L'appel des cimes

De
Publié par

A quoi sert de vivre si c'est pour constater passivement la fuite des secondes? A travers l'histoire de Lydie, une jeune fille perdue dans une famille déboussolée, on assiste au combat de toute une famille pour tenter de refaire surface. Entre la mort de sa mère, le mutisme de sa soeur qui a volontairement décidé de couper tout contact avec la réalité, son père qui se défait de toutes ses responsabilités et son frère qui subit tout cela sans jamais se plaindre, Lydie tente de s'épanouir et de trouver ses propres raisons de vivre, dans un milieu où le plaisir n'est plus qu'un doux souvenir.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 77
Tags :
EAN13 : 9782748190403
Nombre de pages : 111
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

2 L’appel des cimes
L'appel des cimes


3L’appel des cimes
Chloé Jaussaud
L'appel des cimes

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : livre imprimé 2-7481-9040-8
ISBN 13 : livre imprimé 9782748190403
ISBN : livre numérique 2-7481-9041-6
ISBN 13 : livre numérique 9782748190410

6






À Maeva qui y a cru dès le début
À ma Misscouine qui m’a beaucoup aidée
7
CHAPITRE PREMIER
« Le temps passe, nous passons avec lui. »
Cette idée m’obsède. Chaque seconde qui
s’enfuit emporte avec elle une larme ou un rire.
Ainsi s’échappe notre vie que nous tentons de
retenir, en vain. Lydie aussi voudrait la sentir
entre ses doigts, cette existence qui s’en va sans
qu’on puisse rien y faire. Tous les soirs, dans la
pénombre de sa chambre, elle se récite
inlassablement la même formule : « Le temps
passe, nous passons avec lui. » Ça ressemble à
un rituel. Le repas du soir achevé, elle s’isole,
enfin seule et sereine, dans son antre. Son antre,
comme elle l’appelle servait autrefois de grenier
à blé sous les toits de la grande maison
familiale, abandonnée dans la campagne. Malgré
la tranquillité qui règne aux alentours,
impossible d’attraper au vol quelques instants
de silence. Un petit frère gesticulant dans tous
les sens s’amuse à braver le méchant loup
distributeur de fessées à longueur de journée.
Une mère, au foyer, toujours à manier un
chiffon, à dix heures comme à vingt-deux
9 L’appel des cimes
heures. Un père maçon qui s’acharne avec
ardeur sur son marteau qu’il pleuve ou qu’il
vente. Il n’y a que Marie, sa sœur d’un an son
aînée qui aime le silence. Mais Marie ne le
trouble jamais et se confine dans un mutisme
constant. Marie est le silence.
Lydie, dans le noir de son antre, écoute
sans écouter. Elle écoute ce que les autres
n’entendent pas. Le bruit de pas des fourmis
sur le plancher, le bourdonnement des
abeilles, le tourbillon des effluves de blé
prisonniers à jamais en ces lieux. Elle se pose
une seule question, toujours la même :
« Toutes ces choses tapies dans l’obscurité se
rendent-elles compte du temps qui passe et de
leur vie qui leur échappe ? Aucune réponse ne
vient jamais mais elle persiste à se la poser,
chaque soir, dans l’attente interminable d’un
indice. Parfois, ses pensées dérivent. C’est
alors qu’elle songe à Marie, Marie qu’elle aime
profondément, Marie qu’elle admire, Marie
qui n’ouvre jamais la bouche et qui déambule
comme une ombre, partout où elle passe.
Marie qui de ses yeux d’un bleu intense scrute
le vide avec passion. Et elle, se rend-elle
compte de ce temps qui s’écoule, de cette vie
dont la fin arrivera toujours trop vite ? Quand
elle reste dans sa chambre durant des heures
entières, assise par terre les jambes croisées,
comprend-elle que l’horloge ne s’arrête jamais
10 L’appel des cimes
de tourner ? Ces nuits là où l’esprit de Lydie
s’égare, elle finit par verser quelques pleurs,
sans tenter de les retenir. Elle se rappelle
comment c’était, avant, quand Marie souriait,
lorsqu’elles descendaient ensembles en ville et
qu’elles regardaient les garçons, lorsqu’elles
discutaient à bâtons rompus de tout et de rien.
Tout doucement, le nom de sa sœur se
détache de ses lèvres. Dans un murmure, elle
prononce son prénom. Mais là encore, aucune
réponse ne vient.
11

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.