L'Après-midi d'un saxo-faune à Lunel

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Cette histoire, c'est l'éternelle et vaine quête du Faune à la poursuite de la Nymphe évasive. C'est le micmac comique du mec qui manque son coup et dont chacun se moque. Aujourd'hui, le faune peut bien jouer du saxo, les rues de Lunel en Camargue peuvent bien avoir remplacé les sylves du mont Cithéron, le désir, lui, reste le même et la convoitise n'a pas changé, même si, au bout du compte, comme le dirait Prévert: "... on n'entendit plus la musique et tout fut à recommencer."
Publié le : jeudi 25 juillet 2013
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EAN13 : 9782342009866
Nombre de pages : 156
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Henri Micaux
L’APRÈS-MIDI D’UN SAXO-FAUNE À LUNEL
 
Mon Petit Éditeur
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Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2013
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« Tant pis ! Vers le bonheur dautres mentraîneront Par leur tresse nouée aux cornes de mon front : Tu sais, ma passion, que, pourpre et déjà mûre, Chaque grenade éclate et dabeilles murmure ; Et notre sang, épris de qui le va saisir, Coule pour tout lessaim éternel du désir. »
Stéphane Mallarmé« Laprès-midi dun faune »
 Quest-ce que je vous sers, monsieur ? Occupé à choisir une place dans la demi-obscurité de ce café désert où, fuyant la pluie, je venais déchouer, je navais ni vu ni entendu venir le garçon qui, abandonnant le zinc, derrière lequel il devait somnoler à mon entrée, sétait silencieusement approché de moi, pour me murmurer à loreille ces paroles obséquieuses.Je lui aurais donné une jeune quarantaine. La taille bien prise quoique plutôt petit, il abordait cet âge dangereux et si justement redouté des hommes où, lactivité physique samenuisant, lindividu perd sa sveltesse, commence à sépaissir et gagne en rondeurs, surtout lorsquil senveloppe, comme ce serveur, dun tablier, qui lengonce et lemmaillote. Sa chevelure noire, encore bien drue et portée longue sur la nuque, grisonnait légèrement aux tempes, mais les traits fins et réguliers de son visage, éclairés du sourire goguenard de deux lèvres minces surlignées dune fine moustache, gardaient toujours, malgré quelques légères rides naissantes, la fraîcheur et léclat de ladolescence. Origine italienne, peut-être. Les manches retroussées jusquau coude sur de solides bras velus, il se tenait debout à côté de moi, le buste légèrement incliné vers mon épaule et paraissait attendre mon choix avec, me semblait-il, une certaine négligence nonchalante, mais son regard clair, prolongeant sa question, ne quittait pas le mien et me mettait mal à laise. À vrai dire, je ne désirais rien et je ne voulais rien consommer. Je navais même pas envie de parler ni de madresser à qui que ce soit ni de répondre à aucune question.
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L’APRÈS-MIDI D’UN SAXO-FAUNE À LUNEL
Je ne métais réfugié dans ce bar, lAbrivados, seul asile possible dans cette rue déserte et inconnue, que pour mabriter de laverse brutale, qui mavait surpris, en tenue légère, au cours de ma promenade, et qui faisait encore crépiter ses rafales rageuses contre les vitres de lestaminet. Lendroit noffrait rien de séduisant. Sans la pluie, jamais je naurais fait halte dans cet établissement décrépit, dont la façade, maussade et glauque, écaillait le vert de sa peinture autour de larges carreaux, opaques de crasse. Je ne connaissais pas ce quartier écarté, au sud de Lunel, où le hasard dune flânerie sans objectif, guidée par ma seule curiosité rêveuse, avait conduit mes pas. Je venais à peine de minstaller dans le Languedoc, après plus de dix années passées à courir les chemins creux et les champignons, parmi les humides vallonnements de la Nièvre. Si la garrigue mavait déçu, parce quau sortir des forêts du Morvan, si vertes en été et si flamboyantes à lautomne, toute la végétation, ici, sous le soleil, mavait semblé terne, grise et privée déclat malgré les euphorbes, qui colonisent les talus, en revanche, laspect des villages mavait séduit et jaimais à my promener à pied, à la recherche de cette vie si lente, si sonore et si odorante, que javais aimée, en Afrique du nord, de lautre côté de la Méditerranée, et que je mémerveillais de retrouver ici, à lombre des platanes. Aussi avais-je pris lhabitude, dès que jen avais le loisir, de me laisser flâner le long des ruelles étroites et pavées du centre de Lunel, au ras des maisons, dont les façades semblaient sculptées dombre et de lumière et laissaient parfois deviner, par une porte entrebâillée comme une invitation à la curiosité et à lindiscrétion, lobscurité fraîche et mystérieuse dune cour intérieure, plantée de palmiers, de grenadiers et de lauriers roses à profusion. Je pouvais musarder sans hâte et sans fin parmi les parfums qui flottaient dans lair, si chauds et si piquants que je mattendais toujours, après un porche ou au bout dune enfilade darcades, à déboucher dans lagitation colorée d un souk.
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