L'Archipel du Goulag - édition abrégée inédite

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Après la publication, en 1962, de son roman, Une journée d’Ivan Denissovitch, où il dépeignait la vie d’un prisonnier du Goulag, Alexandre Soljénitsyne reçut, venus de toute la Russie, des centaines de lettres de témoignages sur les camps soviétiques. À partir de ce matériau, il composa l’Archipel du Goulag qui, lors de sa parution en Occident en 1974, suscita une prise de conscience des réalités du régime soviétique. Devenu un best-seller international, l’ouvrage fut tiré à des millions d’exemplaires avant d’être publié dans le pays de l’auteur. Publié en trois volumes aux éditions Fayard (1991-2013), l’ouvrage fait ici l’objet d’une version abrégée inédite, conformément à la version russe établie en 2010 par Natalia Soljénitsyne. Traduit du russe Édition abrégée inédite Préface de Natalia Soljénitsyne
Publié le : jeudi 5 juin 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782213684611
Nombre de pages : 908
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Né en 1918 à Kislovodsk, en Russie, Alexandre Soljénitsyne entreprend des études de sciences et de lettres avant d’être mobilisé par l’Armée rouge en 1941. En 1945, il est condamné à huit ans de redressement dans un camp pour avoir critiqué dans des lettres la politique stalinienne, une expérience qu’il raconte dans Une journée d’Ivan Denissovitch. Victime d’une campagne de dénigrement, il voit ses livres interdits et rédige L’Archipel du Goulag dans la clandestinité. En 1970, il obtient le prix Nobel de littérature. Déchu de sa nationalité quatre ans plus tard, il s’exile en Suisse puis aux États-Unis, où il achève notamment la rédaction de ses mémoires et les «  nœuds  » de son grand œuvre sur la genèse de la révolution d’Octobre, La Roue rouge. Il regagne sa Russie natale en 1994 et meurt à Moscou en 2008.

TITRE ORIGINAL  :

 

Архипелаг Гулаг
Сокралщённое издание

 

 

© Alexandre Soljénitsyne et The Russian Social Fund
for Persecuted Persons and their Families,
1973-1975, 1980, 2008  ; 2010 pour la version abrégée.

© N.D. Soljénitsyna, pour la confection de l’édition abrégée,
les notes et la préface, 2010.
© Éditions du Seuil, 1974-1976, Librairie Arthème Fayard, 1991-2013,
pour la traduction française.
© Librairie Arthème Fayard, 2014,
pour la traduction française de l’édition abrégée.

ISBN 978-2-2136-8461-1

Du même auteur

Une journée d’Ivan Denissovitch
Julliard, 1963
Fayard, 2007
Robert Laffont, «  Pavillons poche  », 2010

 

La Maison de Matriona
Julliard, 1966
Fayard, 2007
Robert Laffont, «  Pavillons poche  », 2009

 

Le Pavillon des cancéreux
Julliard, 1968
Fayard, 2007
Robert Laffont, «  Pavillons poche  », 2011

 

Le Premier Cercle
Robert Laffont, 1968
Robert Laffont, «  Pavillons poche  », 2007
Fayard, 2007

 

Zacharie l’Escarcelle et autres récits
Julliard, 1971
Fayard, 2007
Robert Laffont, «  Pavillons poche  », 2008

 

La Fille d’amour et l’Innocent
théâtre
Robert Laffont, 1971

 

Août quatorze (première version)
Seuil, 1972

 

Les Droits de l’écrivain
Seuil, 1972

 

Lettre aux dirigeants de l’Union soviétique
Seuil, 1974

 

Des voix sous les décombres
(contributions)
Seuil, 1974

 

L’ARCHIPEL DU GOULAG  : 1918-1956

Volume 1  : L’Arrestation
Seuil, 1974

Volume 2  : Vie quotidienne
Seuil, 1974

Volume 3  : La Résistance
Seuil, 1976

 

Lénine à Zurich
Seuil, 1975

 

Discours américains
Seuil, 1975

 

Le Chêne et le Veau
Esquisses de la vie littéraire
Seuil, 1975

 

Flamme au vent
La lumière qui est en toi
Seuil, 1976

 

Le Déclin du courage
Discours de Harvard 1978
Seuil, 1978

 

Message d’exil
Seuil, 1979

 

L’Erreur de l’Occident
Grasset, 1980, 2006

 

Les tanks connaissent la vérité
Scénario pour écran variable
Fayard, 1982

 

LA ROUE ROUGE

Volume 1  : Premier nœud – Août quatorze
Fayard, 1983

Volume 2  : Deuxième nœud – Novembre seize
Fayard, 1985

Volume 3  : Troisième nœud – Mars dix-sept
Fayard, 1993-2001

Volume 4  : Quatrième nœud – Avril dix-sept
Fayard, 2009

 

Comment réaménager notre Russie  ?
Réflexions dans la mesure de mes forces
Fayard, 1990

 

Les Invisibles
Fayard, 1992

 

Le Problème russe à la fin du XXe siècle
Fayard, 1994

 

Ego
Fayard, 1995

 

Nos jeunes
Récits en deux parties
Fayard, 1997
«  Le Livre de poche  », n° 30927, 2008

 

La Russie sous l’avalanche
Fayard, 1998

 

Nos pluralistes
Fayard, 1998

 

LE GRAIN TOMBÉ ENTRE LES MEULES

Volume 1
Fayard, 1998

Volume 2  : Esquisses d’exil  : 1979-1994
Fayard, 2003

 

Deux récits de guerre
Fayard, 1998
«  Le Livre de poche  », n° 15407, 2003

 

DEUX SIÈCLES ENSEMBLE  : 1795-1995

Volume 1  : Dans la Russie d’avant la révolution
Fayard, 2002

Volume 2  : Juifs et Russes pendant la période soviétique
Fayard, 2003

 

Études et Miniatures
Fayard, 2003, 2012

 

Aime la révolution  !
Récit inachevé écrit en convoi militaire en 1941
Fayard, 2007

 

Réflexions sur la révolution de Février
Fayard, 2007

 

Une minute par jour  : chroniques
Fayard, 2007

 

Le Clocher de Kaliazine
«  Points  », n° P2006, 2008

 

La Confiture d’abricots
Fayard, 2012

 

ŒUVRES COMPLÈTES

Volume 1  : Le Premier Cercle
Fayard, 1982

 

Volume 2  : Le Pavillon des cancéreux,
Une journée d’Ivan Denissovitch
et autres récits
Fayard, 1982

Volume 3  : Œuvres dramatiques
Fayard, 1986

Volume 4  : L’Archipel du Goulag  :
1918-1956 Ire et IIe partie
Fayard, 1991

Volume 5  : L’Archipel du Goulag  :
1918-1956 IIIe et IVe partie
Fayard, 2011

Volume 6  : L’Archipel du Goulag  :
1918-1956 Ve, VIe et VIIe partie
Fayard, 2013

Note sur la traduction de l’Archipel du Goulag

Ont assuré la traduction française de la première édition de l’Archipel du Goulag (éditions du Seuil, 1974-1976)  : 1re et 2e parties  : Jacqueline Lafond, José Johannet, René Marichal, Serge Oswald et Nikita Struve  ; 3e partie (chapitres 1-6, 9-11, 15-22)  : José Johannet  ; 3e partie (chapitres 7, 8, 11-14)  : Geneviève Johannet  ; 4e partie  : Nikita Struve  ; 5e partie  : José Johannet  ; 6e et 7e parties  : Geneviève Johannet.

Geneviève Johannet a révisé l’ensemble de la traduction afin de la mettre en conformité avec les éditions russes de 1980 (1re et 2e parties) et de 2008 (3e à 7e parties).

 

Dans la présente édition, l’ensemble du texte révisé par Geneviève Johannet et enrichi d’un appareil critique réalisé par José Johannet (Fayard, 3 vol., 1991-2013) a été mis en conformité, par Marilyne Fellous, avec la version russe abrégée établie par Natalia Soljénitsyne et parue à Moscou en 2010 (éditions Prosvechtchénié). Françoise Lesourd en a traduit la préface.

Note de l’éditeur

Au fil de l’ouvrage, des notes de l’auteur, de Natalia Soljénitsyne (Note de N.S.) et des traducteurs (N.d.T.), en bas de page et appelées par des chiffres, donnent des éclaircissements ponctuels.

Le lecteur trouvera également, en fin de volume, des Notices biographiques ainsi qu’un Glossaire des abréviations et de certains termes spécifiques. Ces derniers sont signalés dans le corps du texte, à leur première occurrence, par un astérisque.

Le don d’incarner

préface de Natalia Soljénitsyne

C’est un bien étrange manuscrit que reçut la revue Novy mir à l’automne 1961  : des feuillets imprimés recto verso, sans marges ni interlignes, intitulés Chtch-854 et non signés. Anna Berzer, rédactrice du département de littérature en prose, comprit tout de suite qu’elle tenait là un texte exceptionnel, d’une valeur inestimable. Elle le transmit au rédacteur en chef, Alexandre Tvardovski, avec ce commentaire  : «  Un camp vu à travers les yeux d’un moujik, un texte vraiment issu du peuple.  » «  Ces quelques mots étaient bien faits pour aller droit au cœur de Tvardovski, dira plus tard Soljénitsyne, le moujik Ivan Denissovitch ne pouvait laisser indifférents ni le moujik-rédacteur en chef Alexandre Tvardovski, ni le moujik-secrétaire général Nikita Khrouchtchev… Tvardovski raconte que le soir même, s’étant mis au lit pour lire le manuscrit tout à son aise, dès la troisième page il avait compris que ce n’était pas une chose à lire couché. Il s’était relevé, rhabillé. Tout le monde, chez lui, dormait déjà  ; lui passa la nuit à lire le récit, puis à le relire tout en buvant des tasses de thé. Quand vint la fin de la nuit, ces heures que les paysans disent “du matin”, il ne s’était toujours pas couché. Il prit son téléphone et demanda à ses collaborateurs de se renseigner sur l’auteur et l’endroit où il se trouvait. Ce qui lui avait plu tout particulièrement, c’était de ne pas avoir là une mystification concoctée par un écrivain célèbre, et que l’auteur ne fût ni un homme de lettres, ni un Moscovite.  »

Cette nuit-là, Tvardovski se fixa un but que l’on aurait pu croire irréalisable  : publier dans sa revue le récit d’Une journée d’Ivan Denissovitch. «  Le publier  ! Le publier  ! Plus rien d’autre ne comptait. Il fallait surmonter les obstacles, se frayer un chemin jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir… Démontrer, convaincre, pousser les gens dans leurs retranchements. On a tué la littérature russe, à ce qu’il paraît  ? Nom d’une pipe  ! Mais la voilà, ici même, dans cette chemise en carton fermée par deux petits cordons. Mais lui  ? Qui est-ce  ? Personne ne l’a encore vu.  »

«  Lui  », c’était un instituteur. Depuis cinq ans, il enseignait la physique et l’astronomie dans une école de Riazan. Et avant cela  ? Il avait enseigné les mathématiques dans une école de village, dans la région de Vladimir. Et encore avant  ? Avant, il était en relégation au Kazakhstan (envoyé en exil intérieur «  pour l’éternité  » – mais, en 1956, le Dégel khrouchtchévien avait contribué à réchauffer cette «  glace éternelle  »). Reprenons donc les choses dans l’ordre.

Alexandre Soljénitsyne est né en 1918 à Kislovodsk. Ses parents (tous deux d’origine paysanne, les premiers de leurs familles respectives à avoir fait des études) s’étaient mariés en août 1917 sur le front où le père de Soljénitsyne était artilleur, sous-lieutenant dans la brigade des grenadiers. Il avait quitté en 1914 l’université de Moscou pour s’engager comme volontaire dans la guerre contre l’Allemagne, et après trois ans et demi à l’armée, en 1918 il était revenu au Kouban où il était mort dans un accident de chasse six mois avant la naissance de son fils que sa mère avait élevé seule. Ils menaient une vie de misère, logeant dans des masures froides et délabrées, se chauffant au charbon, obligés d’aller loin chercher l’eau qu’ils rapportaient dans des seaux. Sania lisait beaucoup, et, «  étrangement, dès l’âge de huit-neuf ans, il pensa qu’il devait devenir écrivain, sans avoir la moindre idée de la forme que cela pourrait prendre  ». Son enfance et sa jeunesse, Sania les passa à Rostov. C’est là qu’il fit ses études secondaires, puis supérieures, à la faculté de physique-mathématiques de l’université de Rostov, tout en suivant par correspondance les cours de la faculté de littérature du MIFLI (l’Institut d’histoire, de philosophie et de littérature de Moscou). La guerre le surprit à Moscou pendant les examens de la session d’été.

Ayant commencé la guerre comme simple soldat, il entra à l’école d’artillerie pour y suivre des cours accélérés, et à partir de décembre 1942 il commandait une batterie de repérage par le son avec le grade de lieutenant. Il se battit sur le front du Nord-Ouest, puis sur celui de Briansk. Après la bataille d’Oriol, il fut décoré de la médaille de la Guerre patriotique de 2e degré, et, après la prise de Rogatchov en Biélorussie, de l’ordre de l’Étoile rouge. À la tête de sa batterie, il ne quitta pas le front jusqu’à ce jour de février 1945 où, alors qu’il se trouvait en Prusse-Orientale avec le grade de capitaine, il fut arrêté pour avoir échangé avec un ami d’enfance (devenu lui aussi officier) une série de lettres que la censure avait interceptées. Les deux jeunes gens y gratifiaient Staline du nom de Caïd  : parce qu’il avait «  trahi la cause de la révolution  », pour sa fourberie et sa cruauté. Inéluctablement, ils allaient devoir le payer. Il avait vingt-six ans. Il fut condamné à huit ans de camp suivis d’une peine de «  relégation à perpétuité  ».

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