L'Echappée belle

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À quarante ans, Marc a tout pour être heureux: une famille qu'il aime et qui le lui rend bien, une belle maison sous les tropiques, et des passions pour pimenter sa vie... Jusqu'au jour où il apprend que ses jours sont comptés. Six mois tout au plus avant de faire le grand saut. Il va alors prendre la décision la plus difficile de sa vie, la plus injuste aussi pour ceux qui l'aiment. Marc va partir, seul, pour un dernier voyage jusqu'aux Marquises. L'océan, la solitude, les rencontres de voyage et la douleur l'aideront à trouver des réponses aux questions qui le hantent.
Publié le : jeudi 30 janvier 2014
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342018615
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342018615
Nombre de pages : 206
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Philippe Durand
L’ÉCHAPPÉE BELLE
 
Mon Petit Éditeur
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Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2014
7 décembre 2007
La salle dattente était bondée et pourtant il avait rendez-vous. 16 h 30, cétait indiqué sur la convocation que lui avait envoyée la secrétaire du professeur Cardin. Cétait une des choses qui le rendait fou : pourquoi prendre un rendez-vous précis qui plus est, pour se retrouver à lheure dite, en lieu et place du dit rendez-vous, en sixième position à regarder voler les mouches, tout en évitant de fusiller les cinq premiers du regard ? Bref, comment était-il possible que dans une profession aus-si prisée que la médecine, il y ait aussi peu de médecins ou alors, pourquoi faisait-on toujours la queue chez le toubib ? Marc en était là de ses réflexions, quand la porte du spécia-liste souvrit pour laisser sortir une femme dâge moyen. Elle bredouilla un « à la semaine prochaine docteur », quasi imper-ceptible, tête baissée, tout en fuyant les regards qui convergeaient vers elle. Tout en cette femme transpirait labdication. On eut dit quelle avait été vaincue par une force inconnue et que la joie avait quitté son cur pour toujours. Ses yeux, son front, sa bouche ses épaules voûtées, la posture toute entière de la femme était lexpression de la soumission et de labandon : triste à mourir pensa Marc ! Lidée le fit frémir et si justement elle se savait mourante. Après tout cétait du domaine du possi-ble, nétait on pas dans la salle dattente dun spécialiste ? Peut-être était-elle gravement malade. Qui ne serait pas abattu dans de telles circonstances ?
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Marc se sentit presque la plaindre, ce devait être dur à gérer. Comment réagirait-il à sa place ? Tout le monde pense à la mort de temps en temps mais la plupart des gens y pensent comme à quelque chose dabstrait, ou plutôt comme à quelque chose dinévitable mais lointain. Du coup, le commun des mortels ny pense pas vraiment. Bien sûr, la religion devait aider un peu à appréhender la mort : il sétait toujours dit, lui qui était athée, que cétait une des grandes ver-tus de la religion, quelle quelle soit, que cette préparation à la mort. Tout adepte convaincu voyait la mort comme un passage vers un monde meilleur et non comme une fin du corps et de lesprit. Ce devait être plus facile à vivre ainsi Humm Marc était partagé. Il avait toujours pensé que la religion était la plus magnifique arnaque jamais montée : proba-blement la première et la plus énorme de tous les temps. Lhomme est faible, a besoin dêtre guidé, dominé. Dès lors quil fut capable de mesurer sa petitesse face au monde qui lentourait, sa fragilité face aux éléments, il eut besoin de croire. Dans le meilleur des cas, sil ne se faisait pas tuer à la guerre, bouffer par une bête sauvage ou terrasser par une maladie, il mourait de vieillesse. Mais il mourait, il le savait, lavait toujours su. Le besoin était là : un besoin vital de repousser linévitable, de trouver un remède à la mort. Toute lastuce des différents prophètes avait été, non pas de promettre une vie éternelle mais quelque chose après la mort, pour les plus méritants bien entendu. La religion était alors bien devenue lopium du peuple, un besoin doublé dun puissant analgésique contre les affres dune mort inévitable. Lhomme avait envie de croire. À partir de là, il était assez facile pour quelques illuminés, mais aussi pour quelques charla-tans de répandre la bonne parole : la rumeur, le désespoir et la misère faisaient le reste.
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Dailleurs, se dit Marc, le principe fonctionne toujours, à plus petite échelle certes, mais cest bien comme ça que naissent et vivent les sectes. Cétait son mode de pensée, il construisait son argumentaire au fur et à mesure quil avançait dans ses idées. Bien entendu, il navait pas trop à batailler pour se convaincre du bien-fondé de ses démonstrations. Mais Marc aimait à réfléchir. Il lui arrivait même parfois de trouver des failles dans son raisonnement, de développer un contre argumentaire en règle, pour en arriver à la fin à mettre lidée de base en balance, voire à en démontrer le contraire. La religion lui qui était on ne peut plus pragmatique ne pouvait pas marcher dans une combine aussi grossière. La science ne prouvait-elle pas par A + B que nous étions tout simplement le fruit dune évolution aussi chaotique quingénieuse. Nous nétions que des animaux doués dintelligence, capables du meilleur comme du pire et voués à une mort certaine, sans espoir de rémission. Un lent processus nous avait conduits de létat de têtard visqueux à celui dun Brad Pitt, beau, riche et intelligent : bref, un monde. Mais il ne fallait pas sy tromper, la base était la même : un amas de cellu-les plus ou moins complexes et évoluées Marc jubilait, il ny avait aucune place pour la religion dans sa démonstration, cétait évident Pourtant quelque chose le gênait. Il ne savait que faire dans sa théorie de larnaque de lesprit, ce que les croyants appelaient lâme, et cela lencombrait un peu à vrai dire. Quadvenait-il de ce qui faisait que nous étions nous ? De notre intelligence propre ? De nos rêves ? De nos pensées inti-mes ? Cette entité qui est propre à chacun ne se mesurait pas, nétait pas de chair et dos. De quoi était-elle faite ? Grandissait-elle en même temps que notre corps ou se nourrissait-elle de notre vécu ? De nos expériences ? Marc sentait bien quil y avait un hic. Que devenait tout ce savoir accumulé dans une vie ?
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Cette pensée propre a chaque individu dont personne ne con-naissait la mécanique ni la matière vraie. Disparaissait-elle en même temps que notre corps ? Sévaporait-elle au dernier souffle ? Comme ça, comme on éteint une bougie ? Difficile a croire ou alors, quel gâchis. Et si lâme survivait au corps, que devenait-elle ? Lidée était encombrante. Cétait le grain de sable dans sa théorie de larnaque. La voix fatiguée de la secrétaire le sortit de ses rêveries, plus que deux patients avant lui. Marc secoua la tête comme pour chasser cette dernière pen-sée gênante car insoluble à ce stade de sa réflexion. Le sujet était morose. La mort et la religion nétaient pas ses terrains de réflexion favoris. Il mit cela sur le compte de lambiance qui régnait dans le cabinet. Le but de son rendez-vous non plus ne lenchantait pas. Depuis plusieurs semaines déjà, il avait mal au ventre. À contre cur, poussé par Violette, sa femme, il avait vu un gas-troentérologue qui après lavoir palpé, ausculté lui avait fait faire une batterie dexamens, radios, et même un scanner. Il avait probablement contribué à lui tout seul à asseoir la faillite de lassurance maladie Une telle débauche de moyens pour un banal mal au ventre linquiétait quelque peu. Puis il avait reçu cette convocation du professeur Cardin, pour, disait la lettre « interprétation des résultats ». À quarante-quatre ans passés, Marc sattendait à tout. En fait, il navait pas vraiment la conscience tranquille sur ce point de lhygiène de vie, il avait conscience davoir un peu brû-lé la chandelle par les deux bouts pendant des années Jusquà son bac, Marc avait eu une vie plutôt sportive. Il était accro de tout terrain, de voile et navait vécu que pour cela. Son caractère passionné le poussait à aller au bout des choses et il vivait ses rêves au maximum. À cette époque, il navait pas en-
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