L'arbre du dernier savoir

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De l'immense bidonville d'Orfiz, ville ultra-moderne, surgit un arbre au sein duquel s'était endormi Dipoupad. C'est un vieux Noir aveugle, dépositaire de la mémoire de l'humanité qu'il transmet aux « enfants du Soleil » dont font partie Alizée et Om. Dipoupad a le pouvoir de faire croître les fleurs grâce à sa musique et tient tête à Simplon, savant qui œuvre à la destruction de la nature au profit du modernisme. Om sculpte un personnage dans l'écorce de l'Arbre qui peu à peu prend vie et part à la recherche de la dernière forêt. La terre rétrécit et la forêt se rapproche de la ville jusqu'à l'envahir complètement. Simplon brûle les arbres alors Dipoupad s'en va à la recherche de Gunil, accompagné de ses amis et des « enfants du Soleil ». Simplon les retrouve et blesse mortellement Dipoupad alors qu'il tente de protéger la forêt. Il mourra au creux de l'Arbre. Alizée quant à elle réalise à l'issue de cette aventure, son rêve : être une femme.



L'arbre du dernier savoir est un merveilleux conte qui communique à toutes les générations les valeurs universelles telles le respect de la nature, l'amour, la poésie autant de richesses méprisées par les défenseurs du modernisme à outrance. La quête de la forêt se double de la quête de l'humain.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782844505521
Nombre de pages : 242
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L’ARBREPENSIF
IV
Alizée le reconnut de loin ; Le reconnut aussitôt qu’elle le vit. Ilétait comme fichéà l’orée des immenses rem-blaiements d’ordures,nimb tout ésa lumi de ère dorée, ondoyante.Plus tard,quand il lui devint un être familier, la petite fille se demanda comment elle ne l’avait pas découvert plus tôt.Mais Orfizé! Bien peu detait si vaste gens connaissaient réellement ses limites.Et celles-ci,de toutes façons,d’un jour sur l’autre changeaient . Quant aux enfants du voisinage, ils le considéraient plutôt comme une curiosité,une sorte d’extravagance naturelle. Car il n’y avait pas d’arbres,celui-ci dans Orfiz ; était probablement le dernier de son espèce. Peut-être,l’Arbre avait-ilétédégagépar unécroule-ment subit de montagnes d’ordures ; ou peut-être encore, le lent reflux des dé;chets venait-il juste de l’atteindre ou bien,avait-il surgi làen une nuit,de la même matu-ration tellurique, spontanée, qui faisait croître les immeubles aux angles durs. Il se tenait assez loinà l’é: le gratte-ciel le plus proche de luicart des baraques était l’immeuble du Microton,àla façade miroitante de fenêtres opaques.tout cas En , la couche profonde des rebuts où plongeaient ses racines avait dû lui profiter,car
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il avait un troncéson feuillagenorme ; était si vaste,qu’il ombrageaitàseul tout un carr lui ébaraques de .se Il dressait fièrement, bien au-dessus des plus hauts immeubles. C’était un arbre, tel qu’Alizée n’en avait jamais vu nulle part ailleurs,même en rassemblant dans sa mémoire les images lumineuses de sa petite enfance. Il devait être si vieux,qu’àl’âge de sa naissance,la terre elle-même,peut-être,n’avait pas encore de nom. Et Alizée aima cet arbre.
* * *
Om tourna des heures entières autour du tronc géant. Il en palpait rêveusement toutes les aspérités,les replis, les contours. Il avait l’air de déchiffrer,les cise- parmi lures inextricables de sonécorce, des tronçons d’écri-tures oubliées.ils Quand étaient sous le couvert de l’Arbre, les deux enfants avaient l’impression d’êtreà peine plus gros que des insectes,tant les branches basses les enveloppaient,même en plein midi,de leur pénombre odorante et bleutée.ruisselait d’effort et de L’Arbre lumière. En escaladant le tronc moussu,ils découvrirent qu’il existait un grand creux béantàdes premi hauteur ères branches.Comme le creux aboutissait un peu au-dessus des racines,il devint tout naturellement un toboggan fan-tastique. L’intérieur du tronc avait une forme spiralée, couverte de mousse ; on y glissait comme sur une savon-nette.enfants s’engouffraient Les ,riant en à l’avance, dans les ténè; virevoltantbres balsamiques de l’Arbre à
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perdre haleine,avant d’êtreéjectés sur un tas d’ordures. D’autres vinrent les rejoindre dans leur jeu. D’autres comme eux,comme il y en avait beaucoup,dans Orfiz ; de ces enfants sans personne qu’on appelait « les enfants du Soleil ».Parfois,on entendait leurs rires fuser de l’in-térieur du tronc.Comme si l’Arbre lui-même s’était mis àgazouiller,às’exclamer de manière incongrue,en plein milieu du magma stérile des décharges.
Maisàvrai dire,nul ne pouvait affirmer avec certi-tude,parmi les quelques rares anciens qui rumi- même naient encore le passéleur tête dans ,quelle essence de était cet arbre.Beaucoup pensaient qu’il s’agissait d’une sorte de magnolia ; mais d’autres disaient au contraire que c’était plutôt un cèdre argenté; certains avançaient que ce devait être un manguier,ouàla rigueur un jaca-randa.Le vieux Tonio,qui avait voyagédans sa jeunesse, émit un avis plutôt original.
— Pour moi,dit-il,; c’est sûre-il n’y a aucun doute ment un ginkgo ! Il peut survivre plusieurs centaines d’années !
De toutes façons,on ne voyait plus d’arbres depuis déjàlongtemps si ,personne n’ que était très sûr de ce qu’il avançait.
Au milieu des ordures,l’Arbre semblait répondre au vent, semblait garder en lui le souvenir des premiers âges.Et quand Alizée grimpait avec Om sur une de ses branches basses,il lui semblait parfois entendre,imper-ceptiblement,son cœur battre . Elleéprouvaità fleur de peau une sensation d’indéfinissable présence. L’Arbre avait l’air de sourire - A moins que ce ne fût, une fois encore,insidieusement,le Son.?Impression ou illusion un Sonà; mêlla limite extrême de l’Ouïe éaux rumeurs quasi-océanes,parfums de l’Arbre aux . Mais que per-sonne,à part elle,pouvait percevoir ne .lui sem- Telle
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blait même l’aberration, qu’elle n’en parlait jamais. Il était son secret absolu.Car certains jours,le Son restait enfoui dans l’épaisseur du quotidien ; maisà l’impro-viste,il lui remontait en plein cœur,la laissantétrangère àelle-même.C’était un Son indicible,en deçàde toute Intelligence, comme situéquelque incompr dans éhen-sible mémoire d’être.
Loin de l’Arbre,Alizéeétait immergée tout le jour dans la foule où les gens n’échangeaient ni regard ni parole.Il lui semblait par instants qu’ils avaient dans le ventre une grosse boule amère,invisible,qui les clouait au sol.Quelquefois,la boule se mettait en travers de leur gorge, ou pesait sur leur poitrine ; et obstruait leur marche, contrecarrait leurs gestes,leurs emprisonnait rires.Auprès d’eux,lui paraissait l Om éger comme les feuilles de l’Arbre ; il chantait sans doute quelque chose àl’intérieur de lui-même,lui qui la suivait partout en son silence,fr son ère en pauvreté, son ombre,peut-être ou son double. Elle ne lui vit jamais cette grosse boule amère que devinait son regard dans le celui des incon-nus.
— Mais quand elle retournait vers l’Arbre,Alizée se sentait de nouveau heureuse.puisait une Elle énergie subtile dans les murmures interminables qui emplissaient ses journées et ses nuits.La grosse boule,dont elle aussi sentait le poids et le contour au travers de sa gorge,par-tait alors d’elle-même.boule montait dans l’air len- La tement,libérant sa démarche,ses gestes,: et ceson rire n’était qu’une bulle de savon,éclatant toutà coup en reflets d’arc-en-ciel.Alizée levait la tête vers les bran-chages tissés de lumière ; et l’Arbre avait l’air de sourire.
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