L'art du maquillage

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« J'ai amplement le temps de réfléchir, mais je ne sais pas par où commencer. Son conseil de continuer à copier les maîtres anciens, à la recherche de leur secret englouti, ne m'est d'aucun secours. J'évite même de regarder les reproductions dans les livres d'art, car j'ai peur de me perdre davantage. De toute façon, je peux imiter à merveille et sans aucun effort les maîtres que j'admire. Mon problème serait plutôt celui de me retrouver moi-même, le Max Willem d'autrefois, celui du temps d'avant les contrefaçons et les mensonges. »
Publié le : mercredi 28 mars 2012
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EAN13 : 9782923844596
Nombre de pages : 370
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DANS LA MÊME COLLECTION Esther Croft,Tu ne mourras pas, nouvelles. Sergio Kokis,Errances, roman. Sergio Kokis,La gare, roman. Sergio Kokis,Negão et Doralice, roman. Sergio Kokis,Le pavillon des miroirs, roman. Sergio Kokis,Le retour de Lorenzo Sánchez, roman. Sergio Kokis,Un sourire blindé, roman.
DU MÊME AUTEUR Le pavillon des miroirs(roman), Montréal, XYZ éditeur, 1994 ; Montréal, Éditions Club Québec-Loisirs, 1995 ; La Tour d’Aigues (France), Éditions de L’Aube, 1999 ;El pabellón de los espejos, Guadalajara (México), Editorial Conexión Gráfica, 1999 ;Fun House, Toronto, Dundurn Group-Simon & Pierre, 1999 ;A casa dos espelhos, Rio de Janeiro (Brasil), Editora Record, 2000 ; Montréal, Lévesque éditeur, 2010. (Grand Prix du livre de Montréal, 1994 ; Prix de l’Académie des lettres du Québec, 1994 ; Prix Québec-Paris, 1994 ; Prix Desjardins du Salon du livre de Québec, 1995.) Negão et Doralice(roman), Montréal, XYZ éditeur, 1995 ; La Tour d’Aigues (France), Éditions de L’Aube, 1999 ; Montréal, Lévesque éditeur, 2011. Errances(roman), Montréal, XYZ éditeur, 1996 ; Montréal, Lévesque éditeur, 2011. Les langages de la création(conférence), Québec, Nuit blanche éditeur, 1996. Un sourire blindé; Montréal, Lévesque éditeur, 2010.(roman), Montréal, XYZ éditeur, 1998 La danse macabre du Québec, Montréal, XYZ éditeur, 1999 (épuisé). La gare(roman), Montréal, XYZ éditeur, 2005 ;La estación, Barcelona (España), Montesinos, 2008 ; México, Educación y cultura, 2008 ; Montréal, Lévesque éditeur, 2010. (Prix France-Québec, prix des lecteurs, 2006.) Le retour de Lorenzo Sánchez; Montréal, LévesqueMontréal, XYZ éditeur, 2008  (roman), éditeur, 2010. Clandestino(roman), Montréal, Lévesque éditeur, 2010. Dissimulations(nouvelles), Montréal, Lévesque éditeur, 2010. À PARAÎTRE CHEZ LÉVESQUE ÉDITEUR Les amants de l’Alfama. L’amour du lointain. Le fou de Bosch. Kaléidoscope brisé.
Le magicien.
— Prix Québec-Mexique, 2003.
Le maître de jeu.
Saltimbanques.
SERGIO KOKIS
L’ARTDUMAQUILLAGE
roman
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Kokis, Sergio, 1944-L’art du maquillage : roman (Prise deux) Éd. originale : Montréal : XYZ, 1997. Publ. à l’origine dans la coll. : Romanichels. ISBN 978-2-923844-57-2 I. Titre. II. Collection : Collection Prise deux. PS8571.O683A77 2011 C843’.54 C2011-940363-3 PS9571.O683A77 2011 © Lévesque éditeur et Sergio Kokis, 2011 Lévesque éditeur 11860, rue Guertin Montréal (Québec) H4J 1V6 Téléphone : 514.523.77.72 Télécopieur : 514.523.77.33 Courriel :info@levesqueediteur.com Site Internet :www.levesqueediteur.com e Dépôt légal : 2 trimestre 2011 Bibliothèque et Archives Canada Bibliothèque et Archives nationales du Québec
ISBN 978-2-923844-57-2 (édition papier)
ISBN 978-2-923844-58-9 (édition numérique) ISBN 978-2-923844-59-6 (édition ePub) Droits d’auteur et droits de reproduction Toutes les demandes de reproduction doivent être acheminées à : Copibec (reproduction papier) • 514.288.16.64 • 800.717.20.22 licences@copibec.qc.ca Production : Jacques Richer Conception graphique et mise en pages : Édiscript enr. o Illustration de la couverture : Sergio Kokis,Le peintre et la mort(Danse macabre40), huile, n sur masonite, 122 cm × 193 cm, 1994 Photographie de l’auteur : Nicolas Kokis Conversion au format ePub :Studio C1C4Pour toute question technique au sujet de ce ePub : service@studioc1c4.com
Àtous les artistes, y compris les
coiffeuses, les chirurgiens plastiques,
les travestis, les actrices et les putes.
À tous ceux qui mettent leur brin de rêve
pour tenter d’améliorer le quotidien fade.
À la mémoire du maître inconnu qui,
au tout début de notre siècle, créa
la plus belle des Vierge de Sandro
Botticelli, la Madone au voile
(Courtauld Institute of Art).
À lui et à tant d’autres artistes de
l’ombre, ces maîtres dans l’art du maquillage.
[…] la dissimulation est systématiquement une conduite intermédiaire, une conduite oscillant entre les deux pôles du caché et du montré. Pas de dissimulation habile sans ostentation.
GASTON BACHELARD
[…] la vérité ou l’apparence ne sont pas dans l’objet […] mais dans le jugement que nous portons sur cet objet, en tant qu’il est pensé.
IMMANUEL KANT
Prologue
J’arrive enfin à retrouver une certaine paix, même si les élans paranoïaques m’assaillent encore de temps en temps. Ces sursauts sont idiots, j’en conviens, car personne ici ne sait au juste d’où je viens. Surtout, ils ne s’intéressent pas à moi. J’ai de l’argent, ma façade de photographe est bien attestée par une carte de presse que j’ai achetée à Mexico, et mon visa est encore bon pour huit mois. Assez pour me faire oublier, je crois. Mes photos de paysages sont d’ailleurs si anodines que même les autorités locales sont rassurées. Au début, ils craignaient que je ne sois l’un de ces gringos fanatiques de l’environnement qui cherchent à semer la pagaille. Plus maintenant. N’empêche qu’il m’arrive encore de paniquer en croyant percevoir des agents de Rosenberg déguisés en touristes. Il est clair que cette ordure ne m’oubliera pas de sitôt. D’un autre côté, peut-être que j’exagère la portée de ma vengeance car, en fin de compte, il a fait bien plus d’argent avec mon travail de faussaire que je n’ai pu lui en soutirer. Il y a l’honneur, bien sûr, et le fait qu’à n’importe quel moment je pourrais tout déballer. Au moins, je n’ai pas besoin de craindre la police. Rosenberg et ses associés chercheront à régler discrètement mon cas, si jamais ils me trouvent. Le plus difficile cependant est de vivre chaque jour avec cette paralysie étrange qui s’est emparée de moi depuis que je suis arrivé ici. C’est quelque chose d’incompréhensible, comme si ma vie avait été brisée en quelque sorte. Ce village mexicain est tout ce qu’il y a de plus confortable ; mon atelier est beau, discret, et je ne manque jamais de modèles magnifiques. Pourtant, impossible de dessiner ; aucune envie de peindre. J’ai perdu le fil de ce que, jadis, je me proposais de faire. L’argent et la paix sont là, mais ces dix dernières années que j’ai passées à peindre et à dessiner paraissent avoir drainé toute l’énergie de mes propres désirs. Il ne me reste qu’une grande confusion. Peut-être que j’ai été trop intimement lié à l’art, que je suis passé de l’autre côté du miroir en délaissant la vie. Le charme semble disparu et je ne me retrouve plus. Les paroles de maître Guderius me reviennent parfois inopinément à l’esprit, accompagnées de son sourire narquois, comme une sorte d’écho d’Anvers ou de ricanement des choses anciennes. Je me surprends aussi à faire de longues balades imaginaires dans les églises de sa ville, parmi des hordes de saints taillés dans le bois, comme si mon âme — Guderius l’appelait démon — cherchait à retrouver un chemin perdu. En vain. La sagesse du vieux ne me sert maintenant à rien ; mon âme paraît avoir perdu le désir de marcher plutôt que le but de la quête. J’ai amplement le temps de réfléchir, mais je ne sais pas par où commencer. Son conseil de continuer à copier les maîtres anciens, à la recherche de leur secret englouti, ne m’est d’aucun secours. J’évite même de regarder les reproductions dans les livres d’art, car j’ai peur de me perdre davantage. De toute façon, je peux imiter à merveille et sans aucun effort les maîtres que j’admire. Mon problème serait plutôt celui de me retrouver moi-même, le Max Willem d’autrefois, celui du temps d’avant les contrefaçons et les mensonges. Je prends plutôt le parti de tenter de me raconter l’histoire qui m’a conduit jusqu’ici, l’histoire de ma confusion entre l’art et le maquillage. Si j’arrive à mettre en mots, à
comprendre ce qui s’est passé au juste, peut-être que cette paralysie relâchera ses griffes. Aussi, si je peux mettre Vera en perspective, la transformer en personnage de narration, la blessure commencera à se cicatriser. Car je souffre encore de ma tendresse bafouée, et son absence me blesse. Les autres femmes n’arrivent pas à combler le vide qu’elle a creusé en moi, même si, de plus en plus, ce vide s’exprime par une sorte de honte doublée d’une rage sourde. C’est d’ailleurs d’abord cette honte que je veux anéantir en saisissant dans le détail le jeu de cette femme singulière. Il est clair que je ne sortirai pas grandi de cet exercice narratif, si jamais j’en sors. Mais, que faire d’autre, si le fil de l’histoire se dérobe au peintre que je suis en me laissant seul avec des scènes intolérables ? Qui sait ce qui peut advenir si je tente, sans trop me mentir à moi-même, de répondre au moins à la petite question : où donc ai-je commencé à perdre pied ? L’aspect extérieur, la convexité du masque m’aidera sans doute à imaginer sa face cachée, la concavité des âmes.
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