L'Avenir appartient au passé

De
Publié par

Bastien Nikai est un jeune enfant qui souhaite, comme tous ses camarades, être apprécié dans sa classe. Malheureusement pour lui, sa timidité le conduit à être mal aimé des autres. Il essaie, par tous les moyens, d'attirer l'attention des gens populaires de sa classe. Les années passent et de mal en pis, Bastien se voit, malgré sa bonté, comme une bête de foire acculé par les moqueries incessantes des adolescents, persécuteurs de son bonheur. À bout de souffle, il décide un beau jour de changer radicalement sa façon d'être avec les autres pour ne plus souffrir, pour se protéger. Arrivera-t-il à se défaire de ses complexes ? Sa transformation lui apportera-t-elle enfin le bonheur ? Finira-t-il par s'accepter tel qu'il est ou sombrera-t-il dans l'enfer de son désespoir chronique ?


Publié le : mercredi 29 juillet 2015
Lecture(s) : 11
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782332953568
Nombre de pages : 202
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-95354-4

 

© Edilivre, 2015

Chapitre 0
Présentation

Bonjour ou bonsoir à toutes et à tous ! Moi, Bastien Nikai, je certifie que mon créateur (je ne l’appelle pas auteur, car il ne se considère pas en tant que tel) ne se sert pas de moi pour caler subtilement des pensées et actions assassines de tolérance et de respect. Je ne suis pas son prétexte pour exposer ses idées, car cela a été pour lui parfois difficile d’écrire certaines choses qui ne rentrent pas dans son esprit. Il a effectué un travail pénible pour me faire vivre tout au long du texte (je ne dis pas roman, car mon créateur n’a pas la prétention d’écrire un tel ouvrage). Et il ne doit, en aucun cas, être associé à ma personne qui n’est que pure invention éphémère, qui dure seulement et approximativement deux cent six mille caractères. Car lui vit et vivra (Inch Allah comme le diraient certains) encore une soixantaine d’années et son image ne doit en aucun cas être assimilée à la mienne. Je vous serais donc éternellement reconnaissant (le temps de la lecture du texte) de faire une totale différence entre lui et moi. S’il lui avait pris l’idée de me faire faire le tour du monde en quatre-vingts jours sur une montgolfière, il ne vous serait jamais venu à l’esprit que mon créateur était quelqu’un d’aventurier ayant fait le tour du globe plusieurs fois…

Eh bien, pour cette histoire-là, c’est pareil (« la même » comme le diraient certains), ce n’est pas quelqu’un qui attire la haine, ni un profanateur de la tolérance. Au contraire, le fait qu’il ait mis en œuvre un personnage tel que le mien représente une action connement intelligente, assez simple à penser, mais qui permet de dénoncer habilement certaines failles de la société. Et mal les interpréter constituerait une attitude intelligemment conne, car on peut tomber facilement dans la spirale de l’amalgame, mais celle-ci ne serait pas une bonne chose ni pour le lecteur ni pour mon créateur.

Merci cher vous de m’avoir lu jusqu’à présent.

Je ne vais pas vous retenir plus longtemps, vous avez sûrement beaucoup mieux à faire, comme lire mon histoire par exemple…

Et puis, ce n’est qu’un chapitre zéro ! On ne va pas rester autant de temps sur un chapitre d’une importance aussi minime. Je vous souhaite donc à tous une bonne lecture et que celle-ci vous emmène plonger dans le ciel, vous offrant autant de plénitude que possible, qu’elle vous envole nager dans les étoiles, parcourir la Grande Ourse et enlacer sa petite…

Bref, si jamais cela vous procure un tel effet, il sera donc grand temps de rajouter un « x » à mon prénom… Dieux.

Chapitre I
La sixième

Lundi 5 septembre, c’est la rentrée des classes. Ma première année au collège. Je suis de nouveau de l’autre côté de la barrière : je fais partie des plus petites personnes de l’établissement. L’an dernier, j’étais roi. Enfin, façon de parler, j’étais le plus grand de l’école primaire au CM2. À partir d’aujourd’hui, tout recommence à zéro. Je vais à nouveau me faire martyriser par les plus grands. La loi de l’éducation.

Comme une cinquantaine de mes confrères apeurés, je suis assis dans une grande salle et j’écoute attentivement le discours du principal et de mes nouveaux professeurs (normal, c’est ma première année au collège, alors excusez mon assiduité naïve). Une fois la présentation de mes futurs bourreaux terminée, le colonel des armées, Madame Géré, nous conduit vers son QG : la salle de mathématiques.

Il fut un temps où j’adorais les maths. Maintenant, c’est une autre histoire…

L’entrée dans la cour des grands n’est pas une étape facile pour tous les petits, surtout pour ceux qui veulent rester tranquillement les maîtres du terrain de foot. Les grandes bêtes pleines de boutons sur la figure m’effrayent, alors j’ai rapidement renoncé à jouer au football à la récréation (décision prise dès le premier jour).

L’une des étapes cruciales pour tout arrivant en classe de 6e est le moment où le professeur dit ton nom devant toute la classe. Et où toi, tu dois répondre d’un « oui » ou d’un « présent » de manière fort distincte pour t’affirmer devant les autres camarades de classe. J’ai toujours eu un problème avec mon nom de famille, je m’appelle Nikai. Mais je préfère Ni-ka-i. Bien articuler les voyelles, sinon ça fait « niquer » et c’est source de moquerie, pas cool. Au primaire, du CP au CM 2 (sans redoubler), j’ai toujours été dans la même classe, avec les mêmes élèves et les mêmes raisons de se dire chaque jour : « Bon, ça va, j’ai le temps de récupérer mon stylo ». Ne vous faites pas de mauvaises idées, je n’étais pas victime de racket de la part de mes camarades masculins, des fois, c’étaient les filles qui avaient mon stylo (enfin mes stylos). Mais ce n’est pas de ma faute. Je n’ose pas dire non aux autres et encore moins réclamer ce qui m’est dû. Surtout quand ce qui m’appartient sert à un de mes camarades. Je pense que cette docilité envers les autres, je la tiens de ma façon d’être éduqué…

Enfin bon, durant ces cinq années de bonheur (je dis ça parce que je suis au collège maintenant), il y avait, juste avant moi dans la liste des élèves, une petite Christine Maurel qui ne supportait pas l’appel du matin, presque autant que moi. Sa raison ? Eh bien, une fois son prénom énoncé, c’était au tour du mien de rentrer en scène. Et à chaque fois, le professeur des écoles prononçait la phrase matinale : « Maurel Christine, Nikai Bastien ». Et à chaque fois, la classe riait, Christine pleurait, je rougissais et le prof continuait l’appel comme si de rien n’était. Comme s’il n’avait pas entendu ou comme s’il ne s’apercevait pas du jeu de mots…

Bien sûr qu’il avait compris la fourberie, mais il était bien trop au-dessus de tout ça pour faire quelque chose, jubilant à l’intérieur d’être un « marrant », alors qu’il n’a rien de marrant, c’est la situation qui l’est. Lui, il a juste eu du bol d’avoir cette liste de classe, c’est tout. Je dois vous avouer que je compris plus tard que le professeur se montrait attentiste dans le but de me faire accepter tel que je suis. Même si mon nom de famille est dur à porter…

Voilà, Madame Géré a écorché mon nom de famille.

« Haha, haha » qu’ils se mirent tous à rire.

Ça démarre bien. C’est mon premier jour au collège et je subis déjà les moqueries, l’année va être longue…

Au bout de la première semaine de cours, on peut déjà apercevoir différents groupes d’élèves dans la classe, se déclinant en trois races :

– les BG, les garçons les plus populaires de la classe. À savoir Thomas, Morgan et Robin.

– les princesses, les filles les plus populaires de la classe. À savoir Lucie, Anaïs et Manon.

– et tout le reste.

En gros, la noblesse, le clergé et le tiers état.

Parmi le tiers état, on dénombre un bon nombre de sous-groupes, parfois formé par « une seule personne »…

Chacun doit trouver sa place entre les intellos, les joueurs de foot, les chieurs, les victimisés, ou bien les fans, ou encore les rappeurs ou les skateurs (et oui, à onze ans maintenant, ça existe). Moi, mon choix s’est porté vers les chieurs. C’est plutôt cool et cela me donne une image rebelle. Mais mon caractère effacé me résout à être, auprès du groupe, un bouc émissaire. Par conséquent, c’est comme si j’appartenais au clan des victimisés…

Petit à petit, les semaines passent. Ma réputation est faite. Je suis le mec timide, qui se laisse marcher sur les pieds et qui a du mal à communiquer avec les filles. Ma moyenne trimestrielle commence à se dessiner, ainsi que les matières qui vont me poser des problèmes tout le reste de ma scolarité. Je suis donc un élève prochainement proscrit des bonnes notes en Maths, Anglais, Français, SVT, Musique (je ne sais pas pourquoi) et Histoire-Géo.

Il me reste donc la Technologie, l’Art plastique, l’Occitan, le Sport et le CDI (activité qui ne sert à rien, mais alors à rien. Rien, aucune utilité).

Le combat est bien trop inégal. Je suis de ceux qui vont galérer en cour. Ceux que l’on appelle plus communément les cancres. Cancre timide. Je suis tombé bas. Il y en a qui sont intelligents, d’autres forts, certains sont des déconneurs, d’autres des sportifs doués en foot, rugby, boxe, etc. Et d’autres, comme moi, doués en rien. Ceux à qui l’on pense quand on dit : « Heureusement que je ne suis pas à sa place ». Je me demande souvent pourquoi c’est comme ça. C’est vrai, pourquoi il y en a qui sont beaux, populaires, intelligents, sans soucis majeurs, et d’autres, coincés dans leurs complexes, se renfermant et attendant, dans l’espoir, le moment où l’une ou l’autre de ces personnes, les « chanceux », nous adresse la parole ? Ceci dans le but de leur montrer que nous sommes cool nous aussi. En gros, une sorte de fourrière où les êtres humains, hyperpopulaires et trop enviés, se présentent pour choisir l’un de leurs futurs animaux de compagnie. Je fais partie de cette case « looser ». Pour l’instant, je le vis plutôt bien. Je dois avouer que ma timidité est contraignante, mais j’ai toujours bon espoir d’attirer l’attention de quelque mec cool de la classe. Je sais que je suis quelqu’un de marrant. Il suffit que je le démontre devant leurs yeux. Je dois trouver le bon moment de me mettre en avant.

Derrière le bureau du prof, il y a la queue. Les élèves attendent pour être corrigés (l’interprétation de cette phrase est libre). Thomas se lève de la chaise. Il va apporter sa copie au professeur. C’est le moment pour tenter une approche et de me faire bien voir. Vite, je finis mon exercice et je me lève pour le rejoindre. Arnaud aussi se lève. Arnaud fait partie de mon groupe de loosers…

Il ne me devancera pas. On se regarde un court instant, attendant de voir qui va partir le premier. C’est lui, mon temps de réaction est bon. Je pars à sa poursuite, je ne lui laisserai pas l’occasion de me piquer la place au soleil. Arnaud est plutôt moche comme garçons. Un peu gros, je le mets derrière moi de deux places au classement de la beauté. On est un peu pareil en cours, aussi nuls en Maths qu’en Anglais. Mais lui, il est très bon à la flûte (cette phrase me fera rire dans deux ou trois ans), cet avantage sur moi ne lui est d’aucune utilité aujourd’hui. Par contre, sa surcharge pondérale lui confère un handicap certain face à ma frêle silhouette. Je traverse donc ma rangée plus vite que lui et arrive derrière Thomas. Arnaud est triste, il se met péniblement après moi. On se regarde. Il me fait pitié. C’est vrai, il n’est pas gâté lui. Un peu gras et tout le monde se moque de son poids. Moi, je n’ai pas ce problème. Ça doit être dur pour lui. Je crois apercevoir une petite larme dans ses yeux. Enfin, je crois…

Lui aussi, il espère tellement mieux de sa vie. Je ne peux pas lui faire ça…

Je feins d’avoir oublié un calcul et je retourne véhément à ma place. Arnaud tout sourire me tire la langue et parle avec Thomas. Quel gros lard ! Et voilà, lui, il a un autre avantage sur moi : ma soumission naturelle. Ne jamais crier victoire trop tôt. Purée, je m’en veux ! J’attends cinq minutes pour retourner dans la file d’attente, au moins qu’une ou deux personnes se lèvent. Il ne faut pas me voir debout deux fois en l’espace de quelques secondes, ça fait trop…

Bon, cela fait quatre minutes trente-cinq. Je n’attends pas les cinq minutes, je vais forcer ma nature, pour une fois : je prends du courage et me lève d’un bon pas. Mince, il y a Manon qui arrive. Je ne veux pas me retrouver à côté d’elle. Je suis trop timide, je trouve une erreur imaginaire dans mes calculs et retourne à ma place. Nouvelle leçon : ne jamais forcer sa nature.

L’année s’écoule à une vitesse folle. On a déjà passé la Toussaint et, dans trois semaines, ce sont les vacances. L’heure de nous apprendre des chants de Noël avec Madame Espadon, notre professeur d’Anglais. Moyen de se distraire et de rigoler comme un débile quand les mecs et filles cool de la classe ricanent (entre eux) de l’accent stupide d’un des camarades de classe, et donc de passer pour un gars cool toi aussi. Ramasser le peu de miettes disponibles pour façonner ton image. En mode Bourgeois Gentilhomme. Jusqu’au moment où c’est de ton accent qu’ils rigolent et où tu t’aperçois que tu n’étais pas considéré dans le coup tout à l’heure quand tu riais avec eux d’un bon ton des fausses notes de tes compères loosers. Chaque fois que je rentrais chez moi, au moment d’aller au lit, je repensais aux rares moments où j’avais pu discuter avec les populaires. Et à chaque fois, je me disais : « Ah, là tu aurais pu lui dire ça ».

Un peu de déception chaque soir, mais toujours autant de motivation le lendemain. Cela devenait vite une obsession pour toutes les victimes et alimentait même les repas au self. Les loosers racontaient leur matinée et les moments « fantastiques » vécus en parlant, en souriant, en riant, en aidant, etc., les populaires. On aurait dit une discussion de fans. Au bout d’un moment, ça devenait même une sorte de compétition entre nous. Savoir qui les populaires appréciaient le plus dans notre gang. L’enjeu était de taille : une faible reconnaissance des autres. Des tensions éclataient parfois en cas de désaccords. Comme cette fois où Arnaud et Simon s’étaient disputés en plein self à propos de l’affinité que leur porte Anaïs. Évidemment, chacun tenait sa personne en tête de liste. Et ça aboutissait, très souvent, à une embrouille de première :

– Écoute-moi bien Simon, Anaïs, c’est moi qu’elle préfère. Toi, elle pense que tu n’es qu’un débile maigre et petit.

– Et toi alors, tu t’es vu ? Avec ton gros bidon là ! Moi je te signale qu’elle me trouve marrant et, la dernière fois, elle m’a demandé mon Blanco !

– Et moi, tout à l’heure en Français, elle m’a fait un sourire quand elle a vu que je m’étais abaissé pour lui ramasser son stylo.

– Pff, tu parles, elle devait rire de ton gros cul !

– Mais ta gueule, tu es jaloux, c’est tout. Sale jaloux !

– Ah non pas du tout. Mais alors là, tu n’y es pas du tout. Tu te trompes, je ne suis pas jaloux de toi puisque c’est moi qu’elle préfère. Comment veux-tu qu’elle aime un gros lard avec de l’encre sur les mains et un pantalon rose tapette !

– Quoi ?! Tu as dit quoi là sur mon pantalon ?

– J’ai dit qu’il était rose.

– Non, menteur !

Arnaud attrapa dans son assiette un bout de purée chaud, se crama les mains, jeta la nourriture le plus vite possible sur Simon qui répliqua aussitôt avec la même bêtise. Un instant plus tard, ils eurent tous les deux la main trempée dans leur verre d’eau, les doigts brûlés. La dispute continua tout de même. Ils me prirent à témoin, je ressentis une véritable honte prononcée, car les populaires situés à la table voisine suivaient la conversation et je ne voulais pas être assimilé à ces ringards…

Trop tard.

J’étais rouge de honte, ils me regardaient d’un air de dire « pff, le cancre timide, haha ». À cet instant-là, c’était soit j’ouvrais ma gueule et remettais Arnaud et Simon à leur place, sois je bégayais, transpirais, passais pour une merde et partais poser mon plateau pour sortir le plus vite possible de cet embarras. Et une fois de plus, des semaines de travaux foutues en l’air. Je vais devoir redoubler d’efforts pour passer bien à leurs yeux. Je rêve d’être un populaire.

Plusieurs jours ont passé depuis et ma situation n’a pas évolué. J’ai donc pris la décision de changer ma vie, cette chose que l’on te donne dès ta naissance et que tu dois prendre en main à partir de tes six ans où maintenant il n’y a que toi qui peux te construire. La vie, c’est comme une girouette, elle change sans arrêt. On peut la modifier autant que celle des autres par le simple fait d’un oui ou d’un non.

Exemple : si aujourd’hui en cours, je décide de planter un stylo dans l’œil de notre cher professeur d’Histoire en hurlant que c’est un gros connard et que mon seul souhait est qu’il crève, les conséquences seront irréversibles et ma vie sera transformée en même temps que celle des autres. On ne me verra plus jamais pareil, j’aurai des soucis avec la justice, l’établissement, le corps enseignant et tout cela conduira à un changement de vie pour chacun d’entre nous, plus ou moins important.

La vie est faite de décisions et, maintenant, j’ai envie de modifier la trajectoire de la mienne et de percuter celle des autres, puisqu’un acte ne reste jamais sans conséquence, quelle que soit la personne qui provoque cet acte. Inconsciemment, on apprend tous les jours des actions des autres, et ce, jusqu’à la fin de notre vie. Alors moi, Bastien Nikai, à partir d’aujourd’hui, je vends des images pornographiques de femmes dans les toilettes des mecs à la récré. C’est un système qui marche bien. J’ai entraîné dans ma campagne Arnaud, Simon et Pierre (un autre du gang des loosers). Notre entreprise marche bien, même très bien. En seulement quelques jours, tout un tas de garçons s’est précipité dans les toilettes, il y avait même des 5e, des 4e et quelques 3e. Nous sommes très bien organisés et chacun a un rôle bien défini. Moi, je suis dans les toilettes pour handicapés, car ce sont les plus grandes, en compagnie de Pierre pour ne pas être victime de racket. On est toujours plus fort à deux. Je suis assis sur les chiottes (cuvette baissée) et Pierre reste debout les bras croisés. La photo quelconque coûte cinquante centimes et celle de Clara Morgane, un euro. Arnaud, lui, est posté devant la porte, c’est lui qui laisse rentrer les gens qui font la queue, une personne à la fois. Son poids lourd nous est utile dans ce registre. Il refoule même certaines personnes. Il peut en profiter maintenant qu’il en a l’occasion. Il fait subir aux autres ce qu’il subit au quotidien par les populaires. Aucune compassion, normal, on rêve tellement d’être à la place d’un populaire que, quand on effleure ce rêve, il n’y a plus de place pour la pitié.

« Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ». J’ai longtemps cru en cette phrase scolaire, cette propagande, car personne ne l’applique. Ceux qui sont au top enfoncent les autres qui sont au flop, et ces derniers essayent instinctivement, de façon véhémente et crédule, de remonter la pente glissante. C’est tout, la nature humaine est ainsi. L’homme ne peut pas vivre seul, autrement il devient fou. Il a besoin de contact, mais le plus contradictoire, c’est qu’il essaye, par tous les moyens, d’être le plus fort de tous. En gros, l’homme a besoin de ses semblables, mais il passe son temps à les rabaisser. Dur d’être un humain…

Simon quant à lui (on a failli l’oublier) fait le guet aux alentours. S’il aperçoit un surveillant, un prof ou une quelconque personne étrangère à notre plan, il rapplique et on évacue vitesse grand V. Le plan parfait. Nous sommes désormais mal vus par les filles (même les filles loosers). Moi, ça ne me change pas beaucoup, car je ne leur parle pas : trop timide. En revanche, tous les mecs nous respectent. Même les populaires ! C’est hypercool ! Nous pouvons enfin crâner en leur compagnie, même si l’on fait toujours un peu tache. On a le droit de traîner avec eux, mais on ne leur parle pas ou pas trop. Surtout quand ils sont avec les filles populaires. Et on ne mange pas avec eux à table, genre parce qu’on est proches tous les quatre et qu’à un moment c’est bien d’être qu’entre nous. Enfin, c’est ce que l’on se dit pour se convaincre. Nous savons au fond de nous que les populaires nous considèrent toujours comme des nuls. En étant avec nous, ils façonnent leur image de bad boy en montrant qu’ils traînent avec les vendeurs de X. Mais pas trop, il ne faut pas qu’ils passent pour des pervers. En gros, nous sommes leurs serviteurs. Quelle grosse arnaque…

Mon identité est désormais bien ancrée dans la mémoire de mes camarades : le cancre timide qui vend des photos de cul.

À partir de ce moment, l’année scolaire s’écoula à une vitesse folle. Noël passé, c’est aussitôt les grandes vacances qui se profilent à mon horizon. La mer et toutes ces belles vagues, à 22, 23 ou même 24 degrés. Parfait pour un corps âgé de douze ans…

Le visage légèrement boisé, je suis prêt pour mon entrée en 5e, les deux mois de bonheur sont passés aussi vite que la sixième. J’ai l’impression de ne jamais profiter de mes journées, surtout celles des vacances d’été.

Chapitre II
La cinquième

J’aime bien mon apparence à la rentrée des classes. Le teint mat, cela me donne un style plus « cool », moins difficile à regarder. Je vais pouvoir crâner modestement devant les filles de classe moyenne, c’est-à-dire moyennement belles. Et évidemment, comme vous vous en doutez, les filles populaires sont dans la classe aisée. C’est finalement comme dans une vie d’adulte, on aspire toujours à toucher le rêve d’être dans la classe aisée. Pas de soucis financiers, des belles choses qui t’entourent et une raison de plus de crâner…

Il me reste environ un mois avant que mon visage redevienne pâle comme un cachet d’aspirine. C’est la seule période de l’année où j’ai un peu confiance en moi, mais cela est contrasté par le fait qu’à la rentrée il est rare qu’un garçon sorte avec une fille dès la première quinzaine. Mais mon espoir est toujours le même : attendre qu’une belle fille me témoigne de son attirance envers moi.

Il est peu probable que cette situation arrive à un populaire, alors à moi, ce n’est pas la peine d’y penser. Le premier mois va, comme à chaque rentrée, s’écouler sans aucun contact avec la gent féminine. Je vais pâlir et retourner au bas de l’échelle. On va dire que quand je ne suis plus un bronzé, j’attire plus facilement l’attention des filles RSA que des filles ISF…

Ma nouvelle prof principale s’appelle Madame Cordes. Elle enseigne le français à l’âge de la retraite. Elle est également passionnée par le latin, cet art qu’elle apprend aux élèves allant de la 5e à la 3e. C’est donc l’ennemi numéro un de Monsieur Riupor, mon professeur d’occitan. C’est la guerre chaque année entre le prof d’occitan et celui de latin. La raison du conflit ? Les nouveaux arrivants en classe de 5e doivent faire le choix entre continuer l’occitan ou choisir le cours de Latin. Nous avons à peu près quinze jours pour nous décider. Pour se faire, nous assistons à une heure de cours en occitan et une en latin. Durant ces deux heures, les professeurs respectifs utilisent la même méthode pour nous engager dans leur matière, avec les mêmes arguments. Ils commencent par nous exposer les différentes étapes que l’on aura à faire durant le courant de l’année, en l’abordant de manière joyeuse et enthousiaste. Sûrement pour nous persuader que la matière est « superbe ! ».

Puis, tout de suite après, il y a l’annonce des différentes sorties organisées au cours de l’année (il s’agit d’une grande argumentation des deux professeurs pour venter l’attractivité de leur matière). Comme un vendeur au marché. En général, ils misent beaucoup sur la présentation des sorties ; en quelque sorte, ils vendent leurs croisières. Par la suite, les professeurs se lancent dans une espèce de stand-up dont le but est de vanner l’autre matière afin de faire passer la sienne comme meilleure. Et les deux parties ont des arguments très bien élaborés.

Chaque matière en prend pour son grade, une forme de « Yo Moma ».

C’est une étape cruciale pour l’enrôlement des jeunes. Le professeur qui aura le plus de vannes marrantes envers la matière adverse s’assurera un bon matelas d’élèves dans la classe. Un combat entre deux sectes très déterminées, qui se haïssent, mais qui ont le même idéal extrémiste : la vénération de sa langue.

Moi, j’ai choisi de rester en classe d’Occitan parce que mon prof, l’an dernier, durant les interrogations, avait la fâcheuse (et étonnante) tendance à « beuguer » profondément ou à dormir profondément les yeux ouverts, les deux descriptions se valent. En fixant la cour de récréation à travers la fenêtre, sans détourner du regard jusqu’à la sonnerie, il me permettait malgré lui de sortir mon cahier de cours et de copier toutes les réponses pour m’assurer, comme à chaque fois, un 20/20. C’est décidé, Madame Cordes, ma prof principale, ne m’enseignera pas le latin. Enfin, jusqu’à ce que Romain m’annonce à la récré que :

– Madame Cordes va saquer tous les élèves qui n’iront pas dans sa matière.

– T’es sûr ?

– Oh oui, elle ne pourra pas supporter d’être battu par un simple professeur de matière-option (ce que Romain appelle « matière-option » est la matière que tu n’es pas obligé de faire). Tu t’imagines ? C’est la prof principale ! Elle ne pourra pas accepter une humiliation pareille. Ça serait la honte pour un professeur principal, les autres se foutraient de sa gueule !

– Oui, c’est vrai, tu as raison ! On ne peut pas aller en Occitan, sinon elle va se venger !

– Oui, on est pris au piège.

Du coup, je suis allé en Latin. Et Monsieur Riupor s’est retrouvé avec six petits résistants…

La Gaule contre l’Empire romain. Les six, comme vous vous en doutez, sont des paillards qui parlent quotidiennement l’occitan (c’est mon avis de 5e…). En même temps, je suis dans un collège campagnard. Environ deux cents élèves (à peine), deux classes par niveau, notées par A ou B. Je suis en 5e B. Ma classe n’a pas trop changé par rapport à la 6e. Sont venus dans les rangs : deux redoublantes et trois 6e A. L’occasion pour moi de sympathiser avec deux nouveaux élèves : William et Renaud. Ils sont un peu racaille.

Pull à capuche (ou survêt), casquette à l’envers (ou...

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Les 12 portes du Kaama

de editions-edilivre

Le Prix des choses

de editions-edilivre

Le Chant de Marie

de editions-edilivre

suivant