptée par chacun de ses auteurs, conserve, à ce stade du traitement de l’ouvrage, le texte en l’état. Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com 5 bis rue de l’asile Popincourt 75011 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.com
I
Hony venait d’aménager dans cette fermette aux volets bleus et ce 14 octobre était son huitième ma tin. Ses reins ressentaient encore l’intense manipu lation des meubles et de cette armée de cartons em plis de disques, de livres et de tous ces objets hété roclites qui accompagnent une vie. Enceinte de sept mois, sa femme Aurore avait été dans l’impossibi lité de l’aider, ça, c’était normal, mais dès le début, à cause d’une pacotille chargée de souvenirs qu’il avait jetée mais qu’elle avait sauvée de la poubelle, l’orage avait éclaté, et il avait dû déménager avec pour seul soutien moral, son pesant silence boudeur. Elle savait toujours choisir les bons moments pour déclencher sa crise. Mais bon sang ! Comment ça marchait ce truc, cette humeur. Il avait presque en vie de rire en disant cette tumeur. Un mot, un nom, une décision a priori banale, un oubli d’avis à de mander, un ton inapproprié ou un quelconque acte manqué, et il avait droit pendant des semaines à une tête de sept pieds de long. Enfin, ce qu’il trouvait spectaculaire, c’était la disproportion entre l’insigni fiance du fait déclencheur et le Vietnam qui suivait, comme le serait la dérisoire pression d’un doigt de président de grande puissance sur un bouton rouge qui éteindrait d’un seul coup toutes les lumières de la planète. Et il la sentait ressasser tous les moments merdiques, toutes les fautes, les doubles fautes qu’il
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avait commises depuis le début, l’obligeant à res pecter son silence, avec cette interdiction de tenter de l’amadouer, de jouer les pompiers, de commen cer ses « écoute, c’est con cette histoire, en plein déménagement » car c’était un moyen supplémen taire d’envenimer les choses. Impuissant, incapable de trouver ce qu’il pouvait dire ou faire, il avait com mencé par rester immobile et silencieux, ressemblant à ce rat de Laborit enfermé dans sa cage électrifiée qui attend que ça passe en perdant la luminosité de son poil. Cependant, avec le temps et l’habitude, Hony avait fait des progrès, et plus ça allait, plus il s’en fichait, moins ça jouait sur son poil, et c’était devenu au fil des ans plus rien qu’une petite contra riété comme celle que vous inflige le klaxon éner gique d’un camionneur qui vous surprend dans votre rêverie pédestre.
Il riait parfois de l’ironie du sort qui les avait fait se rencontrer un soir de grand orage, signe avant coureur des turbulences futures. Les éclairs avaient strié le ciel, les vitres avaient tremblé, et juste après, tous les plombs du quartier avaient sauté d’un coup. Puis il avait entendu quelqu’un frapper à sa porte, une voix lui dire que c’était sa nouvelle voisine et lui demander s’il n’avait pas une bougie à lui prêter. Ne possédant que celle qu’il venait d’allumer, il lui avait alors proposé d’entrer partager sa lumière ainsi que la pizza à peine réchauffée.
« J’ai peur des orages et de l’obscurité… Je m’ap pelle Aurore. »
Avait suivi une année d’état de grâce, ces mo ments où l’on ne montre que sa magique image pu blicitaire, et ils s’étaient mariés. Mais à peine le nuage cotonneux sur lequel ils planaient les avaitil
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déposés sur la Terre que la vie courante leur avait dé montré l’absurdité de leur union : ils n’étaient sim plement pas faits l’un pour l’autre. La sagesse au rait dû les séparer depuis longtemps, mais ils avaient trop tardé, trop attendu que le temps fasse le sale tra vail à leur place, en usant jusqu’au bout, la corde qui les liait. Mais ça ne les empêcha pas de continuer à baiser, une autre façon d’entretenir le tumulte, la violence de leur cohabitation, et un beau jour, une stupide négligence avait mis au monde MarieJo séphine, aujourd’hui sept ans. Quelques mois sui virent où la contemplation béate de cette chair rose leur fit oublier leurs sempiternelles querelles. Puis mue par son instinct maternel, elle avait ressorti le grand jeu de la petite femme tendre, douce aimante qu’Hony avait connue sur le nuage de leurs débuts, et ainsi quinze mois après MarieJoséphine, naissait Clément. Hélas, très vite la nature reprenait le des sus et leurs caractères contradictoires s’affrontèrent de plus belle. Avec ses deux enfants au milieu, Hony s’était convaincu ne plus avoir de joker, et en consé quence, avait abandonné toute idée de séparation, pire, il s’était ces derniers mois enfoncé un peu plus : un moment d’attendrissement après une soirée entre amis, trois enfants bientôt, et comme il fallait bien caser tout ce beau monde, il avait ajouté en prime cet ultime fil à la patte, une fermette à la frontière des Yvelines avec un crédit sur vingt ans.
Hony s’était habitué à un ronron quotidien plus subi que désiré. Et justement, au moment où l’his toire commence, ce 14 octobre 1992, il s’éveillait doucement, bercé par le bruit de ses chaînes.
Enquêtant sur sa vie, je découvrais un jour dans l’un des nombreux cahiers de brouillon, sur lesquels Hony griffonnait notes et historiettes, rédigé d’une
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écriture nerveuse, l’étonnant épisode qu’il relatait ainsi :
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14 octobre 1992 :
L’aube mourait en ce début de grand jour. Je n’avais pas encore fait attention à l’heure, juste cette vague idée de six heures passées. J’avais décidé une fois de plus d’aller au bureau en voiture, il serait bien temps lundi prochain de faire comme tous les autres, prendre le train de banlieue jusqu’à la gare Montparnasse muni d’une carte orange. Donc, ce matinlà, je décidai de passer par Orphin, re mettant mon compteur kilométrique à zéro et consultant l’heure sur le tableau de bord afin de comparer distance et temps par rapport aux trajets empruntés les jours pré cédents. Je savais maintenant, il était 6 h 27, et juste à ce moment, l’animateur de RFM annonça 6 h 28. Puis, je re connus les premières mesures d’Hôtel California, quelques vieux souvenirs remontèrent, alors je poussai le volume et au même moment l’heure digitale de la voiture passa à 6 h 28. C’est à cause de ça que j’ai pu identifier avec exac titude, c’est à dire à la minute près, le début de l’histoire. De l’autre côté du parebrise le soleil filtrait à travers les premiers arbres de la forêt de Rambouillet chassant la gri saille de la nuit et j’éteignis les phares. Je négociai tran quillement le large virage et soudain devant moi je crus rêver… je vis un kangourou. Merde ! un kangourou ! Aba sourdi, je freinai doucement et pilai à vingt mètres de lui. Il ne se sauva pas, restant ainsi debout sur ses deux pattes arrière sans même faire attention à moi et ses membres antérieurs mimaient une vieille dame tricotant des chaus settes, les aiguilles en moins. J’ouvris fébrilement la boite à gants, saisis mon appareil, un petit Canon de poche auto matique et pris une demidouzaine de photos de l’étrange apparition. Je sortis même de la voiture pour en faire d’un peu plus prés, mais il ne fallait tout de même pas exagérer, apeuré par mon approche, il disparut en quelques bonds dans le bosquet voisin. La scène n’avait pas duré une