L'ArtDeLaChute Coquine

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L’art de la chute, on peut, sans craindre de se tromper, affirmer que Claire Arnot le maîtrise au-delà du commun. Elle nous concocte des bijoux de textes, certains très courts, d’autres plus longs, des petits flashs du quotidien, des situations inattendues ou ordinaires, et toujours une chute comme un pavé dans la mare. Ils se déclinent en quatre catégories, les chutes noires, les chutes cocasses, les chutes tendres, et pour épicer un peu les choses, les chutes coquines.

Quatrième et dernier recueil de la série L’ArtDeLaChute, avec des situations épicées et des échanges parfois torrides.



« Je pourrais me lever tous les matins à 6 heures pour arpenter les collines puisque j’aime ça ; je pourrais rester chez moi, ronronnant entre mes livres et mon chat puisque j'aime ça ; je pourrais sortir tous les soirs au théâtre, au ciné, me remémorer mes jeunes années de comédienne puisque j’ai adoré ça ; je pourrais aller danser seule ou en compagnie, écumer les fiestas ou les boîtes de nuit car le swing, j’aime ça ; je pourrais voyager par mer et par air, faire le tour de la terre puisque je rêve de ça ; je pourrais passer mon temps à cuisiner, gourmande et gourmet car j'aime vraiment ça ; je pourrais me consacrer à fond dans mon boulot, combinant expérience et innovation puisque j'aime beaucoup enseigner le français aux étrangers ; je pourrais passer mes jours et mes nuits à cajoler, à créer des surprises d'amour, drôles, douces et sensuelles puisque j'adore aimer et être aimée… mais je sais déjà que je ne ferai rien de tout cela à fond… ou juste un peu en passant car feignasse comme je suis, au lieu de vivre mille vies, je préfère les inventer et vous les décrire. »
Claire Arnot.
Publié le : lundi 16 mars 2015
Lecture(s) : 6
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791094725221
Nombre de pages : 40
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7 jours d'essai offerts
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Extrait

1. Animation

— Toi, je parie que t’as fait de la danse !
— Oui, classique et moderne. Comment t’as deviné ?
— T’es cambrée, et tu marches en canard… moi aussi, si ça peut te rassurer. Même si j’ai arrêté y a un moment… Dis, ça t’irait de gagner 50 euros ce week-end ?
Lucie, méfiante, la regarde par-dessus le plateau du Resto U :
— Ça dépend… c’est quoi ton plan ?

— Te déguiser pour un anniversaire… Je bosse de temps en temps pour une agence et on cherche du monde pour samedi.
— Ouais, ça me branche, j’ai déjà fait de l’animation. Faudrait que je me déguise en quoi ?
— Blanche Neige, ça ira bien avec ta peau blafarde et tes cheveux noirs !
Lucie ne peut s’empêcher de sourire :
— OK, va pour Blanche Neige, au moins je dormirai une partie de la soirée !
— Crois pas ça, c’est un peu crevant : en fait, faut mettre le feu, chanter, faire danser les gens…
— T’inquiète, j’ai déjà fait ça.
— OK, alors cet après-midi je te présente à l’agence pour le contrat. Moi c’est Céline, et toi ?
Lucie lui laisse ses coordonnées et la remercie chaleureusement ; après tout, ça peut être positif pour l’avenir d’avoir un pied dans une agence parisienne…

Elle rentre chez elle juste après avoir déjeuné. Elle se lave les cheveux et se prépare psychologiquement à l’entretien. Elle enfile aussi une photocopie de son CV dans son sac, au cas où le responsable le lui demanderait… Elle choisit un ensemble sobre : chemise blanche sur un pantalon de velours noir et ballerines grises. Dix ans de danse classique lui ont forgé un corps en béton, mais la pluie parisienne a eu raison de son teint de jeune méditerranéenne. Lucie étale un peu de rose à lèvres sur ses pommettes et retient ses cheveux longs en une sage queue-de-cheval. Après quarante minutes de métro, l’étudiante retrouve Céline au pied d’un immeuble minable du vingtième arrondissement. Sa nouvelle amie endosse un long imperméable avec épaulettes qui laisse entrevoir une minijupe en cuir dès qu’elle monte l’escalier. Peut-être va-t-elle ensuite à une soirée étudiante ? Céline s’arrête au troisième étage devant une plaque énigmatique : Funfair Communication. Elles entrent sans sonner dans un hall rose et gris, à la moquette défraîchie. Derrière une espèce de bureau en verre est assis un grand black qui les accueille en souriant :

— Salut Céline. C’est ta nouvelle copine ?
— Salut Dodo ! Oui, je t’en ai parlé au téléphone… pour le rôle de Blanche Neige.

L’immense Martiniquais se lève et lui tend une main large comme un battoir :
— Désiré Didot, enchanté, mais tout le monde m’appelle Dodo.
— Lucie Morin.
— Bien, Lucie, Céline t’a un peu mise au parfum pour samedi ?
— Oui, c’est pour faire de l’animation ?
— En quelque sorte oui, mais faut savoir danser.
— Pas de problème, j’ai fait dix ans de danse classique et modern jazz à Avignon.
— Bien, on va voir ça. Céline, passez dans le studio, mettez vos déguisements et je lance la musique.
Lucie, un peu surprise par la tournure de l’entretien, suit Céline qui semble beaucoup plus à l’aise. Ce que Dodo appelle pompeusement le « studio » n’est qu’une pièce munie de parquet avec un miroir qui court le long du mur, quelques spots et un appareil photo monté sur pied.

Céline se dirige vers un placard d’où elle retire deux cintres chargés de vêtements :
— Tiens Lucie, enfile celui-ci et moi je prends l’autre… Tu sais que je fais la sorcière ? On devra se courir après en dansant… annonce Céline en pouffant.
— Mais… on se change ici ?
Céline hausse les épaules :
— Ben oui, qu’est-ce que ça peut faire ?

Lucie ravale sa pudeur et tourne le dos à la jeune fille. Elle ôte son pantalon et son chemisier à toute vitesse pour enfiler le classique costume de Blanche Neige : corset blanc et lacets de cuir, jupe et petit tablier… puis, elle laisse échapper un cri de surprise :
— Mais… il est trop court !
Le corset laisse entrevoir la naissance des seins et la jupe et le tablier couvrent à peine les genoux. Elle fait volte-face : Céline porte une longue cape noire au col relevé, typique manteau de sorcière, mais dessous elle a gardé sa minijupe en cuir et un bustier fait déborder son abondante poitrine. Lucie n’a pas le temps de poser d’autres questions, la musique de Michaël Jackson envahit le studio. Dodo entre dans la pièce.
— C’est bon les filles ? Ah magnifique Céline, c’est vraiment le déguisement qui est fait pour toi. Et toi Lucie, fais voir.
Lucie happe un grand bol d’air et finit par articuler en haussant la voix pour couvrir la musique :
— Mais pourquoi ces déguisements sont si courts ? C’est quoi cet anniversaire ?

Dodo s’approche d’elle, glisse un regard sombre à Céline puis met ses grands poings sur ses hanches :
— Céline t’a rien dit, pas vrai ? C’est un anniversaire d’adulte.
— Et alors, quel rapport avec Blanche Neige ?

— La personne qui fête ses 40 ans est un nain et il a invité ses six meilleurs copains, qui sont des nains comme lui, pour faire la fête. Toi, tu seras le clou de la soirée…
— Pour 50 euros ? Non merci !
— Eh, mais t’as qu’à faire comme Céline, c’est une vraie pro pour amuser la galerie et faire pleuvoir les pourboires… Pas vrai Céline ?
— Oui, mais dans l’histoire, c’est Blanche-Neige qui dort dans le lit des 7 nains, pas la sorcière !
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