L'ASSASSIN EST PARMI NOUS

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Ce livre est basé sur la vie d'un journaliste qui redécouvre son métier à travers les yeuix de ses amis. L'auteur a voulu montrer que le métier en lui-même n'était pas de tout repos et que le risque encouru peut très bien effrayer ce journaliste au point qu'il perde le goût de la chose qui lui avait permis de choisir cette profession. Mais, il veut montrer aussi que ce métier peut très bien servir de tremplin, après une grande chute. Budy Bigman était dans ce cas. Cinq ans après une série de meurtres, dont il en avait couverte plus de la moitié, Budy avait arrêté de croire en ce qu'il faisait. Il se contentait d'attendre la fin des faits pour les écrire. Mais, avec l'aide de son équipe, il va reprendre goût à la vie.
Publié le : lundi 20 juin 2011
Lecture(s) : 129
EAN13 : 9782304014402
Nombre de pages : 417
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2 Titre
L’assassin est parmi nous

3Titre
Demie Lune Walker
L’assassin est parmi nous

Polar
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01440-2 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304014402 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01441-9 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304014419 (livre numérique)

6 8 Prologue

PROLOGUE
La ville de New York est l’un des Etats où la
violence est la plus répandue. Mais c’est aussi
une des villes où la vie est plus facile. Les gens
étaient toujours très pressés. Il y avait tellement
de monde qu’on était obligé de se bousculer
pour passer. Les voitures roulaient
pratiquement pare-chocs contre pare-chocs ! La police,
quand à elle, se noyait sous les piles de
contraventions et de déclarations. Ce mois-ci (le mois
de janvier avait recouvert de neige les rues de
New-York) apportait une certaine aisance dans
le quartier de la police. Le quartier ayant mis sa
robe blanche, les gens avaient du mal à sortir
dans les rues, à cause de la température. Ainsi
les pickpockets avaient plus de facilité pour
faire les poches des passants car les voitures de
police qui faisaient leurs rondes habituelles
n’arrivaient pas à rouler à plus de soixante à
l’heure sur les routes glissantes. New-York était
ainsi.
Pendant que la police essayait de mettre de
l’ordre dans ces quartiers, les journalistes n’en
9 L’assassin est parmi nous
menaient pas large. Ils fusillaient de leurs
caméras ou appareils photos tous les événements qui
se déroulaient. New York était une ville où les
informations avaient leur priorité. Entre les
informations des journalistes et des plaintes des
citoyens de la ville, la police ne savait sur quel
pied danser. Il n’y avait pas d’entente entre les
policiers et les journalistes. Depuis l’histoire où
l’un d’entre eux avait accusé la police d’avoir
manqué à ses devoirs, il y avait un énorme
fossé. Et les agents, qui comme toujours devaient
informer la population, ont du mal à collaborer
avec eux. Pour la police, les journalistes
ressemblaient à ces charognards qui attendaient
leurs proies : Ils se nourrissaient des malheurs
des autres.
Cinq ans plutôt, la collaboration entre la
police et les journalistes était telle qu’aujourd’hui,
lorsqu’une personne en faisait référence, cela
avait l’air d’être un mythe, une légende.
En effet, lors de l’Affaire Bath, un journaliste
avait été frappé et laissé pour mort dans un
immeuble en flammes.
« Lors du procès, le richissime industriel,
Bath, accusé du meurtre de sa fille ainsi que la
tentative de meurtre sur un journaliste (le nom a
été tenu secret jusqu’à la fin du procès) s’était
levée à la barre, devant une foule de témoins
ainsi que les jurés, avait déclaré avoir tué sa fille
parce qu’elle avait découverts ses activités
frau10 Prologue
duleuses. Dans sa plaidoirie, l’assassin accusa la
police d’avoir risqué la vie de ses concitoyens.
Les preuves accumulées, citées par M. Bath
ne laissèrent aucun doute sur la culpabilité du
chef de la police. A partir delà, la totalité des
personnes présentes oublièrent l’Affaire Bath et
se jetèrent sur le cas de la police en soulevant le
problème d’intégrité ainsi que les bavures
policières », cita un journaliste du Times.
« L’industriel Bath fut condamné à plus de vingt
ans de prison ferme. Mais ses allégations sur la
corruption de la police réveillèrent les
“annihiler” ces accusations était le journaliste qui avait
été amené en urgence à l’hôpital quasi-mort.
Malheureusement, le secret sur l’identité de ce
journaliste n’a toujours pas été divulgué. »
Le chef de la police, ce matin là, venait à
peine d’entrer dans son bureau lorsqu’il tomba
sur le Times. C’était l’un des plus importants
réseaux de journal de New York. Le
commissaire Spending – son nom était inscrit en lettres
capitales et en noir sur la vitre de la porte –
ouvrit machinalement le journal et lut un titre en
caractère gras :
– Le tueur d’enfants court toujours ! . Mais
qu’est-ce que c’est qu’ces conneries ! s’écria-t-il
– Hey ! Chef… ? commença un des policiers
dont il avait la section. Vous avez lu les
journaux.
11 L’assassin est parmi nous
– Ces foutus journalistes ne savent pas quoi
mettre dans leurs torchons ! s’écria le
commissaire en jetant le journal dans un coin
de la pièce. Ils croient peut-être qu’il suffit de
claquer des doigts pour retrouver ce tueur !
Mais je vous jure que je l’aurai ce foutu
connard !… Ah ! Sergent qu’y a-t-il ?
questionna-t-il en voyant que le jeune homme était
toujours près de la porte.
– Je voulais dire qu’on avait une piste ! Un
passant a affirmé qu’il avait vu quelqu’un qui
ressemblait à la description…
– Ah ! Et vous avez enquêté ?
– Oui. Et si on suit sa direction, il va tenter
de traverser la frontière vers le nord !
– Mais… Mettez toute une troupe et des
barrages ! Je n’veux pas que ce salopard s’échappe !
Vos m’entendez, sergent Cooks
– Je n’attendais que votre feu vert !
– Eh ! Bien, vous l’avez ! Et qu’ça saute !…
On va voir si la police n’est pas capable de
différencier un cadavre et une aiguille,
murmura-til pour lui-même en jetant un coup d’œil au
journal qu’il venait de jeter sous le coup de la
colère.
Le commissaire se rassit et réfléchit sur les
deux dernières années.
Il faut le dire, New York devenait vraiment
effrayant. Le crime était partout. Les délits
étaient peut-être nombreux mais ce qui a pu
se12 Prologue
couer la ville pendant les dernières années
c’était le crime de deux garçons, un de six ans et
un de quatorze. Le premier avait assassinés
deux de ses camarades. Quand au second, il
avait assassinés sa famille (ses parents et ses
deux frères) avec le revolver de son père. On
constata que New York n’était pas la meilleure
ville dont on parlait. Elle resta pourtant, pour
tout le monde, une des plus attrayantes villes
des Etats d’Amérique. Maintenant le tueur
d’enfants faisait son apparition. Il avait torturé,
violé et ensuite tué une dizaine de gosses. Et les
journalistes ne rataient aucune occasion pour
rabaisser le travail de la police.
13
L’ARAIGNÉE A FRAPPÉ SA PREMIÈRE VICTIME
Mon chef, le directeur d’une grande agence
de presse, voulait refaire l’équipe de son journal.
Il avait besoin d’une équipe prête à tout
moment pour rapporter un scoop et prendre de
l’avance sur les autres concurrents. Il tourna en
rond dans son bureau pendant un moment puis
ouvrit la porte en criant :
– Bigman ! Budy Bigman !
– Salut, chef !
C’était un homme d’une cinquantaine
d’années. Ses yeux d’un vert émeraude se fixait
toujours de la même manière sur les gens. Ils
avaient tendance à dire : « Je suis votre
supérieur, alors baissez les yeux ! ». Son visage rond
aurait eu l’air accueillant si ses sourcils blonds
ne se fronçaient pas lorsqu’il regardait un être
humain, à l’exception de lui-même. Il devait
mesurer au moins un mètre
quatre-vingt-dixsept. Mais à voir l’état de ses vêtements et la
forme qu’ils lui donnaient, on pourrait dire qu’il
passait plus son temps devant sa bouteille
plutôt que de faire quelques exercices. Son bureau
15 L’assassin est parmi nous
lui donnait un autre comportement que ce qu’il
montrait à ses employés : il était bien rangé. Les
papiers et les crayons se tenaient bien droits
dans leur emplacement respectif. Et son
ordinateur était tellement propre qu’on aurait pu dire
qu’il descendait d’une autre planète. Il n’y avait
qu’une plante défraîchie qui tentait d’égayer la
pièce ; c’était le seul lien qui montrait que c’était
son bureau : pas de photos de famille. Rien
pour montrer que ce bureau était occupé.
– Où étiez-vous ? Ca fait une heure que je
gueule pour savoir où votre derrière se trouve !
– J’essaye de m’informer de tout ce que «
notre » ami, le commissaire Spending, tente de
nous cacher !
– Ecoutez-moi, cette affaire de tueur
d’enfants est très importante ! Et si on arrive à
avoir des nouvelles infos, on risque d’avoir de
l’avance sur le Newsweek ou même Europe.
– Mais le Times est l’un des journaux le plus
lu dans toute la ville !
– Je sais et je veux qu’il le reste. Alors, il faut
me une équipe et vite.
– Pourquoi ?
– Parce qu’une équipe est mieux pour une
affaire pareille ! Si vous êtes à plusieurs et le
Times aura plus de chance d’être toujours le
premier.
– Mais…
16 L’araignée a frappé sa première victime
– Il n’y a pas de « mais » qui tiennent ! Vous
allez vous constituer une équipe ! Et je veux
que dans vingt-quatre heures, elle soit sur le
terrain.
– C’est vous l’patron !
– Oui. Et à l’avenir, rappelez-vous-en !…
Maintenant foutez le camp de mon bureau !
– A vos ordres !… C’est pas vrai !
m’écriaisje en m’avançant entre les rangées de bureau
après avoir refermé la porte de mon patron.
Sur la porte en acajou, son nom était inscrit
en grandes lettres suivit de sa profession. Je jetai
un autre regard à son bureau et le vit baisser ses
persiennes.
– Oh ! Ne me regardez pas comme ça !
répliquais-je ensuite à mes collègues.
C’était nos bureaux. C’était une immense
salle qui contenait au moins une vingtaine de
bureaux constitués en box. Chaque box pouvait
prendre un bureau de six personnes. A l’entrée
de chaque box, une bonbonne d’eau fraîche
attendait pour servir le personnel. Dans chaque
box, les collègues décoraient leur bureau d’une
touche personnelle – à la différence de leur
dirigeant. Au moment où je ressortais du bureau
du directeur, des centaines de personnes
travaillant pour le journal pianotaient sur leur clavier
pour pouvoir pondre un bon sujet. On
entendait ronronner doucement le bruit des
ordinateurs. De l’endroit où je me trouvais, je pouvais
17 L’assassin est parmi nous
à peine voir la porte qui menait à l’imprimerie.
Pour l’instant, j’étais perdu dans mes pensées.
En effet, j’adorais travailler seul et le seul
nom d’équipe me mettait en rogne pendant un
bon bout de temps. Ca va faire cinq ans que je
travaille pour cette boîte, il faut le dire, j’en fais
voir de toutes les couleurs à tous ceux qui
m’entourent. Je n’suis « pas quelqu’un de très
coopératif », disait-on derrière mon dos. Ca
n’m’inquiétait pas trop. Faire mon boulot,
c’était tout ce qui m’intéressait.
En fait, le vrai patron de l’agence venait de
mourir lors d’une crise cardiaque. Il a laissé son
journal et tout son personnel à son « fils » en
héritage. Pour dire vrai, le vieil Harry, comme
on adorait l’appeler, n’avait pas d’enfant. Il
s’était pris d’affection pour son neveu et le voilà
à la tête d’une des presses les plus populaires. Je
peux dire tout de suite qu’il ne m’appréciait pas
et que c’était réciproque. Mais si Harry savait ce
qui animait la tête de son « cher enfant »
comme il le disait souvent, il se retournerait
dans sa tombe. Pour l’instant, je représentais
son « enfer ». Il ne manquait pas une occasion
pour me faire la morale même sur une petite
faute minime de mes collègues. Selon lui, je
n’avais pas l’étoffe d’un journaliste.
« Normal, il ne mettait pas du zèle dans ce
qu’il faisait ».
18 L’araignée a frappé sa première victime
Voilà, ce qui était écrit dans mon dossier.
J’étais allé m’asseoir à mon bureau que je
partageais avec mon meilleur ami, Kyle. Ce dernier
m’envoya un regard de sympathie mais
j’entr’aperçus son interrogation. J’étais plus âgé
que lui de deux ans et ses yeux bridés, ses
cheveux, longs jusqu’aux épaules, d’un noir de jais
qui avaient des reflets bleus ainsi que sa peau
mate ne cachaient pas ses origines asiatiques.
Pourtant son regard vert dénotait l’origine
pure : il était américain du côté de son père. Je
lui fis un sourire. Il me jetait de regards en biais
mais je fis semblant de n’avoir pas remarqué
son manège. Et l’oubliant pendant un instant, je
me suis mis à réfléchir sur la « proposition » de
mon patron, J.W.Tolcain. J’étais si absorbé dans
mes pensées que Kyle dut me secouer pour me
faire revenir à la réalité :
– Hey ! Ca va pas ? Ca fait dix minutes que je
t’appelle !… Il t’a mis en pétard, la Potence ?
– Qui ça ? m’étonnais-je.
– La Potence ! Ah ! T’es pas au courant. On
l’a surnommé la Potence !
– Ca tu peux le dire ! La Potence !… Non
mais, ce qu’il me demande est tout de même
bizarre !
– Que te voulait-il ?
– Une équipe !… Vas-y ! Te gène pas,
marretoi !
19 L’assassin est parmi nous
– Et c’est pour ça que… OK ! Je n’ai rien dit,
concilia mon ami lorsque je lui jeta un de mes
regards noirs. Il te demande de former une
équipe ?
– Ouais ! Il me donne vingt-quatre heures !
– Et tu as une idée sur tes futurs
coéquipiers ?
– Je comptais sur toi pour m’aider, fis-je en
jetant un œil autour de moi. Ne fais pas la
grimace car tu es mon second, ajoutais-je en le
regardant bien en face.
– T’es malade !
– Tu n’vas pas me lâcher maintenant ? ! Et
puis, je t’offre une opportunité, tu as toujours
voulu travailler avec moi !
– Avec toi, mais pas avec tout un groupe.
Après tout, il y a cinq ans, tu as dit que voulais
éviter les faits sensationnels… Au fait,
connaistu, par hasard, le nombre de ton équipe ?
– Pas plus de cinq. Non, moins ! Je n’veux
pas me retrouver à donner des ordres à plus de
cinq personnes. Et puis, je commence à en
avoir marre de ça…
– Chuutt ! Il ouvre son bureau, murmura
Kyle en posant sa main sur mon bras.
– Hey ! Bigman ?
– Oh ! Non ! chuchotais-je avant de crier,
oui, Chef !
– J’ai changé d’avis…
20 L’araignée a frappé sa première victime
– Je savais que faire une équipe était une idée
stu…
– Ah ! Non, je n’ai pas changé d’avis sur le
fait que vous devez constituer une équipe.
Comme je vous avais donné vingt-quatre
heures, je trouve que ce temps est trop long alors la
moitié sera suffisante.
– Comment voulez-vous que je crée une
équipe en si peu de temps ?
– Débrouillez-vous ! Vos collègues…
– Vous voulez rire ?
– Je n’ai pas le temps ! Je veux vous voir,
vous et votre équipe, dans douze heures, sur le
terrain ! Je veux du neuf sur le rapt et
l’assassinat des gosses de cette ville ! ajouta-t-il
en claquant la porte de son bureau.
– Et moi qui pensais avoir du repos !
– Au moins tu es fixé ! dit mon ami Kyle.
Regarde autour de toi !
– Oh ! S’il te plaît, ne t’y mets pas toi aussi,
fis-je avec un soupir.
– Oh ! Je voulais juste te prévenir qu’ils vont
se bousculer pour faire partie de ton équipe !
– Ca va pas ! Et puis quoi encore ! Et puis
merde !… Ecoute, je vais faire un tour, j’ai
besoin de réfléchir à tout ça.
– En tout cas, ne donne pas ta démission.
Oh ! Oh ! Je te connais ! Tu es le meilleur
élément de cette boîte. Donc, si tu pars, moi aussi
je pars. Cette boîte ne marchera pas sans toi !
21 L’assassin est parmi nous
Et je crois que si Harry n’avait pas de neveux,
c’est à toi qu’il l’aurait donnée !
– Va raconter ça ailleurs ! J’y songeais !
Qu’est-ce que je fous dans un endroit pareil ?…
Bon, je reviens dans, à peu près, une heure.
Ainsi, on pourra se mettre au travail.
Je sortis sans remarquer que tous mes
collègues se sont précipités vers mon ami.

Je sortis donc dans la rue. La circulation
n’était pas dense car le verglas l’empêchait
pratiquement. Je marchais sans but précis. Je pris
tout d’abord vers la gauche en direction de
Garden Square. Je n’voyais pratiquement rien
autour de moi.
Il faut dire que mes pensées étaient loin, dans
une autre vie, une autre planète. Je ressassais ma
première entrée dans cette agence et ensuite
l’Affaire Bath m’est revenue en mémoire.
Maintenant, je crois savoir pourquoi Tolcain m’en
voulait ainsi ; donc, il souhaitait ma démission.
Si je me rappelle bien, le testament d’Harry, il y
a un an, disait que si Tolcain acceptait son
héritage – c’est à dire diriger le journal – il lui
faudrait me supporter. Au moins, on peut dire
qu’Harry savait ce qu’il faisait. Tolcain m’avait
dit que, dès qu’il aurait le journal, je n’ferai pas
long feu là-d’dans. Mais ce contrat spécifiait que
je n’avais le droit qu’à une démission…
J’comprenais maintenant pourquoi Kyle m’avait
22 L’araignée a frappé sa première victime
demandé de ne pas y penser. Ah ! Ce bon vieux
Kyle ! Toujours là quand on a besoin de lui…
Je continuais à ruminer contre ce connard de
Tolcain lorsqu’un cri me réveilla entre
guillemet. C’était une femme qui sortait de sa maison
avec un balai levé et criait : « Voyou !
Chenapan ! » à son fils ou quelqu’un qui y ressemblait.
Je souris à cet état de chose lorsque je me
rappelai que j’avais une équipe à fonder. Le pire,
c’est que je détestais travailler en équipe. Ca
n’avait jamais été ainsi mais, aujourd’hui, j’avais
une aversion pour ce genre de procédé. Mais si
j’avais su ce qui nous attendait, mon équipe et
moi, j’aurai pris un réel plaisir à mieux choisir
les membres. Heureusement pour moi, Kyle
savait ce qu’il faisait.
Après avoir fait quatre fois au moins le tour
de la quatrième avenue, je fis demi-tour. En
passant devant certains magasins, l’odeur
alléchante des nourritures me fit comprendre que
mon petit déjeuner n’avait pas été avalé. Juste
en face de moi, un vendeur de Hot Dog me
faisait face. J’en achetais deux et pris la direction
du Times. Il était déjà dix heures, ce qui voulait
dire que j’étais sorti depuis quatre heures, et
qu’il me restait deux heures pour former une
équipe. Je pressais le pas. Un quart d’heures
plus tard, je rentrais dans la maison de presse.
Kyle me jeta un regard angoissé. Levant les
yeux, ce que je vis m’enleva tout de suite mon
23 L’assassin est parmi nous
sourire d’excuse : Tolcain me jetait un de ces
regards que je pourrai qualifier de meurtrier :
– Eh ! Bien, M. Bigman, je vois que le travail
que je vous donne vous laisse beaucoup de
liberté. Alors, dans trente minutes – je dis bien
trente minutes – je veux vous voir, vous et
votre équipe, dans mon bureau !
– Mais vous m’avez donné douze heures et il
me reste encore…
– Dans trente minutes ! clama-t-il avant de se
diriger vers son bureau et de claquer la porte.
– Il me cherche ! m’écriais-je en jetant un
regard sur mon bureau.
Et à cet instant, si j’avais levé les yeux j’aurai
pu remarquer qu’il me surveillait à travers les
stores italiens de son bureau.
– Calme-toi ! me fit Kyle… Hey ! J’ai fait une
liste pour toi, me dit-il quelques instants plus
tard.
– Qu’est-ce que tu racontes ?
– Je t’ai pas dit que j’avais une liste pour
toi ?… Ben, après ton départ, tous tes collègues
se sont pratiquement jetés sur moi pour savoir
qui tu mettras dans ton équipe.
– C’est pas vrai ? m’étonnais-je. Je n’savais
pas que j’étais si populaire.
– Si ! En fait, c’est surtout l’affaire qui les
intéresse. Ca peut valoir une nomination ou
carrément le Pulitzer. Comme je savais que tu allais
passer ton temps dehors au lieu de rester
en24 L’araignée a frappé sa première victime
fermé avec la Potence à côté, j’ai pris l’initiative
de te faire une liste de personnes qui semblent
être de capacité…
– Kyle ? Si tu n’existais pas, il faudrait
t’inventer, mon vieux ! m’écriais-je sans lui
laisser le temps de terminer… Fais voir la liste ?
– Qu’est-ce t’en dis ?
– J’en dis que je n’veux pas de femme dans
mon équipe !
– Oh ! Oh ! Budy ! Budy ! Tu n’vas pas haïr
toutes les femmes sur un échec !
– J’m’en fous complètement… Kyle ne me
regarde pas comme ça ! m’écriais-je en voyant
ses yeux braqués sur moi. Et puis d’abord, je
n’déteste pas toutes les femmes. Stacy a été
juste une erreur.
– Tu lui en veux d’avoir pris la garde de
Joseph !
– Pas du tout ! Et puis avec un métier
comme le mien, je n’avais pas le temps de
m’occuper d’un gosse !… Et, on ne parle pas de
ma vie privée ! Je n’veux pas de fille dans mon
équipe, un point c’est tout ! Si tu es mon ami, tu
devrais accepter mon choix, fis-je piqué au vif.
Je savais que Kyle Grayford était le seul être
qui pouvait pu supporter mes états d’âme. Il
était d’un calme. Il faut dire que son père, de
son vivant, était un prêtre. Il n’a eu sa peau
mate que de la part de sa mère – vietnamienne
échappée de la guerre de son pays. En fait, Kyle
25 L’assassin est parmi nous
– au lieu d’être fâché par ce que je venais de
dire – me regarda de son air habituel : calme.
– OK ! Je n’ai rien dit ! ajouta-t-il quelques
instants plus tard.
– Il ne faut pas m’en vouloir, repris-je en
guise d’excuse… Bon, lesquels me
conseillestu ? Et dépêche-toi ! Je viens de voir cette
Potence rabaisser les stores. Cela veut dire que
l’audience va commencer dans quelques
instants !
– Hays !… Je te propose Hays, Gary Hays. Il
est bon en tant que Photo-reporter.
Sa photo était agrafée à son dossier. Je
n’jetais qu’un simple regard. Ses cheveux étaient
d’une couleur carotte et des tâches de rousseur
envahissaient son visage. Ses yeux d’un gris clair
me plurent.
– OK ! Je me fis à ton bon sens ! Et puis,
j’aurai le temps d’y réfléchir un peu plus tard.
Le dernier… Ah ! Ah ! Arrête avec ces yeux
interrogateurs. Je n’veux pas d’une gonzesse dans
mon groupe.
– Je n’ai rien dit ! Je m’étonnais du fait qu’on
ne serait que quatre.
– Kyle ! Kyle ! Tu n’me feras pas changer
d’avis ! En tout cas pas aujourd’hui ! Je
n’mettrai pas dans ce groupe une femme quelle
qu’elle soit.
26 L’araignée a frappé sa première victime
– Bon ! se résigna Kyle en secouant
faiblement la tête. Schneider Mason. Il est bon dans
les enquêtes !
Ce dernier n’avait rien d’un enquêteur ; ses
cheveux bruns et ses yeux noisette n’avaient
rien d’extraordinaire. Mais c’était juste une
première impression. Il avait l’air tellement
timide sur la photo que je me demandais s’il était
vraiment ce qu’il disait être. Or le temps me
manquait pour faire une bonne investigation à
son sujet et comme j’avais une confiance sans
égale à mon partenaire, Kyle, je n’ai pas osé
jouer les difficiles. Heureusement pour nous,
car il s’est avéré que derrière son air de timide
garçon se cachait un bon journaliste.
– Je l’prends !… Je n’ai pas le choix,
répliquais-je à son interrogation muette. Ne te
retourne surtout pas car tu sauras pourquoi le
temps me manque pour étudier leur dossier. Et
puis, j’ai confiance en toi. Donc, je me fis à
votre jugement, cher collègue, ajoutais-je
plaisamment tout en me levant. Oh ! Chef ! Ne
prenez pas le temps de venir me voir ! criais-je
pour me faire entendre par mon patron qui
ouvrait déjà la porte de son bureau. J’arrive ! Et
j’amène avec moi tout mon troupeau ! fis-je
encore en tournant la tête vers Kyle tout en lui
faisant un petit signe.
J’entrais dans le bureau une seconde fois
dans cette journée et lui fit comprendre que
27 L’assassin est parmi nous
mes coéquipiers allaient arriver. Lorsqu’il vit
entrer mes nouveaux partenaires, il me regarda
puis l’équipe. Et sans un mot, il sortit et me
laissa là avec elle. Ceux qui s’étaient amassés
pour écouter notre altercation n’eurent que le
temps de s’écarter. Tolcain, dit la Potence, avait
ouvert la porte si brusquement qu’elle frappa le
mur qui représentait son support et se referma
toute seule. Toute la salle de rédaction avait
arrêtée leur activité. C’était la première fois que la
Potence n’osa pas élever la voix comme il
l’aimait à le faire, d’habitude. « Il va se faire
mettre à la porte ! », murmura-t-on. Je restais là
avec mon équipe. Je n’m’inquiétais pas de la
tournure de l’événement car s’il m’envoyait
paître, il perdrait la place et je serai à la tête de ce
grand journal. Les autres ne le savaient pas mais
moi si. Alors, tranquillement sous les yeux
ébahis de l’assistance, je m’installais sur l’une des
deux chaises qui se situaient devant son bureau.
L’assistance, elle-même, s’écria que j’avais de
l’impertinence alors que j’allais me faire virer. Je
fis semblant de n’avoir pas compris leur
commérage. Pendant ce temps, mes compagnons
étaient toujours restés à la même place presque
sans sourciller. Nous étions restés dix minutes
sans dire un mot, fixant la porte où la Potence
venait de disparaître. Il réapparut enfin,
entraînant avec lui une jeune fille qui n’avait pas plus
de trente ans. Par la suite, j’ai su qu’elle en avait
28 L’araignée a frappé sa première victime
vingt-huit. Il entra dans son bureau avec un
calme qui surprit tout le monde. Mais moi,
imperturbable, je lui montrais toutes mes dents. Il
contourna son bureau sans rien dire, puis, y prit
place dans le « fauteuil du patron ». Il me
regarda de telle façon que si j’avais été quelqu’un
d’autre ma démission sortirait de ma poche.
Mais je soutiens son regard. Puis, – il fut le
premier à baisser les yeux en faisant comme s’il
cherchait quelque chose sur son bureau – il
déclara :
– Bigman, je vous avais demandé de
constituer une équipe…
– Comme vous le voyez, je suis à l’heure !
répliquais-je.
– J’espère que vous serez aussi pertinent
dans le travail que je vais vous confier… Oh !
Pas de réplique, coupa-t-il lorsqu’il vit que
j’allais dire quelque chose. Je n’ai pas le temps
aux bavardages inutiles. Alors, voici Ingrid
Castler et j’apprécierai que vous l’intégrez dans
votre équipe.
– Quoi ? ? m’écriais-je. Je n’me rappelle pas
que vous ayez délimité le nombre de mes
choix !
– Je n’l’avais pas non plus limité. J’ai oublié
de vous le dire, ce n’est pas un souhait mais un
ordre !… Oh ! Oh ! Pas de sarcasme,
M. Bigman. Et je veux vous voir sur l’affaire du
tueur des gosses !
29 L’assassin est parmi nous
Je me levais en lui jetant un regard noir. Mais,
il me souriait. Et à cet instant, je n’avais qu’une
envie : lui mettre mon poing en pleine gueule…
Mais, je me retenais. Sans un mot, je sortis du
bureau. Pas simplement du bureau car j’ouvris
la porte du grand bâtiment et je sortis. J’entrais
dans le premier tabac que je rencontrais pour
acheter un paquet de Malboro ou autres
marques – il faut le dire, j’avais juré d’arrêter de
fumer. Mais quelqu’un m’en empêcha lorsque je
sentis la main prendre mon bras. C’était Ingrid
Castler. Je la regardais pour la première fois en
face ; elle avait au moins un mètre soixante-dix
de hauteur. Mes yeux remontèrent jusqu’à son
visage, elle avait un joli minois encadré par des
cheveux blonds. Ses yeux bleus me fixaient
intensément. Mais ce que je remarquais le plus fut
ses lèvres colorées – roses pâles qui donnaient
plus de beauté à son visage. Elle avait une petite
bouche tellement parfaite que mon premier
désir fut de l’embrasser. Je retins mon zèle en
baissant les yeux sur la main qui me retenait.
Elle était longue et fine avec des ongles d’un
vernis de couleur rose nacré. Elle comprit ma
question muette et dit :
– M. Bigman, je sais très bien que vous ne
m’appréciez pas mais si vous étiez un
professionnel comme tout le monde le dit, vous ne
me rejetterez pas ainsi.
30 L’araignée a frappé sa première victime
– Qu’essayez-vous de me dire ? fis-je en
enlevant sa main de mon bras.
– Je veux juste vous faire remarquer que
vous ne me rejetez que parce que je suis une
femme… Oh ! Vous pouvez rire ! ajouta-t-elle à
mon éclat de rire tout en me suivant lorsque je
repris ma marche. Et c’est vrai ! Vous
n’acceptez pas – comme la plupart des hommes
d’ailleurs – qu’une femme puisse faire un travail
d’homme mieux que ce dernier. Sinon, je n’vois
pas pourquoi vous me rejetteriez, sans même
savoir quelles sont mes compétences.
– Oh ! Oh ! Parce que je vous rejette – ce qui
n’est pas le cas – vous pensez tout de suite au
fait que vous êtes une femme. Vous savez, vous
êtes entrain de me dire que j’ai une fausse
opinion des femmes. Mais vous êtes encore pire,
car vous venez de montrer que vous avez une
fausse opinion des hommes… Oh ! Oh !
Arrêtons là les frais. De toute façon, que je l’veuille
ou non, vous faites partie de l’équipe. Dès
demain, six heures, nous nous réunirons. Bonsoir.
Je partis sans même écouter la réponse.
Le lendemain, six heures moins cinq, j’étais
dans le local. Ce qui m’attendait aussi me fit
regretter d’être si matinale.
– Mr. Bigman !
– Oh ! Bonjour, Chef !
– Oh ! Epargnez-moi, vos états d’âme ! fit-il
en m’imitant. Je veux seulement vous faire
sa31 L’assassin est parmi nous
voir que vous devez prendre en main cette
jeune fille.
– Quoi ?
– Vous avez bien compris ! Elle est novice et
ne connaît le rôle d’un reporter que de façon
théorique. Et comme vous êtes le meilleur
élément de cette agence – j’ai tout d’même du mal
à l’admettre – et donc être capable de lui
enseigner le métier.
– Vous aurez pu trouver quelqu’un d’autre !
m’écriais-je. Si c’est ma démission que vous
voulez, vous partirez les pieds devant avant que
je commence à la rédiger !
– Oh ! Mr. Bigman ! Gardez votre sang
froid, je vous prie ! ajouta-t-il sur un faux ton de
compassion.
– Quel est le problème ?… Vous avez peur
de moi ? Je n’vois pas en quoi, je pourrai vous
nuire ? Vous avez le journal, je vous l’rappelle
alors… A moins qu’être près de vous en fait
partie !
– Arrêtez de divaguer. Moi, avoir peur de
vous ? On aurait tout vu. Je veux simplement
que vous vous en occupiez personnellement,
j’ai bien dit personnellement. Bon, ce n’est pas
que je n’aime pas discuter avec vous, mais j’ai
du travail, comparé à d’autres.
Le patron se leva. A cet instant – comme il
n’y avait pas de témoin – j’avais envie de lui
mettre ma main sous sa gorge. Pourtant, je n’fis
32 L’araignée a frappé sa première victime
rien. Et je le regrette car si je l’avais fait, tout ça
n’aurait peut-être pas pu arriver.
Donc, mon équipe, enfin l’équipe que je
devais diriger, arriva à l’heure dite. Et en quelques
minutes, je leur donnais les instructions à
suivre. Enfin, je fis ce que je croyais ne jamais faire
– elle avait posé la question en voyant que je
citais tout le monde sauf elle – je lui ai dit
qu’elle allait travailler avec moi. Kyle me
regarda et je lui fis un signe de tête qu’il comprit tout
de suite. Il me répondit par un haussement
d’épaules et une grimace si bien réussie que j’ai
failli éclater de rire. Nous sortîmes ensemble et
nous nous séparâmes dans des directions
opposées. La jeune fille me suivit. Avant hier, j’avais
appris par un indic que le barman de la
quatrième avenue avait peut-être entr’aperçu ou
même vu le tueur d’enfants. C’est là que
j’entraînais « ma partenaire ». Je n’lui fis aucun
commentaire et lui fis aussi reconnaissant car
elle ne me posa aucune question. Je crois que si
elle avait ouvert la bouche, j’aurai sorti la
première chose qui me passait par la tête. Surtout
qu’à cet instant, je pensais à ce salop de la
Potence qui avait réussi à me coller une gonzesse
au cul ! Je marchais en ruminant ma colère. Le
bar était juste en face de l’avenue en question.
Nous traversâmes la rue, il ne faisait pas frais
mais le vent qui entrait sous les manteaux
envoyait son souffle froid. Ce matin-là, il y avait
33 L’assassin est parmi nous
peu de monde dans le bar, lorsque je poussais la
porte d’entrée. Je m’installais devant le
comptoir et attendis. Le barman, après avoir servi un
client qui était déjà là, se dirigea vers moi :
– Bonjour, Madame et Monsieur, fit-il.
– Madame ? m’étonnais-je avant d’envoyer
un coup d’œil autour de moi.
Je faillis m’étrangler en avalant mal ma salive.
Je l’avais complètement oubliée.
Ingrid Castler était assise juste à côté de moi,
sur ma gauche.
– Désolé, mais cette jeune femme n’est pas la
mienne !
– Oh ! Veuillez m’excuser de cette erreur !
Mais je vous ai vus arriver ensemble et j’ai
cru… Encore une fois, veuillez m’excuser de
cette erreur… Monsieur ne m’en voudra pas si
je demandais à madame ce qu’elle prendra la
première ?
– Mais faites ! Ainsi, on ne dira pas que je
n’suis pas un gentleman.
– Mademoiselle ! fit Castler en levant les
yeux vers le barman. Un café bien chaud, s’il
vous plaît.
– Et Monsieur ?
– Un whisky-soda ! fis-je en mâchant mon
quatrième chewing-gum.
Depuis trois mois, j’essaye d’arrêter la
cigarette. Kyle m’y a poussé jusqu’à ce que j’accepte
sous forme de défi.
34 L’araignée a frappé sa première victime
– Au fait, vous n’aurez pas entendu parler
d’un assassin qu’on a appelé« Tueur d’enfants »,
par hasard ? demandais-je au barman lorsqu’il
m’apporta mon whisky.
– Oh ! Vous savez, je ne lis pas les journaux,
enfin pas très souvent.
– Pourtant, cette histoire a fait beaucoup de
bruit. Des enfants qui se font violer puis tuer
d’une façon si atroce ne peuvent passer
inaperçu, répliqua Ingrid à ma place. Vous êtes
marié ?… Avez des enfants ? ajouta-t-elle lorsqu’il
ait acquiescé d’un signe de tête.
– Trois !
– Donc, vous savez ce qui s’y passe ! fit-elle
catégorique.
– Mais ce ne sont que des « on dit » !
– Vous n’aurez pas vu, par hasard, quelqu’un
du même genre comme la population le décrit ?
dis-je en jetant un regard étonné à la jeune
femme.
– Il se pourrait, répondit le barman évasif.
– Quand ?
– Oh ! Il y a environ deux semaines. Il était
venu dans mon bar prendre un café et des
croissants. Je me rappelle bien car c’était lors du
vol du vélo d’un ami à mon fils.
– Comment était-il ?
– Oh ! Il avait une grande taille, sec… Ben, il
devait avoir une trentaine d’années ou plus…
Heu ! Brun ! Oui, je suis sûr qu’il avait les
che35 L’assassin est parmi nous
veux bruns. Mais ce qui m’avait frappé, c’était
ces lèvres !
– Ses lèvres ? Qu’est-ce qu’elles avaient de si
particulières ?
– Eh ! Bien, au début, je ne faisais pas
attention. Mais lorsque je lui ai posé sa tasse de café,
j’ai vu ses lèvres. Il en avait une qui était plus
courte que l’autre.
– Quoi ?
– Sa lèvre inférieure était large et longue. On
aurait dit qu’il l’avait élargie. Et on pouvait voir
une grosse cicatrice au centre… Ouais ! C’est
comme je vous l’ai dit, sa lèvre arrivait
pratiquement à toucher son menton. Il arrivait
même pas à parler correctement car elle venait
se rabattre lourdement sur la première.
– Vous êtes sûr de ce que vous dite ?
– Ah ! Plus que sûr. Il était assis à la place de
mademoiselle. Et je le voyais comme je vous
vois !
– Pourtant, on dit qu’il est chauve et vous
venez de me le décrire comme étant capillaire.
– Je peux vous dire que je l’ai bien vu. Et je
suis sûr que c’était l’assassin. Il avait pas l’air net
de toute façon… il surveillait tout le temps la
sortie comme s’il était poursuivi. Et il n’a pas
attendu de tout finir pour disparaître en ne
laissant aucune trace de son passage. Non
seulement il n’a pas payé mais il a emporté la tasse et
les croissants.
36 L’araignée a frappé sa première victime
– Très intéressant ! En avez-vous fait part à
la police ?
– Oui, mais elle m’a répondit que c’était des
p’tits voyous !… J’ai pourtant… Excusez-moi.
– Mais bien sûr !… Mlle Castler, vous avez
noté… ?
– Ingrid !… Je veux bien travailler avec vous
à condition que vous me traitiez comme les
autres. Je n’veux aucune faveur de votre part.
– Loin de moi de vous faire une faveur ! Hier
soir, j’ai étudié votre dossier, c’est pour vous
dire ! Et puis, je n’donne des faveurs qu’à ceux
qui le méritent, Mademoiselle. Et si j’ai envie de
vous appelez mademoiselle, c’est mon droit !
– Comme vous voulez, fit-elle les lèvres
pincées.
– Ah ! Harry, c’est cela ?
– Oui.
– Eh ! Bien, vous nous avez bien aidé !
– Vous êtes de la police ?
– Non ! Des journalistes !
– Vous travaillés pour le Times ?
– C’est cela même ! Et on vous remercie
pour toutes vos infos, dis-je en mettant deux
billets de cinquante dollars. Non, non, je vous
l’offre ce café, ajoutais-je en la voyant ouvrir
son sac à main. Non, non ! Le reste est à vous !
– Merci !
– Je n’avais pas besoin de votre charité !
fitelle lorsque la porte du bar fut refermée derrière
37 L’assassin est parmi nous
nous. Je n’ai pas voulu faire un scandale devant
le barman. Mais la prochaine fois, évitez de
payer pour moi ! dit-elle.
– Alors, évitez de commander lorsque je suis
là ! dis-je sur le même ton en mettant un autre
chewing-gum dans la bouche. Et si ça
commence comme ça, vous devrez demander votre
démission ou mutation ! m’écriais-je. J’ai pas
d’mandé de vous mettre dans mon équipe !
Allez dans une autre ! Personne ne vous retient
ici !… Eh ! Vous, qu’est-ce que vous avez à me
regarder ainsi ? questionnais-je en voyant les
passants me jeter des regards en biais.
Je n’m’attardais pas. Et nous prîmes la
direction du journal. Cette fois, le silence fut pesant.
Pourtant, je surveillais son profil. Elle était
vraiment belle. Même à cet instant où ses lèvres
se transformaient en signe de colère, j’avais une
envie folle de la prendre dans mes bras. Si je
réfléchis bien, cela va faire cinq ans que je n’ai pas
eu des envies comme celle-là – c’était le jour du
divorce avec cette femme qui avait été la
mienne. Et ce jour-là, j’avais juré que jamais
plus je n’me ferai avoir par une femme. Et le
seul moyen, c’était d’éviter le sexe opposé.
Pourtant, cette femme me poussait à penser à
des actes que je croyais disparus depuis des
siècles. Tout en mâchant mon chewing-gum,
j’essayais de diriger mon esprit ailleurs. Mais
38 L’araignée a frappé sa première victime
chaque tentative était un fiasco : il revenait vers
elle. Et je lui jetais toujours un regard.
Et pour qu’elle ne remarqua pas mon
manège, je fis semblant de regarder les magasins de
chaque côté des deux trottoirs. Une demi-heure
plus tard, on était au bureau. Là, m’installant,
j’essayais de l’oublier. Le reste de mon équipe
n’y était pas encore. Sur le bureau que je
partageais avec Kyle, je pris un crayon et un bloc
note, je notais tout ce qui a été dit par le
barman. J’ai failli lui dire que ce bureau était à Kyle
et moi lorsque je la vis y poser son châssis. Mais
d’un signe de tête, je lui fis comprendre qu’il y
avait une chaise. Elle obéit sans discuter. Mais
je me levais et entrais dans l’autre pièce du
journal. C’était l’imprimerie. Là, il y avait une
vingtaine de personnes qui s’occupaient de cette
partie du journal. La pièce était plus petite que
la salle de rédaction. Ils s’y trouvaient, tous les
accessoires concernant l’imprimerie – les
papiers, l’imprimerie en elle-même qui ronronnait
doucement (elle faisait plus de bruit lorsqu’elle
était en plein traitement des données), les
bobines contenant les recharges d’encre… Je me
dirigeai vers J. P. – Jean-Paul Maslow – le chef
d’imprimerie. Il avait environ une trentaine
d’années, ses cheveux blonds étaient toujours
cachés par sa casquette. Mais lorsque je lui fis
signe, il laissa tout son arsenal et vint vers moi.
Je le pris par l’épaule comme des copains qui ne
39 L’assassin est parmi nous
voulaient se faire entendre par les autres et lui
expliquais que j’attendais mes partenaires avant
de mettre tout en boîte et qu’il pourra imprimer
après. Il me sourit en me demandant combien
de tirages. Après lui avoir donné le nombre
d’exemplaires à tirer, je sortis de la pièce et me
dirigeais vers mon bureau. Juste avant que je
pose le crayon que j’avais encore dans la main,
le téléphone se mit à sonner. C’était un de mes
indics. Son ton m’inquiétait. Mais ce qu’il
m’apprit me mit dans un état second, mes
mains sont devenues moites et crispées sur le
combiné du téléphone. Ensuite, j’ai raccroché
comme un automate. Juste à cet instant, le reste
de l’équipe fut son apparition. D’un geste, je
leur fis signe de ne pas s’installer.

On s’entassa rapidement dans la voiture de
Kyle et en quelques instants on arriva sur les
lieux. Pendant le trajet, j’ai eu le temps de les
mettre au courant : un meurtre venait d’être
commis. Arrivés sur les lieux, je leur demandais
de s’éparpiller et d’essayer d’entrer dans le lieu
« interdit » comme on dit. Avant de
m’approcher, j’ai murmuré :
– Allez, les gars, pas de quartier. Gary, tu
t’occupes de cadrer, dans tes pellicules, tout ce
qui est visible et même invisible. La moindre
petite parcelle doit être immortalisée.
– Tu es morbide, Budy, grimaça Kyle.
40 L’araignée a frappé sa première victime
– Mason, les indices, continuais-je comme si
je n’avais pas remarqué l’intervention.
– Comment peut-on avoir des indices ?
– Je n’veux pas le savoir : relève les
empruntes, analyse les objets, va même interroger le
coroner pour connaître les détails de sa mort.
– A vos ordres !
– Et emmène la miss avec toi… Si vous osez
ajouter quoique ce soit, avertis-je en la voyant
ouvrir la bouche, je vous enferme dans un
bureau et je vous noie sous une tonne de
paperasseries. Est-ce clair, Mlle Castler ?
– A vos ordres !
– Bien. Kyle et moi allons voir le
commissaire.
Le commissaire Spending et ses acolytes
n’aimaient pas nous voir fouiner dans son
territoire. Kyle et moi jetèrent un regard vers le
groupe de policiers qui masquait l’entrée. Des
bandes jaunes limitaient le terrain. Après avoir
regardé, Kyle et moi faisions semblant de nous
en aller avant de foncer derrière le groupe et
d’entrer dans le lieu « interdit ». Lorsque le
second du groupe de policiers nous remarqua, il
était trop tard. On fonçait déjà vers l’endroit où
le commissaire et ses hommes faisaient un
premier constat. En fait de lieu, l’accident s’était
effectué sur une petite route entre Chinatown et
Park Row East Broadway. Toujours suivi de
près par Kyle, je m’approchais de « l’accident ».
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